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13 décembre 2018

Etats-Unis / Russie: un dialogue de sourds qui ne peut que se radicaliser


Russie politics

Karine Bechet-Golovko

Lundi 19 février 2018

Les relations entre les Etats-Unis et la Russie continuent à se dégrader, tant directement (sanctions) que sur les « fronts transversaux » que sont l’Ukraine et la Syrie. D’un autre côté, il n’y a aucune raison pour que la situation se stabilise: le « globalisme américain » ne peut tolérer l’existence d’une résistance, si hésitante soit-elle au risque de ne plus être global et la Russie surfe toujours sur cette hésitation , entre intégration économique et revendication souverainiste.

L’évolution des relations entre les Etats-Unis et la Russie, la radicalisation du discours américain, le calme contenu des répliques russes, tout cela suit une courbe ascendante de tension que rien ne semble, à court terme, pouvoir remettre en cause.

Les Etats-Unis ont accusé 13 Russes d’ingérence dans les processus électoraux, sans pour autant que le procureur Muller ne puisse affirmer un quelconque effet de cette présupposée « ingérence » sur les résultats électoraux de 2016. Le secrétaire général de l’OTAN accuse la Russie de relancer la course aux armements – car elle a l’outrecouidance de ne pas laisser son arsenal vieillir et dépérir. L’Ukraine attaque en toute impunité le bâtiment du Centre culturel russe à Kiev pendant que des enfants y sont, sans que la police n’intervienne, laissant sur les murs cette douce inscription « Mort à la Russie », le tout sur fond d’adoption de la loi de « d’intégration » du Donbass, qui pose la Russie en ennemi et permet la reprise du conflit armé dans des proportions aujourd’hui impossibles. En Syrie, le soutien de la coalition américaine permet de maintenir à flot les groupes terroristes agissant contre l’unité du pays et sa pacification. Ainsi, si l’état islamique a disparu, les deux plus gros groupes extrémistes antérieurement appartenant à Al Qaïda viennent d’annoncer leur regroupement, pendant que les tensions entre les acteurs locaux sont exacerbées par les aides partielles et ciblées des Etats-Unis appportées aux uns contre les autres (Kurdes contre turcs), puis aux autres contre les premiers afin de déstabiliser la situation et de diviser. Finalement, le Département d’Etat envisage de nouvelles sanctions contre les oligarques russes et certaines personnalités politiques, dont les fondements sont flous – mais ils sont Russes.

La Russie, face à cet interventionnisme débridé des Etats-Unis, reste de marbre et semble se barricader dans les limites de la diplomatie et du droit. Ainsi, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, à juste titre, déclare « absurde » les accusations sans fondement des 13 russes. Le président du comité du Conseil de la Fédération déclare que Porochenko est responsable de l’action des nationalistes contre le bâtiment russe et l’ambassade de Russie en Ukraine demande aux Etats-Unis de ne pas soutenir le nationalisme. Pour ce qui concerne la Syrie, la Russie demande aux Etats-Unis  » de ne pas jouer avec le feu », rappelant qu’ils ont des preuves du manque de volonté des américains de combattre Al Nusra. Quant aux sanctions, le ministère des Affaires étrangères russe déclare que depuis 2014, il y a déjà eu 50 vagues de sanctions US contre la Russie, ce qui démontre suffisamment leur inefficacité. La Russie s’est habituée et a trouvé le moyen de minimiser les effets négatifs. En cas de nouvelles sanctions, la politique menée jusque-là ne sera pas modifiée, et si vraiment besion est – des mesures plus fortes pourraient être prises. La Russie déclare et demande. Pendant que les Etats-Unis sont dans l’attaque.

Autrement dit, cette politique légaliste et défensive ne fonctionne pas à court et moyen terme puisque les pressions augmentent et que la situation se dégrade sur les fronts transversaux. A long terme, certes, cette politique peut, peut-être, se révéler la bonne, car les Etats-Unis se discréditent. Mais encore faut-il y arriver à ce (très) long terme … Et y arriver sans trop de pertes. Ou sans pertes irréversibles.

Les hésitations de la Russie à réellement répondre, sans même parler d’adopter une politique offensive, sont parfaitement perçues par l’Occident, qui y voit une possibilité de continuer sans trop de risques réels ses pressions.

Tout se passe comme si la Russie n’assumait pas totalement les conséquences du rattachement de la Crimée en 2014, ou comme si elle n’avait pu imaginer alors que l’Occident serait « froissé » à ce point. Or, sans une vision politique conséquente, les effets positifs du rattachement et de l’affirmation de la Russie à avoir des intérêts stratégiques propres légitimes se retournent contre elles, au lieu d’être politiquement capitalisés. En lançant le gant, il faut accepter le duel et non pas s’habituer à la contorsion.

En tentant de repousser le combat dans les limites de la légalité, la Russie espère éviter le combat. C’est un pari dangereux qui semble, vue la radicalisation, plutôt donner un sentiment d’impunité aux Etats-Unis qui perçoivent la Russie comme un joueur finalement faible, qui voudrait plus faire partie de ce système que de le remettre en cause. Or, les Etats-Unis ne sont pas prêts à intégrer la Russie, un centre de pouvoir existe déjà, et ils ne voient aucune raison pour le partager sans se battre jusqu’au bout, puisque c’est de leur prédominance dont il s’agit.

 

 

 

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Source : Russie Politics
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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,