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15 décembre 2018

Des Gilets Jaunes consciencieusement tabassés par des CRS


 

C’était dans un fastfood, le 1er décembre à Paris. Vidéos et témoignage

paru dans lundimatin#168, le 7 décembre 2018

Les dégradations occasionnées par l’irruption des Gilets Jaunes à Paris le 1er décembre ont évidemment pris beaucoup de place dans le traitement médiatique de cette journée. Quelques voix se sont élevées pour inviter à relativiser cette violence, en la rapportant à la violence systémique quotidienne que subissent les personnes qui manifestent ces derniers jours.

Ajoutons que les images de moulages en plâtre dégradés dans l’Arc de Triomphe prennent le pas sur celles des corps de manifestants frappés, le même jour, par les forces de l’ordre. C’est indécent.

On sait aujourd’hui qu’un GJ toulousain est toujours dans le coma après avoir été touché au visage par un tir de flashball. Une femme est morte à Marseille – le procureur de la République continue de nier que le « choc frontal » provoqué par une grenade lacrymogène serait à l’origine de son décès. Plusieurs personnes ont été mutilées dans plusieurs villes de France (doigts arrachés par des grenades, oeil crevé par un matraquage, joue ouverte par une balle de lbd : nous recensons un certain nombre de ces blessures dans un autre article).

A Paris, selon le journal l’Express, certains CRS auraient reçu des consignes incitant à augmenter le « niveau d’engagement » :

Selon les informations de L’Express, les unités de CRS au contact direct des casseurs auraient reçu la consigne de procéder à des tirs tendus de lanceurs lacrymogènes à hauteur d’homme. « C’est la première fois que je reçois un tel ordre, souligne un CRS présent sur le terrain samedi. C’est normalement proscrit, car cela va à l’encontre des règles de sécurité. On procède plutôt à des tirs au ras du sol. Mais là, les unités étaient en péril… »

Pourtant, les syndicats policiers demandent une liberté d’action supplémentaire pour samedi prochain. Par exemple le SCPN (commissaires de police) réclame « une confiance absolue des politiques et de la justice en cas de légitime défense ». En somme d’être couverts au cas où ils feraient usage de leurs armes de service.

Dans ce contexte, il faut rappeler quel était déjà le niveau de violence des forces de l’ordre samedi dernier. Parmi les trop nombreuses vidéos de violences qui ont circulé sur les réseaux sociaux ces deux dernier jours, il y a les trois qui suivent. Elles montrent un groupe de CRS rentrant dans un restaurant. Ils en sortent les GJs qui s’y étaient réfugiés et les frappent à coup de poing, de pied et de matraque. Ensuite ils s’acharnent sur un GJ resté à l’intérieur, qui est allongé au sol, et ne leur oppose aucune résistance. Enfin ils rentrent dans un second restaurant, situé en face, pour en extraire violemment d’autres Gilets Jaunes.

Boris Allin, photographe notamment pour Libération et qui couvrait la manifestation, était présent dans le Burger King de Wagram au moment où les forces de l’ordre y ont pénétré. S’il n’a pas été frappé, il nous a expliqué avoir « halluciné de la manière dont ils ont défoncé les gens ». Les policiers n’ont à aucun moment cherché à arrêter les manifestants, ils les ont simplement tapé, puis sorti un à un du restaurant en les frappant à nouveau. Le photographe a effectué un signalement à l’IGPN et a posté sur son compte Facebook le témoignage qui suit :

Samedi soir avec M. et A. nous nous sommes réfugiés dans ce Burger King parce que dehors (même avec les masques à gaz) nous n’arrivions plus à respirer à cause des lacrymogènes.
Dans le fast food, tout le monde était en train de gerber.
A l’intérieur, rien n’a été dégradé (à part la porte d’entrée mais c’était un cas de force majeur).
Rien n’a été volé.
L’agent de sécurité nous a même donné de l’eau, il a été trés pro et assez serein au final compte tenu de la situation.
Quand on a vu les CRS au bord du resto on a tous levé les mains en l’air.
Mais dès que les flics sont rentrés ça a viré à l’expédition punitive.
Avec les gars on est sorti en premier en gueulant qu’on était journalistes, y’a qu’Adrien qui a mangé de la matraque (bah ouais le plus petit).
Malheureusement les gens qui étaient avec nous n’ont pas eu autant de chance. Ils se sont fait lourdement cogner à l’intérieur PUIS à l’extérieur où le reste de la brigade tabassait les gens à coup de tonfa. C’était l’étape obligatoire pour sortir passer par un tunel de 4 ou 5 CRS qui tapaient, tapaient et tapaient encore.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes abrutis qu’on voit dans une autre vidéo vider un bar (le bar d’en face) de ses clients parce qu’ils ont un gilet jaune.

Mais bon tout va bien manu a même décidé de donner une prime à ces batards. Et qu’on ne vienne pas me dire « ouin ouin les casseurs ils leur ont envoyé des pavés ouin ouin ». Le role de la police c’est de servir. Celui de punir, dans un état de droit, il revient exclusivement à la Justice.

[La photo en tête de cet article est aussi de Boris Allin. Elle a été prise alors qu’il était déjà sorti du fastfood.]

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,