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25 février 2021

REVOLUTION : CE N’EST PAS L’ALGERIE QUI EST IMMOBILE MAIS LA FRANCE QUI FAIT MARCHE ARRIERE…


 Nadia Genji
23/03/2015

Ma réponse à cet article de Libération qui parle « d’immobilisme algérien » comme si tous les pays arabophones devaient se soulever parce qu’en partie ou entre autres, de culture arabe ? Comme si les occidentaux n’avaient aucune raison eux, de se soulever ?

REVOLUTION : CE N’EST PAS L’ALGERIE QUI EST IMMOBILE MAIS LA FRANCE QUI FAIT MARCHE ARRIERE…

C’est à se demander où les journalistes vont chercher leurs spécialistes ? L’Algérie est un Etat qui a toujours eu pour religion première, l’insurrection. Depuis son Histoire antique à son Histoire immédiate. Je ne vais pas rappeler l’Histoire antique algérienne depuis nos ancêtres Gétules à tous ceux qui sont passés en Algérie, et que les ancêtres du peuple algérien ont dû affronter, et avec qui ils ont dû composer.

Par exemple, il y a toujours eu des révoltes contre les armées romaines et l’arrivée des Vandales eu autres Alain qui devinrent partie intégrante du peule algérien auquel ils se mêlèrent et avec qui ils partagèrent le pouvoir et la lutte contre Rome. Ce sont d’ailleurs tous ces guerriers scandinaves qui ont « blanchi » une bonne partie du Maghreb où à l’origine les gens étaient noirs. Les maghrébins à l’origine ne sont pas blancs ou basanés, mais noirs. Et curieusement, c’est surtout sur la base de la religion chrétienne qui était à l’époque celle des algériens -numides-, et comme les vandales, les algériens rejetaient la filiation divine du Christ et la Trinité. Ce qui explique aussi, pourquoi des siècles plus tard, les berbères accepteront l’Islam qui reconnait Jésus comme prophète et ne laisse aucune place à la Trinité. D’ailleurs, quand j’entends le discours islamophobe en France, je rigole bien, parce que même le Christianisme vient d’Orient…

Et ce que j’entends aujourd’hui en France vis à vis de l’Islam fait partie du passé post-antique de l’Algérie… Vous voyez donc, qu’en matière de révolution, y compris au niveau religieux, l’Algérie n’a pas de leçons à recevoir de l’Occident. Et sans être méchante, je ne connais pas de guerre de religion de 100 ans au Maghreb ?Pour juger pays par rapport à une Histoire immédiate comme la révolte tunisienne contre Benali qui n’est pas une Révolution à proprement parler, une Révolution c’est 1789 pour la France ou 1917 pour la Russie ? Et je trouve plutôt raciste de faire un « package » avec « Révolutions arabes » et de zoomer sur les pays arabes, alors que c’est surtout en Europe qu’il y a eu un mouvement de mini révolutions depuis la dislocation de l’URSS ? Une vraie révolution c’est l’Ukraine plus que la Tunisie ? De plus, comment comparer les tunisiens qui se révoltent contre un dictateur avec la Libye où la France assassine un Guide « mystique » et considéré comme « protecteur de toute l’Afrique » et installe des islamistes ? Vous n’allez pas nous faire croire que Sarkosy c’est Che Guevara débarquant en vainqueur à Santa Carla ? Cuba c’était une sacrée révolution !
Reprenons sur l’Algérie.
Ensuite, l’Histoire Numide et les toutes guerres puniques. Les alliances avec l’Egypte antique via le mariage de Juba II avec la fille de la Reine Cléopâtre, etc…
Rien que l’Histoire antique algérienne est faite de révoltes et de combats. Et si vous prenez la période coloniale, c’est la même chose : les algériens ont toujours lutté contre l’occupation française. Et ce jour, vous pouvez aller sur Internet ou carrément vous renseigner auprès des médias algériens et historiens algériens, pour avoir des retours sur les retrouvailles d’antillais de souche algérienne, dont les ancêtres furent déportés en Guyane, sur l’Ile de la Réunion ou encore en Nouvelle Calédonie.

Il y a toujours eu des révoltes durant toute la durée de la conquête des terres algériennes et durant l’occupation, à savoir de 1830 à 1962. Si aux USA, des pionniers ont nommé leur ville « El Kader Town », c’est bien pour rendre hommage à Abdel Kader et non par souci d’exotisme. Je ne parlerai pas de l’insurrection du 8 Mai 1945 où les graines de la révolution algérienne furent semé « c’est à Sétif, le 8 Mai 1945, alors que j’avais 16ans, que mon nationalisme vit le jour » (Kateb Yacine). Je ne rappellerais pas la guerre d’Algérie et tous les héros algériens d’Ali la Pointe à Boudiaf et Boumediene, ancien colonel de l’armée française -et oui, Ménard a beau avoir une grande gueule…-.
Quant à l’Histoire moderne, sous la dictature socialiste pure et dure, il y a eu des révoltes en Grande-Kabylie mais aussi à Alger. Seulement, le peuple algérien est jaloux de son unité, et le sentiment nationaliste algérien a eu pour ciment la torture de nos ancêtres. Trahir l’idéal nationaliste de nos ancêtres, c’est comme leur mettre un couteau dans le dos, et donc cracher sur leur tombe. C’est à ce moment que vous devez comprendre la dureté du peuple algérien avec le « harkis ». Celui qui donne son frère ou le combat devient un traitre, et le traite est indigne de confiance.
A la fin des années 80, après plusieurs émeutes, dont certaines fruits des contestations islamistes qui demandent des élections libres, le pluripartisme passe en force, et Chadli Benjedid est renversé en douceur par l’armée. Armée qui a pour rôle premier la sécurité du pays et la garantie de l’unité territoriale, elle est l’enfant de l’insurrection de Novembre 1954. L’armée algérienne a pour ancêtre l’ALN née dans le maquis. Aussi quand l’armée arrête le processus électorale et met les dirigeants du Fis en prison, avant le second tour des élections présidentielles où les islamistes étaient les vainqueurs assurés des élections.
Boudiaf, cerveau du FLN revient en Algérie et déclare « je n’ai pas fait la révolution pour soumettre le peuple algérien et la terre algérienne aux ordres des mollahs ». Et oui, de l’obscurantisme colonial français, il était impossible après une transition indépendante de retourner a un obscurantisme religieux téléguidé depuis l’Arabie-saoudite. Un colonialiste et un colonialiste, français ou arabe, il faut le combattre, chrétien ou musulman, il faut le combattre.
Durant 10 ans, le peuple algérien et l’armée algérienne ont subi de lourdes pertes. Aussi, si certains trouvent que le peuple algérien et l’Algérie sont « immobiles » c’est sans doute qu’ils n’ont pas compris que le Peuple algérien faisait maintenant une guerre économique et culturelle, et que pas plus que les français ou les américains, il n’avaient envie de voir son pays sous les bombes. Les bombes la France, l’OAS et les GIA en ont largué assez sur l’Algérie et son peuple. L’Algérie est une terre rouge, riche en minerais, riche en pétrole et autres, et aucun algérien n’a envie de voir les occidentaux transformer le pays en champ de bataille, comme la Syrie ou la Libye.
C’est même une honte pour un journaliste français, je suis désolée mais la franchise est mon principal trait de caractère, d’évoquer le chaos libyen, quand on sait que la Libye a fait face à un coup d’Etat mené conjointement par les islamistes libyens dont un ancien lieutenant de Ben Laden dont les médias français on fait une vedette, et que c’est la France qui a fait de la Libye un enfer incommensurable.

Les algériens ne sont pas immobiles, par contre la France ne bouge pas, quand elle bouge c’est pour retourner frapper des anciennes colonies pour tenter d’en piller les matières premières.

La France fait pire que de l’immobilisme, elle fait marche arrière : le Fis c’est derrière l’Algérie, le FN c’est une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Marianne dont l’avenir est bouché…

Et si c’était les français qui devaient faire une bonne révolution ?

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,