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16 février 2019

De Tripoli à Caracas


France-Irak Actualité : actualités sur l’Irak, le Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak, au Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne, enquêtes et informations exclusives.

Publié par Gilles Munier sur 10 Février 2019,

Catégories : #Libye, #Kadhafi, #Vénezuela, #Chavez, #Maduro, #Trump, #Macron

Note d’analyse de Leslie Varenne (revue de presse : IVERIS – 6/2/19)*

Ce qui est surprenant dans le scénario vénézuélien qui se dessine c’est à quel point les similitudes sont grandes avec celui qui s’est déroulé en Libye en 2011.

Le 23 janvier 2019, contre toute attente et surtout contre le droit international, Juan Guaido, le tout nouvellement élu (5 janvier 2019) président du parlement de Caracas, s’autoproclame président de la République par intérim. Il est immédiatement adoubé par les Etats-Unis, ses alliés occidentaux et onze membres sur quatorze du groupe de Lima (1).

Le 26 janvier 2019, Paris, Berlin et Rome lancent un ultimatum au président Maduro l’enjoignant d’annoncer une élection présidentielle sous huit jours faute de quoi, ils reconnaîtront Juan Guaido comme « président en charge » (2). Le 31 janvier, l’Union européenne crée un groupe de contact chargé d’accompagner l’organisation d’élections. Ce groupe est composé de plusieurs pays européens et du groupe de Lima (3). La première réunion aura lieu le 7 février à Montevideo.

Le 22 janvier 2019, l’UE impose des sanctions à sept hauts responsables vénézuéliens et gèle leurs avoirs (4).

Le 28 janvier 2019, les Etats-Unis sanctionnent une entreprise pétrolière appartenant à l’Etat vénézuélien, Petroleos de Venezuela SA, dans le but de transférer le contrôle de cette compagnie à l’opposition (5). Puis, dans un même mouvement, les autorités américaines et Juan Guaido tentent de faire main basse sur sa filiale américaine Citgo (6).

Scénario libyen

Le 5 mars 2011, un mystérieux Conseil National de Transition (CNT) voit le jour et déclare être la seule autorité représentative en Libye. Cinq jours plus tard, la France reconnaît le CNT, suivi le lendemain par l’Union européenne, puis par le Qatar. Si John McCain n’adoube cet étrange attelage, parmi lesquels figurent des islamistes radicaux, qu’à la fin avril 2011, c’est seulement pour ne pas donner l’impression d’être à la manœuvre, soucieux de ne pas prendre de retours de bâtons en cas d’échec. Les Américains ont envoyé leurs alliés en première ligne, mettant ainsi en application leur doctrine « empreinte légère » (7).

Le 26 février 2011, le Conseil de Sécurité de l’ONU impose des sanctions aux proches de Kadhafi et le gel de leurs avoirs, en réalité, ce qui est appelé les avoirs de Kadhafi sont ceux de l’Etat libyen, deux jours plus tard, l’UE approuve et met en place ces mesures (8).

Le 29 mars 2011, à Londres est créé un groupe de contact sur la Libye avec la participation de l’OTAN, il se propose d’être un organe pour faire le lien entre les parties libyennes et la « communauté internationale » Le 13 avril 2011, ce groupe se retrouve à Doha et crée le Mécanisme Financier Temporaire (TMF) pour financer le CNT. Ce mécanisme permettra de reverser sous forme de prêts ou tout simplement de dégel, une partie des avoirs libyens au CNT (8).

A ce jour, les centaines de millions déversés au CNT ont disparu dans la nature, et il est impossible de savoir ce que deviennent les centaines de milliards gelés dormant dans les banques ou les entreprises occidentales. La presse Belge est la seule à avoir trouvé quelques éléments dans un dossier sur lequel pèse une lourde chape de plomb. Comme l’IVERIS le rappelait dans un article intitulé « Argent public libyen, le mystère reste entier », le journal le Vif.Be rapportait que 10 des 16 milliards libyens gelés détenus en Belgique avait disparu, il écrivait également que les Nations Unies avaient imposé un blackout total sur ces transferts de fonds.

Le trésor de Caracas

Dès lors le président Maduro, quel que soit son bilan, au passage peu reluisant, a-t-il tort lorsqu’il déclare : « Quel est le casus belli de Donald Trump contre le Venezuela ? Le casus belli est le pétrole du Venezuela, les richesses du Venezuela, son or, son gaz, son fer, ses diamants et d’autres richesses matérielles. » ?

En 2011, trois ans après la crise financière, les fonds libyens ont permis aux banques et aux sociétés occidentales de se renflouer à peu de frais. Actuellement, de nombreux experts, comme Jean-Luc Baslé, ou même la directrice du FMI, Christine Lagarde, s’accordent à dire qu’une autre grande crise, pire que la précédente, couve (11). Donald Trump l’anticiperait-il ?

Cette entreprise réussira-t-elle ? Depuis 2011, le monde a changé, l’hyperpuissance américaine s’est affaiblie, l’Europe aussi, d’autant qu’elle est aujourd’hui divisée, l’Italie n’a pas reconnu Juan Guaido et a bloqué une résolution de l’UE sur le Venezuela (12). L’ONU n’a pas répondu présente, le doigt sur la couture du pantalon, comme elle a pu le faire dans le passé ; Antonio Guterrez a souhaité garder une position neutre et parie sur le dialogue (13).  La Chine et la Russie qui avaient voté la résolution 1970 du Conseil de Sécurité sur les sanctions et le gel des avoirs libyens, puis s’étaient abstenus sur la résolution 1973, n’entendent plus répéter les mêmes erreurs. D’autant que ces deux Etats sont de très importants créanciers de Caracas, à hauteur respectivement de 28 milliards de dollars et 8 milliards de dollars (14). Si le scénario libyen se répétait, ces deux pays verraient leurs dettes partir en fumée et Donald Trump ferait d’une pierre deux coups : il renflouerait les caisses des Etats-Unis et gagnerait une manche dans sa guerre commerciale avec la Chine…

Pendant ce temps, la Libye est toujours en proie à un chaos indescriptible et les Nations Unies cherchent 202 millions d’euros pour lancer un grand plan d’action humanitaire chargé de venir en aide à un demi-million de Libyens (15)…

(1)( https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_de_Lima)
(2)http://www.leparisien.fr/international/venezuela-paris-madrid-et-berlin-reconnaitront-guaido-faute-d-elections-annoncees-d-ici-8-jours-26-01-2019-7997385.php

(3) https://www.lecho.be/economie-politique/europe/general/l-europe-cree-un-groupe-de-contact-sur-le-venezuela/10093060.html

(4) http://www.rfi.fr/ameriques/20180123-venezuela-sanctions-financieres-union-europeenne-gel-avoirs

(5) https://www.cnbc.com/2019/01/28/treasury-set-to-sanction-venezuela-state-owned-oil-firm-sen-rubio.html

(6) https://francais.rt.com/economie/58659-guaido-etats-unis-tentent-faire-main-basse-petrole-venezuelien

(7) https://www.lepoint.fr/invites-du-point/caroline-galacteros/l-empreinte-legere-ce-que-cache-la-nouvelle-strategie-americaine-1-27-11-2014-1884916_2425.php

(8) http://www.rfi.fr/afrique/20110302-le-gel-avoirs-libyens-une-procedure-complexe

(9) https://www.iveris.eu/list/etudes_et_rapports/53-le_tresor_du_guide

(10) https://francais.rt.com/international/58805-maduro-rt-richesses-venezuela-sont-cause-ing%C3%A9rence-americaine-exclusif

(11)https://trends.levif.be/economie/politique-economique/le-fmi-met-en-garde-contre-une-crise-financiere-brutale/article-normal-689347.html?cookie_check=1549445848

(12)https://www.nouvelobs.com/monde/20190204.OBS9627/l-italie-ne-reconnait-pas-guaido-president-du-venezuela-et-bloque-une-position-commune-de-l-ue.html

(13) https://www.20min.ch/ro/news/monde/story/L-ONU-garde-sa-neutralite-et–parie-sur-le-dialogue–23997894

(14)http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/11/14/97002-20171114FILWWW00110-dette-du-venezuela-chine-coopere-normalement-avec-caracas.php

(15) http://french.china.org.cn/foreign/txt/2019-02/06/content_74443385.htm

 

*Source : IVERIS

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,