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27 mai 2018

Palestine : 70 ans d’occupation et d’humiliation!


France-Irak Actualité : actualités sur l’Irak, le Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak, au Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne, enquêtes et informations exclusives.

Publié par Gilles Munier sur 3 Avril 2018, 07:18am

Catégories : #Palestine, #Gaza, #Jérusalem, #Trump, #Sionisme

The Palestine Post est un quotidien sioniste créé en 1932, devenu Jérusalem Post en 1950

 

Par Maurice Buttin (revue de presse : Courrier du CVPR – janvier/mars 2018)*

L’Etat d’Israël va célébrer ses soixante-dix ans le 15 mai prochain.

Pour le peuple palestinien, non pas cinquante et un an d’occupation depuis 1967, mais bien soixante-dix ans d’occupation, de répression, d’humiliation. Soyons clair, pour les Palestiniens – musulmans, chrétiens, ou non croyants – qu’ils demeurent en Palestine (Cisjordanie, Jérusalem, Gaza, occupés), en Israël, dans les camps de « réfugiés » (expulsés), ou dans la diaspora, la situation d’injustice est la même, si vécue autrement. Une différence de degré, pas de nature !

La première humiliation remonte pour tous au partage inique de novembre 1947, qui devait être suivi de l’occupation du pays en trois étapes : 1947-48 ; 1948-49 ; 1967-2018. De 1948 à 1949, la défaite des armées arabes fut leur deuxième humiliation : l’occupation de 23 % en plus de leur terre ; l’expulsion, dûment prévue – le plan Daleth – de plus de 700 000 d’entre eux ; la destruction systématique de 530 de leurs villages. La troisième humiliation, en juin 19367 : la « Guerre des Six jours », qui permettait aux sionistes de réaliser leur plan : l’occupation de toute la Palestine.

Quelle est donc la situation des Palestiniens dans l’Etat d’Israël stricto sensu ? 

Jusqu’en 1966, ils vécurent sous un strict régime militaire. Ils virent les Israéliens profiter des circonstances pour s’emparer de leurs terres au bénéfice de la loi des Absents, les Palestiniens chassés de leur pays… Des terres furent aussi saisies à ceux qui s’étaient réfugiés dans des villes ou villages voisins. Pour Israël, ils étaient devenus des « présents absents » ! Cette politique se poursuivit pendant des années. La population palestinienne, très majoritairement agricole, disposait de 94 % de la terre. Elle n’en possède plus que 3 %. Très attachée à cette terre, comment ne pas comprendre qu’il y a là, pour ces Palestiniens d’Israël, une véritable occupation humiliante de leur pays ?

Le 19 février 1976, le Gouvernement décida de confisquer de nouvelles terres en Galilée. Les Palestiniens répliquèrent par une grève générale, fixée au 30 mars 1976.
En dépit des menaces, la grève eut lieu. La présence de l’armée la transforma en manifestation, puis en révolte. Bilan de cette journée : 6 Palestiniens tués, des centaines blessés, des centaines arrêtés. Le « Jour de la Terre », désormais célébré chaque année le 30 mars, en Israël,  comme en Cisjordanie, à Jérusalem ou à Gaza, marque la résurrection politique des Palestiniens d’Israël, « ces oubliés que l’on croyait éteints, brisés, résignés sinon intégrés« , comme l’a écrit Ilan Halevi (1)

Si depuis 1966 leur niveau de vie s’est élevé, s’il est supérieur à celui des Palestiniens de Cisjordanie, et sans comparaison avec celui de ceux de Gaza, il n’en demeure pas moins qu’il est le tiers de celui des juifs. Par ailleurs, « citoyens d’Israël » comme eux, ils n’en sont pas des « nationaux » comme ceux-ci. Officiellement, ils ont les mêmes droits. En fait, une cinquantaine de lois spécifiques les concernent. S’ils représentent plus d’un cinquième de la population, leurs enfants ne sont guère plus de 7 ou 8 % admis dans les Universités. Leurs municipalités ne reçoivent pas les mêmes dotations que les cités juives. Il suffit de se promener pour constater l’immense différence entre un village arabe et une ville juive : de la terre et des pierres d’un côté, de beaux gazons de l’autre… Ces Palestiniens qui vivent dans ce pays, leur pays, depuis des centaines d’années, les Israéliens refusent de les appeler par leur nom. Ils sont évoqués, d‘une manière plutôt méprisante, comme « Les Arabes d’Israël ». Leur identité propre leur est refusée. Tout est tenté pour les « dépalestinisés ». En vain certes !

Quelle est donc la situation des Palestiniens dans l’Etat de Palestine occupé ? 

Cette occupation s’est renforcée, chaque année, depuis juin 1967. Des dizaines de colonies ont été créées, plus de 600 000 Israéliens juifs s’y sont installés, dont 200 000 à Jérusalem-Esrt. Il ne reste plus aux Palestiniens qu’environ 10 % de la surface du mandat. Comme le notait le président de Sabeel (1), Naïm Ateek (2) : « Israël ressemble à un bulldozer défonçant la Palestine et s’en emparant peu à peu… Israël ne s’est jamais contenté de ce qu’il avait… Il a voulu le pays sans sa population autochtone ».

Nul n’ignore les conséquences humiliantes de cette occupation : des attentes interminables aux checkpoints, au bon vouloir du soldat de service ; des emprisonnements ; des détentions administratives ; des tortures ; des transferts de population, en particulier dans la vallée du Jourdain et à Jérusalem ; un réseau de routes pour « Israéliens seulement » ; des destructions d’habitations et d’infrastructures, notamment celles financées par l’U.E. (donc par nos impôts !) ; des arrachages d’arbres fruitiers ; la construction du « mur de la honte » ; des couvre-feu ; la haine et la violence des colons ; etc. Et tout cela, en toute impunité ! Ce qui survalue chacun des occupants israéliens.

La situation est donc la même à Jérusalem. Là, au surplus, les Palestiniens, dont les familles y vivent depuis des siècles, ne sont plus que des « résidents ». C’est à pleurer !

Chacun connait aussi la situation de Gaza : une prison à ciel ouvert pour presque 2 millions de Palestiniens, à la veille d’une très grave crise humanitaire !

Il ne s’agit pas, pour autant, d’évoquer un génocide du peuple palestinien. En revanche, son sociocide est incontestable : les sionistes font tout pour l’abaisser, l’humilier, voire le déshumaniser et si possible le chasser de sa terre. Et, le simple rappel de tous ces constats correspond tout simplement au « crime d’apartheid », défini dans la Convention de 1973 et dans l’article 7 du Statut de Rome.

*Maitre Maurice Buttin est président du CVPR PO  (Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient)

(1) Dans son livre « Sous Israël la Palestine« .

(2) Sabeel : créé en 1994, c’est un Centre œcuménique de Théologie de la Libération établi à Jérusalem.
(3) Le 5 juin 2017, dans une « Déclaration sur 50 ans d’occupation »

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,