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21 avril 2021

Autopsie du cadavre avéré de la démocratie réelle


Autopsie du cadavre avéré de la démocratie réelle

par Michel J. Cuny –
Mercredi 13 mai 2015

S’il faut voir, dans André Tardieu, un précurseur de la mise au point des éléments qui se trouveront incorporés par Michel Debré au cœur de la Constitution de 1958, notre attention mérite d’être retenue par sa façon de s’en prendre au tout petit rôle qu’avait le président de la République française d’avant la Seconde guerre mondiale en dépit des textes constitutionnels eux-mêmes :
« En soixante années d’histoire, aucune des attributions si limitées de la Présidence n’a été exercée. Qu’il s’agisse de la dissolution de la Chambre ou de son ajournement pour un mois ; de la faculté de demander une seconde délibération ; de la possibilité de réélection ; du commandement des armées ; de la négociation des traités ; de la nomination aux emplois ; de la promulgation des lois ; de la désignation du Président du Conseil ou de l’irresponsabilité, on est en présence de simples apparences ; un message pour dire adieu, tel est, en sept ans, le bagage d’un Président. » (pages 221-222)

En 2015, évidemment, nous n’en sommes plus du tout là : quel que soit le président de la république, désormais, il n’y en a plus que pour lui… De la guerre ici ou là en Afrique, au dernier stylo de la dernière administration…

André Tardieu, certes, n’aura pas pu connaître cette époque, pour lui, paradisiaque. Mais nous commençons, nous, à la trop bien connaître, de sorte que nous n’en attendons plus guère que la catastrophe finale, qu’il nous sera toujours loisible de regarder en direct sur nos écrans d’ordinateur, avant d’en payer le prix réel dans nos vies de tous les jours.

En contrechamp, reprenons la situation politique des sommets de l’État telle qu’elle s’offrait en ce temps déjà tellement lointain d’un André Tardieu :
« À la Présidence de la République, impuissance. À la Présidence du Conseil, précarité. Les deux ensemble constituent le pouvoir exécutif de la République française. » (pages 225-226)

Oui. Et alors ? Ne s’agissait-il pas là d’un simple pouvoir d’exécution ? Et d’exécution de quoi ? Des volontés du suffrage universel. Or, par quel moyen ces volontés auraient-elles pu s’exprimer, sinon par l’intermédiaire des représentants élus sur la base du vote du Nombre ! C’est-à-dire du pouvoir législatif ?

1936 : Front populaire. L’affaire était faite. À moins que… Hitler, m’entends-tu ?

Certes, mais pas que lui, sans doute. J’y reviendrai (De Léon Blum à Charles de Gaulle, la distance n’était, avant guerre, pas du tout aussi grande qu’il y paraît quelquefois en regardant d’un peu loin dans le temps.)

En attendant, André Tardieu était prêt dès 1936 à fournir les recettes nécessaires à l’anéantissement de la réalité même du pouvoir législatif… sans qu’il y paraisse tout de suite aux regards non avertis :
« Les freins habituellement employés contre la dictature des assemblées sont au nombre de quatre : referendum ; dissolution ; recours constitutionnels ; dualité des chambres. » (page 236)

Comme on le sait, aujourd’hui tout cela freine effectivement un maximum !… De sorte que les élus de base du suffrage universel ne sont plus que des ectoplasmes. Ce qui nous garantit une vraie démocratie sur des chevaux de bois qui nous permettent de décrocher, de temps en temps, le pompon de droite ou le pompon de gauche.

De sa tombe, c’est Tardieu qui se marre, avec quelques autres, oh mes camarades, les dimanches d’élection !…

Mais, à force de nous laisser trimbaler au beau milieu de toute cette foire, il se pourrait que nous nous trouvions très vite devant les résultats plutôt amers de ce qui ne peut faire de nous que des êtres parfaitement veules.

Pourquoi alors ne pas reprendre l’affaire politique en main, de cette main ferme – beaucoup plus ferme que ne le racontent les thuriféraires habituels du Conseil (National) de la Résistance – de Jean Moulin ?

Pas du tout celui du discours de réception des cendres au Panthéon, qui n’est issu que d’un mensonge d’André Malraux.

Non. Mais du Jean Moulin qui a écrit des choses décidément trop précises, et qui ne peuvent que faire éclater cette baudruche d’un De Gaulle rien que justiciable de la Haute Cour, et à chaque moment de sa carrière politique.

Pour y venir par la grande porte : http://souverainement.canalblog.com

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