Aller à…
RSS Feed

29 octobre 2020

A propos des manuels scolaires palestiniens


A propos des manuels scolaires palestiniens et israéliens

jeudi 18 septembre 2014

En cette rentrée scolaire, Nurit Peled, opposante israélienne, auteure de « La Palestine dans les livres israéliens : idéologie et propagande dans l’éducation », interviewée par Alex Anfruns, remet les pendules à l’heure sur la question des manuels scolaires et de « l’antisémitisme ».

Alex Anfrus : Il y a quelques années, des informations circulaient sur les manuels scolaires palestiniens, dans lesquels les Juifs seraient diabolisés, une propagande de ce genre. Mais lorsque l’on les examine, et qu’on se rend compte d’où provient ce matériel scolaire, on voit qu’en réalité ils sont produits dans un centre dont le siège se situe dans la colonie d’Efrat, qui s’appelle « Centre de Vigilance sur l’Impact de la Paix »…

C’est horrible. Horrible. Ces études ont été présentées au Congrès des Etats-Unis. Ce Centre a obtenu un demi million de dollars pour chaque livre et Hillary Clinton a engagé le directeur de cette organisation comme conseiller personnel. Ce sont des fascistes, ils n’ont rien d’académique en plus, il n’y a aucun travail de recherche. En France, ce directeur, le professeur Yohanan Manor, est reçu partout. Ils racontent des bêtises.

En revanche, les Palestiniens ne pourraient aucunement affirmer de telles choses même s’ils le voulaient. Ils sont tellement contrôlés et censurés par le Parlement Européen, le Ministre de l’Education Israélienne, l’armée israélienne, le Danemark, et par la Banque Mondiale qui lui donne de l’argent, par le Japon… que les Palestiniens ne pourraient pas, même s’ils le voulaient, être offensants ou racistes. C’est un mensonge, car on ne leur permet même pas d’écrire au sujet de leur propre nation, de leur propre Nakba, de leur propre culture. On ne leur permet même pas d’écrire quelque chose sur eux-mêmes dans leurs livres.

A.A. : Mais la plupart des gens sont encore vulnérables face à ce type de discours, surtout dans les pays occidentaux. Du fait de cette inversion des rôles, ils ne savent pas quelle est la vérité sur la Palestine. Et ces « études » faites sur les colonies israéliennes affirment grosso modo que les Palestiniens apprennent à leurs enfants à détester les Juifs…

Il n’y a pas besoin d’enseigner quoi que ce soit lorsqu’on vit dans le camp de réfugiés d’Aida… De toute façon, ce n’est pas vrai car c’est impossible. Les Palestiniens ne pourraient pas le faire, même s’ils le voulaient (par contre, les livres scolaires israéliens, eux, le font). C’est intéressant, ce qui est raconté dans les livres palestiniens car les Israéliens n’y sont même pas vus comme des ennemis. Les ennemis sont les Britanniques, l’Europe, parce que ce sont eux qui ont commencé le colonialisme, et Israël est très marginal pour eux, ce n’est que la poursuite du colonialisme. Ils ne présentent pas Israël comme « la grande force », du tout. C’est l’Europe. C’est cela qui leur est enseigné : « Ils ont offert une terre qui ne leur appartenait pas à des gens qui ne la méritaient pas, et ils ont choisi la Palestine ». Dans ces livres, Israël occupe une place marginale.

A.A. : Pouvez-vous nous dire comment votre livre « Palestine dans les livres israéliens : idéologie et propagande dans l’éducation » a été reçu dans la société israélienne ?

N.P. : Les Israéliens ne l’ont pas lu. En dehors du pays, il a reçu d’excellentes critiques, tandis qu’ici, peut-être une seule, mais sans le moindre impact, il n’y a pas d’universitaires qui le prennent en compte, au contraire. Mes collègues ne s’y intéressent absolument pas. En fait, ils font ce qu’ils peuvent pour faire interdire ce livre et me réduire au silence.

A.A. : Pourriez-vous nous expliquer cette focalisation devenue traditionnelle des Israéliens sur l’antisémitisme ? Comment abordent-ils ce sujet ? C’est une sensation étrange, on dirait que l’augmentation de l’antisémitisme dans un futur proche en Europe, finalement, c’est quelque chose de bon pour Israël.

N.P. : Bien entendu. C’est très bon pour eux. Enfin, ce sont eux qui le propagent, ils l’amplifient énormément : « Toute personne non juive est antisémite. Pour cette raison, nous n’appliquons pas les décisions internationales et le droit international, car ils ont été créés par des non juifs qui étaient antisémites ». Le droit international, ils n’en ont rien à secouer.

A.A. : C’est un peu bizarre de voir quelqu’un comme Bernard Henry-Lévy qui soutient les manifestants d’extrême droite en Ukraine, les faisant passer pour des combattants de la liberté, tout comme en Libye…

N.P. Ils sont fort racistes, fort antisémites. Mais Israël coopère également avec d’innombrables organisations fascistes.

A.A. : C’est également intéressant de se souvenir des relations entre Israël et l’Afrique du Sud.

N.P. : Oui, en effet. Israël a totalement soutenu l’apartheid. Complètement. Il a fourni son soutien à tous les régimes tyranniques : en Afrique du Sud, en Amérique du Sud, en Asie, en Afrique… Idi Amin est venu ici pour apprendre des méthodes de torture et on lui a fourni tout ce dont il avait besoin. Même le Shah d’Iran, qui a fait tout ce qu’il pouvait pour Israël. Toutes ces personnes. Et en Amérique du Sud, Israël a toujours soutenu les tyrans. Toujours. Ils n’ont jamais défendu les droits de l’homme. Malheureusement, il y a beaucoup d’Etats comme ça, pas seulement Israël. Ils sont surtout intéressés par la vente d’armes.

Les Palestiniens ont énormément d’espoirs, ils sont optimistes, positifs, ils résistent malgré tout. Mais l’armée continue à les opprimer : ils arrêtent des enfants pour des lancers de pierres.

A. A. :Que peut-on faire ?

N.P. : Le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), surtout. Empêchez que les politiciens et militaires israéliens viennent dans votre pays. Ne laissez pas les artistes jouer, ni les footballeurs. N’achetez pas de produits israéliens. Toutes ces choses effraient beaucoup Israël. Le BDS fait vraiment peur à Israël.

Interview réalisée par Alex Anfruns. Texte intégral sur https://www.facebook.com/pages/Alex…

et http://www.michelcollon.info/Nurit-…

Traduction : Sanfelice

CAPJPO-EuroPalestine

Plus d’histoires deLibye

About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,