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30 octobre 2020

Le Mali et la sécurité nationale de l’Algérie


Le Mali et la sécurité nationale de l’Algérie

On l’a déjà dit ici, les événements en cours au Mali sont une menace pour la sécurité nationale de l’Algérie et sont une conséquence directe de l’intervention occidentale en Libye.

Cette menace est clairement perçue par le gouvernement algérien si on en juge par le déplacement en urgence d’Ahmed Ouyahia à Tamanrasset :

Le discours qu’il a prononcé lors d’une réunion avec les militants de son parti dans cette wilaya a été axé sur l’unité nationale. «Personne n’a fait don à Algérie de la moindre parcelle de son territoire (…) et ce qui se passe dans les pays voisins renforce l’attachement du peuple algérien à son unité nationale à travers l’ensemble du territoire national», a indiqué le secrétaire général du RND, précisant que «les frontières de l’Algérie remontent à la période pré-coloniale».

Ahmed Ouyahia

Il y a longtemps qu’un dirigeant Algérien n’avait pas été obligé d’en appeler à l’histoire pour justifier la configuration territoriale actuelle de l’Algérie. Ouyahia se sent en effet en devoir de soutenir que  les frontières de l’Algérie remontent à l’ére précoloniale», ce qu’on peut admettre pour la partie septentrionale du pays mais est sujet à caution pour la partie sud (le rapport avec le Sahara dans l’ère précoloniale ressemblait plutôt à celui qu’on entretient avec une façade maritime).

Ca sent un peu la panique…

Curieusement, c’est en qualité de secrétaire général du Rassemblement National Démocratique, un des partis au pouvoir, qu’Ahmed Ouyahia a pris la parole. Et non en tant que premier ministre, ce qui signifie probablement que ce dossier d’une importance extrême échappe au moins en partie au gouvernement et est géré directement par la présidence et la hiérarchie militaire.

La sécession targuie au Mali peut en effet donner l’idée à d’autres d’en faire de même, que ce soient les Toubous ou les Touareg et, pourquoi pas, la Kabylie en Algérie.

Et comme je l’ai écrit précédemment, l’Algérie pourrait payer cher son inaction en Libye même si le véritable précédent n’est pas la Libye mais le Soudan dont le processus de démembrement n’est d’ailleurs sans doute pas terminé.

Sur le Soudan, pays membre de l’Union Africaine et de la Ligue Arabe, l’Algérie était restée également absolument passive.

L’enlèvement des membres du corps consulaire algérien à Gao (qui viennent d’être libérés) est un spectaculaire avertissement adressé à l’Etat algérien.

Ce qui répond à la question que pose le journal L’Expression :

Comment explique-t-on qu’Al Jazeera soit sur les lieux de l’enlèvement du consul d’Algérie à Gao?

Et si le même journal algérien titre :

Etats sahéliens nés de la décolonisation, la menace d’implosion

Il suffit de lire l’article pour comprendre qu’il est surtout question du risque de dislocation de l’Algérie elle-même .et que le gouvernement algérien a sa part de responsabilité, en sus de celle liée à sa passivité sur la Libye..

Le Sahel en ébullition

Certes, il ne manquera pas d’Algériens fiers et ombrageux pour dire qu’une telle chose est impossible en Algérie. A mon avis, il ne manquait pas non plus de Yougoslaves fiers et ombrageux pour dire la même chose jusqu’au démembrement méticuleux de leur pays dans un processus qui a mis face à face des gens qui se parlaient, se rendaient de menus services, étaient amis ou même parents.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,