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25 février 2021

NON Á LA PERVERSION NÉGATIONNISTE


 

NON Á LA PERVERSION NÉGATIONNISTE

Comme chacun et chacune est censé(e) le savoir, nous venons de rentrer dans la décennie internationale des personnes d’ascendance africaine lancée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 10 décembre 2014. En effet, dans sa résolution A/68/L. 34, l’Assemblée générale a décidé le 19 décembre 2013 que la décennie allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2024, serait la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine.

D’aucuns considèrent que cette Déclaration n’a aucune importance ou ne veut pas dire grand-chose. D’autres considèrent qu’elle est une victoire rendue possible par les efforts de toutes et tous celles et ceux qui, partout où ils se trouvaient, n’ont jamais épargné leurs efforts pour la dignité des Noirs. Je dirai que cette Déclaration est un pas dans la voie de la reconnaissance. Reconnaissance de quoi ? De ce crime contre l’humanité qu’a été le couple traite/esclavage. Et ne dépend que de nous-mêmes la possibilité de s’appuyer sur cette Déclaration pour faire avancer la mise en évidence de la perversion négationniste qui, internationalement, a prévalu sur les études concernant la traite et l’esclavage des Noirs. Ce travail est indispensable dans la voie de la reconnaissance ; reconnaissance sans laquelle aucune réconciliation ne sera possible.

On se rappellera qu’en France, jusqu’aux années 1980, ce crime contre l’humanité était abordé avec le même critère économique qui, autrefois, autorisait Eugène Augeard, auteur d’une monographie devenue par la suite une référence universitaire, à dire et écrire que « Retracer l’histoire de la traite des noirs, c’est donc retracer l’histoire d’une des pages les plus brillantes de notre histoire commerciale»1. Cette perversion négationniste qui présente la déportation massive d’êtres humains la plus gigantesque de l’histoire comme une des pages les plus brillantes de l’histoire commerciale française, a traversé le temps jusqu’à nos jours sans être vraiment contestée. Et cela en dépit des efforts courageux de certains Noirs dont la voix restait inaudible malgré la justesse de leurs analyses.

Ainsi, un petit manuel d’histoire publié en 1984 sous le titre La traite négrière vers le Nouveau Monde, à l’adresse des jeunes élèves. L’auteur explique ce qui était l’esclavage des Noirs notamment à Saint-Domingue devenu Haïti. C’est-à- dire la colonie où la barbarie quotidienne inhérente à l’univers concentrationnaire d’Amérique battait tous les records de violence. Il n’empêche, l’auteur réfute les témoignages sur un enfer organisé à l’intention des Noirs et invoque « d’autres témoignages tout aussi irréfutables qui nous montrent des Noirs vivant paisiblement auprès de bons maîtres »2. Autant dire que des témoignages « irréfutables » nous montrent des victimes du nazisme vivant paisiblement

1 Eugène Augeard, La traite des noirs avant 1790 au point de vue du commerce nantais, Nantes, A. Dugas, 1901, p. 12.

1

auprès de « gentils SS » dans le camp de Buchenwald, Dachau ou dans n’importe quel autre camp de concentration allemand.

Et de ce paysage négationniste solidement enraciné dans les milieux académiques et partout dans la société, se détache en 1987, Louis Sala-Molins alors Professeur de philosophie politique à Paris 1. Ce Professeur a exhumé le code noir, ce texte dont les spécialistes du couple traite/esclavage ne parlaient jamais, sauf pour nous expliquer, de manière assez lapidaire, qu’il s’agissait d’un décret qui cherchait à mettre un frein à l’arbitraire des maîtres lorsque ceux-ci abusaient de leur pouvoir. Il arrive que, ayant étudié le code noir comme nulle autre personne, Sala-Molins a accompagné la publication de ce texte avec un commentaire qui, 27 ans plus tard demeure indépassable3. Et de surcroît, il a commis l’aberration de conclure : a) que le Noir était et demeure un être humain à part entière ; b) que le code noir était une monstruosité juridique chargé de régler le génocide le plus glacé de la modernité. Ce fut un coup de tonnerre. Même le quotidien Le Monde, qui à l’époque était encore un journal de référence, publia le 19 avril 1987 en premier page un article titré Le « code Noir » réédité. La loi de la honte. Dans ces milieux savants où la tranquillité et aussi l’autorité des dépositaires des savoirs repose souvent sur l’ignorance des autres habilement entretenue, Le code noir ou le calvaire de Canaan était irrecevable.

En revanche, pour celles et ceux qui, impuissant(e)s, insulté(e)s et ignoré(e)s, ne se sont jamais résigné(e)s à accepter la négation de leur humanité, pour ceux-là l’événement ne pouvait pas être plus heureux : Pour la première fois, un savant européen connu pour l’envergure de ses travaux*, Professeur à la Sorbonne, prenait fait et cause pour la reconnaissance inconditionnelle de l’appartenance des Noirs à l’espèce humaine ; et là où d’autres spécialistes parlaient économie, commerce ou, dans le meilleur des cas, tragédie humaine, Louis Sala-Molins parlait crime contre l’humanité et, par conséquent, RÉPARATION, plutôt que de pleurnicher4 sur la souffrance de ces pauvres Noirs victimes de la cupidité et l’injustice de quelques maîtres méchants.

Désormais, celles et ceux qui n’avaient jamais renoncé à dénoncer COLONISATION-TRAITE NÉGRIÈRE-ESCLAVAGE= CRIME CONTRE L’HUMANITÉ et osaient demander RÉPARATION, ne seraient plus tournés en dérision avec l’habituelle légèreté de toujours. Avec beaucoup d’enthousiasme et une nouvelle

2 Armel de Wismes, La traite négrière vers le Nouveau Monde, Rennes, 1984, p. 26.

3 Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, PUF, 1987.
** Il suffit de consulter la liste des ouvrages publiés par Louis Sala-Molins avant

1987.
4 Pour les gémissements de Condorcet compagnie, voir
Sala-Molins, Les Misères

des Lumières. Sous la Raison, l’outrage, Paris, Robert Laffont, 1992. 2

assurance retrouvée, les Organisations noires existantes sont devenues bien plus dynamiques et beaucoup d’autres sont nées partout sur le territoire. En une décennie, le mouvement pour la reconnaissance de ce crime a beaucoup avancé et l’exigence de Réparation aussi. Dans cet élan, un exploit sans précédent en France : Selon les uns une centaine et selon les autres, près de 150 Associations noires se sont mises d’accord et ont invité les Noirs à participer le 23 mai 1998, à Paris, pour commémorer le 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies de France.

Nombre de militants, parmi les lectrices et lecteurs de Le code noir ou le calvaire de Canaan, sont allé(e)s rencontrer le Professeur Sala-Molins pour l’embrasser et le dire « Au nom des miens, laissez-moi vous dire MERCI ! ». Mais, de l’autre côté de la barrière aussi, des Organisations antiracistes ont proliféré avec les nouveaux amis des Noirs qui semblaient se multiplier. Cependant, au départ bien des Noirs n’arrivaient pas à comprendre pourquoi ces intellectuels antiracistes et négrophiles, prêts à dénoncer et condamner l’esclavage et les sévices de certains maîtres, partagent néanmoins une hostilité commune envers Sala-Molins, le seul savant européen qui a contribué à rendre visible les revendications de celles et ceux qui exigent RÉPARATION pour les crimes contre l’humanité découlant du couple traite/esclavage. Maintenant que les masques ont commencé à tomber, chacun pourra comprendre qu’il ne s’agit pas de ces querelles mesquines de jalousies, très courantes dans ces milieux savants où les gens se détestent cordialement. Ici, il s’agit de faire obstacle aux procédures en réparation et renouer avec l’approche négationniste qui prévalait avant la publication de Le code noir ou le calvaire de Canaan.

Cette offensive négationniste passe par la nécessaire réhabilitation du code noir. Ce sale travail, comme vous pouvez le vérifier dans ce lien : http://www.cliothemis.com/Les­chantiers­de­l­histoire­du est en voie d’exécution, grâce aux bons offices de Monsieur Jean-François Niort, un maître de conférences par le filtre de qui doivent passer les doctorants de Guadeloupe. Cette croisade doit être renforcée via les planches du mémorial à venir de Guadeloupe pour expliquer que la déportation d’Africains en Amérique aurait été exclusivement le fait des Africains eux-mêmes. Et comme il s’agit d’une offensive généralisée, voici un échantillon de « culture générale » : en ce début d’année 2015 vient de sortir un très gros livre de 1660 pages5 dont les auteurs affirment qu’il contient « la somme des connaissances censées être acquises au sortir de l’adolescence, et qui pourtant nous échappent sans cesse ». Et ils ajoutent « L’expérience de plus de vingt ans d’enseignement nous a permis d’écrire ce guide unique en son genre car […] il couvre l’ensemble des principales cultures existant dans le monde […] il s’étend sur la totalité de l’histoire (…). Un index de plus de 9.000 entrées permet de toujours tout trouver (…) ». Tout ce qu’il faut savoir de l’histoire du monde. Et le quotidien Le Monde l’annonce en première page du dimanche 1er février sous l’exclamation en immenses caractères : « A bas l’ignorance ! ».

Mais, si dans cet ouvrage où se trouve tout ce qu’il faut savoir de l’histoire du monde, vous cherchez une entrée « esclavage » ou « traite », vous ne trouvez

5 Florence Braunstein, Jean-François Pépin, Un kilo de culture générale, Paris, PUF, 2015.

3

rien. Et si à la liste des « lieux » vous cherchez « Antilles », vous ne trouverez rien non plus. Or, comme vous êtes un lecteur persévérant, vous allez à la liste des noms chercher « Toussaint Louverture », mais, là non plus, vous ne trouverez rien. Alors, vous allez à la liste des ouvrages et vous cherchez « Code Noir »… et à votre grande surprise, vous trouvez ! Ça vous renvoie à une seule et unique occurrence. Olympe de Gouges, et vous lirez : « elle dénonce le Code Noir mis en place par Louis XIV pour développer le commerce de sucre, d’épices et des plantes tinctoriales des Iles ». C’est tout. On ne saura rien de sa nature ni de son contenu ; pas plus que du couple traite/esclavage ou de Toussaint Louverture. Cela explique le silence total de la presse6 sur les deux capucins qui, en 1685 ont exigé la fin immédiate de la déportation* d’Africains en Amérique, la fin de l’esclavage et le versement de Réparations aux Noirs. Ils ont même averti que « l’obligation de réparation s’accroît à proportion du retard avec lequel elle est faite »7.

Cependant, ainsi comme les tyrans ne réussissent que là où les démocrates ne font pas beaucoup pour s’opposer à eux, l’oppression exercée par la suprématie blanche a toujours eu besoin de la complicité des Nègres de service et l’ignorance savamment entretenue a besoin de la complicité de ceux qui savent. Notez, depuis la sortie vers la fin 2014 de l’ouvrage ESCLAVAGE RÉPARATION, parmi les intellectuels et écrivains Noirs en France ou aux Antilles, aucun, pour autant que je sache, n’a considéré utile de se servir de sa plume afin de faire connaitre un livre qui nous parle de ces deux missionnaires muselés par l’histoire officielle pour avoir plaidé et exigé de la royauté, la fin de la traite, de l’esclavage et le paiement des dommages aux Noirs victimes de ce crime et à leurs ayants droits. Voilà pourquoi il me semble nécessaire que, nous essayons de nous mettre d’accord sur une démarche commune à suivre face à cette offensive négationniste.

Plumelle-Uribe

Rosa Amelia

6 Lisez de Louis Sala-Molins, ESCLAVAGE RÉPARATION, Les Lumières des Capucins et les lueurs des pharisiens, Paris, Lignes, 2014.

** Car c’est bien de DÉPORTATION que parlent ces deux missionnaires au 17ème siècle.

7 ESCLAVAGE RÉPARATION, p. 94.

4

 

Comme chacun et chacune est censé(e) le savoir, nous venons de rentrer dans la décennie internationale des personnes d’ascendance africaine lancée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 10 décembre 2014. En effet, dans sa résolution A/68/L. 34, l’Assemblée générale a décidé le 19 décembre 2013 que la décennie allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2024, serait la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine.

D’aucuns considèrent que cette Déclaration n’a aucune importance ou ne veut pas dire grand-chose. D’autres considèrent qu’elle est une victoire rendue possible par les efforts de toutes et tous celles et ceux qui, partout où ils se trouvaient, n’ont jamais épargné leurs efforts pour la dignité des Noirs. Je dirai que cette Déclaration est un pas dans la voie de la reconnaissance. Reconnaissance de quoi ? De ce crime contre l’humanité qu’a été le couple traite/esclavage. Et ne dépend que de nous-mêmes la possibilité de s’appuyer sur cette Déclaration pour faire avancer la mise en évidence de la perversion négationniste qui, internationalement, a prévalu sur les études concernant la traite et l’esclavage des Noirs. Ce travail est indispensable dans la voie de la reconnaissance ; reconnaissance sans laquelle aucune réconciliation ne sera possible.

On se rappellera qu’en France, jusqu’aux années 1980, ce crime contre l’humanité était abordé avec le même critère économique qui, autrefois, autorisait Eugène Augeard, auteur d’une monographie devenue par la suite une référence universitaire, à dire et écrire que « Retracer l’histoire de la traite des noirs, c’est donc retracer l’histoire d’une des pages les plus brillantes de notre histoire commerciale»1. Cette perversion négationniste qui présente la déportation massive d’êtres humains la plus gigantesque de l’histoire comme une des pages les plus brillantes de l’histoire commerciale française, a traversé le temps jusqu’à nos jours sans être vraiment contestée. Et cela en dépit des efforts courageux de certains Noirs dont la voix restait inaudible malgré la justesse de leurs analyses.

Ainsi, un petit manuel d’histoire publié en 1984 sous le titre La traite négrière vers le Nouveau Monde, à l’adresse des jeunes élèves. L’auteur explique ce qui était l’esclavage des Noirs notamment à Saint-Domingue devenu Haïti. C’est-à- dire la colonie où la barbarie quotidienne inhérente à l’univers concentrationnaire d’Amérique battait tous les records de violence. Il n’empêche, l’auteur réfute les témoignages sur un enfer organisé à l’intention des Noirs et invoque « d’autres témoignages tout aussi irréfutables qui nous montrent des Noirs vivant paisiblement auprès de bons maîtres »2. Autant dire que des témoignages « irréfutables » nous montrent des victimes du nazisme vivant paisiblement

1 Eugène Augeard, La traite des noirs avant 1790 au point de vue du commerce nantais, Nantes, A. Dugas, 1901, p. 12.

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auprès de « gentils SS » dans le camp de Buchenwald, Dachau ou dans n’importe quel autre camp de concentration allemand.

Et de ce paysage négationniste solidement enraciné dans les milieux académiques et partout dans la société, se détache en 1987, Louis Sala-Molins alors Professeur de philosophie politique à Paris 1. Ce Professeur a exhumé le code noir, ce texte dont les spécialistes du couple traite/esclavage ne parlaient jamais, sauf pour nous expliquer, de manière assez lapidaire, qu’il s’agissait d’un décret qui cherchait à mettre un frein à l’arbitraire des maîtres lorsque ceux-ci abusaient de leur pouvoir. Il arrive que, ayant étudié le code noir comme nulle autre personne, Sala-Molins a accompagné la publication de ce texte avec un commentaire qui, 27 ans plus tard demeure indépassable3. Et de surcroît, il a commis l’aberration de conclure : a) que le Noir était et demeure un être humain à part entière ; b) que le code noir était une monstruosité juridique chargé de régler le génocide le plus glacé de la modernité. Ce fut un coup de tonnerre. Même le quotidien Le Monde, qui à l’époque était encore un journal de référence, publia le 19 avril 1987 en premier page un article titré Le « code Noir » réédité. La loi de la honte. Dans ces milieux savants où la tranquillité et aussi l’autorité des dépositaires des savoirs repose souvent sur l’ignorance des autres habilement entretenue, Le code noir ou le calvaire de Canaan était irrecevable.

En revanche, pour celles et ceux qui, impuissant(e)s, insulté(e)s et ignoré(e)s, ne se sont jamais résigné(e)s à accepter la négation de leur humanité, pour ceux-là l’événement ne pouvait pas être plus heureux : Pour la première fois, un savant européen connu pour l’envergure de ses travaux*, Professeur à la Sorbonne, prenait fait et cause pour la reconnaissance inconditionnelle de l’appartenance des Noirs à l’espèce humaine ; et là où d’autres spécialistes parlaient économie, commerce ou, dans le meilleur des cas, tragédie humaine, Louis Sala-Molins parlait crime contre l’humanité et, par conséquent, RÉPARATION, plutôt que de pleurnicher4 sur la souffrance de ces pauvres Noirs victimes de la cupidité et l’injustice de quelques maîtres méchants.

Désormais, celles et ceux qui n’avaient jamais renoncé à dénoncer COLONISATION-TRAITE NÉGRIÈRE-ESCLAVAGE= CRIME CONTRE L’HUMANITÉ et osaient demander RÉPARATION, ne seraient plus tournés en dérision avec l’habituelle légèreté de toujours. Avec beaucoup d’enthousiasme et une nouvelle

2 Armel de Wismes, La traite négrière vers le Nouveau Monde, Rennes, 1984, p. 26.

3 Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, PUF, 1987.
** Il suffit de consulter la liste des ouvrages publiés par Louis Sala-Molins avant

1987.
4 Pour les gémissements de Condorcet compagnie, voir
Sala-Molins, Les Misères

des Lumières. Sous la Raison, l’outrage, Paris, Robert Laffont, 1992. 2

assurance retrouvée, les Organisations noires existantes sont devenues bien plus dynamiques et beaucoup d’autres sont nées partout sur le territoire. En une décennie, le mouvement pour la reconnaissance de ce crime a beaucoup avancé et l’exigence de Réparation aussi. Dans cet élan, un exploit sans précédent en France : Selon les uns une centaine et selon les autres, près de 150 Associations noires se sont mises d’accord et ont invité les Noirs à participer le 23 mai 1998, à Paris, pour commémorer le 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies de France.

Nombre de militants, parmi les lectrices et lecteurs de Le code noir ou le calvaire de Canaan, sont allé(e)s rencontrer le Professeur Sala-Molins pour l’embrasser et le dire « Au nom des miens, laissez-moi vous dire MERCI ! ». Mais, de l’autre côté de la barrière aussi, des Organisations antiracistes ont proliféré avec les nouveaux amis des Noirs qui semblaient se multiplier. Cependant, au départ bien des Noirs n’arrivaient pas à comprendre pourquoi ces intellectuels antiracistes et négrophiles, prêts à dénoncer et condamner l’esclavage et les sévices de certains maîtres, partagent néanmoins une hostilité commune envers Sala-Molins, le seul savant européen qui a contribué à rendre visible les revendications de celles et ceux qui exigent RÉPARATION pour les crimes contre l’humanité découlant du couple traite/esclavage. Maintenant que les masques ont commencé à tomber, chacun pourra comprendre qu’il ne s’agit pas de ces querelles mesquines de jalousies, très courantes dans ces milieux savants où les gens se détestent cordialement. Ici, il s’agit de faire obstacle aux procédures en réparation et renouer avec l’approche négationniste qui prévalait avant la publication de Le code noir ou le calvaire de Canaan.

Cette offensive négationniste passe par la nécessaire réhabilitation du code noir. Ce sale travail, comme vous pouvez le vérifier dans ce lien : http://www.cliothemis.com/Les­chantiers­de­l­histoire­du est en voie d’exécution, grâce aux bons offices de Monsieur Jean-François Niort, un maître de conférences par le filtre de qui doivent passer les doctorants de Guadeloupe. Cette croisade doit être renforcée via les planches du mémorial à venir de Guadeloupe pour expliquer que la déportation d’Africains en Amérique aurait été exclusivement le fait des Africains eux-mêmes. Et comme il s’agit d’une offensive généralisée, voici un échantillon de « culture générale » : en ce début d’année 2015 vient de sortir un très gros livre de 1660 pages5 dont les auteurs affirment qu’il contient « la somme des connaissances censées être acquises au sortir de l’adolescence, et qui pourtant nous échappent sans cesse ». Et ils ajoutent « L’expérience de plus de vingt ans d’enseignement nous a permis d’écrire ce guide unique en son genre car […] il couvre l’ensemble des principales cultures existant dans le monde […] il s’étend sur la totalité de l’histoire (…). Un index de plus de 9.000 entrées permet de toujours tout trouver (…) ». Tout ce qu’il faut savoir de l’histoire du monde. Et le quotidien Le Monde l’annonce en première page du dimanche 1er février sous l’exclamation en immenses caractères : « A bas l’ignorance ! ».

Mais, si dans cet ouvrage où se trouve tout ce qu’il faut savoir de l’histoire du monde, vous cherchez une entrée « esclavage » ou « traite », vous ne trouvez

5 Florence Braunstein, Jean-François Pépin, Un kilo de culture générale, Paris, PUF, 2015.

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rien. Et si à la liste des « lieux » vous cherchez « Antilles », vous ne trouverez rien non plus. Or, comme vous êtes un lecteur persévérant, vous allez à la liste des noms chercher « Toussaint Louverture », mais, là non plus, vous ne trouverez rien. Alors, vous allez à la liste des ouvrages et vous cherchez « Code Noir »… et à votre grande surprise, vous trouvez ! Ça vous renvoie à une seule et unique occurrence. Olympe de Gouges, et vous lirez : « elle dénonce le Code Noir mis en place par Louis XIV pour développer le commerce de sucre, d’épices et des plantes tinctoriales des Iles ». C’est tout. On ne saura rien de sa nature ni de son contenu ; pas plus que du couple traite/esclavage ou de Toussaint Louverture. Cela explique le silence total de la presse6 sur les deux capucins qui, en 1685 ont exigé la fin immédiate de la déportation* d’Africains en Amérique, la fin de l’esclavage et le versement de Réparations aux Noirs. Ils ont même averti que « l’obligation de réparation s’accroît à proportion du retard avec lequel elle est faite »7.

Cependant, ainsi comme les tyrans ne réussissent que là où les démocrates ne font pas beaucoup pour s’opposer à eux, l’oppression exercée par la suprématie blanche a toujours eu besoin de la complicité des Nègres de service et l’ignorance savamment entretenue a besoin de la complicité de ceux qui savent. Notez, depuis la sortie vers la fin 2014 de l’ouvrage ESCLAVAGE RÉPARATION, parmi les intellectuels et écrivains Noirs en France ou aux Antilles, aucun, pour autant que je sache, n’a considéré utile de se servir de sa plume afin de faire connaitre un livre qui nous parle de ces deux missionnaires muselés par l’histoire officielle pour avoir plaidé et exigé de la royauté, la fin de la traite, de l’esclavage et le paiement des dommages aux Noirs victimes de ce crime et à leurs ayants droits. Voilà pourquoi il me semble nécessaire que, nous essayons de nous mettre d’accord sur une démarche commune à suivre face à cette offensive négationniste.

Plumelle-Uribe

Rosa Amelia

6 Lisez de Louis Sala-Molins, ESCLAVAGE RÉPARATION, Les Lumières des Capucins et les lueurs des pharisiens, Paris, Lignes, 2014.

** Car c’est bien de DÉPORTATION que parlent ces deux missionnaires au 17ème siècle.

7 ESCLAVAGE RÉPARATION, p. 94.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,