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29 novembre 2021

Entre islamistes et fils Kadhafi : des élections en Libye sous l’œil de Moscou…et d’Ankara Ingérence


Entre islamistes et fils Kadhafi : des élections en Libye sous l'œil de Moscou...et d'Ankara
Saïf al-Islam Kadhafi a créé l’événement deux jours à peine après le sommet de Paris du 12 novembre, qui avait exhorté les Libyens à tenir des élections « inclusives et crédibles ».
AFP
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Dans un pays toujours aussi divisé et marqué par le chaos des années post-Kadhafi, l’élection présidentielle prévue le 24 décembre prochain suscite un début d’intérêt chez les Libyens. Les candidatures se multiplient, dont celle du second fils de l’ancien dictateur. Mais couvés par Erdogan, les Frères musulmans menacent la tenue du scrutin.

Barbe poivre et sel, drapé dans son abaya [robe longue] couleur sable, l’œil aux aguets, Saïf al-Islam Kadhafi a créé l’événement deux jours à peine après le sommet de Paris du 12 novembre, qui avait exhorté les Libyens à tenir des élections « inclusives et crédibles ». Entouré de quelques fidèles et de son avocat, il a dûment rempli et signé de sa main à l’index amputé les documents pour sa candidature à l’élection présidentielle du 24 décembre prochain.

La rumeur annonçait d’abord son retour à Zintan, dans le nord-ouest de la Libye. Mais Saïf al-Islam, toujours recherché par la Cour pénale internationale (CPI), est apparu en plein cœur du Fezzan, à Sebha, dans le sud libyen, longtemps le fief de sa tribu, les Kadhafa. Imprudence ? Pas vraiment car la région est sécurisée par les unités de l’Armée nationale libyenne (ANL) sous contrôle de l’homme fort de l’Est libyen, Khalifa Haftar. L’un de ses fils, Saddam Haftar, était d’ailleurs « en inspection » dans la région. Mieux, le responsable de la sécurité de la ville en a référé à son supérieur, le ministre de l’Intérieur du gouvernement de transition ainsi qu’au procureur général, sans que cela ne soulève d’objections. Certains affirment même que sur son trajet vers Sebha, le fils du défunt Guide a bénéficié d’une escorte de Wagner, le groupe militaire privé contrôlé par Moscou.

Pur hasard du calendrier, on a assisté en même temps au retour au pays de deux revenants: Béchir Saleh, le « Monsieur Afrique » de Kadhafi arrivé à Sebha à bord d’un jet privé habituellement utilisé par… Saddam Haftar. Et Mohamed Sharif, dignitaire de l’ancien régime et président de l’Association mondiale pour l’appel islamique. Ce dernier est un proche de Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste tunisien Ennahdha et de feu Hassan al-Tourabi, le leader des Frères musulmans soudanais. Les deux « revenants » ont, eux aussi, soumis leurs candidatures pour briguer la présidence.

Une délégation de militaires russes reçus à la base de Mitiga

Pendant que Saif al-Islam Kadhafi braquait tous les regards et les caméras sur le Fezzan, dans la capitale, le chef d’état-major des autorités de Tripoli recevait une délégation de militaires russes, dirigée par le lieutenant général Alekseï Kim, le numéro 2 des forces terrestres. Une première en dix ans, qui a eu pour cadre la base de Mitiga… sous contrôle des troupes turques. Cet officier, vétéran de l’Afghanistan et de la guerre en Tchétchénie dirige depuis 2017 le Centre de réconciliation pour la Syrie en charge des négociations de paix entre le régime de Bachar al-Assad et l’opposition, une organisation qui agit en coordination étroite avec les Turcs.

Plus que jamais, ces derniers renforcent leurs positions en Libye. Preuve de l’implication d’Ankara: Recep Tayyip Erdogan a ouvertement boudé le sommet de Paris du 12 novembre, préférant ce jour-là recevoir Khaled Meshri le président du Haut Conseil d’État libyen, dominé par les Frères musulmans. Celui-ci continue pourtant d’appeler les « révolutionnaires » de Tripoli et Misrata à bloquer les bureaux de la Commission électorale et n’hésite pas non plus à promettre un retour à la guerre si les élections ont lieu sur la base des textes actuels, qu’il estime illégaux.

En attendant, tout en suscitant la polémique, la candidature de Saif al-Islam semble avoir décuplé l’engouement pour les élections. En deux jours, le nombre de Libyens ayant retiré leurs cartes d’électeurs a doublé. Au soir du 17 novembre, pas moins de quinze candidats pour les présidentielles et 1 008 – dont 114 femmes – pour les législatives, étaient officiellement enregistrés. Khalifa Haftar, Saïf al-Islam, Ali Zidane (Premier ministre post-Kadhafi)… le match s’annonce disputé.  La clôture des inscriptions est prévue le 24 novembre. À moins que Moscou et Ankara ne sifflent la fin de la partie d’ici là.

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