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26 février 2021

Pourquoi Oman a dit non à la guerre contre le Yémen


Par : Nasser Abu Aoun
Publié le : 3/04/15

Le Sultan Qabous, un monarque éclairé et pragmatique.

Un éditorialiste d’un quotidien omanais énumère les dix raisons qui expliquent la non participation de son pays dans la guerre contre le Yémen. Édifiant !

Oman n’était pas le seul pays arabe qui n’a pas participé à l’opération militaire élargie lancée par l’Arabie Saoudite au Yémen, avec la participation de 100 avions et 150 000 troupes. Alors que les autorités saoudiennes ont annoncé que l’Égypte, le Maroc, la Jordanie, le Soudan, le Pakistan se sont portés volontaires pour participer à l’opération militaire contre les Houthis baptisée « Tempête de la fermeté » avec quatre membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) que le sont Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar, le Sultanat d’Oman n’a pas voulu y prendre part. Comme l’Algérie, l’Irak et la Syrie, il a de bonnes raisons de ne pas participer à cette opération. En voici dix :

1- Oman tient à son indépendance nationale. Le sultanat met l’intérêt du peuple omanais et de la nation arabe avant toute considération dès qu’il décide d’agir sur la scène internationale et régionale. Les multiples positions du Sultanat sur la scène internationale et régionale en sont la preuve. Que ce soit à l’égard de Camp David (signature de la paix séparée entre l’Égypte et Israël), la non rupture de ses relations avec l’Égypte malgré la décision de la Ligue arabe d’expulser l’Égypte de la Ligue en 1978, sa neutralité vis-à-vis de la guerre Iran-Irak (1980-1988), la non participation à la guerre contre l’Irak, en vue de libérer le Koweït, et actuellement sa médiation dans le dossier nucléaire iranien… ces éléments témoignent de l’impartialité de sa politique étrangère sourcilleuse de sa souveraineté et de son indépendance. Cela a été souligné par le Sultan Qabous dans son discours à la nation l’occasion du dixième anniversaire de son accession au trône [18.11.1980]. « Nous faisons partie du tiers-monde ; nous sommes fiers de notre appartenance au monde arabe ; nous ne voulons pas nous impliquer dans les conflits entre grandes puissances ou nous mettre au service des intérêts d’autres pays. Tout ce que nous souhaitons est qu’on nous laisse, nous et les autres pays de la région, en paix ; qu’on joue notre rôle au service de la paix internationale. A cette occasion il convient d’affirmer à tout le monde que notre volonté de paix n’est pas le résultat d’une quelconque faiblesse, car en cas d’agression, nous nous défendrons avec toutes nos forces. »

2. L’une des priorités du Sultanat d’Oman est de s’attacher à nouer et à entretenir des relations d’amitié et de coopération entre les peuples. Car les gouvernements et les régimes se succèdent et changent, et avec eux, les stratégies, dictées par des intérêts, changent également. Les relations durables, par contre, sont celles qui se tissent entre les peuples. À ce titre, la relation qui lie Oman (gouvernement et peuple) au peuple frère du Yémen, est une relation dictée par les liens de parenté, de lignage familial et de bon voisinage. Cette réalité est fondée sur un principe énoncé et réaffirmé par le sultan Qabous dans son discours devant l’assemblée annuelle d’Oman (le 4 novembre 2002) : « Notre politique étrangère est transparente et connue de tous. Nous sommes toujours du côté du droit, de la justice, de l’amitié et de la paix. Nous prônons la coexistence pacifique, la bonne entente entre les nations et le dialogue entre les civilisations. Nous appelons à l’éradication des causes de la haine et de rancune générées dans les cœurs de ceux qui souffrent de l’injustice et de l’inégalité. Et cela pour le bien de toute l’Humanité ».

3. Le Sultanat d’Oman est un État géré par des institutions pérennes et solides. Le principe de séparation des pouvoirs y est respecté. Il est doté d’un Conseil consultatif élu (Majlis Al-Choura qui fait office de parlement), d’un Conseil d’État et de nombreuses institutions de souveraineté où les décisions sont prises d’une manière collégiale et concertée. Il est également doté d’un appareil de renseignement compétent. Aucune décision stratégique n’est prise sans une étude approfondie et sans consultation de ces institutions. Cette ligne de conduite a été réaffirmée par le Sultan Qabous le 3 novembre 1981 dans son discours inaugural du Conseil consultatif d’État : « Pas de mimétisme, pas de saut dans l’inconnu, mais pragmatisme et empirisme (…) »

4. Oman a montré, à travers ses positions sur le plan régional et international, qu’il refuse de jeter ses forces armées dans la fournaise d’une guerre susceptible de fissurer l’unité des peuples des pays du Golfe et de réveiller les fléaux ravageurs du confessionnalisme, du sectarisme religieux et du communautarisme. On a pu observer les signes avant-coureurs de la discorde sectaire quand des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Sanaa en soutien aux Houthis et contre l’intervention militaire menée par l’Arabie Saoudite au Yémen contre eux. En même temps, on a vu des milliers d’autres Yéménites défiler dans les rues de la ville de Taiz dans le sud-ouest du pays pour apporter leur soutien à l’Arabie Saoudite. Le refus du Sultanat d’Oman de participer à la guerre contre les Houthis découle de son adhésion aux principes fondateurs de la politique étrangère omanaise tels que définis et énoncés par le Sultan Qabous, notamment dans le discours prononcé le 18 novembre 1987 à l’occasion du 17e anniversaire de son accession au trône. « Nous faisons partie de ce monde et nous réagissons face aux événements qui s’y déroulent positivement et en toute clarté. À ce titre, nous mettons tous nos moyens pour contribuer, avec objectivité et efficacité, au service de la paix et de la coopération sur tous les plans régionaux et internationaux. Notre politique a toujours été, et continuera à être guidée par notre souci d’apaiser les conflits dans la région et de promouvoir le dialogue entre les parties en conflit pour les aider à régler leurs différends dans un esprit d’entente et de concorde ».

5. Le Sultanat d’Oman n’est pas un État belliciste, mais un promoteur de paix. Il soutient les positions exprimées sur la scène internationale qui estiment que le dialogue entre les parties en conflit est le seul moyen de sortie de crise. C’est d’ailleurs la position exprimée par certains acteurs internationaux. C’est le cas du secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, qui a réaffirmé, suite à la déclaration de l’Arabie Saoudite annonçant le déclenchement des opérations militaires contre le Yémen, à la demande de son gouvernement, que « les négociations sont toujours la seule option pour résoudre la crise yéménite », appelant « toutes les parties et tous les États membres à éviter de prendre des mesures qui nuiraient à l’unité, la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale du Yémen ». Le Conseil de sécurité de l’Onu a également publié une déclaration « appelant les États à s’abstenir de toute ingérence extérieure susceptible d’attiser le conflit et provoquer l’instabilité, les exhortant plutôt à soutenir le processus de transition politique ». Susan Rice, la Conseillère de sécurité nationale à la Maison Blanche, et le Britannique Philip Hammond, le secrétaire au Foreign Office, s’étaient rencontrés et ont convenu qu’une « solution politique par la négociation est la meilleure issue pour sortir de la crise au Yémen ».

6. Le Sultanat d’Oman refuse l’emploi de ses forces militaires contre les pays frères ou les pays de la région. Ses forces armées dont il s’est doté sont à vocation purement nationale et ne sauraient être engagées dans une guerre par procuration ou assumer le rôle de gendarme. Ce sont des forces dont les règles d’engagement sont bien définies. Pour ces forces, le mot « ennemi » a un sens bien défini et une boussole clairement orientée. Cette doctrine défensive a été clairement élaborée par le Sultan Qabous : « Nous ne fléchirons pas un seul instant lorsqu’il s’agit de défendre l’intégrité de notre pays bien-aimé contre toute agression. Nous le défendrons par tous les moyens dont nous disposons. Que cela soit clair pour le monde entier. Nous ne transigeons jamais avec notre règle de conduite (…) » (Discours du 18.11.1975, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’accession au Trône).

7. Le Sultanat d’Oman ne se fie pas aux jugements émotionnels hâtifs, ni à la politique impulsive dictée par des réactions irréfléchies. Il ne cherche pas à rivaliser avec ses voisins ou avec les autres pays du monde pour le leadership de la région. Ses relations avec tous les pays du monde (les pays frères avant les autres) sont fondées sur des principes définis par le Sultan Qabous dès le début des années soixante-dix du XXe siècle, plus précisément dans son discours à l’occasion du quatrième anniversaire de son accession au Trône le 18 novembre 1974. : « Les choses sont parfaitement claires pour nous et nous savons dans quelle direction nous nous dirigeons. (…) Notre politique ne saurait être définie que par nous-mêmes. Notre relation avec tout État est définie en fonction de la politique de cet État à l’égard de nos causes nationales et de son respect de notre souveraineté. Nous ne permettons à quiconque de s’ingérer dans nos affaires et nous refusons toute tentative, d’où qu’elle vienne, de nous dévier de notre politique ou de nous influencer ».

8. Le Sultanat d’Oman joue un rôle de médiateur dans les processus de paix. Il accueille à bras ouverts tous les Arabes, sans exception, et tous les pays de la région pour les aider à parvenir à des règlements pacifiques de leurs conflits.

9. Oman respecte la volonté des peuples de choisir leur système politique et croit en la coexistence pacifique. C’est pour cette raison qu’il rejette tout changement de régime par la force ou toute participation à maintenir des régimes politiques rejetés par le peuple. Il s’agit là d’un principe réaffirmé par le Sultan Qabous dans son discours devant la quatrième session de la Conférence des ministres des Affaires étrangères des pays du Golfe [25/11/1976] : « Nous tenons à souligner que le Sultanat d’Oman n’est l’ennemi d’aucun État, quel que soit son système politique tant que ce système convient aux aspirations et aux volontés de son peuple. Nous prônons la coexistence pacifique avec tous les États à condition qu’ils ne s’ingèrent pas dans nos affaires intérieures ».

10. Oman croit au principe de l’entente fraternelle et le considère comme la pierre angulaire de sa politique étrangère telle que définie par le Sultan Qabous dans son discours à l’occasion du 18 novembre 1977 : « Oman n’a jamais dérogé à sa vocation de jouer le rôle qui lui revient sur la scène mondiale, en coopération avec tous les pays amis, afin de défendre la liberté et la dignité humaine. Nous avons aussi persévéré à œuvrer, en étroite coopération et dans un esprit d’entente fraternelle dans le cadre de la Ligue arabe pour la défense des causes arabes. Ce rôle joué par notre pays sera toujours la pierre angulaire de sa politique étrangère ».

Source : Al-Rou’ya, quotidien omanais

 

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,