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7 mars 2021

En marge de l’accord nucléaire à Lausanne, une guerre froide entre Téhéran et Riyad


En marge de l’accord nucléaire à Lausanne, une guerre froide entre Téhéran et Riyad

Chiites contre sunnites

Un deal ce mardi avec l’Iran nucléaire fait hurler Israël. Mais il met surtout à cran les monarchies sunnites du Golfe.

Ce n’est pas du tout un hasard. Au moment précis où un accord international pourrait être conclu, ce mardi à Lausanne, autour du programme nucléaire iranien, une Arabie saoudite très inquiète mène des raids aériens au Yémen pour stopper l’avancée des rebelles chiites. Quitte à tuer des civils (45 morts ce lundi dans un camp de déplacés). Une offensive musclée, soutenue par une coalition de neuf Etats sunnites. Et cela, alors même que la Ligue arabe (sans la Syrie) vient de décider, dimanche, la création future d’une force militaire conjointe. Pour contrer la montée en puissance de l’Iran?

Il faut dire que pour l’Arabie saoudite, rien n’est plus déstabilisant que les discussions entre les Etats-Unis et l’Iran. Si à terme Téhéran n’est plus une menace pour Washington, que devient le parapluie sécuritaire américain dont bénéficie Riyad? Contrairement à Israël, la pétromonarchie wahhabite n’est pas une puissance atomique. Or, depuis la révolution iranienne (1979), Téhéran n’a cessé de projeter son influence en jouant la carte confessionnelle.

Le cheval de Troie syrien

Il y a d’abord eu l’alliance indéfectible (1980) avec le régime syrien du clan Assad, issu de la minorité alaouite, une branche du chiisme. Sans l’aide de l’Iran, il n’aurait sans doute pas résisté au soulèvement à majorité sunnite.

Jusqu’à la Méditerranée

Véritable cheval de Troie au cœur du monde arabe, la Syrie a servi de base arrière au Hezbollah libanais, qui depuis 1982 représente la minorité chiite et dont la milice domine à présent le Pays du Cèdre. Actuellement, ces combattants libanais jouent un rôle crucial en Syrie, aux côtés de l’armée d’Assad et de ses conseillers iraniens.

L’axe chiite

Mais c’est en 2003 que «l’axe chiite» a été complété, quand les Etats-Unis ont envahi l’Irak, renversé le dictateur sunnite Saddam Hussein et mis sur pied des élections tout naturellement remportées par la majorité chiite. Une aubaine pour Téhéran. A présent, depuis l’effondrement de l’armée irakienne face au groupe Etat islamique (Daech), ce sont des généraux iraniens qui mènent la contre-attaque des milices chiites.

L’Arabie saoudite cernée

Enfin, troisième étape: depuis le Printemps arabe (2011), une Arabie saoudite déstabilisée a réduit au silence sa minorité chiite qui vit dans la région pétrolière près des côtes du golfe Persique. Riyad a aussi envoyé ses troupes soutenir la répression à Bahreïn, petite île peuplée majoritairement de chiites mais gouvernée par un monarque sunnite. Sans oublier, donc, les frappes au Yémen pour éviter que ce pays ne bascule dans la sphère d’influence de l’Iran.

Bref, si Riyad et Téhéran ne s’affrontent pas directement, les fronts se multiplient. La guerre froide (par pays interposés) est bel et bien déclarée. (TDG)

(Créé: 30.03.2015, 18h47)

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,