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27 novembre 2020

Rencontre du Réseau de la gauche africaine par Issa Fakaba Sissoko


[partisadi.net] Premiers documents à l’issu de la 3ème rencontre du Réseau de la Gauche Africaine

Par Issa FAKABA SISSOKO – 29/11/2011

Pour certains le discours n’est pas adapté au contexte africain, tandis d’autres pensent que plus jamais le combat reste d’actualité avec de nouvelles formes de recolonisation. Débats.

Du 25 au 27 novembre derniers, notre capitale a abrité les assises de la 3ème Conférence du Forum du Réseau de la Gauche Africaine, ALNEF. Organisé à l’initiative du parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI), elle a regroupé plus de 40 formations politiques de Gauche autour d’un objectif commun : « donner une nouvelle impulsion à la lutte des forces progressistes ».
Mais au delà des recommandations de Bamako, l’utilité de la lutte des forces de Gauche fait débat en Afrique. Si en Amérique latine (comme au Venezuela, en Bolivie, au Nicaragua, ou encore au Brésil) la Gauche est parvenue à se hisser au pouvoir, en Afrique le combat est à la traine.

Selon Adama Coulibaly, pour comprendre le combat de la gauche, il est nécessaire de parler de l’histoire des courants de pensée politique notamment le clivage Gauche/Droite. « Historiquement en Europe, la Gauche est née avec la grande industrialisation. Les grands industriels (considérés comme la droite) avec leurs pouvoirs financiers, se sont accaparés du pouvoir politique. Ces derniers constituent aussi une petite minorité dans la société » nous explique-t-il. Pour ce spécialiste en Sciences politiques (membre de la Commission des lois à l’Assemblée nationale du Mali), « la masse ouvrière qui représente plus de la moitié de la population se trouverait une situation dans laquelle les droits les plus élémentaires des plus faibles ne sont pas respectés. Pour faire face au pouvoir du capital de plus en plus dominant, poursuit notre interlocuteur, les masses ouvrières ont formé des organisations politiques dites de Gauche dans l’objectif de défendre le droit des ouvriers qui étaient les plus pauvres. C’est ainsi que l’opposition entre patrons d’industries et ouvriers s’est déplacée sur la scène politique sous forme de Droite/Gauche ».

Le combat face à l’actualité

« Pour ce qui concerne l’Afrique, il faut signaler que nous n’avons pas la même histoire politique que le reste du monde », tranche Adama Coulibaly. Pour qui le combat de la Gauche africaine n’est pas lisible. « Le discours politique est mal structuré et sans objectif clair. Le plus souvent, on ne sait pas au niveau de quelle catégorie sociale la Gauche africaine se situe », remarque l’Assistant parlementaire.

Qui pense que la Gauche africaine ne serait jamais politiquement crédible si elle ne réoriente pas son combat vers la défense des droits des populations rurales qui constituent la grande majorité et les plus lésées. Pour le politologue « ce changement de stratégie va permettre plus lisible leurs messages politiques. Il peut contribuer à remettre la politique africaine au service des populations. Ces changements, ajoute-t-il, sont souvent nécessaires pour l’émergence économique du continent.

Cet avis loin d’être partagé par certains. Parmi eux Dr Etienne Oumar Sissoko, professeur d’économie à l’Université internationale « Sub-Management » de Bamako. Selon cet universitaire, « dans ce contexte difficile que traversent les pays d’Afrique (invasion de la Libye, et de la côte d’ivoire), la lutte de la gauche n’a jamais été aussi d’actualité, tant par la nature des défis à relever que par leurs urgences ». « L’indépendance telle que souhaitée par les pères de nos nations reste à conquérir » regrette cet économiste. Pour qui, « cette indépendance passe forcement par l’union de toutes les forces progressistes d’Afrique, de toutes les forces de Gauche en Afrique pour faire face aux hordes de l’impérialiste occident ».

« Notre victoire passera alors par l’indépendance économique » assène ce docteur en économie, auteur du livre « La croissance économique du Mali de 1960 à nos jours ». Notre interlocuteur garde espoir que « la victoire prochaine, (parce que nous seront unis) donnera au combat de la Gauche tout son sens et permettra surtout le rejet de politiques néolibérales et de leurs conséquences dévastatrices pour une majorité écrasante de la classe des travailleurs et des pauvres dans le continent africain ». Dans le domaine strictement politique, poursuit-il, cette union des forces de gauches sera l’expression la plus avancée de la lutte contre la mondialisation capitaliste et la domination éternelle de l’Occident sur l’Afrique.

Réhabilité le combat des pères de l’Indépendance

Ce point de vue est largement partagé Assane Koné. Pour ce journaliste au quotidien malien « Le Républicain », spécialiste de la Gauche, le combat des forces de Gauche africaine est plus que d’actualité, dans un contexte où le monde a tendance à l’uniformisation, sous la bannière de la globalisation que d’autres appellent mondialisation.

« A l’analyse des cinquante années d’indépendance des Etats africains, dit-il, force est d’admettre qu’il y a très peu d’Etat africains qui sont réellement indépendants. Et à l’allure où vont les choses, même les partis politiques de droite en Afrique sont parvenus à la conclusion qu’ils n’ont plus la solution de sortir le continent du trou dans lequel ils ont contribué à le plonger ». Ailleurs dans le monde, démontre le journaliste, dans les démocraties normales, il y a toujours une alternance entre la gauche et la droite au pouvoir, mais en Afrique par la faute de la démocratie libérale, l’alternance est difficilement réalisable. « Le système est fait de telle sorte que la gauche est aujourd’hui assimilable à la misère.

Or seule la Gauche pourra redonner à nos différents états leur souveraineté sur leurs richesses pour un véritable développement » tranche Assane Koné. « Vu l’organisation mondiale (où le système capitaliste est au sommet de son arrogance), il n’est pas facile pour un parti de Gauche d’accéder au pouvoir en Afrique, tant cette ascension est perçue dans les officines occidentales comme une menace pour les intérêts de leur pays », remarque le journaliste.

Qui rappelle « les manœuvres orchestrées contre des dirigeants africains comme Modibo Keïta au Mali, Patrick Lumumba au Congo, NKawamé Nkrumah au Ghana, Tomas Sankara au Burkina Faso, et plus récemment en Côte d’Ivoire avec Koudou Laurent Gbagbo et en Libye avec Mouammar Kadhafi ».

« Chaque fois qu’un leader africain lève le petit doigt pour défendre l’intérêt de son peuple contre ceux des puissances internationales, il doit faire face à une rébellion qui finit toujours par l’avoir. Donc, aujourd’hui, plus que jamais, les partis politiques de Gauche en Afrique doivent se donner la main pour rééditer l’exploitation des pères de l’indépendance » recommande le journaliste de « Le Républicain ». Qui rappelle qu’ « en 1946, au bord du Djoliba, les leaders africains se sont donnés rendez-vous pour planifier la libération de leurs Etats. Ils ont réussi. Mais, l’adversaire est coriace, il n’a donné que la photocopie et c’est aux acteurs actuels de la gauche de se donner les moyens pour arracher l’original de la copie de l’Indépendance ».

Bref, le débat sur l’utilité du combat de la Gauche est loin d’être clos.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,