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17 octobre 2017

Les États-Unis et le Royaume-Uni continuent à participer activement aux crimes de guerre saoudiens qui visent des civils yéménites


31 Oct 2016

Source : The Intercept, le 10/010/2016

Glenn Greenwald

Le 10 octobre 2016

Photo: Osamah Abdulrhman/AP

Photo: Osamah Abdulrhman/AP

Depuis le début de l’affreuse campagne de bombardement saoudienne contre le Yémen il y a 18 mois, deux pays ont joué un rôle actif et vital rendant possible le carnage : les États-Unis et le Royaume-Uni. Les atrocités commises par les Saoudiens auraient été impossibles sans leur soutien indéfectible et agressif.

L’administration Obama “a vendu pour 115 milliards de dollars d’armes à l’Arabie saoudite au cours de ses huit années à la Maison-Blanche, plus que toute administration antérieure aux E.-U.,” comme le rapporte le Guardian cette semaine, et lui fournit sa meilleure technologie en matière de surveillance. Comme le précisait The Intercept en avril, “au cours de ses cinq premières années comme président, Obama a vendu pour 30 milliards de dollars d’armes de plus que le Président Bush pendant toute la durée de ses huit années à la tête de l’État.”

Plus important encore, selon le ministre des Affaires étrangères saoudien, bien que les Saoudiens aient en dernier recours autorité pour choisir leurs cibles, “des responsables de l’armée britanniques et américains sont au centre de contrôle et de commande pour les attaques aériennes saoudiennes sur le Yémen,” et “ont accès aux listes de cibles.” En somme, alors que la campagne de bombardement est invariablement décrite dans les médias occidentaux comme “menée par les Saoudiens”, les E.-U. et le R.-U. sont tous deux des acteurs centraux et indispensables. Tandis que le New York Times titrait en août : “Les États-Unis sont complices de ce carnage,” le Guardian soutenait que “la Grande-Bretagne porte une lourde responsabilité dans ces souffrances.”

Depuis le début, les Saoudiens, soutenus par les E.-U. comme le R.-U. ont aveuglément et parfois délibérément bombardé des civils, tuant des milliers de personnes innocentes. Depuis le Yémen, Iona Craig et Alex Potter ont documenté en détail pour The Intercept l’étendue des meurtres de civils causés par cette campagne de bombardement. Alors que les Saoudiens continuent de bombarder des civils inconsciemment ou intentionnellement, les armes américaines et britanniques ont continué d’affluer à Riyad, assurant la poursuite des massacres de civils. De temps en temps, quand une tuerie particulièrement horrible a fait son chemin jusqu’aux infos, Obama et divers responsables britanniques émettent une incontournable déclaration exprimant leur “inquiétude”, puis retournent alimenter les attaques.

Ce week-end, alors que l’attention de l’Amérique était presque exclusivement tournée vers Donald Trump, un massacre des plus révoltants a eu lieu. Samedi, des avions de guerre ont attaqué une cérémonie d’enterrement à Sanaa, bombardant de manière répétée la salle où elle avait lieu, tuant plus de 100 personnes et blessant plus de 500 autres (voir la photo ci-dessus). La vidéo ne montre qu’une partie de la destruction et du carnage.

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La vidéo montre l’attaque saoudienne en deux passes dans la salle de l’enterrement, à Sanaa, Yémen, aujourd’hui. Des centaines de tués ou blessés. Les Saoudiens nient, pas un mot des États-Unis.

Les responsables saoudiens ont d’abord menti en essayant d’imputer le massacre à “d’autres causes” mais ont fait marche arrière depuis. La prochaine fois que quelqu’un qui s’identifie au monde musulman attaque des citoyens américains ou britanniques, et que les dirigeants politiques de ces pays-là répondent à la question : “pourquoi, oh pourquoi nous détestent-ils ?” en assurant à tout le monde qu’”ils nous détestent pour nos libertés” il serait instructif de regarder cette vidéo.

Le cabinet d’Obama, par l’intermédiaire de son porte-parole Ned Price, a condamné ce qu’il appelle “la dérangeante série d’attaques frappant les civils yéménites” – attaques qu’il avait soutenues à plusieurs reprises mais cela il ne l’a pas fait remarquer – et a averti sans conviction que “la coopération entre les États-Unis et l’Arabie saoudite en matière de sécurité n’était pas un chèque en blanc.” Voilà exactement ce que c’est. Les 18 mois de bombardements soutenus par les E.-U. et le R.-U. ont, comme l’a noté le NYT ce matin, “été en grande partie un échec, tandis que les recensements de civils tués sont devenus monnaie-courante, et que le pays soit au bord de la famine.”

Il était connu depuis le début que la campagne de bombardement saoudienne s’était faite aveuglément et imprudemment, et cependant Obama et le gouvernement du R.-U. ont continué à jouer des rôles de premier plan. Un rapport de l’ONU obtenu en janvier par le Guardian “a découvert des attaques “diffuses et systématiques” sur des cibles civiles en violation du droit humanitaire international” ; le rapport a conclu que “la coalition avait conduit des frappes aériennes ciblant des civils et des biens civils, en violation du droit humanitaire international, incluant des personnes déplacées à l’intérieur du pays et des réfugiés ; des réunions de civils, incluant des mariages ; des véhicules civils, incluant des bus ; des zones résidentielles civiles ; des équipements médicaux ; des écoles ; des mosquées ; des marchés ; des usines, un entrepôt de stockage de nourriture ; et d’autres infrastructures civiles essentielles.”

Mais ce qu’on ignorait, jusqu’à un excellent rapport de l’agence Reuters par Warren Strobel et Jonathan Landay, paru ce matin, c’est qu’Obama était explicitement averti non seulement que les Saoudiens étaient en train de commettre des crimes de guerre, mais que les E.-U. eux-mêmes pouvaient légalement être considérés comme leur complice :

Selon les documents du gouvernement et les comptes-rendus d’anciens et d’actuels responsables, l’administration Obama a conclu la vente d’1,3 milliards de dollars d’armement à l’Arabie saoudite l’année dernière en dépit des avertissements de certains responsables selon lesquels les États-Unis pourraient être impliqués dans des crimes de guerre pour soutien à la campagne aérienne menée par les Saoudiens au Yémen, laquelle a tué des milliers de civils.

En privé, des responsables du département d’État restent sceptiques quant à la capacité de l’armée saoudienne de cibler les rebelles houthis sans provoquer de pertes civiles et sans détruire des bâtiments vitaux pour le Yémen, d’après des e-mails et des enregistrements obtenus par Reuters, et des interviews auprès d’une douzaine de responsables ayant connaissance de ces discussions.

En d’autres termes, on a indiqué explicitement au lauréat du prix Nobel de la paix 2009 qu’il pourrait être un collaborateur de crimes de guerre en armant une campagne qui vise délibérément des civils, et en continuant à fournir des quantités record d’armes pour aider leur poursuite. Rien de tout cela ne devrait surprendre : il serait difficile pour Obama de condamner les frappes « double-tap », comme les Saoudiens viennent de le faire [NdT. : Les “double-tap” strikes consistent à envoyer une première vague de bombardiers sur un objectif, à attendre (10 ou 20 minutes), puis à envoyer une deuxième vague, qui frappe donc les secouristes et les proches des victimes venues sur place. Cf ce rapport]— où les premiers sauveteurs et les personnes pleurant les victimes sont visés — étant donné qu’il a lui-même utilisé cette tactique, communément décrite comme une caractéristique du terrorisme. Pour leur part, les britanniques ont bloqué les enquêtes de l’UE cherchant à déterminer si des crimes de guerre ont été commis au Yémen, alors que des députés clés ont bloqué des rapports prouvant l’utilisation d’armes britanniques dans la perpétration de crimes de guerre et le ciblage délibéré de civils.

Les États-Unis et le Royaume-Uni sont les deux principaux pays qui exploitent cyniquement les droits de l’homme et les lois de la guerre pour leurs intérêts afin d’attaquer leurs adversaires. Ces derniers ainsi que leurs principaux chroniqueurs savent faire de beaux discours bien-pensants et dire comment les autres nations – ces primitifs, ces méchants là-bas – ciblent des civils et commettent des crimes de guerre. Et pourtant ils restent tous deux à se tenir fermement derrière l’un des régimes les plus brutaux et les plus répressifs au monde, l’armant jusqu’aux dents avec la pleine et irréfutable connaissance qu’ils lui permettent de faire des massacres irresponsables qui, dans de nombreux cas, visent délibérément des civils.

Et ces 18 mois d’atrocités ont à peine été mentionnés durant l’élection américaine, en dépit du rôle-clé que la candidate favorite, Hillary Clinton, a joué dans l’armement des Saoudiens, sans parler des millions de dollars que sa fondation familiale a reçus du régime saoudien. (Son opposant, Donald Trump, n’en a pas dit grand-chose, et il a lui-même reçu des millions de contributions de divers oligarques saoudiens.)

Une des raisons pour lesquelles les élites politiques et médiatiques américaines et britanniques rivalisent d’éloquence en condamnant la brutalité des ennemis de leur gouvernement est qu’elles soulignent les finalités tribales et nationalistes : c’est une stratégie visant à affaiblir leurs adversaires tout en renforçant leurs propres gouvernements. Mais le motif au moins aussi important de ces condamnations est de détourner l’attention de leurs propres crimes et massacres de guerre, ceux qu’ils rendent possibles en les soutenant.

Il y a quelques nations sur la planète qui sont crédibles lorsqu’elles condamnent des crimes de guerre et le fait de viser délibérément des civils. Les deux pays qui ont passé près de deux ans à armer l’Arabie saoudite dans ce massacre actuel de civils yéménites n’en font certainement pas partie.

Source : The Intercept, le 10/010/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,