Aller à…
RSS Feed

27 mai 2018

Les grosses orchades, les amples thalamèges.. Littératures vagabondes – états d’âme à La Thalamège


14/02/2018

À lA BORGNE AGASSE

1. bateau-livre 4.jpeg

 

À la Borgne Agasse

quand meurt un libraire et qu’on perd un ami

Théroigne

 

2. Jean-Pierre et Fanchon.jpg

 

Quarante-huit ans qu’on le connaissait, qu’on les suivait sa librairie et lui dans leurs changements de lieux successifs, qu’on avait tout au long des années 70 et 80 mangé avec lui le vendredi, chez un rescapé de la colonne Durrutti le ragout de Clémence, écouté les souvenirs d’Ivan, dernier anar belge qui eût encore pratiqué la reprise individuelle et payé ce choix politique de beaucoup d’années à l’ombre y compris pendant les deux guerres. Avec lui, on s’était trouvés au chevet du quasi centenaire quand il avait décidé de se faire débrancher par son morticole un jour de Marche Blanche, lui qu’on mettait sur le sentier de la guerre lorsqu’on voulait des livres devenus rares ou carrément disparus, lui qui vous servait de boîte aux lettres bénévole quand on était sans abri et que l’administration voulait savoir où vous trouver… On n’en finirait pas.

Personne mieux que Francine Ghysen, amie d’aussi longue date et ange-gardien-confident-visiteur des derniers mois d’hosto, ne pourrait saluer Jean-Pierre parti retrouver « tous les ermites du Hainaut ».

 

3. Black cat looking.gif

 

Libraire : une passion pour la vie

Francine Ghyssen – Le Carnet et les InstantsFévrier 2018

 

La Borgne Agasse. La Pie borgne. Un nom insolite pour une librairie-bouquinerie qui ne l’était pas moins, et que Jean-Pierre Canon avait ouverte en 1970, au cœur de Bruxelles.

Elle enchaînerait les chapitres à mesure qu’étaient vendues les maisons où se posait son enseigne : rue Saint-Jean d’abord, puis à Ixelles rue de l’Athénée, rue de la Tulipe, enfin rue Anoul, voici une vingtaine d’années. En gardant toujours son style, son atmosphère, ses avalanches de livres, ses champs d’élection : la littérature prolétarienne, l’anarchie, le monde des Tziganes…

La Borgne Agasse : un repaire de livres, un repaire d’amis, à l’écart des modes, qui respirait l’amour vrai de la littérature, la liberté d’esprit, le goût des chemins de traverse, l’art de vivre en marge.

On poussait la porte, sûr de faire des découvertes dans les rayonnages brassant poésie, romans, nouvelles, essais politiques, arts, philosophie… ; de dénicher des ouvrages introuvables ailleurs, quasiment oubliés, voisinant avec des classiques. Heureux d’échanger – parfois de débattre ! – avec l’hôte des lieux, chaleureux à sa manière discrète, souvent teintée d’humour, sur tel titre, tel auteur.

Depuis toujours lecteur fervent, Jean-Pierre Canon avait été guidé, épaulé par Henri Mercier dont il hantait dès ses vingt ans la librairie La Proue, rue des Éperonniers, adresse presque légendaire que se transmettaient tous les passionnés des livres. Il faisait ses classes auprès de ce libraire de vocation, certain d’avoir choisi le plus beau métier du monde, le plus exaltant, si exigeant, accaparant fût-il.

S’il avait plus qu’un penchant pour l’anarchie, il la voyait comme un comportement plutôt qu’un militantisme. Le mot « anarchiste », remarquait-il, faisait encore peur ; aussi tendait-on à le remplacer par celui de « libertaire ».

Pacifiste autant qu’anarchiste, il n’en citait pas moins avec jubilation les propos flamboyants de l’écrivain anglais John Cowper Powys : « Une boutique de livres d’occasion est le sanctuaire, le refuge des pensées les plus explosives, les plus hérétiques de l’humanité. […] Une librairie est une poudrière remplie de dynamite, une pharmacie pleine de poisons, un bar bourré d’alcools […] Ah ! le splendide conservatoire de toutes les folies humaines qu’est une librairie de livres d’occasion. »

La Borgne Agasse. L’auriez-vous cru ? Ce nom intrigant a toute une histoire, aux variantes multiples sur lesquelles notre libraire avait poursuivi des recherches, réuni des archives. C’était le nom d’une hostellerie de Beaumont, sa ville natale; d’un couvent de Mons au XVIe siècle…*

La Pie borgne. C’est aussi le titre de deux livres qui figuraient dans sa collection personnelle. Une comédie piquante de René Benjamin (1921), dont l’héroïne, jeune bavarde intarissable, étourdissant époux, père et frère, qui crient grâce et s’éclipsent à son grand désarroi, force un jour leur attention et les entraîne sur une fausse piste. Et les mémoires du célèbre docteur Besançon (1948), nous promenant avec verve à travers septante années de vie médicale. Le parcours émaillé d’anecdotes savoureuses, de portraits hauts en couleur et souvent en ironie, d’un praticien né en Bretagne, devenu une institution parisienne, non sans se mettre à dos la Faculté…!

Jean-Pierre Canon nous a quittés. On voudrait tant que La Borgne Agasse ne ferme pas ses volets mais garde vivante son empreinte. La trace des écrivains aimés qui vinrent dédicacer leurs livres à sa table, tels André Dhôtel, Jean-Claude Pirotte, Raymond Ceuppens, ami fraternel, dont il a préfacé le dernier livre, Un peu plus vers la mer (Les Carnets du Dessert de Lune, 2008), finissant ainsi : « Vieil ami Raymond, je suis heureux de terminer ces lignes par une nuit de grand vent, je lève mon verre de rouge à toi qui disais « je me sens surtout du vent, du brouillard, de la pluie » ».

Il a également signé la présentation des nouvelles Elva, suivi de Dans nos bruyères (éditions Plein Chant, 2015) de Neel Doff en qui Henry Poulaille saluait « l’écrivain qui a su le mieux montrer la misère dans son absolue nudité ». Et publié les lettres de Neel Doff à Poulaille, écrites dans les années 1930 (Cahier Henry Poulaille no 1).

Nous étions nombreux à dire adieu à notre ami, le cœur serré, en cette triste mi-janvier. Rik Hemmerijckx, du musée Verhaeren à Saint-Amand, le rappelait assis comme toujours derrière son bureau, prenant des notes ou écoutant de la musique, le verre de vin ou de trappiste jamais loin, le parfum du Papier d’Arménie flottant alentour. Et le poète Serge Meurant évoquait les entretiens qu’il a menés avec lui, les derniers mois, autour de sa vie de bouquiniste, que nous espérons lire un jour.

Pour ma part, je lui dédie les mots jamais oubliés de Saint-Exupéry : « Rien, jamais, ne remplacera le compagnon perdu. On ne se crée point de vieux camarades. Rien ne vaut le trésor de tant de souvenirs communs, de tant de mauvaises heures vécues ensemble, de tant de brouilles, de réconciliations, de mouvements de cœur. »

Francine Ghysen

________________

*C’était aussi, près de Beaumont, un lieu-dit où se réunissaient, une fois l’an, « tous les ermites du Hainaut » (Rodolphe de Warsage, Calendrier populaire wallon), mais pas le moindre vicomte [NdE].

Source : https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/02/09/libraire-une-passion-pour-la-vie/#more-20338

3. Black cat looking.gif

Interview-Portrait

 

Jean-Pierre Canon

Michel Grodent  –  Le Soir  –  1er mars 1999

 

Sur le métier du livre d’occasion, sa spécificité, le public qui fréquente les bouquineries.

MG : Vous exploitez à Ixelles, dans un quartier populaire, une librairie de livres d’occasion. Comment avez-vous choisi votre métier?

JPC : Tout petit, j’étais un accro des livres. Très banalement, j’ai commencé par en vendre dans deux librairies traditionnelles. Des livres flambant neufs. C’était un domaine totalement différent de la bouquinerie. Mon premier magasin, je l’ai ouvert début 70, avec de très petits moyens, rue Saint-Jean. Si j’ai obliqué vers l’occasion, c’est d’abord une question de sous. Il faut beaucoup d’argent pour manipuler le livre neuf. Et puis, j’ai un faible pour l’occasion…

MG : Pourquoi ?

JPC : Je ne sais pas. J’avais toujours fréquenté des bouquinistes. J’avais un grand ami dans la profession, Mercier, qui dirigeait la Proue. D’une manière générale, je préfère l’ambiance de la bouquinerie. C’est un autre public: des amateurs, des fureteurs, des découvreurs. Je me demande comment un libraire de livres neufs parvient aujourd’hui à tenir le coup financièrement et à choisir dans la masse de livres qui sortent. Fatalement, on est obligé de répondre à la grosse demande, de sacrifier au best-seller, ou alors, il faut être hyperspécialisé.

MG : Vous-mêmes vous êtes un peu spécialisé tout de même. On vient chez vous pour la littérature prolétarienne…

JPC : Au fil des ans, on a fini par me coller cette étiquette-là. Littérature anarchiste, prolétarienne. C’est un secteur que je défends, c’est vrai. Mais l’essentiel de ma librairie, c’est quand même la littérature en général.

MG : Vous avez dû déménager quatre fois, mais l’enseigne n’a jamais changé. C’est toujours la Borgne Agasse. Ça vient d’où?

JPC : En wallon, une agasse, c’est une pie. La Borgne Agasse, c’était le nom d’une auberge à Beaumont, d’où je viens. C’est une auberge que je n’ai même pas connue. Elle est citée dans les archives au XVIIIe siècle. J’ai pris ce nom-là pour marquer le coup…

MG : Un petit salut au terroir…

JPC : Si vous voulez. Et puis, il y a l’expression «parler comme une pie borgne», c’est-à-dire «à tort et à travers».

MG : Avez-vous l’impression de jouer un rôle de conseiller auprès de votre clientèle?

JPC : Ça m’arrive de donner un conseil. Mais, comme je suis du genre timide, j’ai toujours peur d’imposer quelque chose. Quand c’est une personne que je ne connais pas qui me demande un avis, je marche sur des oeufs. Je veux que ce soit d’elle finalement que vienne l’initiative. Il y a une gamme d’auteurs que je voudrais faire lire. Parmi les Belges, André Baillon. Pour moi c’est un très grand écrivain qui n’est pas à sa place. J’ai perpétuellement sa photo dans mon champ de vision. Prise quand il était à l’asile de la Salpêtrière. La photo de Marie, sa femme, est là aussi, plus bas. Elle ressemble à une Tzigane.

MG : Vous organisez des rencontres dans votre librairie ?

JPC : De temps en temps, il y a des écrivains qui viennent signer chez moi. J’en profite pour aménager une petite vitrine intérieure avec des documents. Je voudrais avoir plus de place pour de petites expositions, mais, ici, c’est vraiment fort réduit. Une signature, ça amène des visages que je n’ai jamais vus, on boit un verre, on se décomplexe.

MG : Vous êtes l’ami de Raymond Ceuppens, l’écrivain navigateur?

JPC : Oui, c’est lui qui m’a fait les enseignes de rue. Son grand-père en fabriquait déjà. C’est un grand manuel. Il m’a construit des rayonnages. Au fil des années, Ceuppens est devenu de plus en plus sculpteur. D’art religieux. J’ai pas mal de contacts avec des écrivains. C’est ça qui rend le métier passionnant. Je leur cherche des livres rares.

MG : Votre avis sur la Foire du livre?

JPC : Je n’y vais pas. Mais je conçois que ça attire un tas de gens. Encore une fois, ce n’est pas mon domaine. C’est un autre métier. La bouquinerie, ça s’apprend sur le tas. On ne peut pas faire des cours de bouquinerie.

MG : Un lecteur idéal pour vous, ça existe?

JPC :  Je suis déjà content que quelqu’un soit lecteur. Il y a tant de gens qui achètent des livres et qui ne les lisent pas. J’en connais qui achètent des éditions originales non coupées et qui ne les coupent jamais, parce qu’autrement elles perdraient de leur valeur! La collectionnite aiguë, la spéculation, très peu pour moi! Le lecteur idéal, disons que c’est un type possédé par le besoin de lire et qui ne s’attache pas particulièrement à la couverture du livre.

MG : Dans votre boutique, vous avez toujours accordé une place importante aux chats…

JPC : Hélas ! ma chatte a disparu l’an dernier, à près de vingt ans. Je l’avais depuis la rue Saint-Jean. Elle avait connu mes quatre librairies. Elle naviguait entre les rayons. Je la comparais au « chat Murr » d’Hoffmann qui se moque de la raison que les hommes prétendent avoir dans la tête. Les chats, ça va bien avec les livres. Ils aiment le papier. Ils s’installent toujours sur la lettre qu’on est en train d’écrire, le livre qu’on est en train de lire. Peut-être bien que ce sont des lecteurs. On n’en sait rien.

Propos recueillis par MICHEL GRODENT, bouquiniste depuis plus d’un quart de siècle

 

3. Black cat looking.gif

 

Souvenirs, souvenirs…

 

Jacques Calonne :

Dédicace à La Borgne Agasse

 

4. Canon 3.jpg

Assis à sa table-comptoir : le libraire. Assis à droite, en bonnet finlandais : Calonne.

 

On avait reçu cette invitation :

 

Samedi 2 mai 2015, entre 16h et 19h, Jacques Calonne dédicacera son livre Noctuelles à la librairie La Borgne Agasse, 30 rue Anoul, 1050 Bruxelles. Tél: 02 511 84 42.

 

Compositeur de musique « radicale », ténor mondain, membre de Cobra, diplômé du Journal de Mickey, grand admirateur de François Coppée (que Mallarmé osa qualifier d’« épicier de la poésie »), l’insaisissable Calonne, Fantômas du Bruxelles nocturne, inventeur de la bombe à caca, redoutable spécialiste des mauvaises odeurs, continue à déployer son empire vermiculaire et souterrain à travers les capitales de l’Europe. Sous des dehors débonnaires, ce Montois Cayaux est à l’origine de l’effondrement de l’oeuvre d’art de la rue de Nimy. Sylvie Van Hiel Broodthaers a rassemblé ici des textes de ce personnage sulfureux, et maints témoignages de ses ami(e)s et connaissances.

 

5. Calonne chez Canon.jpg

 

Jacques Calonne, l’insaisissable noctuelle

Un coup de coeur du Carnet
Pierre MALHERBE

6. calonne_malherbe.jpg

 

 

 

 

Outre une délicate pièce pour piano de Maurice Ravel, dédiée à Léon-Paul Fargue, il existe une myriade de noctuelles, près de vingt-cinq mille espèces à la surface de la terre, semble-t-il, et qu’on appelle un peu plus anonymement des papillons de nuit. Les chenilles de noctuelles sont la terreur des agriculteurs et des passionnés des jardins, car, polyphages, elles se nourrissent de tout ce qui leur passe sous le nez, et uniquement la nuit bien sûr – la journée, elles digèrent leur festin et se reposent avec nonchalance. Jacques Calonne, né en 1930 à Mons, fait partie de cette grande famille des noctuelles, à ceci près qu’il n’est la terreur de personne ayant les doigts verts.

Au contraire, ce rejeton de Cobra dont il fut l’un des plus jeunes membres, à 19 ans, n’a aucune peine à rassembler autour de sa personne de touche-à-tout, de ses partitions musicales, écrits poétiques, peintures, compositions calligraphiques et joyeuses extravagances artistiques, une imposante myriade d’amis et de connaissances. Composé avec soin et enthousiasme durant plusieurs années par Sylvie Van Hiel Broodthaers, voici que paraît à L’Âge d’Homme un de ces livres-monstres qui font le bonheur des fureteurs d’encyclopédies, et de tous ceux qui souhaiteront découvrir ou approcher de plus près ce lépidoptère lettré et curieux qu’est Jacques Calonne, également connu sous le nom du « Ténor mondain »  – l’une de ses innombrables activités de soirée.

Souris, Boulez et Plastic Bertrand

Qui est réellement Jacques Calonne ? Près de six cent pages fourmillantes de témoignages, de textes, d’entretiens, de conversations improvisées, de documents, ne permettent évidemment pas de saisir l’insaisissable. Car, fidèle à sa réputation – « personne n’a vécu, ne vit comme lui l’antispécialisme de Cobra », écrivait son ami Dotremont en 1970 – Calonne s’est démultiplié dans le temps, l’espace et les disciplines. La musique y tient une grande place, lui qui, formé/déformé au conservatoire de Bruxelles, et ensuite à l’académie des beaux-arts, rencontra le dodécaphonisme grâce à André Souris. Dès le milieu des années 50, il fréquente durant quinze ans l’école de Darmstadt (Stockhausen, Maderna, Boulez…) puis, plus tard, Bartholomée, Foccroulle, et même Plastic Bertrand. Entre la carrière de compositeur-théoricien d’avant-garde et celle de chanteur de mélodies de salon ou de cabaret, Calonne n’a pas choisi, embrassant les deux. Ce qui donne ce compliment expert du musicologue Harry Halbreich : « Une œuvre de Jacques, c’est comme un diamant. Il aurait pu être le plus grand compositeur du pays. C’est un marginal irrécupérable. »

Le goût de l’inachèvement

La littérature et les arts plastiques n’en ont pas moins attiré dans leurs filets – à moins que ce ne soit l’inverse ? – l’auteur de Belle que jamais, un roman (et le seul), publié par Dotremont dans sa revue « Strates ». Par Cobra, ce collectionneur de pommes de terre en germes, de boîtes d’allumettes et de disques 78T se lie avec les acteurs de la « Belgique sauvage », le futur créateur des logogrammes, Pierre et Micky Alechinsky, Asger Jorn, mais également Appel, Bury, Reinhoud, André Balthazar Jacques ou encore les frères Piqueray. Assez désinvolte pour ne pas vouloir faire œuvre achevée, synonyme de pierre tombale, il laisse s’accumuler de petites choses, objets divers, brèves de comptoir, aphorismes, pastiches poétiques, bêtises entendues, notations légères et mignardises drôles, qui se dégustent ici comme des œufs d’esturgeon : « Dans le bottin de Berlin, en 1972, on trouvait seize Richard Wagner. » Ou : « Lorsqu’un Français tombe sur un mot français qu’il ne connaît pas, il croit que c’est un belgicisme. » Et encore: « Lu sur une affiche. La Tempête de William Shakespeare, spectacle en plein air. »

Pas franchement attiré par les surréalistes, il lorgne volontiers du côté des lexico-linguistes. Peut-être pas Hanse ou Grevisse, mais plutôt Schleyer, assez oublié aujourd’hui, créateur du volapük, un langage artificiel cousin de l’esperanto. La version de Calonne du « Corbeau et du Renard » en cet idiome est un chef-d’œuvre d’oralité, tout comme son Petit lexique picard belge qui n’eût pas déplu à Scutenaire. Calonne personnage a encore promené sa silhouette de dandy dégingandé dans des films de Luc de Heusch, Boris Lehman, Jan Bucquoy, Fred Van Besien, Claude François, Noël Godin, et déambulé nocturnement en maints estaminets, en compagnie d’amies et d’amis, connus ou inconnus. Pour un grand nombre d’entre eux, dont Edouard Baer, ils se trouvent en assez bonne situation dans cet ouvrage imparable, aussi inclassable que le reste son sujet. A vos filets !

Jacques CALONNE, Noctuelles, orchestré par Sylvie Van Hiel Broodthaers, Lausanne, L’Âge d’Homme, 592 p., 35 €

Jacques Calonne évoque Noctuelles au micro d’Edmond Morrel, pour espace-livres.be

Source : https://le-carnet-et-les-instants.net/2015/04/07/calonne-…

Le Carnet et les Instants est la revue des lettres belges francophones.

3. Black cat looking.gif

 

Souvenirs, souvenirs…

C’était le 7 octobre 2016 et le 64e anniversaire de Vladimir Poutine. Nous annoncions pour le 15 un « récital-trottoir »…

 

Fanchon Daemers : récital à La Borgne Agasse

 

Le 15, il faisait très froid. Il fallait vouloir… mais au jour dit, Raoul Vaneigem et Noël Godin étaient montés de leurs trous de province respectifs pour venir l’écouter. « Et les gentilshommes aujourd’hui dans leur lit en Angleterre — regarderont comme une malédiction de ne pas s’être trouvés ici, — et feront bon marché de leur noblesse, quand ils entendront parler l’un de ceux — qui auront combattu avec nous au jour de la Saint-Crépin ! ». Un petit bout pour que les autres sachent ce qu’ils ont raté :

 

3. Black cat looking.gif

 

Fanchon Daemers à la Borgne Agasse

 

 

3. Black cat looking.gif

Terre Libre, de Raoul Vaneigem

7. Fanchon - Vaneigem.jpg

3. Black cat looking.gif

 

Sans la nommer, de Georges Moustaki

3. Black cat looking.gif

La Makhnovstchina

Trad. du russe par Etienne Roda-Gil

3. Black cat looking.gif

 

Fanchon Daemers. Elle conjugue a capella les abîmes du temps, des ailleurs disparus, avec l’abîme de notre mémoire. Sa voix fait ressurgir d’obscurs souvenirs, cuisants comme des blessures non cicatrisées. D’où viennent ces accents sauvages, ces mélopées lugubres, ces enjoleuses complaintes ? Assurément d’un au-delà de notre culture présente et pourtant nous y retrouvons les sources non taries de la musique. La voix fascinante de Fanchon rend toutes les nuances de l’extrême sans les affadir. Elle nous donne le vertige et nous transforme en Ulysse pantois, ligoté à son mât pour résister au chant des sirènes. »

(Roland Topor)

 

8. Fanchon - Journal des Abrutis.jpg
A capella ou en s’accompagnant à la harpe celtique, Fanchon Daemers chante, outre des compositions personnelles, la poésie comme force de découverte, de communication et de révolte. Ainsi se rencontrent aèdes de la Grèce antique, trouvères, bardes anonymes de la tradition orale (notamment celtique et wallonne), chansonniers des luttes sociales des siècles passés, agitateurs surréalistes, pataphysiques, situationnistes… Louise Labé, Arthur Rimbaud, Alfred Jarry, Louis Scutenaire, Paul Verlaine, Charles Cros, Antonin Artaud, Raoul Vaneigem, Jules Jouy, Paul Magritte ou Zo d’Axa.

 

3. Black cat looking.gif

La vie s’écoule, la vie s’enfuit

Raoul Vaneigem – Francis Lemonnier

 

Jean-Pierre Canon laisse deux filles et des amis, qui ont promis de continuer à faire vivre La Borgne Agasse.

Ainsi soit-il.

3. Black cat looking.gif

 

 

 

Mis en ligne le 14 février 2018.

Plus d’histoires deArts

About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,