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27 février 2021

La Méditerranée, tombeau de clandestins. Mais que fait l’Europe?


La Méditerranée, tombeau de clandestins. Mais que fait l’Europe?

Face à la tragédie humaine des migrants africains en Méditerranée, les représentants de l’Union européenne n’ont proposé jusqu’à présent que des mesures inefficaces. Allô l’Europe ?

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Crédit photo: Tous droits réservés d.r.

On a beau chercher dans les archives une déclaration de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, sur les naufrages répétés de bateaux chargés d’Africains en Méditerranée. Ou une petite marque de solidarité envers l’Italie qui voit chaque semaine déferler sur ses côtes des milliers de réfugiés. On ne trouve rien. La dernière fois que Juncker a évoqué un naufrage, c’était celui de l’économie grecque. Mais que fait donc la Commission européenne pour canaliser ce flot ininterrompu de réfugiés qui commence à provoquer de vives tensions dans la Péninsule? Que fait la petite trentaine de commissaires, désignés par chacun des états membres, qui règne sur les destinées européennes? Ces technocrates capables de réglementer la production de gorgonzola, de légiférer sur la mozzarella, seraient donc incapables de proposer des solutions pour arrêter ces bateaux qui embarquent des côtes libyennes des dizaines de milliers d’Africains affamés ou désespérés pour les envoyer à la mort, dans des centres de réfugiés ou sous les ponts des capitales européennes.

Ficher les migrants

Puisque ces boat-peoples appareillent désormais massivement de Libye, on peut aussi demander à Sarkozy et à Cameron, qui, par leurs bombardements aveugles de 2011, ont transformé ce pays en zone totale de non-droit et en nouveau sanctuaire de Daesh, s’ils ont une idée pour arrêter ce massacre. Renzi, le Premier ministre italien, en a une: Envoyer un corps expéditionnaire européen du côté de Tripoli pour y rétablir l’ordre. Mais, problème, l’Europe n’a pas d’armée commune. Elle regarde la France se dépatouiller seule avec les djihadistes sahéliens. Les Italiens n’ont donc qu’à se débrouiller avec les centaines de millions d’euros qu’ils reçoivent chaque année de la Commission, pour accueillir ces clandestins. En respectant, SVP, les règles fixées à Bruxelles. L’an passé, il s’est trouvé une dénommée Cecilia Malmström, commissaire chargée des Affaires intérieures, qui navigue sous pavillon suédois dans les eaux bruxelloises depuis une vingtaine d’années, pour engueuler les Italiens parce qu’ils ne recueillaient pas systématiquement  les empreintes digitales des réfugiés. Et les menacer des foudres de la Cour de justice de l’Union européenne. Des fois que des Africains non-fichés en Italie se retrouvent sous les ponts de Stockholm!

« Les actions de sauvetage récentes qu’ont menées conjointement l’Italie et Malte ont permis de sauver des centaines de personnes, déclarait cette même Cecilia Malmström l’an passé. Elles ont prouvé que les efforts de surveillance accrus et coordonnés étaient fondamentaux pour empêcher les décès dans les eaux de la Méditerranée. C’est pourquoi la Commission européenne propose que Frontex lance une vaste opération de recherche et de sauvetage en Méditerranée, de Chypre à l’Espagne, dans le but de sauver des vies ». On voit le résultat aujourd’hui.

Après Frontex, que vont désormais inventer les technocrates bruxellois? Dans l’ombre, ça phosphore dur autour de l’idée de la création de camps de réfugiés de l’autre côté de la Méditerranée, côté Afrique. Un groupe parlementaire de gauche est tombé il y a quelques jours au parlement européen sur un document non-officiel signé par Angelino Alfano, le ministre de l’Intérieur italien,  qui vient d’être présenté à Bruxelles à ses homologues français, espagnols et allemands. Dans ce texte de deux pages, son auteur imagine d’externaliser la problématique des réfugiés sur l’autre rive de la Méditerranée. Avec la création de camps basés en Afrique du Nord, en Tunisie, en Egypte, au Maroc, et même au Niger ou au Soudan. La Libye n’est évidemment pas citée dans cette note. Comme la très grande majorité des boat-peoples appareille désormais de ce pays, on mesure déjà la totale  inefficacité d’un projet qui, en plus, va faire se lever les défenseurs des Droits de l’homme. Peut-être Juncker ou Malmström ont une meilleure idée. En attendant les Africains peuvent continuer à mourir et les Italiens à s’exaspérer.

 

Publié par Philippe Duval

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,