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23 novembre 2020

Pauvres et pourtant riches


Pauvres et pourtant riches

Un immense trésor, fait non seulement de matières premières, mais aussi d’énergies renouvelables, eau, ressources agricoles, tourisme, main d’œuvre, grands marchés pour les investissements étrangers. C’est de l’Afrique qu’on parle ici. Pour une fois on essaie d’invertir la perspective: au lieu de partir de la description des maux qui affligent le continent, on énumérer ses richesses.

Fournisseur traditionnel de minerais sur le marché mondial, l’Afrique subsaharienne figure, à elle seule, au premier ou au deuxième rang mondial pour une longue série de matières premières: antimoine, bauxite, chromite, cobalt, diamants, or, manganèse, platine, titane et vanadium, dont elle détient de 23% à 89% des réserves mondiales. Si les grandes réserves minières sont situées en Afrique du Sud, il faut cependant y ajouter aussi la Guinée, riche en bauxite, la RDCongo et la Zambie pour le cobalt, le Niger pour l’uranium, l’Angola pour le gaz et le pétrole, le Botswana, la Namibie et la RDCongo pour les diamants.
Le continent africain recèle dans son sous-sol de 6 à 8% des réserves mondiales de charbon, cuivre, et près de 20% des réserves utilisables d’uranium.
Le Maroc possède le tiers des réserves mondiales de phosphates.
L’Algérie, à elle seule, est le cinquième producteur et le quatrième exportateur mondial de gaz naturel. Mais d’autres pays d’Afrique sont également très actifs dans l’extraction et l’exportation du gaz naturel. Sur 133,2 milliards de mètres cubes de gaz produits au cours de l’année 2002 en Afrique, 80,4 provenaient d’Algérie, 22,7 d’Égypte, 17,7 du Nigeria, 5,7 de Libye et 6,7 d’autres pays. Le nouveau gazoduc d’Afrique de l’Ouest, d’une longueur de 678 km, acheminera du gaz du Nigeria vers ses voisins le Bénin, le Togo et le Ghana. La Banque Mondiale appuiera le projet – d’un coût total de 590 millions de dollars – avec 125 millions de dollars. Les réserves en gaz du Nigeria, estimées à environ 125 milliards de mètres cubiques, sont deux fois plus élevées que ses réserves en pétrole, avec un potentiel de production de 120 années.
Quant au pétrole, 11% de la production mondiale provient d’Afrique. D’ici 2015, les États-Unis comptent importer du golf de Guinée 25% de leur pétrole brut, contre 14% actuellement. Le Golfe de Guinée produit actuellement 3,5 millions de barils par jour, mais il pourrait augmenter sa production jusqu’à 6 millions de barils par jour d’ici la fin de la décennie. D’après les prévisions, d’ici 2010, dans cette seule région, les réserves de pétrole s’élèveront à 80 milliards de barils. Le Soudan compte réussir à produire 500.000 barils de pétrole par jour déjà d’ici le mois d’août prochain et de pouvoir atteindre d’ici 2008 l’objectif d’augmenter la production quotidienne à au moins 2 millions de barils.

Énergies renouvelables

Le continent africain est très riche aussi en sources d’énergies renouvelables. À commencer par l’eau. Un tiers des grands bassins fluviaux du monde se trouvent en Afrique: le bassin du Nil, qui traverse dix pays, celui du Volta, qui en traverse 6, le Niger, partagé entre 11 pays, le fleuve Congo (9 pays) et le Zambèze (9 pays). Plusieurs grands lacs, dont le lac Tanganyika, le lac Malawi et le lac Victoria couvrent ce vaste continent. Le lac Victoria, d’où sort le Nil, est le plus grand de l’Afrique et le troisième plus grand au monde. Il faut y ajouter de nombreuses cascades et de cours d’eau mineurs. Grâce à de nombreux fleuves parsemés de descentes abruptes, l’Afrique possède 40% du potentiel hydroélectrique mondial. Ces chiffres suffisent pour comprendre que ce continent a un potentiel hydroélectrique considérable, en grande partie inexploité. Seuls 8% de cette extraordinaire source d’énergie renouvelable qu’est l’eau sont en effet utilisés pour produire de l’énergie électrique. En partie parce que manquent les ouvrages nécessaires: sur les 25.400 barrages construits dans le monde, l’Afrique n’en compte que 1272.

Potentiel agricole

Cet «or bleu» est très précieux aussi pour l’agriculture, autre richesse de l’Afrique. Une meilleure exploitation de l’immense bassin du Niger pour l’irrigation multiplierait les surfaces cultivables dans la région du Sahel, ce qui ferait progresser considérablement la production. Pour le seul Mali, on a calculé que la production de riz pourrait passer de 750 mille tonnes par an à plus de 4 millions de tonnes en améliorant les ouvrages d’irrigation, puisque seuls 10% des 2,2 millions d’hectares de terres agricoles sont actuellement exploités. Au Sénégal, on estime qu’il existe 400.000 hectares potentiellement irrigables. Grâce aux pluies abondantes et bien réparties au cours de l’année, le Sahel a enregistré des récoltes sans précédent pour la saison 2003-2004: 14,3 millions de quintaux de céréales, soit 31% de plus que la moyenne des cinq dernières années. Mais l’envers de la médaille de ce résultat a été un effondrement des prix des récoltes qui a mis en difficulté les cultivateurs. En Algérie, au Maroc et en Tunisie également, des récoltes sans précédent ont été enregistrées en 2003. Au Maroc, par exemple, la production de céréales s’est élevée à 81 millions de quintaux, soit 80% de plus que la moyenne des cinq dernières années.

Tourisme

Le tourisme, si possible dans le respect des cultures et des traditions locales et de l’environnement, est une autre grande ressource de l’Afrique qui mériterait d’être exploitée de manière plus planifiée et clairvoyante, car elle permet d’attirer de grandes quantités de capitaux de l’étranger. Mais le tourisme a besoin de sécurité et de stabilité politique dans les pays intéressés et il devrait être géré autant que possible au niveau local. Le produit intérieur brut progresse, mais pas suffisamment. Au plan macroéconomique, l’année 2004 présente de bonnes perspectives de croissance dans la région du Maghreb, à la suite des politiques fiscales appliquées en Algérie, des réformes économiques en cours au Maroc et en Tunisie, et des résultats prometteurs de la production agricole. On attend aussi à une croissance significative en Afrique occidentale et centrale, et en particulier au Nigeria, grâce à l’augmentation de la production de pétrole brut, qui est toutefois menacée par une insécurité croissante dans le Delta du Niger. En Afrique australe, le Botswana affichera probablement le meilleur taux de croissance grâce à l’augmentation de sa production minière. Dans ce pays, le revenu moyen par habitant est de 3.000 dollars, plus que ceux de l’Inde et du Maroc. La croissance devrait en revanche ralentir dans la Corne d’Afrique, où la Somalie et l’Éthiopie connaissent une situation critique, à la limite de la crise alimentaire. L’économie du Cameroun et celle de la Côte d’Ivoire sont stationnaires. Dans ce dernier pays les tensions politiques ont eu des effets négatifs sur le développement.

Afrique du sud

Au premier rang mondial de la production de métaux précieux tels que le Platine, l’Or, le Vanadium et le Chrome ; l »Afrique du Sud est le deuxième producteur de Titane, troisième de Manganèse et cinquième de Diamants.
En matière d’agriculture, l’Afrique du Sud est non seulement auto-suffisante en termes de produits alimentaires et agricoles, mais encore est-elle parmi les six premiers pays du monde exportateurs nets de produits alimentaires. Elle occupe même le 3ème rang mondial pour ses exportations de fruits, la 5ème place pour la pâte de bois, la 6ème pour le maïs, la 8ème pour le vin et la laine et la 15ème pour le sucre.

Les chiffres de la pauvreté

Malgré ses nombreuses richesses en matières premières, énergie, terres cultivables et tourisme, l’Afrique reste marquée par une pauvreté dramatique.
Pourtant, la croissance économique africaine se poursuit à un rythme plus élevé que celle de l’Occident, mais pas suffisant pour permettre à la plupart des pays de ce continent d’atteindre les taux de développement établis par les «Objectifs du Millénaire» afin de vaincre la pauvreté d’ici l’an 2015. La croissance économique en Afrique subsaharienne devrait en effet augmenter de 7% par an de plus que son niveau actuel, en considérant que le taux de croissance était de 5% durant la dernière décennie. Des conditions de vie à la limite de la survie. Pour une grande partie de la population africaine, les conditions de vie sont extrêmement précaires; près de la moitié de la population subsaharienne vit en effet avec moins d’un dollar par jour; 450 millions de personnes n’ont pas un accès suffisant à l’eau potable; 4 enfants sur 10 ne vont pas à l’école. À ce propos, les chiffres cités par l’économiste Ferruccio Marzano, professeur d’économie du développement à la Faculté d’économie et commerce de l’Université La Sapienza de Rome sont significatifs: «Alors que le revenu réel par habitant est de 25.500 dollars dans les pays riches, à égalité de pouvoir d’achat il est d’environ 500 dollars en l’Afrique subsaharienne (dont fait aussi partie l’Afrique du Sud). Cela signifie que entre les revenus européens et les revenus africains, le rapport est de 50 à 1».
Toujours d’après les données fournies par la Banque Mondiale, on constate que la pauvreté absolue (pourcentage de la population qui vit avec moins d’un dollar par jour) concerne plus de 46% des habitants.
Un autre paramètre important est l’indice du développement humain, calculé d’après les données fournies par le Programme des Nations Unies pour le Développement. Alors que cet indice est de 0,920 pour les pays riches, il est de 0,464 dans les pays d’Afrique subsaharienne. Cela signifie que ces pays ont un rythme de développement réel plus lent, qui équivaut à la moitié de celui des pays les plus avancés.

Lanterne rouge

L’Afrique reste à la traîne non seulement par rapport aux pays développés, mais aussi par rapport aux pays en développement. En effet, alors que les pays en développement dans leur ensemble voient augmenter le niveau de leurs exportations, celui des pays africains diminue. Le pourcentage des exportations marchandes mondiales de l’Afrique est descendu du 2,8% entre 1988 et 1990 à 2,1% dix ans plus tard, dans la période 1998-2000. Une diminution analogue a été constatée dans les importations, passées de 2,7 à 2,1%. Ce déclin contraste très nettement avec la croissance générale des exportations des pays en développement, passées de 22,7% à 28,1% dans le même temps.
En 2000, le revenu réel par habitant en Afrique subsaharienne (en excluant, cette fois, l’Afrique du Sud) était inférieur d’un tiers à celui de l’Asie du Sud, ce qui fait de cette partie de l’Afrique la région la plus pauvre de notre planète. En 1990, la production moyenne par habitant à prix constants y était inférieure à celle enregistrée trente ans plus tôt. Et dans les 15 prochaines années, on prévoit que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté la plus absolue en Afrique subsaharienne passera de 315 à 404 millions. L’aide financière internationale publique, durant ces mêmes années, est restée stationnaire ou a diminué dans de nombreux cas. En revanche, les investissements étrangers directs (IED) progressent, encouragés par les privatisations. En 1999, l’Angola et le Niger ont reçu 56% de l’ensemble des IED en Afrique pour un montant de 7,1 milliards de dollars.

L’urgence sanitaire

Du point de vue de l’accès aux ressources primaires, plus de la moitié de la population africaine ne dispose pas d’une source d’eau potable et les 2/3 des habitants ne disposent pas d’un réseau d’assainissement adéquat. Du point de vue sanitaire, on enregistre une situation de grande urgence: l’Afrique compte aujourd’hui 80% des décès dûs au sida et 90% des décès dûs au paludisme. Plus de deux millions d’enfants meurent chaque année avant d’avoir atteint l’âge d’un an. Au milieu des années 1990, les pays africains dépensaient plus de 25 milliards de dollars par an pour le service de la dette contractée auprès des pays riches et 15 milliards de dollars seulement pour les frais de santé. Le coût économique, outre que social, de l’urgence sanitaire en Afrique est très élevé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que les pertes économiques dues à la diffusion du paludisme sur le continent africain s’élèvent à 2,2 milliards de dollars par an, alors qu’avec moins de la moitié de cette somme les décès causés par cette maladie pourraient être réduits de moitié.
Le sida est devenu, en l’espace de vingt ans, la première cause de mortalité en Afrique. Sur 42 millions de séropositifs dans le monde, 29,4 millions sont des Africains, et sur 3,1 millions morts, 2,4 millions sont des Africains. Sur 1,3 millions d’enfants malades du sida dans le monde, près d’un million sont africains. Dans seize pays d’Afrique, plus d’un adulte sur dix est séropositif. Dans sept de ces pays, au moins un adulte sur cinq vit avec le VIH. Au Botswana, par exemple, plus de 35% des adultes sont séropositifs. À Abidjan, en Côte d’Ivoire, le sida est devenu la première cause de mortalité. L’Afrique du Sud compte le nombre le plus élevé de séropositifs au monde : 5 millions de personnes.

Les tourments

La situation alimentaire est, elle aussi, dramatique: 26% des Africains souffrent de la faim, et les besoins alimentaires augmentent au rythme d’au moins 3% par an en raison de la croissance démographique. Le cas du Sahel est emblématique de ce point de vue. Dans cette région, qui aurait un potentiel agricole immense si elle était convenablement exploitée et irriguée, «un habitant sur deux vit en-dessous du seuil de la pauvreté, et un sur trois affronte quotidiennement les tourments de la faim et de la malnutrition», observe Amadou Toumani Touré, président du Mali.
Près de 40 millions d’individus en Éthiopie, en Érythrée, au Sahel et en Afrique occidentale risquent de mourir de faim, avertit le Programme alimentaire mondial.

Des produits

Antimoine. Fabrication d’accumulateurs, semi-conducteurs, matières plastiques (il diminue la propagation des flammes). En médecine: maladies cutanées et parasitaires, etc.
Bauxite. Est le minerai le plus utilisé pour obtenir de l’alumine, matière intermédiaire nécessaire à la fabrication de l’aluminium.
Cobalt. Utilisé pour la fabrication d’alliages durs, de céramiques et de verres spéciaux. Dans la thérapie du cancer on se sert du cobalt 60 radioactif.
Chrome. Il améliore la résistance des métaux à la corrosion et leur rajoute un fini brillant (acier inoxydable, etc.).
Manganèse. Utilisé dans la fabrication d’aciers, de piles et de céramiques. L’acier utilisé pour les rails de chemin de fer contient 1,2 % de manganèse. C’est un élément important de la vitamine B1.
Platine. Résistant à la corrosion. Utilisé en bijouterie, dans les équipements de laboratoire, en médecine dentaire, pour certains contacts électriques et dans les pots catalytiques des véhicules. Folklore: dans la tradition de certains pays, les noces de platine symbolisent les soixante-dix ans de mariage.
Titane. Utilisé dans les peintures, matières plastiques, papier, médicaments. Alliages de titane sont principalement utilisés dans les avions ou les missiles, vélos, ordinateurs portables, prothèses, bijoux de piercing, etc.

Deux lectures

Devant ce tableau en clair-obscur où de grandes ressources s’accompagnent d’urgences sociales et sanitaires dramatiques, il est inévitable de se demander pourquoi les habitants d’un continent aussi riche sont, dans leur grande majorité, aussi pauvres. Pendant longtemps, surtout dans l’opinion publique, deux lectures de ce phénomène se sont affrontées et ont parfois été opposées à dessein. L’une, que nous pourrions appeler positiviste et malthusienne, selon laquelle la difficulté de vaincre la pauvreté est due avant tout à la croissance démographique : d’après cette analyse, aucune croissance économique ne pourrait suffire à assurer la prospérité et le développement d’un continent qui, dans les 50 prochaines années, devrait passer de 830 millions à 1,3 milliards d’habitants. L’autre, de nature historique et politique, attribue principalement au colonialisme puis au néocolonialisme des puissances occidentales la responsabilité d’avoir exploité l’Afrique de façon égoïste, en l’empêchant de se développer et d’acquérir son autonomie. Cette deuxième clé de lecture a souvent été utilisée comme argument à opposer à l’inacceptable mécanicisme malthusien.
En réalité, ni la première, ni la deuxième analyse ne peut être considérée comme exhaustive. L’Afrique est un immense continent comportant des situations très diversifiées. On devrait donc se garder de généraliser, soit dans l’évaluation des problèmes soit lorsqu’on propose des solutions. Parmi les initiatives mises en œuvre pour débloquer la situation et permettre au processus de développement d’avancer, on peut citer d’abord le «Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique» (NEPAD). Il s’agit d’un accord signé par la communauté internationale, qui prévoit une augmentation des financements en faveur du développement destinés aux pays qui parviennent à mettre en œuvre des pratiques de bonne gouvernance et d’assainissement économique.
Un projet très encourageant, mais qui ne peut pas cacher la lourde menace représentée par la dette extérieure, qui continue à étrangler l’économie des pays africains, en entretenant une nouvelle forme de dépendance vis-à-vis des pays riches.
Une grande partie des ressources produites par les pays africains sont en effet «brûlées» seulement pour payer les intérêts de la dette contractée auprès des pays étrangers ou des organismes financiers internationaux. C’est une urgence commune à tous les pays en développement, et pas seulement à ceux d’Afrique, qui voient croître le montant de leur dette de façon exponentielle.
A cela il faut ajouter la grande inconnue des conflits qui ensanglantent de nombreux pays du continent africain et qui restent l’une des principales causes du sous-développement et des urgences humanitaires. La liste serait très longue, d’autant plus que beaucoup de ces conflits sont parfois volontairement «oubliés» par la communauté internationale.
Soudan, RDCongo, Rwanda, Burundi, Liberia, Sierra Leone, Somalie sont quelques-uns des pays marqués par les conflits, les guerres civiles ou les révoltes qui ont mis l’économie à genoux, provoqué des millions de réfugiés et de déplacés, créé des urgences sanitaires dramatiques et enrichi ceux qui spéculent sur la déstabilisation, à commencer par les marchands d’armes. Pendant le conflit qui ravagea la Sierra Leone entre 1991 et 2001 la vente annuelle des diamants n’était que de 22 millions de dollars. En 2003, le conflit est finalement terminé, 76 millions; en 2004, 129 millions. Rien ne pourra justifier pareil gaspillage de la richesse nationale, les 50.000 morts, les dizaines de milliers de blessés et le demi million de réfugiés.

Depuis plusieurs décennies

«La tragédie des guerres qui déchirent l’Afrique, écrit le Pape dans l’Exhortation apostolique post-synodale, a été décrite en des termes incisifs par les Pères du Synode: L’Afrique est depuis plusieurs décennies le théâtre de guerres fratricides qui déciment les populations et détruisent leurs richesses naturelles et culturelles».
Ce phénomène douloureux, outre les causes extérieures à l’Afrique, a aussi des causes internes telles que «le tribalisme, le népotisme, le racisme, l’intolérance religieuse, la soif du pouvoir, renforcée par des régimes totalitaires qui bafouent impunément les droits et la dignité de l’homme.
Les populations brimées et réduites au silence subissent en victimes innocentes et résignées toutes ces situations d’injustice. Je tiens à joindre ma voix à celle des membres de l’Assemblée synodale, poursuit le Pape, pour déplorer les situations de souffrance indicible provoquées par de nombreux conflits déclarés ou latents et pour demander à ceux qui en ont la possibilité de s’investir totalement pour mettre fin à de telles tragédies».
Le problème des conflits a été au centre des travaux du sommet annuel de l’Union Africaine (UA) qui s’est tenu à Addis-Abeba le 8 juillet 2004, et auquel ont participé 53 chefs d’État et de gouvernement du continent.
Lors de cette rencontre, a été présentée la proposition de créer une force militaire d’intervention rapide entièrement africaine, capable d’agir chaque fois que la nécessité s’en présente; une institution qui, avec le Conseil pour la paix et la sécurité créé en mai dernier (conçu sur le modèle du Conseil de sécurité de l’ONU) devrait représenter un outil suffisamment approprié et souple pour intervenir politiquement et physiquement en tuant les conflits dans l’œuf sur tout le continent.
Un exemple de ce qui pourrait devenir cette force multilatérale africaine d’intervention est en cours d’expérimentation dans la région soudanaise du Darfour, où le sommet de l’UA a décidé de dépêcher une task-force chargée de protéger les observateurs civils.
Cela pourrait être l’embryon d’un nouveau modèle pour affronter les «conflits oubliés» face à l’immobilisme et au désintérêt de la communauté internationale.

Agence Fides et d’autres sources

Photo : Pauvres et pourtant riches

Un immense trésor, fait non seulement de matières premières, mais aussi d’énergies renouvelables, eau, ressources agricoles, tourisme, main d’œuvre, grands marchés pour les investissements étrangers. C’est de l’Afrique qu’on parle ici. Pour une fois on essaie d’invertir la perspective: au lieu de partir de la description des maux qui affligent le continent, on énumérer ses richesses.

Fournisseur traditionnel de minerais sur le marché mondial, l’Afrique subsaharienne figure, à elle seule, au premier ou au deuxième rang mondial pour une longue série de matières premières: antimoine, bauxite, chromite, cobalt, diamants, or, manganèse, platine, titane et vanadium, dont elle détient de 23% à 89% des réserves mondiales. Si les grandes réserves minières sont situées en Afrique du Sud, il faut cependant y ajouter aussi la Guinée, riche en bauxite, la RDCongo et la Zambie pour le cobalt, le Niger pour l’uranium, l’Angola pour le gaz et le pétrole, le Botswana, la Namibie et la RDCongo pour les diamants.
Le continent africain recèle dans son sous-sol de 6 à 8% des réserves mondiales de charbon, cuivre, et près de 20% des réserves utilisables d’uranium. 
Le Maroc possède le tiers des réserves mondiales de phosphates.  
L’Algérie, à elle seule, est le cinquième producteur et le quatrième exportateur mondial de gaz naturel. Mais d’autres pays d’Afrique sont également très actifs dans l’extraction et l’exportation du gaz naturel. Sur 133,2 milliards de mètres cubes de gaz produits au cours de l’année 2002 en Afrique, 80,4 provenaient d’Algérie, 22,7 d’Égypte, 17,7 du Nigeria, 5,7 de Libye et 6,7 d’autres pays. Le nouveau gazoduc d’Afrique de l’Ouest, d’une longueur de 678 km, acheminera du gaz  du Nigeria vers ses voisins le Bénin, le Togo et le Ghana. La Banque Mondiale appuiera le projet - d’un coût total de 590 millions de dollars - avec 125 millions de dollars. Les réserves en gaz du Nigeria, estimées à environ 125 milliards de mètres cubiques, sont deux fois plus élevées que ses réserves en pétrole, avec un potentiel de production de 120 années.
Quant au pétrole, 11% de la production mondiale provient d’Afrique. D’ici 2015, les États-Unis comptent importer du golf de Guinée 25% de leur pétrole brut, contre 14% actuellement. Le Golfe de Guinée produit actuellement 3,5 millions de barils par jour, mais il pourrait augmenter sa production jusqu’à 6 millions de barils par jour d’ici la fin de la décennie. D’après les prévisions, d’ici 2010, dans cette seule région, les réserves de pétrole s’élèveront à 80 milliards de barils. Le Soudan compte réussir à produire 500.000 barils de pétrole par jour déjà d’ici le mois d’août prochain et de pouvoir atteindre d’ici 2008 l’objectif d’augmenter la production quotidienne à au moins 2 millions de barils.

Énergies renouvelables

Le continent africain est très riche aussi en sources d’énergies renouvelables. À commencer par l’eau. Un tiers des grands bassins fluviaux du monde se trouvent en Afrique: le bassin du Nil, qui traverse dix pays, celui du Volta, qui en traverse 6, le Niger, partagé entre 11 pays, le fleuve Congo (9 pays) et le Zambèze (9 pays). Plusieurs grands lacs, dont le lac Tanganyika, le lac Malawi et le lac Victoria couvrent ce vaste continent. Le lac Victoria, d’où sort le Nil, est le plus grand de l’Afrique et le troisième plus grand au monde. Il faut y ajouter de nombreuses cascades et de cours d’eau mineurs. Grâce à de nombreux fleuves parsemés de descentes abruptes, l’Afrique possède 40% du potentiel hydroélectrique mondial. Ces chiffres suffisent pour comprendre que ce continent a un potentiel hydroélectrique considérable, en grande partie inexploité. Seuls 8% de cette extraordinaire source d’énergie renouvelable qu’est l’eau sont en effet utilisés pour produire de l’énergie électrique. En partie parce que manquent les ouvrages nécessaires: sur les 25.400 barrages construits dans le monde, l’Afrique n’en compte que 1272.

Potentiel agricole

Cet «or bleu» est très précieux aussi pour l’agriculture, autre richesse de l’Afrique. Une meilleure exploitation de l’immense bassin du Niger pour l’irrigation multiplierait les surfaces cultivables dans la région du Sahel, ce qui ferait progresser considérablement la production. Pour le seul Mali, on a calculé que la production de riz pourrait passer de 750 mille tonnes par an à plus de 4 millions de tonnes en améliorant les ouvrages d’irrigation, puisque seuls 10% des 2,2 millions d’hectares de terres agricoles sont actuellement exploités. Au Sénégal, on estime qu’il existe 400.000 hectares potentiellement irrigables. Grâce aux pluies abondantes et bien réparties au cours de l’année, le Sahel a enregistré des récoltes sans précédent pour la saison 2003-2004: 14,3 millions de quintaux de céréales, soit 31% de plus que la moyenne des cinq dernières années. Mais l’envers de la médaille de ce résultat a été un effondrement des prix des récoltes qui a mis en difficulté les cultivateurs. En Algérie, au Maroc et en Tunisie également, des récoltes sans précédent ont été enregistrées en 2003. Au Maroc, par exemple, la production de céréales s’est élevée à 81 millions de quintaux, soit 80% de plus que la moyenne des cinq dernières années.

Tourisme

Le tourisme, si possible dans le respect des cultures et des traditions locales et de l’environnement, est une autre grande ressource de l’Afrique qui mériterait d’être exploitée de manière plus planifiée et clairvoyante, car elle permet d’attirer de grandes quantités de capitaux de l’étranger. Mais le tourisme a besoin de sécurité et de stabilité politique dans les pays intéressés et il devrait être géré autant que possible au niveau local. Le produit intérieur brut progresse, mais pas suffisamment. Au plan macroéconomique, l’année 2004 présente de bonnes perspectives de croissance dans la région du Maghreb, à la suite des politiques fiscales appliquées en Algérie, des réformes économiques en cours au Maroc et en Tunisie, et des résultats prometteurs de la production agricole. On attend aussi à une croissance significative en Afrique occidentale et centrale, et en particulier au Nigeria, grâce à l’augmentation de la production de pétrole brut, qui est toutefois menacée par une insécurité croissante dans le Delta du Niger. En Afrique australe, le Botswana affichera probablement le meilleur taux de croissance grâce à l’augmentation de sa production minière. Dans ce pays, le revenu moyen par habitant est de 3.000 dollars, plus que ceux de l’Inde et du Maroc. La croissance devrait en revanche ralentir dans la Corne d’Afrique, où la Somalie et l’Éthiopie connaissent une situation critique, à la limite de la crise alimentaire. L’économie du Cameroun et celle de la Côte d’Ivoire sont stationnaires. Dans ce dernier pays les tensions politiques ont eu des effets négatifs sur le développement.

Afrique du sud

Au premier rang mondial de la production de métaux précieux tels que le Platine, l'Or, le Vanadium et le Chrome ; l"Afrique du Sud est le deuxième producteur de Titane, troisième de Manganèse et cinquième de Diamants.
En matière d’agriculture, l’Afrique du Sud est non seulement auto-suffisante en termes de produits alimentaires et agricoles, mais encore est-elle parmi les six premiers pays du monde exportateurs nets de produits alimentaires. Elle occupe même le 3ème rang mondial pour ses exportations de fruits, la 5ème place pour la pâte de bois, la 6ème pour le maïs, la 8ème pour le vin et la laine et la 15ème pour le sucre.

Les chiffres de la pauvreté

Malgré ses nombreuses richesses en matières premières, énergie, terres cultivables et tourisme, l’Afrique reste marquée par une pauvreté dramatique.
Pourtant, la croissance économique africaine se poursuit à un rythme plus élevé que celle de l’Occident, mais pas suffisant pour permettre à la plupart des pays de ce continent d’atteindre les taux de développement établis par les «Objectifs du Millénaire» afin de vaincre la pauvreté d’ici l’an 2015. La croissance économique en Afrique subsaharienne devrait en effet augmenter de 7% par an de plus que son niveau actuel, en considérant que le taux de croissance était de 5% durant la dernière décennie. Des conditions de vie à la limite de la survie. Pour une grande partie de la population africaine, les conditions de vie sont extrêmement précaires; près de la moitié de la population subsaharienne vit en effet avec moins d’un dollar par jour; 450 millions de personnes n’ont pas un accès suffisant à l’eau potable; 4 enfants sur 10 ne vont pas à l’école. À ce propos, les chiffres cités par l’économiste Ferruccio Marzano, professeur d’économie du développement à la Faculté d’économie et commerce de l’Université La Sapienza de Rome sont significatifs: «Alors que le revenu réel par habitant est de 25.500 dollars dans les pays riches, à égalité de pouvoir d’achat il est d’environ 500 dollars en l’Afrique subsaharienne (dont fait aussi partie l’Afrique du Sud). Cela signifie que entre les revenus européens et les revenus africains, le rapport est de 50 à 1».
Toujours d’après les données fournies par la Banque Mondiale, on constate que la pauvreté absolue (pourcentage de la population qui vit avec moins d’un dollar par jour) concerne plus de 46% des habitants. 
Un autre paramètre important est l’indice du développement humain, calculé d’après les données fournies par le Programme des Nations Unies pour le Développement. Alors que cet indice est de 0,920 pour les pays riches, il est de 0,464 dans les pays d’Afrique subsaharienne. Cela signifie que ces pays ont un rythme de développement réel plus lent, qui équivaut à la moitié de celui des pays les plus avancés.

Lanterne rouge

L’Afrique reste à la traîne non seulement par rapport aux pays développés, mais aussi par rapport aux pays en développement. En effet, alors que les pays en développement dans leur ensemble voient augmenter le niveau de leurs exportations, celui des pays africains diminue. Le pourcentage des exportations marchandes mondiales de l’Afrique est descendu du 2,8% entre 1988 et 1990 à 2,1% dix ans plus tard, dans la période 1998-2000. Une diminution analogue a été constatée dans les importations, passées de 2,7 à 2,1%. Ce déclin contraste très nettement avec la croissance générale des exportations des pays en développement, passées de 22,7% à 28,1% dans le même temps.
En 2000, le revenu réel par habitant en Afrique subsaharienne (en excluant, cette fois, l’Afrique du Sud) était inférieur d’un tiers à celui de l’Asie du Sud, ce qui fait de cette partie de l’Afrique la région la plus pauvre de notre planète. En 1990, la production moyenne par habitant à prix constants y était inférieure à celle enregistrée trente ans plus tôt. Et dans les 15 prochaines années, on prévoit que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté la plus absolue en Afrique subsaharienne passera de 315 à 404 millions. L’aide financière internationale publique, durant ces mêmes années, est restée stationnaire ou a diminué dans de nombreux cas. En revanche, les investissements étrangers directs (IED) progressent, encouragés par les privatisations. En 1999, l’Angola et le Niger ont reçu 56% de l’ensemble des IED en Afrique pour un montant de 7,1 milliards de dollars.

L’urgence sanitaire

Du point de vue de l’accès aux ressources primaires, plus de la moitié de la population africaine ne dispose pas d’une source d’eau potable et les 2/3 des habitants ne disposent pas d’un réseau d’assainissement adéquat. Du point de vue sanitaire, on enregistre une situation de grande urgence: l’Afrique compte aujourd’hui 80% des décès dûs au sida et 90% des décès dûs au paludisme. Plus de deux millions d’enfants meurent chaque année avant d’avoir atteint l’âge d’un an. Au milieu des années 1990, les pays africains dépensaient plus de 25 milliards de dollars par an pour le service de la dette contractée auprès des pays riches et 15 milliards de dollars seulement pour les frais de santé. Le coût économique, outre que social, de l’urgence sanitaire en Afrique est très élevé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que les pertes économiques dues à la diffusion du paludisme sur le continent africain s’élèvent à 2,2 milliards de dollars par an, alors qu’avec moins de la moitié de cette somme les décès causés par cette maladie pourraient être réduits de moitié.
Le sida est devenu, en l’espace de vingt ans, la première cause de mortalité en Afrique. Sur 42 millions de séropositifs dans le monde, 29,4 millions sont des Africains, et sur 3,1 millions morts, 2,4 millions sont des Africains. Sur 1,3 millions d’enfants malades du sida dans le monde, près d’un million sont africains. Dans seize pays d’Afrique, plus d’un adulte sur dix est séropositif. Dans sept de ces pays, au moins un adulte sur cinq vit avec le VIH. Au Botswana, par exemple, plus de 35% des adultes sont séropositifs. À Abidjan, en Côte d’Ivoire, le sida est devenu la première cause de mortalité. L’Afrique du Sud compte le nombre le plus élevé de séropositifs au monde : 5 millions de personnes.

Les tourments

La situation alimentaire est, elle aussi, dramatique: 26% des Africains souffrent de la faim, et les besoins alimentaires augmentent au rythme d’au moins 3% par an en raison de la croissance démographique. Le cas du Sahel est emblématique de ce point de vue. Dans cette région, qui aurait un potentiel agricole immense si elle était convenablement exploitée et irriguée, «un habitant sur deux vit en-dessous du seuil de la pauvreté, et un sur trois affronte quotidiennement les tourments de la faim et de la malnutrition», observe Amadou Toumani Touré, président du Mali.
Près de 40 millions d’individus en Éthiopie, en Érythrée, au Sahel et en Afrique occidentale risquent de mourir de faim, avertit le Programme alimentaire mondial.

Des produits

Antimoine. Fabrication d’accumulateurs, semi-conducteurs, matières plastiques (il diminue la propagation des flammes). En médecine:  maladies cutanées et parasitaires, etc.
Bauxite.  Est le minerai le plus utilisé pour obtenir de l’alumine, matière intermédiaire nécessaire à la fabrication de l’aluminium.
Cobalt.  Utilisé pour la fabrication d’alliages durs, de céramiques et de verres spéciaux. Dans la thérapie du cancer on se sert du cobalt 60 radioactif.
Chrome. Il améliore la résistance des métaux à la corrosion et leur rajoute un fini brillant (acier inoxydable, etc.).
Manganèse. Utilisé dans la fabrication d’aciers, de piles et de céramiques. L’acier utilisé pour les rails de chemin de fer contient 1,2 % de manganèse. C’est un élément important de la vitamine B1.
Platine.  Résistant à la corrosion. Utilisé en bijouterie, dans les équipements de laboratoire, en médecine dentaire, pour certains contacts électriques et dans les pots catalytiques des véhicules. Folklore: dans la tradition de certains pays, les noces de platine symbolisent les soixante-dix ans de mariage.
Titane. Utilisé dans les peintures, matières plastiques, papier, médicaments. Alliages de titane sont principalement utilisés dans les avions ou les missiles, vélos, ordinateurs portables, prothèses, bijoux de piercing, etc.

Deux lectures

Devant ce tableau en clair-obscur où de grandes ressources s’accompagnent d’urgences sociales et sanitaires dramatiques, il est inévitable de se demander pourquoi les habitants d’un continent aussi riche sont, dans leur grande majorité, aussi pauvres. Pendant longtemps, surtout dans l’opinion publique, deux lectures de ce phénomène se sont affrontées et ont parfois été opposées à dessein. L’une, que nous pourrions appeler positiviste et malthusienne, selon laquelle la difficulté de vaincre la pauvreté est due avant tout à la croissance démographique : d’après cette analyse, aucune croissance économique ne pourrait suffire à assurer la prospérité et le développement d’un continent qui, dans les 50 prochaines années, devrait passer de 830 millions à 1,3 milliards d’habitants. L’autre, de nature historique et politique, attribue principalement au colonialisme puis au néocolonialisme des puissances occidentales la responsabilité d’avoir exploité l’Afrique de façon égoïste, en l’empêchant de se développer et d’acquérir son autonomie. Cette deuxième clé de lecture a souvent été utilisée comme argument à opposer à l’inacceptable mécanicisme malthusien.
En réalité, ni la première, ni la deuxième analyse ne peut être considérée comme exhaustive.  L’Afrique est un immense continent comportant des situations très diversifiées. On devrait donc se garder  de généraliser, soit dans l’évaluation des problèmes soit lorsqu’on propose des solutions. Parmi les initiatives mises en œuvre pour débloquer la situation et permettre au processus de développement d’avancer, on peut citer d’abord le «Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique» (NEPAD). Il s’agit d’un accord signé par la communauté internationale, qui prévoit une augmentation des financements en faveur du développement destinés aux pays qui parviennent à mettre en œuvre des pratiques de bonne gouvernance et d’assainissement économique.
Un projet très encourageant, mais qui ne peut pas cacher la lourde menace représentée par la dette extérieure, qui continue à étrangler l’économie des pays africains, en entretenant une nouvelle forme de dépendance vis-à-vis des pays riches.
Une grande partie des ressources produites par les pays africains sont en effet «brûlées» seulement pour payer les intérêts de la dette contractée auprès des pays étrangers ou des organismes financiers internationaux. C’est une urgence commune à tous les pays en développement, et pas seulement à ceux d’Afrique, qui voient croître le montant de leur dette de façon exponentielle.
A cela il faut ajouter la grande inconnue des conflits qui ensanglantent de nombreux pays du continent africain et qui restent l’une des principales causes du sous-développement et des urgences humanitaires. La liste serait très longue, d’autant plus que beaucoup de ces conflits sont parfois volontairement «oubliés» par la communauté internationale.
Soudan, RDCongo, Rwanda, Burundi, Liberia, Sierra Leone, Somalie sont quelques-uns des pays marqués par les conflits, les guerres civiles ou les révoltes qui ont mis l’économie à genoux, provoqué des millions de réfugiés et de déplacés, créé des urgences sanitaires dramatiques et enrichi ceux qui spéculent sur la déstabilisation, à commencer par les marchands d’armes. Pendant le conflit qui ravagea la Sierra Leone entre 1991 et 2001 la vente annuelle des diamants n’était que de 22 millions de dollars. En 2003, le conflit est finalement terminé, 76 millions; en 2004, 129 millions. Rien ne pourra justifier pareil gaspillage de la richesse nationale, les 50.000 morts, les dizaines de milliers de blessés et le demi million de réfugiés.

Depuis plusieurs décennies

«La tragédie des guerres qui déchirent l’Afrique, écrit le Pape dans l’Exhortation apostolique post-synodale, a été décrite en des termes incisifs par les Pères du Synode: L’Afrique est depuis plusieurs décennies le théâtre de guerres fratricides qui déciment les populations et détruisent leurs richesses naturelles et culturelles».
Ce phénomène douloureux, outre les causes extérieures à l’Afrique, a aussi des causes internes telles que «le tribalisme, le népotisme, le racisme, l’intolérance religieuse, la soif du pouvoir, renforcée par des régimes totalitaires qui bafouent impunément les droits et la dignité de l’homme.
Les populations brimées et réduites au silence subissent en victimes innocentes et résignées toutes ces situations d’injustice. Je tiens à joindre ma voix à celle des membres de l’Assemblée synodale, poursuit le Pape, pour déplorer les situations de souffrance indicible provoquées par de nombreux conflits déclarés ou latents et pour demander à ceux qui en ont la possibilité de s’investir totalement pour mettre fin à de telles tragédies».
Le problème des conflits a été au centre des travaux du sommet annuel de l’Union Africaine (UA) qui s’est tenu à Addis-Abeba le 8 juillet 2004, et auquel ont participé 53 chefs d’État et de gouvernement du continent.
Lors de cette rencontre, a été présentée la proposition de créer une force militaire d’intervention rapide entièrement africaine, capable d’agir chaque fois que la nécessité s’en présente; une institution qui, avec le Conseil pour la paix et la sécurité créé en mai dernier (conçu sur le modèle du Conseil de sécurité de l’ONU) devrait représenter un outil suffisamment approprié et souple pour intervenir politiquement et physiquement en tuant les conflits dans l’œuf sur tout le continent.
Un exemple de ce qui pourrait devenir cette force multilatérale africaine d’intervention est en cours d’expérimentation dans la région soudanaise du Darfour, où le sommet de l’UA a décidé de dépêcher une task-force chargée de protéger les observateurs civils.
Cela pourrait être l’embryon d’un nouveau modèle pour affronter les «conflits oubliés» face à l’immobilisme et au désintérêt de la communauté internationale.

Agence Fides  et d’autres sources

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,