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23 octobre 2017

Les grosses orchades, les amples thalamèges.. Littératures vagabondes – états d’âme à La Thalamège


 

SCHIZONOÏA

1. Le triomphe de la paix.JPG

 

À l’heure où la France s’apprête à s’enfoncer elle-même dans le fondement un « Coup du II décembre » au cube ; à l’heure où elle se prépare à entrer, fière comme Artaban, dans un nazisme qui promet d’être pluriséculaire en se glorifiant de son antifascisme ; à l’heure où le Vénézuéla s’attend à une invasion que cette France macronisée ne manquera pas d’appeler guerre civile, il peut paraître extravagant d’ouvrir un post sur une image qui a pour titre Le triomphe de la paix. Tapisserie en fait, de Somville, tissée en 1962 pour célébrer la fin du cauchemar vietnamien. Ce cauchemar a été, depuis, remplacé par un chapelet d’autres.

On n’avait pas encore essayé la méthode Coué. Voilà qui est fait.

 

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2017 n’est pas seulement l’année de l’entrée de la France dans un nazisme irrémédiable aménagé pour elle par les vieux crocodiles humains experts ès-Maidans, c’est aussi le centième anniversaire de la Révolution d’Octobre.

Ce n’est pas toujours le cas, mais 1917, comme 1789, fut une naissance.

Toutes les naissances sont violentes.

Toutes les naissances sont sanglantes.

Toutes les entreprises humaines, y compris les plus légitimes et les mieux intentionnées sont – parfois tragiquement – imparfaites. Et il en sera ainsi tant que les animaux humains persisteront dans leur infantilisme.

Ce n’est pas une raison pour ne pas célébrer l’anniversaire de naissance de ce qui fut l’Union soviétique pour le meilleur et pour le pire.

Il y a peu, Madame Annie Lacroix-Riz et plusieurs de ses collègues ont souhaité que l’héritage ne soit pas laissé à la merci de ses pires ennemis, dont l’ambition suprême est de faire la nuit à jamais sur ces choses ou, à défaut, de les faire copieusement couvrir de boue par leurs hérauts tarifés.

Nous nous sommes fait l’écho, le 16 mars dernier, de cet APPEL-PÉTITION dont nous espérons qu’il ne sera pas vain, car, à nous aussi, le bicentenaire français de 1989 a laissé un arrière-goût très amer.

Il fallait oser prétendre honorer les sans-culottes en invitant Bush père et Thatcher à bouffer du homard Thermidor à l’Élysée, non sans avoir au préalable redoré les grilles de Versailles à l’or fin pour les y recevoir en grandes pompes. Ils l’ont fait.

Il fallait oser le Barnum des Champs et la débauche de gadgets vulgaires qui a permis dans la foulée d’écrémer la piétaille de ses indemnités de chômage. Ils l’ont fait.

Il fallait oser laisser Furet et consorts tenir le crachoir et pratiquer le terrorisme intellectuel sans entraves. Ils l’ont fait. Et cette commémoration du Bicentenaire de la Révolution fut ainsi la célébration réjouie de l’écrasement de la Révolution par le fric.

On peut parier sa chemise que les Russes vont en user tout autrement avec leur anniversaire à eux, qu’ils vont le célébrer à l’ancienne, selon leurs traditions.

Avec des défilés militaires d’abord (s’ils pouvaient être un peu dissuasifs en plus). Avec de grandes communions de masses (qu’il s’y ajoute ou non du religieux sera parfaitement secondaire). En éduquant, surtout, leurs jeunes couches à la mémoire (certains sites d’information en ligne ont d’ailleurs déjà commencé à publier documentaires et photos d’archives).

Essayons d’imaginer Poutine, Medvedev et Lavrov invitant au Kremlin Trump, McCain et Soros – et pourquoi pas Nikki Haley – pour les faire gueuletonner au lapin Gorbatchev arrosé de vodka à la Eltsine on the rocks…  Non, n’est-ce pas ?

La semaine dernière s’est tenue à Erevan, Arménie (une des anciennes républiques de l’URSS) une Table Ronde qui avait pour triple objet de réfléchir sur :

– La révolution de 1917 considérée comme tournant dans l’histoire de l’humanité.

– Les révolutions colorées modernes : les technologies et la révolte des masses.

– Les perspectives d’avenir.

Anatole Atlas, dont nous avons récemment évoqué le dernier roman, Amen, y était convié. C’est le texte de son intervention que nous vous proposons ici en guise de modeste participation collatérale aux célébrations à venir.


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En Marche ! ou crève… Ce mot d’ordre non dit des deux premières guerres mondiales est devenu l’explicite slogan du carnage actuel…

En prévision des tombereaux d’insanités que le centenaire d’Octobre 1917 verra déverser sur le marché, les signes éclairants que j’offre ici devaient avoir été écrits dans la marge des marges. Ils ne pouvaient jaillir de vive voix, le jeudi 20 avril dernier, qu’en ce pays des origines marginal entre tous qu’est l’Arménie, dans sa capitale Erevan, sous le mont Ararat où la légende biblique dit qu’échoua l’Arche d’après un précédent déluge universel.

A.A.

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Le Titan de Bronze – statue équestre d’Antonio Maceo, par Alberto Lescay, Place de la Révolution, Santiago de Cuba

 

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SCHIZONOÏA

Le délire schizonoïaque,
stade ultime de la psychose dans l’empire de Kapitotal.

 

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Ce qui complique toute réflexion sur la notion de révolution, c’est le mot lui-même. Car sa racine latine suggère un mouvement circulaire analogue à celui des corps célestes en astronomie, laissant entendre l’idée d’un retour cyclique vers l’état initial. Une première occurrence moderne de ce mot concerne d’ailleurs la révolution qui restaura la monarchie anglaise à la fin du XVIIe siècle.

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D’autre part, cette notion se trouve aussi prisonnière du temps linéaire propre à la culture judéo-chrétienne. Sur une ligne du temps orientée de la Genèse au Jugement dernier, surviennent des événements qui précipitent le cours de l’Histoire en réalisant une brusque accélération de ce cours, mais avec le risque d’un retour en arrière dès les premiers obstacles surgis de la confrontation au réel.

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Que ce soit dans la dimension du temps cyclique, ou dans celle du temps linéaire, la notion de révolution se trouve prise à des pièges conceptuels dont ne peuvent manquer de tirer profit les forces qui lui sont opposées, capables d’exploiter son ambiguïté constitutive pour en fabriquer d’habiles simulacres. Davantage encore que ses ennemis déclarés, ce sont les forces agissant en son sein qui s’avèrent ses plus redoutables adversaires, quand une révolution manque du dynamisme nécessaire pour les englober dialectiquement. Les forces modérées incrimineront les excès pour justifier un retour au même selon la conception cyclique, et les forces aventuristes argueront d’un excès de modération pour prétendre bondir plus en avant, ce qui risque d’entraîner un recul en arrière selon la conception linéaire. Ces deux forces apparemment opposées, « gauchiste » et « droitière », s’avéreront toujours les plus susceptibles d’entraver le cours de la révolution réelle en scindant ses deux aspects constitutifs : rupture ET continuité.

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Je propose donc d’envisager celle-ci dans une dimension qui combinerait le temps cyclique et le temps linéaire, où l’axe du temps évoluerait en forme de spirale. J’appellerais une telle dimension le temps sphérique. Alors, s’aperçoit lumineusement la manière dont certains très rares événements historiques semblent répondre aux plus anciennes révélations prophétiques, réflexions philosophiques et intuitions poétiques par une avancée vers l’avenir engageant l’humanité entière. Cette hypothèse autorise à visualiser la Révolution française et la Révolution russe, non comme des épisodes factuels ne concernant que des nations particulières, mais comme des fulgurances d’importance universelle. S’il est bien entendu que tous les événements de l’Histoire, selon cette conception globale, sont à prendre en considération comme chaque partie d’un organisme dont aucune n’est négligeable, tous n’ont pas le même caractère nécessaire pour l’ensemble de l’organisme. Ainsi, l’on pourrait supprimer bien des phénomènes de l’Histoire sans que son essence n’en soit gravement modifiée. Mais l’amputer de la Révolution française et de la Révolution russe équivaudrait à la décapiter.

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C’est ici que toutes les manipulations sont à craindre, faute que prévale une vision claire de ce qui aurait valeur universelle et nécessaire  à l’échelle de l’Histoire, et que s’imposent des critères pour le justifier. Si l’on se réfère aux plus hautes expressions de l’intelligence humaine au cours des deux derniers siècles, 1789 et 1917 apparaissent comme les dates les plus fatidiques de l’ère chrétienne. Sans doute la France a-t-elle maintes fois trahi les promesses contenues dans la devise de sa révolution. Mais peut-on douter du fait qu’à jamais « Liberté – Égalité – Fraternité » demeurent un idéal suprême pour l’humanité ? De même, si l’Union soviétique a cessé d’exister formellement, qui oserait affirmer qu’appartient au seul passé la phrase concluant le Manifeste communiste de Karl Marx, et figurant toujours sur le drapeau du parti de Lénine : « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! » ?

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Que peut signifier le caractère universel des révolutions française et russe, dans une dimension qui n’est plus ni cyclique ni linéaire mais sphérique, sinon le fait qu’elles ont accéléré le cours de l’histoire planétaire en exerçant une influence décisive sur tous les êtres humains sans exception, tout en intensifiant d’une manière sans précédent la réflexion que l’humanité porte sur elle-même ? Comme la Révolution française inspira les plus hautes créations intellectuelles au XIXe siècle, tous les esprits du XXe siècle furent aimantés – fût-ce négativement – par la Révolution russe. Tous les soubresauts du capitalisme (sous forme social-démocrate, libérale ou fasciste – voire sous la forme du djihadisme islamiste), peuvent-ils s’analyser autrement que comme des réactions contre le spectre du communisme ?

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Un lien mystérieux se nouait déjà au XVIIIe siècle entre la France et la Russie, dans la protection que Catherine II accorda à Diderot, menacé dans son propre pays, qui grâce à cette aide providentielle put faire de son Encyclopédie un phare indispensable pour 1789. Et les idéaux de 1789, captés par Pouchkine puis par les publicistes russes du XIXe siècle, de Bielinski à Tchernychevski, ne contribuèrent-ils pas au triomphe de 1917 ? Ces deux dates actualisent donc, dans une soudaine mise en lumière ayant la fulgurance de l’éclair, les principes constitutifs de l’humanité que sont ses exigences esthétiques, éthiques et politiques, lesquelles embrassent à la fois ses origines et fins dernières. Dignité, vérité, justice pour tous les hommes, clament ces exigences.

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Or, l’ère capitaliste peut se définir comme une gigantesque inversion des moyens et des fins. L’argent, la valeur d’échange et le marché – ces instruments conçus pour la satisfaction des besoins humains – se transforment, sous le capitalisme, en alpha et oméga. Quant aux valeurs d’usage, à l’épanouissement de l’être, ils n’y sont rien d’autre que des moyens pour l’accumulation du capital. Cette inversion fondamentale est en contradiction flagrante avec l’humanisme hérité des Lumières, de la Renaissance et de la philosophie grecque – mais aussi du christianisme –  dont le monde moderne a prétendu faire ses matrices conceptuelles. Comment l’idéologie bourgeoise peut-elle coexister avec une telle contradiction ? Comment s’y prend-elle pour concilier les idées de « droits de l’homme » et de « démocratie », propres à la modernité, avec la réalité d’un processus d’exploitation économique, de domination politique, d’aliénation psychique réduisant l’humanité non possédante à l’état de marchandise ? Quels stratagèmes idéologiques sont-ils mis en œuvre pour colmater une schize fatale entre extrême accumulation des richesses à un pôle, et extrême accumulation de misères à l’autre pôle ?

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Ici se manifeste une pathologie mentale que l’on pourrait nommer schizonoïa, combinant les racines des mots « schizophrénie » et « paranoïa ». C’est d’une dislocation psychique structurelle qu’il s’agit, aggravée par la prétention d’une supériorité transcendante affirmant comme indiscutable par les dominés le point de vue de la domination. Ce qui relève d’intérêts particuliers (le profit maximal) prétend représenter l’intérêt général en usant de tous les artifices du double langage, et du paralogisme, pour simuler l’expression d’une vérité révélée. Grâce aux moyens de communication, la doxa du capitalisme s’impose comme une pensée reposant sur un argumentaire incontestable, selon lequel il n’y aurait d’autre choix pour chaque citoyen du village global que de considérer Bill Gates comme le plus généreux des philanthropes, l’OTAN comme le plus sûr bouclier des opprimés et Bernard-Henri Lévy comme la conscience la plus éclairée de notre temps. Les manifestations de cette schizonoïa s’imposent avec la force d’un déterminisme absolu : il ne peut en être autrement. (« There is no alternative », pouvait affirmer Margaret Thatcher, abolissant par là-même l’hypothèse démocratique.) La schizonoïa doit être comprise comme une ruse du pouvoir global pour occulter le caractère organique de l’histoire humaine, orientée vers les idéaux de vérité, de justice et de dignité. Cette ruse consiste à en usurper les masques afin de recouvrir un système d’injustices, de mensonges et d’abominations sans précédent, toujours sous injonction de la nécessité. Mais l’humanité dispose d’antennes lui permettant d’enregistrer les profondes mutilations de son organicité, quand la structure ternaire d’une société organisée se trouve réduite à une dualité binaire. Celle-ci génère un processus de désintégration sociale, qui fut le terreau des révolutions française et russe, comme chinoise et cubaine. Il ne se trouve personne pour douter du fait que Juillet 1789 et Octobre 1917 aient illuminé, non seulement l’humanité dans son ensemble, mais chaque être en particulier. L’industrie des représentations se devait donc de falsifier le sens d’une telle illumination. De sorte qu’au nom même des Lumières se fabriquent les plus massives productions d’obscurantisme discréditant ce qu’il y eut de plus éclairant dans 1789. Et c’est au nom même de l’émancipation du genre humain promise par 1917, que l’idéologie bourgeoise n’eut de cesse de combattre l’Union soviétique. En ce clivage mental n’osant pas nier théoriquement la validité des idéaux ultimes que sont vérité, justice et dignité pour tous les hommes, tout en combattant à mort les conditions pratiques de leur accomplissement par un processus révolutionnaire, se décèle cette pathologie mentale de la schizonoïa.

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Combien d’aventures impérialistes et colonialistes, au XIXe siècle, se firent-elles au nom des principes civilisateurs de 1789 ? Combien la social-démocratie, mais aussi l’extrême et l’ultragauches, au nom des principes de 1917, ont-elles armé la contre-révolution anticommuniste mondiale dans la seconde moitié du XXe siècle ? Ces manœuvres s’opérèrent toujours sous les déguisements les plus radicaux. Leur paradigme fut le show parisien de Mai 68, simulacre absolu de révolution, donc aussi modèle pour toutes les parodies révolutionnaires à venir. La direction stratégique de Mai 68, ayant agi dans l’ombre des années 50 et 60 sous le nom d’Internationale Situationniste, avec pour objectif d’abattre De Gaulle tout en combattant le communisme et les syndicats comme principaux ennemis du prolétariat, ne proclamait-elle pas : « Tout le pouvoir aux soviets ! » ?

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L’hypothèse d’un temps sphérique me paraît nécessaire pour éclairer le fait qu’en toute révolution réelle se joue une dialectique de totalité. La révolution réelle n’est promesse de progrès qu’à condition d’assumer aussi les traditions ancestrales. Elle est à la fois conservatrice et créatrice, ne pouvant offrir des fruits d’avenir qu’en se nourrissant d’une sève puisée par ses racines dans le plus lointain passé. Elle est donc à la fois rupture et continuité. Classe paysanne, prolétariat et intelligentsia (pris au sens large) n’ont aucune perspective historique sans conscience claire des enjeux de leur combat. C’est au cœur d’une telle conscience que frappe la schizonoïa, fausse conscience du marché mondialisé. Certes, les communistes eux-mêmes ont une grande part de responsabilités dans l’explosion de cette conscience unitaire, faute d’avoir actualisé la pensée critique de Marx dans les développements de son Capital relatifs au fétichisme de la marchandise. Ainsi se construit, en Occident, l’image d’une « classe moyenne urbaine éduquée, adepte de la mondialisation », à laquelle s’opposeraient des « populations rurales rétrogrades et arriérées », qui seraient le frein d’un inéluctable progrès. Selon ce schéma schizonoïaque, le dernier livre du futur président français Macron, élu par la banque Rothschild, porte bien son nom : Révolution. Malgré tous les aléas conjoncturels, toutes les manipulations sémantiques, toutes les falsifications historiques, l’intention structurelle de réconcilier l’humanité avec elle-même demeure le secret de l’impact universel de 1789 et de 1917. La schizonoïa, principale pathologie gangrénant le cerveau collectif occidental, se caractérise par une abolition de la dialectique de totalité comme par la négation de tout devenir historique.

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Les principaux événements contemporains peuvent se lire comme symptômes de cette schizonoïa généralisée. Pareille fausse conscience occulte les antagonismes réels et attise les contradictions secondaires (ethniques ou religieuses), en feignant d’y apporter une solution « révolutionnaire ». Ainsi prolifère un discours de façade sur les droits de l’homme et la démocratie, quand ceux qui le tiennent soumettent la planète aux esclavages requis par l’unique loi du profit maximal. Ainsi l’humanisme officiel déclare-t-il à l’humanité qu’il n’est d’autre expression possible de son identité qu’une existence d’objet producteur et consommateur, hypnotisé par les idoles du marché dont la valeur d’usage est devenue destructrice de la nature comme de la culture. Ainsi, la race élue s’attribue-t-elle un prestige moral usurpé aux damnés de la terre, de la mer et du désert, non sans que ses élites se présentent en victimes du système qu’elles dirigent. Quelle plus caricaturale illustration de la schizonoïa, que le nom donné aux missiles de croisière lancés récemment sur la Syrie par un destroyer américain, nom emprunté au vocabulaire des Amérindiens dont le génocide fut constitutif des États-Unis d’Amérique : Tomahawk ? L’homme le plus puissant du globe ne s’est-il pas prétendu « choqué » par les documents de sa propagande ? N’en a-t-il pas tiré prétexte pour une action de guerre unilatérale et hors-la-loi, déguisée en « combat contre l’injustice » afin de laver un « affront à l’humanité » (ce sont les termes employés par Donald Trump, applaudi par toutes les diplomaties occidentales) ? Cette plaisanterie macabre, suprême exemple de délire schizonoïaque, soulèverait un éclat de rire chez tous les commentateurs politiques, s’ils n’étaient majoritairement affectés par cette maladie.

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La plus vieille contradiction symbolique des mythologies humaines oppose les images de l’enfer et du paradis. L’humanité ne peut-elle être définie comme une tension médiatrice entre les pôles opposés de la divinité et de la bestialité ? Dans ce schéma, la schizonoïa se présente comme une démence, entretenue par ceux qui se revendiquent propriétaires de l’humanité, dans un monde scindé entre winners et losers, élus et damnés, insiders et outsiders. La race élue s’attribue donc les privilèges du paradis, rejetant l’immense majorité du genre humain dans une damnation d’inspiration biblique, tout en prétendant obéir à un plan divin. L’Axe du Bien s’oppose à l’Axe du Mal, sans médiation possible. Ne voit-on d’ailleurs pas, comme à chacune des crises du capitalisme (insolubles toujours hors de vastes dévastations militaires), fondre les « classes moyennes » ? Bernard-Henri Lévy dirige la manœuvre sur les champs de bataille de Bosnie et de Libye, d’Ukraine et de Syrie, depuis son jet privé. Au nom de l’Éternel, un camp revendique l’hégémonie globale sous les apparences d’une instance arbitrale, transcendante et impartiale, qui édicte souverainement les normes idéologiques et morales auxquelles devrait se soumettre l’humanité civilisée dans son combat contre la barbarie.

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Mais quel acte plus absolument barbare qu’Hiroshima ? Je me souviens d’un film russe intitulé « Moscou ne croit pas aux larmes ». Schizonoïaques sont les larmes prétendument versées devant l’image de quelques enfants morts par les actuels complices d’Hiroshima, coupables d’un système faisant périr les enfants par millions faute d’eau potable. Et qui peut ignorer que la première bombe atomique était dirigée contre l’Union soviétique ? L’idée que nous vivons depuis près de trois quarts de siècle sous la protection du feu nucléaire constitue par elle-même une irradiation mentale de l’humanité propice à la schizonoïa. Ces jours-ci paraît en France un rapport salué par les médias du National Intelligence Council américain, dont le titre sonne comme un programme de jeu vidéo : « Le monde en 2035 vu par la CIA ». « Les valeurs américaines adoptées par le monde en 1945 vont-elles rester hégémoniques ? » Telle est la question posée par ce rapport schizonoïaque, selon lequel ne devrait pas se discuter le « leadership » de « valeurs » jamais précisées, dont on sait qu’elles s’incarnèrent en la bombe atomique et en Superman, en Hollywood et en Bubble Gum, en Goldman Sachs et en Coca Cola, en Bill Gates et en Mac Donald, sans autre horizon que le transhumanisme promu par une Silicon Valley programmant la robotisation du genre humain grâce à l’intelligence artificielle de Google et de la NASA.

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La destruction des identités culturelles propres au génie de chaque peuple, au profit d’un marché standardisé dominé par la finance, implique une stratégie du « regime change » à l’échelle planétaire. Encore faut-il que ces manœuvres de l’ombre soient parées d’artifices les faisant passer pour des révolutions populaires. Nous reconnaissons là le « Project for the New American Century » élaboré peu après la fin de l’Union soviétique, et aussitôt mis en œuvre dans les guerres du Golfe, pour entourer Sionland d’un vaste Salafistan. Le document Rebuilding America’s Defense n’envisageait-il pas une dictature militaire mondiale pour assurer la suprématie des États-Unis ? N’est-ce pas l’intuition de ce qu’il allait leur en coûter qui fit les travailleurs américains se détourner d’Hillary Clinton, proche des concepteurs de ce projet, dont on a pu dire qu’il différait du Mein Kampf d’Hitler par le seul fait que ce dernier ne disposait pas de l’armement nucléaire ? Il faut qu’une schizonoïa se soit emparée des esprits pour que la réalisation sous nos yeux d’un tel programme en Irak et en Syrie puisse continuer de se travestir en projet révolutionnaire. La notion de  révolution, niée dans son sens d’ouverture au devenir historique pour l’humanité, quand elle n’est pas utilisée dans les plus vulgaires publicités commerciales, sert donc de vitrine à l’Open Society du philanthrope George Soros. Irak, Yougoslavie, Libye, Syrie, Ukraine, Géorgie : autant de « révolutions » dirigées contre le fantôme de l’Union soviétique. N’était-ce pas l’option du camp socialiste contre une domination de l’économie par les intérêts de la finance qui expliquait les antagonismes de la guerre froide, la surenchère militaire débouchant sur le projet de Stars War, et la victoire de ce que je nomme Kapitotal ?

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Il faut donc parler de pseudocosme pour désigner un système de représentations falsifiées qui occupe le cerveau global sous forme d’un show permanent tenant de la mascarade carnavalesque, où règne une prolifération cancéreuse de bavardages insignifiants, dans le vacarme  d’une sous-culture ordurière. Ce pseudocosme est une image du monde consubstantielle à la schizonoïa. Son origine peut être détectée dans la fausse conscience de la bourgeoisie occidentale au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Communistes et gaullistes avaient constitué la colonne vertébrale de la Résistance en France contre le nazisme. Ils avaient permis qu’avec l’Armée rouge une puissante mâchoire brise la nuque de l’hitlérisme. Ce qui précipita l’entrée en guerre des États-Unis, surpris par l’inattendu dénouement de la bataille de Stalingrad. Cette vérité n’a plus cours en Occident. Car l’intervention américaine avait planifié une colonisation économique, politique et idéologique de l’Europe, concrétisée bientôt par le plan Marshall. Ainsi fut créée l’Union européenne sous domination de l’OTAN, toutes structures dirigées contre l’Union soviétique. Alors commence une période où tout discours politique relève du double langage, puisque les nazis d’hier sont incorporés dans le nouvel espace autoproclamé démocratique, alors que le camp soviétique, véritable vainqueur d’Hitler, est désigné comme nouvel ennemi sous la figure de l’« Empire du Mal ». Le grand Jaurès, fondateur du journal L’Humanité, n’avait-il pas proclamé voici plus de cent ans : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage » ?

Le 17 avril 2017

http://www.spherisme.be/Schizonoia.htm

 

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Bref retour sur les élections hexagonales en cours

Théroigne – LGO 2 mai 2017

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Dans notre précédent post, nous avons emprunté à Antipresse l’article de Fernand Le Pic sur le Maidan à la française, en train de se dérouler sous nos yeux déguisé en élection présidentielle.

Nous l’avons fait parce que nous sommes convaincus du bien-fondé de cette analyse, sauf sur un point de détail ou deux. Que voici :

Le culte de la personnalité d’un chef peut ne pas résulter de la volonté du chef lui-même, lequel peut n’être qu’un otage aux mains de ceux dont il a besoin pour accomplir le moins mauvais travail possible… ou dont il peut ne pas être capable de se séparer. Ce qui est vrai pour Trump a pu l’être pour Staline ou pour n’importe qui, car personne ne gouverne seul. Un jour, quand des historiens rigoureux et de bonne foi s’y seront mis, la vérité, quelle qu’elle soit, sera connue, espérons-le.

Par ailleurs, il est certain que l’embrigadement des jeunes  aux fins d’assurer la réalisation des ambitions – le pouvoir absolu – de féroces vieux squales, qui caractérise absolument toutes les révolutions colorées depuis celles de 1968, a, c’est vrai, eu son équivalent dans la Révolution culturelle chinoise.

Il existe cependant une différence entre celle-ci et celles-là, et elle est de taille : lorsque Mao Tsé Toung a lancé ses jeunes gardes rouges à l’assaut du tissu social chinois pour conforter son pouvoir (menacé par une faction rivale ?), il les avait certes fanatisés, il ne les avait pas préalablement crétinisés. Du fanatisme, on peut guérir. D’une crétinisation réussie, jamais. Or, c’est ce qui a été fait à plusieurs générations de jeunes Français : depuis la fin de la guerre, aucun effort en ce sens n’a été ménagé et ceux qui y ont résisté ont été ostracisés.

Il n’y a pas non plus, à notre connaissance, de preuves que Staline ait décérébré la jeunesse soviétique, ni même qu’il l’ait fanatisée. Qu’il l’ait enrégimentée est une autre affaire, qu’on peut déplorer. Et reconnaître en même temps que c’est précisément cela qui a permis à Vladimir Poutine de sortir la Russie du gouffre où elle était tombée : les écoles de Staline… qu’il ne lui est pas interdit d’améliorer.

Cette parenthèse, parce que la question qui se pose à nous, en France et partout en Europe occidentale, la priorité des priorités, est précisément celle de l’éducation qu’il faut à toute force arracher d’urgence aux griffes des vieux crocodiles humains occupés à faire de nous, par élevage, des fourmis.

Des fourmis ?

Quarante millions d’années sans évolution.

 

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Mieux vaut ne pas dire ce que nous pensons de ceux qui prétendent vouloir combattre Macron demain mais pas aujourd’hui. Ils ne le combattront pas plus demain qu’aujourd’hui et ils le savent. Sous couleur d’anti-fascisme, ils se rendent complices d’un coup d’État nazi.

Insistons lourdement : Madame Le Pen représente un danger local, les autres un danger planétaire. Dans des proportions infiniment pires. C’est elle qu’il faut combattre demain, dans toutes ses intentions anti-égalitaires, après l’avoir élue, et non pas livrer la France pieds et poings liés au gang mondialiste. Nous n’oublions pas que M. Le Pen père a pratiqué la torture. Les autres nagent dans le sang des pauvres jusqu’aux yeux  et s’en flattent.

 

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Abolition de l’esclavage

(Hahaha Hihihi)

Il est de bon ton – M. Claude Ribbes, qui appelle à la manifestation ci-dessous, l’a fait en son temps – de célébrer l’abolition de l’esclavage (des Noirs, en France) à la date du 27 avril 1848 par le Gouvernement provisoire de la deuxième République, sous l’impulsion de Victor Schœlcher.

On s’arrange généralement pour passer sous silence la première abolition officielle de l’esclavage dans l’histoire du monde, le 16 pluviôse an II (4 février 1794) par la Convention Nationale de la première République, sous l’impulsion, principalement, de feu Marat et de Robespierre.

 

Commémoration nationale

de l’esclavage

Paris mercredi

10 mai 2017 à 17 h

 

place du général-Catroux (17e)

(métro Malesherbes ligne 3 bus 94)

En présence de hautes personnalités

 

Inscription obligatoire :

cliquez vite sur le lien ci-dessous pour recevoir votre invitation officielle

http://signup.ymlp266.net/xgejushbgmgh

 

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Claude Ribbes, grand admirateur du général Dumas, commémore donc l’esclavage à la date choisie par le XIXe siècle pour le ré-abolir après la sinistre parenthèse bonapartiste que l’on sait.

Pour nous, le véritable anniversaire de l’abolition, c’est en février et le premier homme d’État nègre de stature internationale, c’est et cela restera Toussaint Louverture, soit dit sans offenser le général Dumas.

Les fils et les petits-fils de Toussaint n’ont certes jamais écrit Les Trois mousquetaires ni La Dame aux camélias, mais en revanche, M. de Lamartine lui a consacré une tragédie en cinq actes en vers (d’accord, elle n’est pas terrible, mais l’intention y était).

 

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Buste de Toussaint Louverture à Bordeaux

 

Si on ne peut ou si on ne veut pas y être, comment commémorer les esclaves autrement que dans le 17e en présence de « hautes personnalités » (des noms !) ?

Il se trouve qu’Anatole Atlas-Lippert tient Patrick Chamoiseau pour le plus grand écrivain de langue française vivant et qu’il lui a consacré, en septembre dernier, sur son site, un hommage à l’occasion de la sortie de La matière de l’absence. Nous le lui empruntons.

 

La matière de l’absence
la présence de l’esprit

 

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Une mélopée spectrale et oraculaire

Toute vision de l’Œil imaginal est archipélagique. Un appel à  l’archipel, dans l’espace et dans le temps. Naissent au regard des îlots de conscience reliés par un immémorial mana, comme d’intermittentes percées d’au-delà. Prendre ces archipels pour objectifs d’une quête orientant l’œuvre d’un Guerrier de l’Imaginaire, exige une expérience aux limites extrêmes de la perception, de la conception, de la divination chamaniques.

Sur un chemin poétique ouvert par Édouard Glissant, lui-même héritier d’Aimé Césaire, le dernier opus de Patrick Chamoiseau créolise comme nul autre avant lui notations sensorielles d’une sidérante acuité concrète (répondant au vœu de Lautréamont : « La poésie doit avoir pour but la vérité pratique »), et développements conceptuels de la plus exigeante abstraction théorique : DigenèseTrace – Relation Tout-monde.

Ces îles extralucides qui émergent dans « le tourbillon des perceptions confuses », sous l’« inaccessible qui pèse sur l’ordinaire du quotidien », dans une lumière qui « dissipe et révèle », Chamoiseau nous en offre une grandiose « trans-apparition ». (« La trans-apparition monte de toutes choses, traverse toutes choses, relie toutes choses entre elles. »)

On ne refuse pas mieux toute assignation à résidence. Assimiler l’auteur à la seule Martinique relèverait de l’illusion d’optique : sa vision n’est-elle pas, tout autant, de Belgique, si les pathologies actuelles s’auscultent aux discours de nos médicastres mondialisés : guérisseurs politiciens, marchands d’élixirs culturels, rebouteux des ondes et gazettes ?

(Ainsi le ministre belge des Affaires étrangères vient-il de préconiser une obligation, pour tout jeune de dix-huit ans, de faire serment d’allégeance aux « valeurs européennes », sous peine de mise au lieu du ban – ce que signifie banlieue. Mais en quels termes au juste est rédigé le contrat social supposé relier les membres d’une communauté civique, dont les plus hauts dirigeants s’inféodent aux « valeurs » de Goldman Sachs ?)

Dans une Europe ayant perdu souvenir de la trace de son propre génie (celui de l’aède qui, d’Homère à Césaire, adopta toujours le point de vue des vaincus), quelle voix peut-elle mieux ranimer la mémoire perdue que celle s’élevant depuis le lieu de cette gigantesque mise au ban que fut la traite négrière, dans une langue supplantant le jargon des vainqueurs ?

Survivre à l’annihilation de leur humanité fit des esclaves nègres les champions d’un « revivre avec l’abîme », démontre Patrick Chamoiseau.

Le conteur créole se tenait au bord de cet abîme. Paradoxalement libéré des chaînes communautaires, il invente une Genèse nouvelle qui lui fait retrouver les conditions d’émergence de la Parole, aussi bien qu’anticiper celle du créateur contemporain. Grâce à l’axe de symétrie que fut la cale-matrice des traversées sans retour, l’auteur nous plonge en la caverne originelle. Jamais ne fut si bien éclairé l’ultime enjeu de Sapiens, qu’il nomme « la conjuration de l’impensable ». Dont il nous gratifie d’un sublime éclat par ce texte en surplomb de toute littérature d’aujourd’hui, jusqu’à « faire de l’impensable une présence chantante ».

Si l’ultime enjeu de l’hominidé se confond à celui de l’écriture, par une réponse à la question « Qu’est-ce qui se passe ? », dans les dimensions de l’espace et du temps, du visible et de l’invisible, de l’ici-bas et de l’au-delà, cette Matière de l’absence délivre une Parole miraculeuse.

Est-ce un hasard si se distille une telle quintessence à l’heure où tombe en poussière la substance de toutes les escroqueries du verbe tenant lieu de discours officiels ? Ce livre a un impact, forme un éjectat, creuse un cratère (titres des 3 parties, tirés de l’astrophysique) presque surnaturels, tant il est une illustration du principe de la Relation venue de l’autre rive, celle qui n’eut jamais droit de cité. La Relation se veut, par définition, critique de la monologique du pouvoir : elle relève d’une dialogique.

Ce roman – car je le lis comme tel – est construit sur un dialogue entre le narrateur et sa sœur, dite la Baronne. Il fait résonner en outre un dialogue entre le Je et le Nous, par la médiation (on pourrait dire créolisation) de la Grappe – ce lien entre l’individu et le collectif qui est une invention poétique, éthique, et peut-être demain politique. Entre le singulier et l’universel, entre ce qui est et ce qui n’est pas, entre la parole autorisée de la puissance coloniale et l’indicible du dominé déshumanisé, se fait ici la théorie du processus créatif en même temps que sa géniale mise en pratique. Entre luminosité et opacité, entre main et pensée, le narrateur met en nouvelle relation l’Afrique et l’Europe, via son Amérique. Ici s’entend « le cri inaugural », dans des sonorités destinées à la postérité… « Comme un retour aux origines d’avant les origines », le voyage de ce livre nous propulse vers l’hypothèse d’un avenir viable, au long d’une veillée funèbre – celle de la Mère – évoquée dans un cimetière par l’auteur et sa sœur aînée. Leurs interrogations vertigineuses opèrent alors « une transmutation de l’absence ». Défilent sous nos yeux mille images du négrillon qu’il fut, dans une explosion de portraits frappant d’inanité toute la galerie des personnages de la littérature française contemporaine.

Car, autour de la défunte, est convoqué le Tout-monde. Non pas tout le monde, mais le tout d’un monde ayant produit la Parole, et l’innumérable cortège d’inventions graphiques et verbales condensées dans la figure de Man Ninotte. C’est le plus fulgurant des portraits qu’on ait vu tracer par un artiste. Jamais la littérature (et la peinture) n’ont donné l’occasion de VOIR une figure aussi puissamment re-présentée. Le mystère d’une telle puissance réside en la concentration de sa présence constituée d’absence.  La gifle au goût bourgeois pour les simulacres de liberté que constitue ce livre, est dans la peinture d’une femme rayonnant de liberté souveraine, en la soumission même aux nécessités quotidiennes d’élever une famille pauvre, quand on descend d’esclaves nègres aux Caraïbes. Cet humble et inventif héroïsme d’une mère n’est pourtant pas l’occasion pour l’auteur de s’épancher aux larmes sur Man Ninotte, tant l’émotion jaillit plutôt de l’ironique distanciation maintenue par le narrateur. Lequel n’hésite pas à conclure, auprès de sa sœur, avoir par trop « radoté », s’excusant de son « verbiage ». Dans l’évocation de la famille réunie autour du cercueil, le conteur créole d’antan ne s’est-il pas invité, dont Patrick Chamoiseau fait une créolisation des premiers fabulateurs en la caverne des origines, et de lui-même en l’espèce de grotte où avait lieu la veillée funèbre ? Bien sûr, il n’est pas seul. Il y a la Grappe : celle des frères et sœurs. Mais aussi celle qu’il forme avec Césaire et Glissant. Nous y captons les pulsations d’un jazz où ont leur part les improvisations d’Abdelkebir Khatibi – qui se revendiquait aussi de la Digenèse –, Abdelwahab Meddeb, Mahmoud Darwich, James Joyce, Borges, Faulkner, Alejo Carpentier, Saint-John Perse, Garcia Marquez, Hector Bianciotti, sans oublier Victor Segalen… Que Chamoiseau soit le plus important écrivain français vivant : c’est un bonheur de le clamer, comme le fut celui de croiser son chemin sur trois continents, depuis que le téléphone d’Hector établit en l’an 2002 notre premier contact. Pénible souvenir que le projet de faire venir Patrick en Belgique ! Un ancien compagnon de tablée à l’Université de Bruxelles venait d’être nommé féticheur de la Culture, de la même tribu libérale que celui des Affaires étrangères plus haut évoqué : un an d’efforts vains. De Biblique des derniers gestes (autre veillée funèbre) à ce dialogue dans un cimetière, s’élargit la vision d’une sépulture abritant la Trace d’un « pays insoupçonné » sous les fastes visibles : réalité que la mélopée de l’aède a mission de ressusciter, dans ses dimensions géographique autant qu’historique. « Les ruines comme spectres d’une splendeur ancienne » ont, pour l’Œil imaginal, valeur oraculaire. Ici se lit une anthropogonie…

Jean-Louis Lippert, septembre 2016

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Mercredi 1 février 2017 à 19H
Maison de la poésie à Paris, avec l’Institut du Tout-monde,
Patrick Chamoiseau prononcera en compagnie d’Isabelle Fruleux une

GRANDE DÉCLARATION SUR LES MIGRANTS.

Une soirée « Itinerrance » proposée par l’Institut du Tout-Monde, avec la participation du Collectif PEROU et du Collectif pour une Politique de la Relation (Bruno Guichard)

Bienvenue à tous.

Réservez – Place limitées.

Impasse Molière – 157 rue Saint Martin – 75003

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À paraître ce mois-ci aux éditions du Seuil

 

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Dernière minute :

 

SCHIZONOÏA (suite)

Ce 1er Mai, la gazette belge de référence affiche en vitrine un ramassis de mots signé par tel ministre libéral, crachotant à propos de cette fête que son parti seul est légitime à se réclamer de la pensée de Marx…

Une si plaisante anecdote fait s’esclaffer côte à côte en leurs tombes à Berlin le vieil Hegel et Brecht, rédigeant de concert leur Phénoménologie de l’absence d’esprit tout en analysant le nouveau logiciel de la Bête… Les propriétaires de la force de travail ne sont-ils pas les mieux habilités pour éclairer la marchandise humaine sur les voies de l’émancipation, pourvu qu’elle pense et rêve selon les vœux d’Emmanuel Macron ?…

La voix de Claire Lejeune fut l’une des seules qui aient osé revendiquer le principe de l’analogie comme consubstantiel au psychisme humain. Cette faculté permet de briser les murailles de MUMMY (Ministères-Universités-Médias), grâce à quoi le paysage mental est sous contrôle des bunkers et miradors de la tour Panoptic. (Ainsi me suis-je autorisé de cette faculté passe-murailles pour analogiser  » Amen  » et  » Amen  » – même mot signifiant  » eau  » dans l’archaïque parler berbère et référant à la foi dans les langues sémitiques.)

Faute qu’ait droit de cité l’analogie règne le paralogisme, indispensable à la prolifération des psychoses contemporaines. Tu ne te soumets pas aux diktats imposés par Goldman Sachs et Rothschild ? Génocidaire !… Une tyrannie financière peut et doit ravager le globe, transformant les dictatures obsolètes en faire-valoir du sinistre total. C’est cela, l’intérêt général conçu par les idéologues de Kapitotal. Quand le paralogisme règne, gouverne la SCHIZONOÏA, dans l’abolition programmée de la logique, de la dialectique et de tout devenir historique.

A.A.

Anatole Atlas oublie quelque chose (et au cas où les Français nourriraient des complexes) :

Le gouvernement belge, par la voix de Charles Michel son Premier ministre, a « regretté » ce jeudi à la Chambre le vote de la Belgique, en début de semaine, pour l’entrée de l’Arabie saoudite dans la Commission du droit des femmes de l’ONU.

L’Arabie saoudite a obtenu le feu vert de 47 des 54 États membres du Conseil économique et social des Nations unies, dont fait partie la Belgique.

Hier, en commission des Affaires étrangères du Parlement, Didier Reynders n’a pas indiqué clairement si la Belgique avait voté « pour » l’élection de l’Arabie saoudite (et 12 autres États) mais l’a fortement sous-entendu, tout en précisant qu’il n’avait pas été tenu au courant et que la décision est intervenue en urgence de la part des diplomates à New York.

(Source : http://www.lesoir.be/1491769/article/actualite/belgique/p… )

 Et courageux en plus !

On attend le dessin de Kroll qui immortalisera ce haut fait.

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Mis en ligne le 2 mai 2017

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,