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24 octobre 2020

La guerre humanitaire – le blog du film de Julien Teil


La Guerre Humanitaire – Le Blog du film

Jamahiriya vs Regime Change : Mouvement de contestation ou Réseau de contestataires ?

La stratégie du “Regime Change” – ou changement de régime – apparaît de façon évidente comme une composante incontournable de la guerre menée par l’Otan en Libye. Le soutien populaire dont bénéficie le régime de la Jamahiriya arabe libyenne provient en grande partie des bienfaits économiques et sociaux qui en découlent ainsi que du système tribal pour lequel la redistribution de la manne pétrolière était une garantie de l’unité nationale. Il s’agissait donc d’une société pensée comme organique et dont les sujets ou citoyens se devaient de faire corps avec ce “gouvernement des masses” (traduction de Jamahiriya). Afin de faire imploser la Libye, la réalité de ce système politique a été volontairement noircie par les médias occidentaux et parmi les libyens “insurgés”.

Apprendre de la Jamahiriya.
La Jamahiriya aurait pu être présentée de façon honnête par des experts, des sociologues et des journalistes pendant le conflit qui a commencé fin Février en Libye. Mais il s’avère que les bénéfices de sa structure ainsi que son efficacité économique permettaient non-seulement le maintien de la Libye au rang des plus puissants fonds souverains (La Libye était classée 12ème) mais aussi son soutien au développement de l’Afrique. Or, c’est précisément ce dernier point que les puissances réunies dans l’OTAN voyaient d’un mauvais œil car constituant un concurrent majeur en Afrique, terre de conquête pour l’occident depuis des siècles.

Dés 2008, le Congressional Research Service (centre de recherche du congrès des États-Unis) a émis certaines réserves quant aux volontés affichées par cette Jamahiriya. Au delà d’une simple critique, ces commentaires annonçaient déjà une forme d’ingérence qui entendait utiliser les groupes d’oppositions internes à la Libye pour renverser le régime de Mouammar Kadhafi. La première chose qui était reprochée à cette organisation politique était son fondement même et défini par le Congressional Research Service comme “L’autorité du peuple”. Par ailleurs les “propositions pour la dissolution des ministères d’État et pour la distribution du revenu”, parfaitement socialistes, était présentées comme douteuse.

Les atouts intérieurs du Regime Change.

Dans le même document, publié une première fois en 2008, puis mis à jour le 25 Février 2011 – soit le jour du lancement de la stratégie diplomatique à l’encontre de la Jamahiriya libyenne au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies par le triptyque U.N Watch ; Ligue Libyenne des Droits de l’Homme ; National Endowment for Democracy – il est fait état des groupes d’oppositions internes à la Libye.

Ces groupes sont présentés en 3 entités : d’une part les Exilés et d’autre part les Frères Musulmans (Muslim Brotherhood) et le LIFG (Libyan Islamic Fighting Group). Or les représentants de ces 3 entités via la National Endowment for Democracy sont dors et déjà alliés du département d’État américain.

Pourtant, dans le document du Congressional Research Service publié en 2008 le Libyan Islamic Fighting Group est désigné comme un groupe terroriste depuis décembre 2004, les actifs de la branche états-unienne ayant été gelés par le décret présidentiel 13224 en Septembre 2001.

De plus, pour le département d’État américain et de nombreux experts, les liens entre Al-Qaïda et le Libyan Islamic Fighting Group ne font aucun doute. C’est pourtant en particulier sur les représentants de cette organisation que les pays membres de l’OTAN vont s’appuyer pour soutenir le changement de régime en Libye au nom de “la croissance et du développement des institutions démocratiques dans le monde”, mandat officiel de la NED.

La liquidation de la Jamahiriya

La Jamahiriya arabe libyenne était donc un régime socialiste qui excluait les différentes formes d’extrémisme. Ce projet socialiste ambitionnait une redistribution des richesses à laquelle certains membres du régime étaient farouchement opposés. En premier lieu Mahmoud Jibril, qui avait été nommé par Saïf al-Islam Kadhafi pour moderniser et ouvrir l’économie libyenne à l’international. Mais Mahmoud Jibril avait déjà, avant les évènements de Février, rencontré Bernard Henri-Lévy à plusieurs reprises pour élaborer le projet de formation du Conseil National de Transition.

Par ailleurs, lors de discussions avec d’ex-collaborateurs de Mahmoud Jibril, il nous avait été fait part de son avis quant au projet de redistribution des richesses et de dissolution des ministères : Pour lui, ce projet était “fou”. En effet, il ne croyait aucunement en la capacité du peuple libyen à disposer de tels “privilèges” et donc à déterminer son propre destin.

National Conference of the Libyan Opposition – Juin 2005 – Londres

Contrairement à d’autres membres du Conseil National de Transition, Jibril n’était pas présent en Juin 1994 lors de la conférence Post-Qaddafi Libya du CSIS (Center for Strategic and International Studies) ni à celle de la National Conference of the Libyan Opposition qui s’est tenue à Londres en 2005 et qui formalisa la création officieuse du CNT. Il fut donc un arriviste dans le processus de fédération d’un réseau de contestataires déjà entamé en 1994. Mais son rôle n’en fut pas moins important puisqu’il a contribué de manière efficace à la reconnaissance d’un gouvernement illégitime par les institutions internationales.

Le prétendu “mouvement de contestation” libyen n’est donc en réalité qu’un réseau de contestataires qui a su trouver un appui considérable au sein des pays coalisés dans l’Alliance. Ce réseau, au delà d’être assisté par l’OTAN, a également suivi les directives fournies par l’Alliance afin de faire imploser la Jamahiriya arabe libyenne. Une implosion dont la méthode a consisté à détruire tous les acquis économiques et sociaux de cette société organique afin d’en anéantir l’identité culturelle. Cette identité, indestructible, est basée en grande partie sur le système tribal, lui même garant de l’unité nationale.Il n’est donc pas étonnant d’avoir vu le CNT et ses alliés occidentaux insister sur le caractère non-tribal de la “Nouvelle Libye” (voir les documents ci-dessous).
Julien Teil

 

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,