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22 octobre 2020

Cuba : l’après Fidel a commencé


Cuba : l’après Fidel a commencé

International

Les photos du Che restent omniprésentes dans le pays, comme une image pieuse porteuse d'espoirs.
Les photos du Che restent omniprésentes dans le pays, comme une image pieuse porteuse d’espoirs.

 

C’est la ruée vers Cuba. La poignée de mains entre Barack Obama et Raul Castro du 11 avril 2015 au Panama, a déclenché un incroyable processus. Le Premier ministre japonais a commencé par saisir l’opportunité pour amener à la Havane ses principaux capitaines d’industrie, allant jusqu’à proposer d’ouvrir un laboratoire technologique, «made in Japon» bien sûr – ce qui a interpellé les Cubains.

Ce lundi, la venue de François Hollande est attendue avec curiosité, car les Cubains avaient été surpris de constater que le gouvernement français calquait sa politique sur celle des États-Unis. Que Cuba ait été retiré de la liste des pays jugés comme terroristes par Washington prouve que l’Oncle Sam s’est conduit une fois de plus en shérif (avec du recul, on se souvient du chèque de 9 milliards de dollars que la BNP a dû payer aux autorités US pour avoir contourné le blocus US !).

Si le virage est amorcé, si le peuple cubain, qui se serre la ceinture depuis si longtemps, a envie d’y croire, si les touristes américains déferlent dans l’île pour la visiter comme une curiosité, brûlant leurs dollars devant des insulaires fascinés et excités, rien n’est fait pour autant. «Pour l’heure, c’est de la poudre aux yeux ! Comme dans un conte de fée, on rêve en couleurs… Mais rien de sérieux. Les promesses d’Obama sont sincères mais il ne décide pas. Pour la libération de Guantanamo, l’enclave US dans la partie orientale de l’île, il faudra encore du temps», souligne Una Liutkus, un sénior, Lusitanien d’origine, qui suit de près «la revolución» depuis les années soixante (il fut longtemps le directeur de l’agence de voyages «Havana Tour» à Paris).

Les États-Unis ont libéré les deux derniers otages qu’ils maintenaient prisonniers depuis plus de cinq ans, ce qui constitue un pas vers le réchauffement des relations. En contrepartie, le respect des droits de l’homme chez leur petit voisin est mis en doute – ce à quoi Raul Castro rétorque qu’un pays dont les policiers tirent sur la population noire n’a pas de leçons de donner… Voila qui laisse à comprendre qu’une poignée de mains est loin d’être une embrassade, et qu’il faudra du temps pour que des écrits viennent légaliser les nouvelles relations.

L’après Fidel commence vraiment

Fidel Castro qui s’est entretenu avec le Premier ministre Japonais est au bout du rouleau. Si sa tête fonctionne encore, son corps est usé. Il a, par écrit, abandonné le pouvoir à son frère Raul, ce qui prouve que l’après-Fidel commence vraiment, car, jusque-là, il était toujours on ne peut plus proche de son cadet. «Donc, attendons pour voir la tournure que vont prendre les événements. Les Cubains ne sont pas du genre à faire des courbettes…»

Cuba restera dans l’histoire de l’humanité comme une île ayant connu une aventure unique : une bande de 82 illuminés, dont les frères Castro, Camilo Cienfuegos et le médecin argentin Ernesto Guevara dit «el Che» y ont débarqué, fin 1956, en provenance du Mexique pour, avec l’appui des guajiros (les paysans) de la Sierra Maestra, éjecter, en janvier 1959, le tyran Fulgencio Batista, un colonel soutenu par la mafia américaine qui faisait de Cuba le casino et le lupanar des Yankees.

Cuba, île des Caraïbes, longue comme la France, large comme un département, peuplée aujourd’hui de plus de 11 millions d’habitants (contre la moitié à l’époque de «la revolución») se situe au nord-est des Antilles françaises, sous le colosse américain. Si proche d’Haïti, qu’à Santiago, où tout a commencé le 26 juillet 1953, avec l’attaque par Fidel Castro et son frère Raul, de la caserne de la Moncada, le nom des enseignes est en français.

Les manques sont criants et la Révolucion est un mot assimilable au passé

Prendre un billet d’avion pour «le Caïman vert», se laisser porter par la marée, vivre chez l’habitant, est du bonheur pur. Les Cubains forment un peuple qui compte parmi les peuples les plus accueillants de la «Pachamama» (la terre mère des Incas), ils ont peu mais ils donnent tout.

Partager un repas simple, basculer «un traguito (une gorgée) de ron» avec le maitre de maison et l’écouter chanter «Guantanemera» vous lave le cerveau des turpitudes de notre chère globalisation. Par contre, c’est vrai, les manques sont criants et «la revolución» est un mot assimilable au passé.

Il n’en serait pas moins surprenant que les Cubains soient disposés à faire allégeance, puisqu’en fait ce qui leur est proposé est de composer avec ceux qui les ont enfermés dans «un bloqueo», un embargo qui perdure depuis 1961. Pas simple pour un peuple aussi fier, mais a-t-il le choix ? Délaissé par les Russes après l’implosion de l’URSS suite à la chute du mur de Berlin en 1989, il dut trouver en lui les ressources nécessaires pour subsister. Grâce en partie au système D, ce qui nourrit mal son homme !

Les photos du Che restent omniprésentes dans le pays, comme une image pieuse porteuse d’espoirs, mais n’a-t-il pas été assassiné (le 9 octobre 1967) à la Higuera par l’armée bolivienne en connivence avec la CIA américaine ?… On comprendra que le peuple cubain n’est pas prêt à se jeter dans les bras d’un ennemi de 56 ans ! Compliqué.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,