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21 juin 2018

Pourquoi est-il difficile de réformer le Conseil de Sécurité des Nations unies ?


France-Irak Actualité : actualités sur l’Irak, le Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak, au Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne, enquêtes et informations exclusives.

Pourquoi est-il difficile de réformer le Conseil de Sécurité des Nations unies ?

Publié par Gilles Munier sur 2 Mars 2018,

Catégories : #Palestine, #Gaza, #Nations unies, #Sionisme, #Jérusalem, #Droits de l’homme

 

Par Rima Najjar (revue de presse : Chronique de Palestine – 25/2/18)*

Il est difficile de réformer le Conseil de Sécurité de l’ONU de la même façon qu’il est difficile de réformer tout organe politique.

Les obstacles qui font obstruction sont des préoccupations de politique étrangère des organes impliqués, les pressions exercées par des groupes d’intérêts spéciaux sur les acteurs clés (ceux qui détiennent le droit de veto – voir « Au total, 263 droits de veto ont été exercés depuis 1946, l’année qui suivit la ratification officielle de la charte de l’ONU » et l’argent.

L’ONU a été constituée après la deuxième guerre mondiale comme organisation intergouvernementale pour résoudre les conflits internationaux, « et préserver les générations futures du fléau de la guerre», «proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme», «  pratiquer la tolérance, et vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage», « accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu’il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l’intérêt commun. »

Mais malheureusement, sous la bannière de la paix, l’ONU a contribué à créer injustices et conflits, parce qu’elle est dirigée essentiellement comme une organisation politique. Un bon exemple en est Israël :

On présente communément la naissance d’Israël comme une création de l’ONU, qui avait la faveur du monde, et que l’establishment gouvernemental états-unien approuvait. Toutes ces suppositions sont manifestement incorrectes.

En réalité, tandis que l’Assemblée Générale de l’ONU recommanda la création d’un état juif dans une partie de la Palestine, cette recommandation n’était pas contraignante et ne fut jamais mise en œuvre par le Conseil de Sécurité.

Deuxièmement, l’Assemblée Générale n’adopta cette recommandation qu’après que les partisans d’Israël eurent menacé et soudoyé de nombreux pays afin d’obtenir un vote à la majorité des deux tiers requis.

 

Après la deuxième guerre mondiale, lorsque de plus en plus de pays furent décolonisés (la colonie juive de Palestine est la seule colonie active qui reste aujourd’hui dans le monde), 80 anciennes colonies furent admises à l’ONU, la remodelant. Toutefois, la structure du pouvoir au sein de l’ONU va à l’encontre d’une démocratisation. En qualité de membres permanents du Conseil de Sécurité, la Chine, la France, la fédération de Russie, le Royaume Uni, et les États-Unis utilisent leur droit de veto pour préserver leurs intérêts de politique étrangère, soit individuellement soit collectivement, et ils contrôlent l’ordre international.

Ci-dessous un bref aperçu de comment les États-Unis ont utilisé leur droit de veto

Usage du droit de veto au Conseil de Sécurité:

Les Etats-Unis n’ont utilisé leur veto pour la première fois qu’en 1970, contre une résolution concernant la Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe.

Depuis lors, ils ont utilisé leur veto 79 fois, dont 40 fois pour des questions relatives au Moyen-Orient.

La majorité sont des résolutions qui critiquaient le gouvernement israélien ou ne condamnaient pas les factions palestiniennes armées dans les mêmes termes que ceux employés pour Israël.

Ils ont utilisé leur veto pour la dernière fois pour bloquer une résolution qui qualifierait les activités de peuplement israéliennes en territoire palestinien « d’illégales » et exigerait l’arrêt total de ce type d’activité.

 

Les cinq grandes puissances se sont vu accorder le statut de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU après la deuxième guerre mondiale parce que c’étaient « des puissances majeures parmi les alliés victorieux et des acteurs prédominants dans les relations internationales. Elles ont pris une part active dans les négociations qui ont abouti à l’adoption de la charte de l’ONU qui a établi l’organisation. » (Voir: Sur quelle base le statut de membre permanent du Conseil de sécurité a-t-il été accordé?. Depuis cette époque, les affaires continuent (c’est à dire que le butin revient aux vainqueurs), malgré les propos retentissants de la Charte des Nations Unies.

Ces pays contribuent aussi financièrement de manière significative au système onusien, avec comme seule superpuissance les États-Unis qui mènent la danse. Pour réformer ce système, il ne faut rien de moins qu’une révolution.

Ou alors vous pouvez essayer d’y être admis :

$2,957,000,000: U.S. Taxpayers Will Fund Lion’s Share of UN Budget Again in 2016 (2 957 000 000 000 $: Les contribuables américains financeront à nouveau la part du lion du budget de l’ONU en 2016)

Contrairement à la Chine, le Japon n’est pas un membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU et éprouve depuis longtemps du ressentiment de devoir payer beaucoup plus que la Chine et la Russie pour le fonctionnement de l’ONU, en dépit du fait que la Chine et la Russie jouissent d’une bien plus grande influence du fait de leur statut de membre permanent et du droit de vetoafférant. (Et pour envenimer les choses c’est Beijing qui est le plus grand opposant à l’attribution d’un siège permanent au Conseil de Sécurité à son rival régional.)

 

Rima Najjar est une Palestinienne dont la famille du côté paternel vient du village de Lifta dans la banlieue ouest de Jérusalem, dont les habitants ont été expulsés. C’est une militante, chercheuse et professeure retraitée de littérature anglaise, Université Al-Quds, en Cisjordanie occupée. Ses articles sont publiés ici.

*Source : Chronique de Palestine

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,