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30 novembre 2020

Guantánamo : la question…


Boulevard Voltaire

Guantánamo : la question…

waterboarding
Le 11 décembre 2014

Il convient de se rappeler que ce qui est à coup sûr déshonorant n’est pas obligatoirement efficace.

Le 11 septembre 2001, le terrorisme islamique, alors incarné par Al-Qaïda et Oussama ben Laden, frappait au cœur de l’Occident. La cible retenue était deux fois symbolique : le Grand Satan américain et, dans le centre de la plus grande ville nord-américaine, les deux plus hautes tours élevées à la gloire de la mondialisation menée sous l’égide des États-Unis. Le bilan de l’attentat était spectaculaire : près de 3.000 victimes.

Passées la stupeur et la panique du premier instant, la réaction de Washington fut rapide et brutale. Dès le début de 2002, une coalition internationale balayait en Afghanistan le gouvernement des talibans, coupables d’avoir donné asile à l’auteur de l’agression. Dix-huit mois plus tard, l’Irak de Saddam Hussein, qui n’y était pour rien, payait à son tour la rançon de la colère américaine.

Pour autant, loin d’être éradiqué, le terrorisme intégriste, désormais sans abri et sans base arrière localisable, réduit dans un premier temps à s’éparpiller et à se dissimuler, mais menant simultanément les actions violentes qu’il était en mesure de conduire et une campagne intense de prosélytisme, ressurgit ces dernières années, plus fort, plus dangereux et plus barbare que jamais, notamment sous la forme du prétendu califat de Daech, de Boko Haram et de leurs nombreuses filiales.

Face à un adversaire multiple, organisé et fanatique, la supériorité militaire de l’Occident et de la coalition qu’il a tant bien que mal constituée demeure écrasante. C’est plutôt la volonté que les moyens qui fait défaut. Dans l’état actuel des choses, vu le rapport des forces matérielles et humaines en jeu, ce n’est pas demain qu’on en aura fini avec ce banditisme à prétexte religieux et à visage inhumain.

Anarchiste, confessionnel ou patriotique, le terrorisme a toujours posé le même problème aux États les plus forts, aux armées les plus puissantes, aux polices les mieux organisées. Peut-on se borner, quand l’ennemi vous fait une guerre sans uniforme, sans règles et sans limite, à agir dans le cadre des lois et des procédures faites pendant et pour le temps de la paix, au risque de le voir prospérer, proliférer, voire triompher ? Faut-il oublier les principes essentiels de la démocratie et mettre ses valeurs au placard aussi longtemps que nécessaire, au risque d’y perdre son âme, sans même être assuré que cette méthode est la bonne ?

Plus droit dans ses bottes que dans sa morale, l’occupant nazi qui, il est vrai, ne s’encombrait guère de scrupules, est tombé à pieds joints dans le piège que lui tendait la Résistance à travers toute l’Europe soumise au joug allemand. Au nom de la patrie et sous une République qui jurait qu’elle était irréprochable, l’armée française a justifié, par les atrocités perpétrées par le FLN, les exactions et les horreurs qu’elle a commises et couvertes de l’autre côté de la Méditerranée pendant la guerre d’Algérie.

Et voici que la publication d’un rapport officiel révèle – ou plutôt confirme – les mauvais traitements ou, pour employer le mot juste, les tortures auxquelles, sur ordre, ont eu recours pendant des années leurs geôliers avec les détenus illégalement arrêtés, séquestrés et maintenus sans droit derrière les barreaux de Guantánamo.

On se contentera, après la divulgation d’informations qui n’auront surpris personne et n’indigneront pas les opinions occidentales, de trois observations. Les mêmes comportements de la part du plus faible entraînent les mêmes réactions du côté du plus fort. Contrairement à ce qui se passe ailleurs chez d’autres, et notamment chez nous, les autorités américaines ne couvrent pas systématiquement d’un silence complice les agissements contestables de leur armée ou de leurs services et n’attendent pas que la poussière du temps ait recouvert leurs archives avant de les déclassifier. Enfin, il est significatif que les méthodes utilisées contre les membres supposés ou authentiques d’Al-Qaïda qu’ils avaient sous la main n’aient débouché sur aucun résultat probant. Là est peut-être le meilleur argument contre l’emploi de la torture. Avant d’envisager de répondre à la barbarie par le crime ou le chantage au crime, il convient de se rappeler que ce qui est à coup sûr déshonorant n’est pas obligatoirement efficace.

Dominique Jamet

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,