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23 octobre 2020

Première université du CADTM Afrique


Première université du CADTM Afrique

by entreleslignesentrelesmots

Le CADTM Afrique organise ce week-end sa première université à Hammamet en Tunisie. Après avoir été le pays hôte du Forum Social Mondial il y a un an, la Tunisie accueille cette fois l’université du CADTM Afrique. Des citoyens sont venus des quatre coins d’Afrique – Burkina Faso, Togo, Bénin, Cameroun, République démocratique du Congo, Mali, Niger, Sénégal, Maroc et Tunisie – pour échanger sur la dette et différentes thématiques comme les ressources naturelles, l’audit et les dettes coloniales.

C’est avec un peu d’émotion que Fathi Chamkhi prenait la parole pour inaugurer la journée de cette première édition de l’université du réseau CADTM Afrique. Il remerciait la salle, représentative de cette Afrique qui bouge, qui lutte pour le présent du continent mais aussi son futur.

Mimoun Rahmani, coordinateur du réseau CADTM Afrique faisait remarquer que le réseau travaille principalement sur la dette mais pas seulement, il s’engage aussi contre toutes les formes d’oppression. « La dette est un outil de transfert de richesses du Sud vers le Nord, une partie importante de la dette est illégitime et odieuse, elle a déjà été remboursée plusieurs fois et constitue un poids énorme dans le budget des États. Notre principale stratégie est de faire des audits de la dette. »

Cette année, une grande campagne internationale contre la dette sera organisée à l’occasion des soixante dix ans des institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque mondiale.

Renaud Vivien, du CADTM international, soulignait que le FMI n’est pas uniquement présent dans les pays du Sud, il intervient aussi en Europe, que ce soit en Grèce, en Irlande, ou même maintenant en Ukraine.

Les personnes présentes se séparaient ensuite pour se diriger vers les deux ateliers du matin.

Pillages des ressources naturelles et conflits en Afrique

Le pillage de l’Afrique dans son cadre historique est loin d’être récent, il était déjà effectif avec le commerce triangulaire puis la colonisation qui prenait une forme de pillage direct des richesses. Nabil du CADTM/RAID insistait pour mettre en avant l’idée que l’annulation de la dette est le minimum que nous pouvons demander, ce n’est pas de la charité.

Issa du Réseau national dette et développement au Niger faisait remarquer que le thème des réparations face au pillage des ressources reste d’actualité, « ce sont des questions qui n’ont jamais cessé, que ce soit avant, pendant ou après la colonisation. On vit une guerre perpétuelle contre l’Afrique, toutes les puissances se sont partagé l’Afrique et leurs richesses. Ses ressources ont été soustraites par la force, par des lois ou par des jeux de négociations. Le Consensus de Washington représente une forme légalisée pour permettre la continuation des pillages. »

Le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium. L’exploitation a débuté en 1971, principalement par des filiales d’Areva, la Somaïr et la Cominak. Alors qu’elles produisent 94 mille tonnes d’uranium par an, les recettes de l’État relatives à l’exploitation d’uranium ne s’élèvent qu’à 22 % du total du budget du Niger.

Issa nous informe que sept rébellions armées ont coupé le nord du Niger du reste du pays. Les agents de l’État ne sont pas protégés, seuls les agents d’Areva le sont. Les chiffres avancés ci-dessus quant à la production d’uranium sont ceux d’Areva, ils ne sont pas fiables. Tous les chefs rebelles qui ont mené cette rébellion vivaient en France. « Cette rébellion n’est créée que pour permettre ces pillages. Les ordres viennent de France. Ces chefs de rebelles commettent toutes sortes de crimes, mais ils n’ont jamais attaqué les intérêts français. » En janvier 2014, le gouvernement du Niger a mis en place un système d’audit de ces deux sociétés, en vue de déterminer ce qu’Areva produit et ce qu’Areva gagne.

Broulaye, nous parle ensuite du cas spécifique du Mali. Et s’interroge : « Pourquoi les projets financés par l’UE ne sont pas confiés à des entreprises maliennes ? On peut se demander comment il est possible que l’État malien n’ait que 20 % dans l’exploitation de l’or au Mali. Nombreux sont les villageois à être déplacés au profit des exploitants des ressources minières. »

Broulaye, secrétaire du CADTM Afrique, évoque ensuite le phénomène de privatisations des forêts, débutée au Mali récemment. Une loi impose les partenariats publics privés, « la logique derrière cela c’est de mobiliser les ressources de l’État pour nourrir le privé ! Il faut impliquer les citoyens dans l’élaboration des textes mais que ce ne soit pas factice. Quand nous sommes invités, souvent les documents sont déjà préparés, les documents votés doivent être conformes aux besoins de développement des bailleurs. » On retrouve là la même farce que dans le grand débat national initié en France sur les nanotechnologies1.

Dettes coloniales et historiques de l’Afrique

Massasamba, du Togo, débutait l’atelier en mettant en lumière l’accroissement de la dette togolaise, en partie due à l’explosion des prix du phosphate, ressource essentielle dans le budget du pays. « On a aussi vu, comme dans d’autres pays africains, que des amis personnels du régime en place ont profité de l’augmentation de la dette publique. » Autres exemples de dettes illégitimes, « certaines réalisations n’ont pas été effectuées sur le terrain malgré des contrats signés et financés. »

Salah du Maroc consacrait son intervention à la dette coloniale marocaine. En 1860, l’Espagne demande un dédommagement au Maroc en échange de leur départ de Tétouan qu’ils occupaient depuis des années. Malgré un prêt contracté envers l’Angleterre, le Maroc ne réussit pas à tout payer à l’Espagne. Par conséquent, des percepteurs espagnols sont envoyés directement occuper les douanes marocaines.

En 1880, la conférence de Madrid est organisée en vue de décider du partage du Maroc, beaucoup de pays sont présents. La situation économique est catastrophique, due en partie aux paiements des dédommagements suite aux nombreuses guerres perdues et au train de vie du sultan. On peut citer comme exemple, la voiture qu’il s’est offerte alors qu’il n’y avait pas de route au Maroc. Il y avait seulement une route pour lui, autour de son palais. Salah pointe la similitude avec le TGV en construction actuellement au Maroc pour la ligne Tanger – Casablanca2.

Fathi du RAID/CADTM Tunis insiste pour affirmer que « la dette est une question éminemment politique et pas uniquement financière. » Il révèle qu’en 1956, quand elle accède à l’indépendance, la Tunisie a dû racheter ses propres terres agricoles aux colonisateurs français. Pour cela, elle a dû emprunter à la France pour pouvoir rembourser. On croît rêver !

Youssef fait remarquer que l’on parle des dettes économiques mais on peut parler aussi de dettes culturelles. On parle d’homme unidimensionnel, il y a une conformité idéologique partout dans le monde. Pour lui la relation entre dette et culture est très proche. Claude abonde dans ce sens en indiquant les vestiges culturels issus de pays d’Afrique qui sont entreposés dans des grands musées européens.

Les audits de la dette, pourquoi, comment ?

La dette de l’Afrique peut être qualifiée de dette odieuse, immorale, frauduleuse, peu représentative. Elle n’a pas été contractée pour le bien du peuple mais plutôt pour financer des projets inutiles et qui ne servent pas les besoins essentiels des pays concernés. Les gouvernements s’engagent au nom du peuple mais les effets de la dette concernent tous les citoyens.

Les audits consistent à investiguer sur la question de la dette et comprendre les mécanismes qui gouvernent l’économie mondiale : qui a emprunté et au nom de qui ? L’audit permet de comprendre le processus de l’endettement et de distinguer la part légitime et la part odieuse. On peut identifier quelle part a servi au bien du peuple pour déterminer la part à annuler.

En Tunisie, 85 % des emprunts depuis 2011 servent à payer la dette de Ben Ali. On se trouve là face à une bonne illustration d’emprunts illégitimes. Renaud Vivien rappelle que le parlement européen a qualifié en 2012 la dette du monde arabe de dette odieuse et d’illégitime. Pourtant rien n’a changé depuis. Le CADTM continue à faire pression sur les élus pour que l’UE tienne ses engagements.

L’audit gouvernemental conduit par l’Équateur en 2007-2008 avec la participation des mouvements sociaux a permis d’identifier les dettes illégitimes du pays contractées entre 1976 et 2006. Sur base de cet audit, l’Équateur a refusé de payer une partie de sa dette, réalisant ainsi une économie de 7 milliards de dollars, autant d’argent qui a pu être utilisé pour augmenter radicalement les dépenses publiques en particulier dans la santé, l’éducation et les infrastructures.

En Europe, les citoyens paient la facture des sauvetages bancaires décidés par les gouvernements. En Belgique et en France, la dette est la première dépense de l’État : les libéraux pointent du doigt les chômeurs pour justifier les déficits budgétaires au lieu d’attaquer la dette.

En 2009, un audit a été lancé au Mali. Il s’agissait tout d’abord de comprendre la question de la dette pour mieux s’organiser au sein du pays et savoir comment effectuer un plaidoyer contre le processus d’endettement. Sous la pression de la Banque mondiale et du FMI, le gouvernement a été obligé d’accepter le plan d’ajustement structurel. Le point fort de la CAD Mali (Collectif des Alternatives Africaines Dette et Développement) réside dans la capacité des citoyens et de la société civile à former un contrepoids.

Un audit d’un pays créancier a également été mené. La Norvège a annulé ses créances qu’elle considérait comme illégitimes envers plusieurs pays du Sud grâce aux efforts des mobilisations sociales.

Malgré le poids énorme de la dette sur de nombreux pays, des lueurs d’espoir existent.

Robin Delobel, 21 mars 2014

DSCN1679

DSCN16761 http://www.bastamag.net/Le-debat-national-sur-les

2 http://cadtm.org/TGV-Casablanca-Tanger-encore-un

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,