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15 décembre 2018

Etats-Unis: Pour rivaliser avec l’AIPAC, Sheldon Adelson finance des lobbies pro-israéliens extrémistes


France-Irak Actualité : actualités sur l’Irak, le Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak, au Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne, enquêtes et informations exclusives.

Publié par Gilles Munier sur 1 Octobre 2018,

Catégories : #Sionisme, #Israël, #Palestine, #BDS, #Trump, #Jérusalem, #Iran

« Israël et le judaïsme », par Allan C. Brownfeld (revue de presse : Washington Report on Middle East Affairs – mars/avril 2018)*

Devant le soutien faiblissant des juifs américains pour le gouvernement israélien et ses 50 ans d’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, le magnat du jeu de Las Vegas, Sheldon Adelson, a redoublé d’effort pour défendre le gouvernement israélien de droite et empêcher la création d’un état palestinien.

En tant que contributeur principal de l’AIPAC, Adelson a financé de nombreux voyages de membres du Congrès en Israël, sponsorisés par des organisations éducatives affiliées à l’AIPAC, et a contribué à l’édification de ses nouveaux et somptueux quartiers généraux à Washington. Mais, en  novembre 2007, il a appris que l’AIPAC soutenait une lettre du Congrès demandant à l’administration Bush d’augmenter l’aide économique versée aux Palestiniens, une initiative soutenue par le gouvernement israélien.

ZOA et IAC

Furieux, et ayant toujours rejeté l’idée de la solution de deux états, Adelson déclara qu’il n’existait pas de peuple palestinien. Il a alors apporté son soutien financier à l’organisation d’extrême droite Zionist Organization of America (Organisation Sioniste AméricaineZOA) – qui s’opposait à la conférence de paix de 2007 à Annapolis. Avec le soutien d’Adelson, la ZOA publia une page entière portant le titre : « Secrétaire Rice ne faites pas la promotion d’un Etat pour les Palestiniens ».

Adelson a trouvé dans l’IAC un moyen plus efficace pour promouvoir ses idées. L’IAC a été créé en 2007 à Los Angeles en tant qu’organisation sans but lucratif dont l’objectif est d’organiser la communauté locale, qui compte environ 200 000 Israéliens ou ex-Israéliens vivant aux alentours. L’AIC s’est présenté comme une organisation bipartisane, sans affiliation politique. Tout cela a changé en 2013, lorsque son co-fondateur et PDG Shoham Nicolet, a écrit dans le Times of Israël : « Le Dr. Miriam et Sheldon Adelson ont été présenté à l’AIC et ont offert de collaborer à son expansion au niveau national. Lors d’une soirée chez eux, plusieurs mois avant l’élection présidentielle de l’an dernier, M. Adelson, a souri et déclaré devant un public de l’IAC : « vous savez pour qui Dr. Miriam et moi-même avons voté, ce n’est probablement pas un secret. L’audience a ri… Il a continué en mettant l’accent sur le fait que pour gagner la bataille pour Israël et le futur du peuple juif, tout le monde doit faire partie de l‘IAC – Démocrates comme Républicains ».

« Si Israël n’est pas démocratique, où est le problème ? » 

Initialement, Haim Saban, un autre milliardaire soutenant Israël, qui a largement contribué  à la campagne présidentielle d’Hillary Clinton, et comme Mirian Adelson, un américano-israélien, était impliqué dans l’IAC. Saban et Adelson partagent la même ligne politique dure sur l’Iran. Ainsi, lors d’une réunion de l’IAC en 2014, Saban a déclaré « qu’Israël devrait bombarder ces fils de putes ». Mais, ils sont en désaccord sur la Palestine. Saban ayant indiqué que sans la solution de deux Etats, Israël aurait à choisir entre devenir un Etat juif ou démocratique. Ce à quoi Adelson a répondu « Si Israël n’est pas démocratique, où est le problème ? ». Un an plus tard, en octobre 2015, Sabana a mis fin à son soutien à l’IAC.

Dans son édition du 31 octobre 2017, le journal israélien Haaretz titrait « le groupe d’influence AIC financé par Adelson pourrait rivaliser avec AIPAC ». Haaretz expliquait : « l’IAC a des visées sur le Congrès. En 2016, un autre lobby, la Coalition Israélo-Américaine pour l’Action, a été créé. Son objectif est de convaincre les membres du Congrès sur de la dangerosité de l’Iran et de combattre  Boycott, Désinvestissement Sanctions (BDS) »

Selon le New York Jewish Week, « l’IAC est  l’architecte des lois anti-BDS ».

Pour montrer son influence politique grandissante dans le pays, la conférence de l’AIC de 2017 a fait intervenir, pour la première fois, un membre haut placé de l’administration américaine, l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies Nikki Haley, ainsi que l’ambassadeur d’Israël à Washington Danny Danon. Les autres conférenciers incluaient le ministre israélien d’extrême droite de l’Education Nationale Naftali Bennett, ainsi que Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires Etrangères et membre du parlement du Likoud. Elle s’est fait remarquer pour son attaque des Américano- israéliens qu’elle a accusé de s’assimiler dans la société américaine et de ne pas comprendre Israël parcr qu’ils « ils n’envoient jamais leurs enfants se battre pour leur pays ». Elle a  été critiquée pour ces déclarations par Netanyahou et par le président israélien Reuven Rivlin, qui, pourtant, a décrit le judaïsme réformé comme de « l’idolâtrie » et non du « judaïsme », mais aucune de la part de Sheldon Adelson.

Mise au ban du lobby juif libéral J Street

L’IAC n’est pas la seule organisation qui cherche à museler l’opposition à la politique d’occupation israélienne et à promouvoir les intérêts du mouvement de colonisation. L’organisation Epsilon Pi, ou AEPi, également connue sous le nom de “Fraternité juive”, se déploie en Israël. Elle y a récemment ouvert une troisième branche, à l’université de Tel Aviv, la plus grande institution académique du pays. Les autres sont déjà actives au sein du  Interdisciplinary Center à Herzliya connu pour représenter une communauté étudiante anglophone importante, et à la Hebrew University à Jérusalem. Alors qu’officiellement sans affiliation politique, l’AEPi fonctionne grâce  à des fonds reçus d’Adelson. Selon The Forward, « elle a joué un rôle dans la mise au ban du lobby libérale J Street en l’empêchant de faire partie de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines ».

Le rabbin Shmuley Boteach et son groupe, The World Values Network, est un autre groupe qui bénéficie des largesses d’Adelson. Il publie des annonces pleine page accusant ceux qui critiquent Israël  d’être des « antisémites ». Selon The Guardian, « Boteach a accusé de nombreuses personnalités haut placées ainsi que des institutions avec lesquels il est en désaccord sur la question d’Israël et de l’occupation israélienne d’être antisémites, y compris l’ancien secrétaire d’Etat John Kerry qu’il accusait « de dévaloriser la vie des Juifs » et « de justifier l’effusion de sang juif » dans le but d’obtenir un accord nucléaire avec l’Iran ».

Etrangement, le leader de l’extrême droite Richard Spencer a fait l’éloge d’Israël et de sa politique ethnocentrique – un modèle de vertu pour la société aryenne qu’il voudrait créer aux Etats-Unis. S’exprimant à l’Université de Floride en octobre dernier, il a dit : « l’état ethnique le plus révélateur et révolutionnaire, ma source d’inspiration… est l’Etat juif d’Israël… l’Etat juif d’Israël n’est pas un état comme un autre au Moyen-Orient. C’est LE pays pour les juifs dans le pays et dans le monde ». Il a comparé son désir d’une enclave pour blancs en Amérique du Nord à du «  Sionisme blanc ».

Adelson est impatient

Avant que le Président Trump ne décide de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’Etat d’Israël, Eli Clifton a écrit dans le journal israélien +972 que le principal sponsor de la campagne électorale de Trump, le milliardaire et magnat du jeu Sheldon Adelson, montrait des signes d’impatience devant la lenteur du transfert de l’ambassade par Trump… Adelson était, dit-on, furieux avec le secrétaire d’Etat Rex Tillerson ait suggéré lors d’un briefing médiatique en mai que le transfert de l’ambassade soitt lié au processus de paix. Adelson et sa femme Miriam ont versé plus de 80 millions de dollars aux Républicains en 2016 et 15 millions de dollars pour la cérémonie d’inauguration de Trump… Selon Newt Gingrich, en 2012, le soutien inconditionnel à Israël était la « valeur clé » du Super PAC constitué par Adelson pour financer sa campagne présidentielle.

Adelson a déclaré un jour que bien qu’il ait servi dans l’armée américaine, il aurait aimé que ce fut l’armée israélienne. Il a versé plus de 200 millions de dollars à Israel Hayom, un tabloïd gratuit déficitaire, crée en 2007. Il est maintenant le fort tirage d’Israël, connu sous le nom « Bibiton » ou « Bibiton-daily ». Le rôle du journal dans la campagne électorale de Netanyahou en 2009 a été tellement visible que ses adversaires ont demandé une investigation sur le financement de sa campagne dans le cadre de la nouvelle loi de financement électorale israélienne.

En fait, Adelson a toujours été plus à droite que Netanyahou. Il a publiquement critiqué son discours en 2009 à l’université Bar Ilan dans lequel il prêchait la politique officielle du gouvernement de deux Etats.

En finançant les partis politiques à la fois aux Etats-Unis et en Israël, Sheldon Adelson apparaît comme un arbitre dans la politique moyen-orientale de ces deuc Etats. Résultats : les intérêts à long terme des Etats-Unis comme d’Israël sont menacés, les lois internationales répudiées, et les arguments favorisant une solution juste du conflit entre Israéliens et Palestiniens ont été rejetés.

Allan C. Brownfeld est rédacteur en chef adjoint de Lincoln Review, revue publiée par le Lincoln Institute for Research and Education et rédacteur en chef de la revue trimestrielle American Council for Judaism.

*Source : Washington Report on Middle East Affairs  

Traduction et Synthèse: Z.E pour France-Irak Actualité

Intertitres : AFI-Flash

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,