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29 novembre 2020

Daesh ou le malaise de la jeunesse française


Daesh ou le malaise de la jeunesse française

Opinions Ainsi, les jeunes, ne croyant ni en la politique ni en l'économie de notre pays, refuseraient en bloc démocratie et marché - préférant même rejoindre des régimes totalitaires, pour les plus désabusés -tout en désirant plus que quiconque entreprendre et créer, c'est-à-dire être au cœur de notre société.
Ainsi, les jeunes, ne croyant ni en la politique ni en l’économie de notre pays, refuseraient en bloc démocratie et marché – préférant même rejoindre des régimes totalitaires, pour les plus désabusés -tout en désirant plus que quiconque entreprendre et créer, c’est-à-dire être au cœur de notre société. (Crédits : reuters.com)
Pierre Bentata  |   –  671  mots
L’engagement djihadiste n’est pas un phénomène isolé mais la lentille grossissante d’une crise généralisée de notre démocratie sociale de marché, qui peine à accueillir ses jeunes. Par Pierre Bentata- CRED – Université Paris II Panthéon Assas

Le 16 novembre, nous découvrions Maxime Hauchard, ce jeune français de 22 ans originaire de Normandie parti rejoindre les rangs de Daesh pour y exécuter des otages. Depuis, nous avons appris que plusieurs centaines de jeunes Français avaient déjà suivi le même chemin, et les rares statistiques ont montré que ces jeunes viennent majoritairement de familles athées issues de la classe moyenne (rapport CPDSI).

Aussi la religion n’est pas le moteur de l’engagement djihadiste et, à en juger par les statistiques, nombreuses celles-ci, sur le moral de la jeunesse en France, cet enthousiasme récent ne serait que la manifestation extrême d’un malaise plus profond qui touche l’ensemble de la génération des 18-25 ans.

Chômage, manque de confiance…

En effet, 23% d’entre eux sont au chômage et près de 50% des diplômés depuis moins de 3 ans éprouvent des difficultés à trouver un emploi (Ifop, 30/01/2014). Dans le même temps, 46% déclarent ne plus faire confiance aux hommes politiques et 61% sont prêts à se révolter (« Génération Quoi »). Pire, 45% estiment que leur avenir sera pire que celui de leurs parents et qu’il en sera de même pour leurs enfants. Rien d’étonnant alors à leur abandon massif du terrain politique qui se traduit par un taux d’abstention en constante croissance (20% aux présidentielles de 2012 contre 10% pour les 35-44 ans et 60% aux municipales de 2008 contre 30% pour les 35-44 ans).

L’engagement djihadiste n’est donc pas un phénomène isolé mais la lentille grossissante d’une crise généralisée de notre système de démocratie sociale de marché qui peine à accueillir ses jeunes. Plus de 70% considèrent que la société actuelle est une entrave à leur épanouissement et 24% désirent quitter le pays. Pourtant au cœur de cette avalanche de chiffres inquiétants, une donnée essentielle apparaît comme un espoir : 51% des jeunes désirent créer une entreprise – ils n’étaient que 46% en 2010 – invoquant la liberté et la créativité comme motivations principales (« Les jeunes et l’esprit d’entreprise » Institut Think, 20/01/2013).

la France exclue de la croissance

Ainsi, les jeunes, ne croyant ni en la politique ni en l’économie de notre pays, refuseraient en bloc démocratie et marché – préférant même rejoindre des régimes totalitaires, pour les plus désabusés – tout en désirant plus que quiconque entreprendre et créer, c’est-à-dire être au cœur de notre société.

Ce que révèlent ces chiffres est très simple en réalité : face à la double crise économique et politique actuelle, les jeunes sont conscients des changements inévitables à venir : l’État devra se réformer et, avec lui, le modèle social ; et l’économie devra se préparer à une nouvelle vague de croissance sans précédent, tirée par des innovations technologiques dont nous ne connaissons pas encore les applications, mais dont la France semble déjà exclue.

Dans ce contexte, la dualité entre désir d’entreprendre et volonté de rejoindre des régimes totalitaires doit être entendue comme un ultimatum adressé aux hommes politiques : faire preuve d’humilité et interroger la jeunesse afin de bâtir la société qu’elle désire sans quoi elle se retournera contre le modèle économique et politique français, qui est aussi, faut-il le rappeler, le modèle de l’ensemble des pays occidentaux…

Les hommes politiques ont donc une mission fondamentale qui consiste à rappeler aux jeunes que seule la démocratie sociale de marché est suffisamment libre et flexible pour se transformer et devenir ce que ses membres désirent qu’elle soit. En d’autres termes, il faut remettre les clés de la politique à la jeunesse.

Gageons que nos décideurs sauront agir de concert pour accomplir cette mission sans tarder car il s’agit d’un moment charnière ; oser réformer la société pour favoriser l’épanouissement de nos jeunes ou faire de ces derniers nos plus farouches adversaires. C’est cela réenchanter la jeunesse.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,