Aller à…
RSS Feed

6 mars 2021

Nucléaire encore… toujours ? (3) – Vers un « surpassement » du TNP ?


vendredi 5 juin 2015

Nucléaire encore… toujours ? (3) – Vers un « surpassement » du TNP ?

La Conférence internationale chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires s’est déroulée du 27 avril au 22 mai 2015 au siège de l’ONU à New York. Depuis l’entrée en vigueur du Traité en 1970, des conférences semblables se sont tenues tous les cinq ans afin d’en examiner le fonctionnement. Celle-ci s’est terminée sans qu’un texte final n’ait été adopté comme ce fut le cas en 2000 et 2005.
Le prétexte officiel en a été le refus de Washington, Londres et Ottawa qui ont indiqué qu’ils s’opposaient à une partie du projet de document final. Celui-ci fixait au 1er mars 2016 la date limite pour convoquer une conférence sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Proche-Orient et chargeait le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon de faire progresser cette initiative lancée en 1995.
Pourtant, en 2010, le texte final, adopté alors par consensus, prévoyait qu’une réunion devait se tenir à Helsinki en 2012 pour parler du projet de zone dénucléarisée au Proche-Orient. Mais elle n’a jamais pu avoir lieu, en raison notamment des réticences d’Israël.
Si cette question de la dénucléarisation du Moyen-Orient a été la raison officielle des désaccords, la conférence de 2015 a révélé sur le fond la situation dégradée du TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires).
Alors que la Conférence de 2010 avait adopté un document comportant trois plans d’actions sur les trois piliers du TNP, plus, une sorte de quatrième plan d’action, même s’il n’est pas nommé ainsi, établissant une série de recommandations pour établir une zone exempte d’armes nucléaires et de destruction massive au Moyen-Orient (voir analyse sur ce blog : http://culturedepaix.blogspot.fr/2010_05_01_archive.html).  Depuis cette date, les puissances nucléaires ont poursuivi la modernisation de leur arsenal nucléaire, la coopération entre États-Unis et Russie est au point mort depuis la crise ukrainienne, la Conférence prévue sur le Moyen-Orient n’a pas eu lieu, aucun accord n’a encore officiellement été trouvé sur le programme nucléaire iranien, la Corée du Nord a poursuivi ses essais nucléaires, des rumeurs d’achats possibles d’armes nucléaires au Pakistan par Daesch ou l’Arabie saoudite circulent.
Cette dégradation de la situation a été relevée d’ailleurs le 27 avril, à l’ouverture de la conférence, par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.
Notons que, depuis deux ans, une campagne s’est développée, à l’initiative de plusieurs États dont l’Autriche, des ONGs comme le réseau ICAN (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires) pour remettre la question de l’interdiction des armes nucléaires sur un terrain fondamental : celui des conséquences d’une explosion ou d’un conflit nucléaire sur l’humanité.
Dans ce contexte, l’échec de la Conférence du TNP a montré une sorte de crainte des puissances nucléaires officielles, les « P5 », devant un processus qui sortirait des débats classiques sur la sécurité et la dissuasion. Cela a conduit à l’élaboration d’un projet de texte dans les couloirs dont les formulations étaient nettement en retrait sur 2010 (voir les analyses du site Reaching Critical Will : http://www.reachingcriticalwill.org/disarmament-fora/npt/2015/nir/10049-final-edition-vol-13-no-17). Les États-Unis, dont la priorité manifeste est la réussite d’un accord avec l’Iran sur son programme nucléaire, ont préféré faire capoter la conférence pour ne pas mécontenter davantage leur allié israëlien (dont il faut noter qu’il assistait pour la première fois, en tant qu’observateur à cette Conférence du TNP, Israël étant un des seuls pays avec l’Inde et le Pakistan à ne pas être État-partie). Le paradoxe fut donc que le lobbying d’un état, non-signataire comme Israël, a abouti au rejet par les USA, le Royaume-Uni et le Canada du texte pour empêcher la tenue d’une Conférence sur la dénucléarisation du Moyen-Orient !
À noter quand même un autre paradoxe, positif celui-ci, que fut la présence à cette Conférence pour la première fois mais en tant qu’État-partie, donc signataire, de la République de Palestine !
Comme l’a relevé Kingston Reif, directeur du désarmement pour l’ONG spécialisée Arms Control Association, cet échec « va probablement accroître la frustration croissante des pays non dotés de l’arme nucléaire devant le peu d’empressement des pays dotés à désarmer » (AFP du 23/05/2015).
L’ambiance « plombée » de cette Conférence s’est traduit par un renforcement du nombre de pays impliqués dans un processus de recherche de l’interdiction des armes nucléaires au regard du droit humanitaire. Lors d’une Conférence tenue à Vienne en décembre 2014, l’Autriche avait proposé un texte en ce sens. Ce texte, désormais appelé « Engagement humanitaire« , a été soutenu par 107 pays pendant la Conférence du TNP de New-York.
« Quelque soit le résultat de cette 9éme conférence d’Examen du TNP, l’Engagement humanitaire doit être à la base des négociations d’un nouveau traité visant à interdire les armes nucléaires », a déclaré Béatrice Fihn, Directrice exécutive du réseau international d’ONGs, ICAN. « Il s’est révélé évident que les États dotés d’armes nucléaires ne sont pas résolus à prendre de nouveaux engagements en faveur du désarmement, alors c’est au reste du monde de commencer un processus pour interdire les armes nucléaires à l’occasion du 70e anniversaire des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki. »
Les 107 états vont-ils, comme le souhaitent les ONGs, décider de lancer un processus pour l’interdiction des armes nucléaires, parallèle aux circuits diplomatiques classiques (Conférence du désarmement, Conférences du TNP), imitant ainsi les processus d’Ottawa (sur les mines antipersonnel) ou d’Oslo (sous-munitions) ? Nous le verrons peut-être, lors des cérémonies commémoratives des bombardements Hiroshima en août prochain. Ce serait un événement considérable.

Plus d’histoires deLibye

About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,