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30 novembre 2020

Le Sénégal, nouveau refuge de l’activiste Kémi Séba –  » Refuser de servir de paillasson aux élites occidentales « 


 

Le Sénégal, nouveau refuge de l’activiste Kémi Séba –  » Refuser de servir de paillasson aux élites occidentales « 

L’interdiction de sortie du territoire français formulée par les autorités françaises à son encontre n’a pas empêché Kémi Séba de regagner définitivement l’Afrique. Joint au téléphone cette après-midi, l’icône du radicalisme noir en Europe est resté inébranlable dans ses convictions. « L’heure, dit-il, n’est plus à la contestation, mais d’entrer de pied ferme dans un panafricanisme de construction. »

Retour aux sources, panafricanisme, construction, voilà les nouveaux défis qui interpellent l’ancien activiste Kémi Séba, très connu pour la virulence de ses propos et son engagement au profit de la cause des Noirs en Occident. Figure de proue de la très médiatique Tribu K, une organisation dissoute en juillet 2006 par Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur, Kémi Séba s’est senti à l’étroit dans son pays, la France, qui l’accuse d’antisémitisme et d’incitation à la violence. Il a donc fini par quitter l’hexagone de manière définitive pour larguer les amarres au Sénégal, malgré l’interdiction de sortie du territoire qui lui a été signifiée par les autorités françaises.

Sur les traces de Marcus Garvey

Depuis Dakar, le très populaire Kémi Séba poursuit son combat pour la revalorisation et la dignité des afro-descendants. Ses sympathisants, il les compte par milliers, dont des personnalités très en vue, comme l’humoriste Dieudonné, qui n’a pas hésité à lui manifester son soutien lors de son procès. Mais, aujourd’hui, le Malcolm X des temps modernes dit être passé d’une logique d’opposition à une logique de proposition. Avec douze ans d’activisme à son actif, le prédicateur panafricain a décidé de passer au concret et s’est trouvé une vocation par le biais d’un projet initié par la société Afrikan Mosaïque dont il est devenu le porte-parole.

Une expérience et des propositions qu’il a souhaités mettre au profit de son pays d’accueil, le Sénégal, devenu son refuge, un havre de paix. « Je suis rentré en Afrique pour bâtir », confie le désormais porte-parole d’Afrikan Mosaïque, la société qui porte le projet panafricain du village « Dalaal diam » à Somone près de Mbour. Un écho favorable au retour aux sources, à la terre d’origine comme le souhaitait Marcus Garvey, une de ses idoles. « C’est ici qu’il faut construire,  le Sénégal est une terre de revalorisation, il regorge de modèles », dira celui qui est tombé sous le charme du pays de la Teranga, de ses sites historiques comme l’île de Gorée, et de ses hommes de valeurs de la dimension de Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh Anta Diop, El Hadj Malick Sy, des bâtisseurs à qui il rend hommage et dont il juge le travail indispensable pour la reconstruction du continent, à l’image de Touba, « une ville d’une valeur inestimable ». Pour lui, « tant que l’homme noir n’aura pas compris qu’il est nécessaire qu’il prenne son destin en main, ce sera exactement comme à l’époque de l’esclavage. » Car l’Africain, note-t-il, « a peur de s’affranchir, de conquérir sa liberté ». En dénonçant la condition des Noirs de France, Kémi Séba se réjouit d’avoir gagné une bataille. « J’ai soulagé un certain nombre de gens, près de 6000 personnes sont sympathisants de Kémi Séba », dit-il avec modestie.

« Revaloriser la dignité des afro-descendants »

Qu’en est-il de l’intégration en France ? Le révolutionnaire n’y crois pas, il y voit plutôt une « désintégration des afro-descendants ». Il cite le cas de l’ancienne secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, « qui a attendu des années pour répondre à Nicolas Sarkozy sur le discours de Dakar. » Kémi Séba est convaincu qu’il est temps de s’affranchir « des chaines insérées dans la tête et dans l’esprit de l’homme noir », qui doit refuser de « servir de paillasson aux élites occidentales. » Une pierre dans le jardin du président américain pour qui il nourrit beaucoup d’estime, malgré tout.

Justement Barack Obama, « un afro-américain, le meilleur exemple en matière d’intégration », confesse-t-il. « Les Etats-Unis ont donné ce qu’il y a de meilleur à la diaspora africaine. Mais lorsqu’ils (Barack Obama et autres) arrivent dans les hautes sphères de l’Etat, ils sont obligés de servir l’Etat dans lequel ils vivent», a regretté Kémi Séba.

« La double culture est un leurre »

A propos de la France, le trentenaire ne prend pas de gants pour dénoncer « une élite qui se permet d’asphyxier le reste de la population ». « Si vous êtes contre cette élite, dit-il, vous êtes taxés d’antisémites. » Nouvellement converti à l’Islam, Kémi Séba dit avoir étudié le Coran en prison. « Je me suis rendu compte que l’Islam n’était pas porteur de tous les maux », avance-t-il, non sans faire allusion au racisme arabe, et à ce qu’il désigne par les termes « arabo-mondialisme », qui, à ses yeux, n’a rien à voir avec la religion musulmane.

Que dire de la double culture alors ? « Elle sera toujours noyée au profit de la culture dominante, car quel que soit l’endroit où nous sommes installés, on vivra toujours sur le joug de la culture dominante. La double culture est un leurre», a martelé Kémi Séba, qui prône le retour à la terre des ancêtres. Pour lui, ce retour passe par Afrikan Mozaik, une société anonyme de droit sénégalais, créée par Fred Kano, « qui a décidé de dédier sa vie à la reconstruction et la revalorisation du continent ». Consciente du défi qui l’attend, Afrikan Mosaïque n’a pas lésiné pas sur les moyens : reconstruire des ponts, puits, forages, centre commercial, maison bioclimatique, étang avec puits et bassin, etc…huit hectares de terrains, un budget de 360 000€, le coût à payer pour favoriser l’enracinement, et participer à l’essor du continent, afin de faire du site Dalaal diam « un lieu de pèlerinage culturel » où se côtoient les esprits fertiles. « Nous appelons les gens à cesser de mendier en Occident. J’ai dit tout ce que j’avais à dire à l’Occident, ici, je suis un homme libre, a-t-il conclu.

Entretien réalisé par Momar Mbaye

Page du site Dalaal diam : http://www.dalaaldiam-village.com/photos.htm

Vidéo Kémi Séba : http://www.youtube.com/watch?v=dyCf9CpnqpA

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,