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30 novembre 2020

Compte rendu partiel du colloque international Afrique du 16 février 2013


Compte rendu partiel du colloque international Afrique du 16 février 2013

Un colloque international Afrique s’est tenu ce samedi 16 février 2013 de 15 à 19 h 30 à l’Espace Matières Grises à Paris XXe. C’était à l’initiative de la Cellule de crise sur la Côte d’Ivoire et l’ONG Convergences pour la Paix et le Développement de l’Afrique. Une mobilisation très forte et tout aussi impressionnante a provoqué ce jour-là un nouveau grand déclic et a resserré les rangs des panafricanistes. Ce fut un grand moment d’espoir et d’espérance. Cette assise qui vient après les signaux envoyés depuis Addis-Abeba les 3 et 4 décembre 2012 par des intellectuels – venus de toute l’Afrique -, pour poser la question de la CPI par rapport à l’Afrique, a redynamisé les élans.

Il s’agit surtout, plus de 53 ans après indépendances et 23 ans après le discours de La Baule de faire le point aux fins de réajuster les stratégies. Les assises des 3 et 4 décembre 2012 et de ce 16 février 2013 interviennent également après de nombreux cas d’ingérence des Occidentaux en Afrique. Depuis plusieurs décennies, l’Occident mais plus particulièrement la France soutient dans l’opinion qu’elle est en Afrique pour aider les Africains.

Les faits démontrent totalement le contraire. Car les pays les plus pauvres en Afrique sont ceux de l’espace francophone. Que s’est-il alors passé pendant les fameux Accords de coopération entre la France et les pays de l’espace francophone qui datent des années soixante ? En fait, les grands pays n’ont jamais renoncé à garder leur domination sur le continent africain. Le « code noir » préparé par le ministre Colbert (1616 – 1683) et terminé par son fils Marquis de Seignelay (1651-1690) et la « charte de l’impérialisme » sont bien intégrés dans le mental de l’élite occidentale, particulièrement française.

Dans leur inconscient collectif, le Noir est un sous-homme et mérite d’être guidé. Ils ont même théorisé sur le physique du Noir. Le Noir ne saurait que manger à cause de sa bouche allongée et ne serait pas apte à réfléchir parce que son front est aplati. C’est simplement pour se donner bonne conscience parce qu’ils se disent « droit-de-l’hommistes » et défendraient des droits universels qu’ils ont créé le « droit d’ingérence » qui est désormais leur « fanfare » de la démocratie. En réalité, les impérialistes ne veulent ni de la démocratie ni de la transparence en Afrique.

Nous voyons qu’en Occident, ils peuvent tout faire pour préserver la paix. Mais en Afrique, ils vont cultiver des supercheries pour fragiliser les populations par des guerres qu’ils exportent. Ce qui leur permet par le biais de l’ONU de s’installer pour piller les richesses. Quelques exemples éloquents montrent que les chefs d’État et autres leaders africains qui font l’objet de diabolisation et d’acharnement sont victimes de leur souverainisme, de leur sens de la dignité africaine et leur indocilité. Le cas de Laurent Gbagbo est le plus éloquent.

Des leaders africains qui ont milité pour une union africaine ou pour la souveraineté des États africains ont été supprimés d’une façon ou d’une autre. On peut citer le cas d’Amilcar Cabral, Um Nyombé, Kwame Nkrumah, Patrice Eméry Lumumba, Thomas Sankara… À côté de cela, d’autres éléments sont à rappeler : Houphouët Boigny 33 ans au pouvoir ; Omar Bongo 41 ans au pouvoir ; Gnassingbé Eyadéma 38 ans au pouvoir. Dans cette liste posthume – ils sont morts au pouvoir -, il y a le cas de Muammar Kaddafi qu’il faudra examiner de façon particulière.

Regardons la liste actuelle des chefs d’État africains que les Occidentaux soutiennent. Paul Biya (30 ans de pouvoir) ; Denis Sassou Nguesso (29 ans de pouvoir) ; Blaise Compaoré (un peu plus de 25 ans de pouvoir) ; Idriss Déby (23 ans de pouvoir) et il y a à côté leurs bilans. Quand on regarde ces cas de l’Afrique francophone, on est en droit de dire que ce qui est en cause, ce n’est pas une question de bonne gouvernance et de démocratie. Mais c’est qui porte mieux le système mafieux qu’on appelle la françafrique.

Nous remarquons également que le néocolonialisme a les mêmes objectifs quelle que soit la forme qu’il présente. L’impérialisme mou et l’impérialisme dur, c’est pareil. Il y a une forme plus subtile, plus sournoise et soporifique ; c’est l’impérialisme de gauche. Cette forme semble même plus dangereuse que l’autre brutale (de droite). Car celle-là, elle est visible. Il ne faut donc pas se méprendre sur le compte du néocolonialisme. Ce système est pernicieux ; ce système est mesquin ; ce système est manipulateur ; ce système est à la limite de la perversité. L’ONU qui est un organe censé réguler les facteurs d’une paix à tout prix, a fait tomber ces dernières années son masque, en se présentant ouvertement comme un instrument au service des pays impérialistes. Le colloque a mis en évidence certaines subtilités pour attirer l’attention des Africains sur la question centrale qui porte sur la liberté des Africains, leur indépendance économique et donc le développement du continent.

Le colloque avait aussi pour dessein de sensibiliser les Africains sur des paradoxes affligeants. En effet, en superficie, l’Afrique est supérieure aux États-Unis, à l’Europe, à l’Inde, à l’ArgentineArgentine et la Chine réunies, tout au moins. Mais l’Afrique compte aussi 1 milliard 40 millions d’habitants. Pourtant l’Afrique est le maillon faible de la mondialisation malgré ses nombreux atouts. Il y a lieu de réfléchir profondément sur les frustrations qui se sont cristallisées. Mais tout cela, nous voulons l’exprimer démocratiquement, par des voies légales, par des voies pacifiques. Serons-nous toujours à la hauteur pour contenir des extrémismes qui peuvent ne pas choisir des voies conventionnelles quand ils sont excédés ?

Nous n’en avons pas la garantie. Nous sommes disposés à travailler à mettre en place le système qui convient entre la France et l’Afrique ; entre l’Europe et l’Afrique, entre les USA et l’Afrique. Il faut que nous regardions ensemble comment nous allons arriver à un partenariat gagnant-gagnant. Parce que voyons, Areva depuis plus d’un demi-siècle – cette entreprise nationale française – fait la pluie et le beau temps au Niger. Le groupe Areva est par ailleurs accusé d’imposer ses volontés aux dirigeants de l’État du Niger ou l’entreprise (auparavant nommée Cogéma) extrait l’uranium depuis les années soixante. Fin 2012, l’Observatoire du nucléaire a accusé Areva de « manoeuvre de corruption » en direction du Président du Niger, M. Issoufou, qui est par ailleurs un ancien directeur d’une filiale d’Areva.

Le 18 décembre 2012, Areva a cité l’Observatoire du nucléaire à comparaître le 1er février 2013 au Tribunal de grande instance de Paris [6]. Le 14 janvier, l’Observatoire du nucléaire a rendu public le compte-rendu d’une réunion « confidentielle » entre les représentants d’Areva et le chef du cabinet du Président du Niger, estimant que les propos tenus montrent la mainmise d’Areva sur le Niger et confirment les accusations portées par l’Observatoire du nucléaire.[7]Pourtant, le Niger est un des pays les plus pauvres du monde (174e/177). La RDC, où il y a actuellement viols, tueries et exactions de divers ordres souffrent du comportement mafieux de multinationales de certains pays.

Nous sommes mal à l’aise car la France baisse dans l’estime de nombre d’Africains. Le sentiment anti-français prend des proportions inquiétantes en Afrique car la France est dans l’hypocrisie, dans la feinte, dans la manipulation et refuse de voir en face son passé colonial. Car la France se plaît toujours à elle-même, nombriliste, sans faire son autocritique vis-à-vis des autres, elle donne des leçons sans se regarder. La question qui est posée n’est pas une question de défis contre la France. C’est de dire que les Africains ne peuvent continuer de vivre les valeurs universelles comme des variables que les Occidentaux peuvent ajuster. Pourquoi la France fixe le prix de ses produits et les Africains ne peuvent pas faire de même. Aucun pays africain de l’espace francophone n’a sa monnaie. Dès qu’un dirigeant fait des réflexions sur l’économie, on lui fait la guerre. Et on dit vouloir aider l’Afrique. Comment voulez-vous aider l’Afrique ?

Notre lutte, pour être forte doit donc écarter les batailles fratricides. Les Africains et leurs amis, épris de paix, de liberté et de justice doivent mieux s’organiser pour mettre fin aux effets catastrophiques du néocolonialisme et toute logique active dans la rémanence de l’ordre ancien.

Sur la CPI, nous pensons que quelques tribunaux spéciaux ont été mis en place (Serra Léone, Yougoslavie…) pour faire diversion. En réalité, la CPI a été créée pour punir les dirigeants et leaders africains qui gêneraient les grands pays dans leur offensive de prédation. Il y a donc un combat noble à mener pour arrêter les souffrances en Afrique. Car l’amélioration du vécu des populations africaines dépend de l’arrêt du pillage systématique de l’Afrique.

Claude KOUDOU

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,