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26 février 2021

Algérie: Plaidoyer pour un pays uni et fasciné par le savoir


SOLIDARITÉ PALESTINE

Opinion

Algérie: Plaidoyer pour un pays uni
et fasciné par le savoir

Chems Eddine Chitour


Le Pr Chems Eddine Chitour

Jeudi 23 juillet2015

«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère; Et, comme ferait une mère, La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau!» Victor Hugo (Hymne)

Ces belles phrases de Victor Hugo sont intemporelles, elles s’appliquent douloureusement bien à notre tragédie par la perte de nos enfants. En effet, neuf de nos enfant sont morts dans la fleur de l’âge fauchés par le destin, eux qui avaient des rêves plein la tête, qui de se marier, qui de faire plaisir à sa maman pour l’envoyer faire une Omra. Je pense à la détresse de leurs parents pour qui la fin du monde est arrivée. Que Dieu les aide à supporter cette terrible épreuve.
Farah Madaure, du journal Le Soir d’Algérie, a à sa façon rendu hommage. Je le cite: «(…) Ne pleurez pas, mamans de nos héros. Lancez un youyou debout pour dire à ceux qui se battent, aux gardes communaux et aux Patriotes aussi: «C’est nous la République. Dites aux télés réactionnaires que l’armée a sauvé le pays en 1991 et que leur discours révisionniste en faveur des assassins ne passera pas!» C’est ça: je l’entends d’ici ce youyou! Etrange: il a la même tonalité, la même intensité que ceux de 1957… 1994… Tant que ces mères-courage seront là, la race des héros ne s’éteindra jamais!» Maamar Farah Le Soir d’Algérie

Nous devons nous recueillir pieusement à la mémoire de nos chers enfants disparus pour le confort de chacun de nous, pour que nous puissions jouir de la liberté, de la paix, nous devons leur en être reconnaissants, chacun à notre façon. Si nous devons éviter les spectacles de type « Je suis Charlie » et par mimétisme «Je suis Bardot » nous devons être dignes de défiler en silence, chacun chez soi, en même temps, à la même heure pour communier tous ensemble avec ceux qui sont morts pieusement pour la patrie.

Ce que fait l’armée

Notre armée est sur tous les fronts. D’aucuns ont reproché à la grande muette d’avoir été muette 48 heures, c’est de mon point de vue un mauvais procès car ce qui est important c’est de tirer les leçons de cette attaque. Rappelons-nous que les fréquentes randonnées du vice-ministre de la Défense, chef d’état-major, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, montre, que le risque sécuritaire est omniprésent, en Algérie. Il ne cesse de répéter à «ses troupes» qu’elles doivent se tenir prêtes à toute éventualité. On ne peut que se réjouir que la vaillante Armée nationale populaire digne héritière de l’ALN assure. Notre armée met tout en oeuvre pour défendre le pays.

Des achats importants d’équipements ne doivent pas être marchandés. Il faut ce qu’il faut. La sécurité du pays est à ce prix. On apprend que l’Algérie sera le premier acheteur étranger des missiles russes S-400. Le S-400 Triumph (code Otan: SA-21 Growler) est un système de missiles sol-air de grande et moyenne portée destiné à abattre tout type de cible aérienne: avions, drones et missiles de croisière hypersoniques. Le système est capable de tirer simultanément 72 missiles sur 36 cibles éloignées à une distance de 400 km. (1)

Commentaire d’un internaute: les Algériens sont des loups entre eux, mais archi unis contre les menaces extérieures… on n’a peur de personne et notre révolution qui n’a que 52 ans a soudé le peuple du nord au sud, de l’est à l’ouest.. avec un S-400 en poche, aucune bombe atomique, aucun chasseur de l’Otan, aucun drone ne violera l’espace aérien sacré de l’Algérie. La seule façon de nous battre ce sont des bombes atomiques partout… et même comme ça, tôt ou tard d’autres se lèveront contre l’injustice.» (1)

Les adversaires sans éthique ne désarment pas

Encore une fois après le karcher après la déchéance de la nationalité qui visait les beurs et donc indirectement les Algériens, encore une fois après « l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire » Nicolas Sarkozy l’ancien président de la France nous agresse d’une façon délibérée En déplacement en Tunisie, estime que la Tunisie a le malheur de partager sa frontière avec l’Algérie et la Libye! «Vous n’avez pas choisi votre emplacement», a-t-il fait savoir sur un ton ironique et moqueur. Nicolas Sarkozy exprime une profonde inquiétude vis-à-vis de l’Algérie. Un pays qui le préoccupe beaucoup et suscite en lui de nombreuses craintes. ´´L’Algérie, qu’en sera-t-il dans l’avenir? De son développement, de sa situation? C’est un sujet qui, me semble-t-il, doit être traité dans le cadre de l’Union de la Méditerranée».

«Il pense, lit-on sur Algérie focus, que les Tunisiens ont oublié qu’il fut l’ami de Ben Ali à qui il avait proposé l’aide sécuritaire au plus fort du Printemps arabe, comme il fut celui d’El Gueddafi le temps d’une campagne électorale, dont les casseroles nous livrent petit à petit les subtilités de l’amitié en politique. Quelqu’un pourrait-il lui répondre que si la Tunisie est à la mauvaise place entre la Libye et l’Algérie, M. Sarkozy, lui, est à la bonne place entre Eric Zemmour et Finkielkraut. C’est avec ces deux-là qu’il pétitionne dorénavant. Peut-être pense-t-il les recycler en stratèges militaires, comme il l’a fait avec BHL, pour son expédition en Libye. (…) s’il devait revenir un jour au pouvoir, comment s’y prendrait-il pour prétendre à une place de partenaire dans le développement de l’Algérie?» (2)

Quant aux officiels tunisiens qui l’ont accueilli avec chaleur il y a une énigme; autant nous avons une empathie pour le petit peuple qui souffre, autant nous sommes scandalisés par le discours à géométrie variable de ses dirigeants, notamment le président qui n’a jamais porté l’Algérie dans son coeur. Souvenons-nous de Bourguiba et de sa borne 233 qu’il est allé négocier en vain avec De Gaulle. Les Tunisiens doivent se satisfaire du discours haineux de Sarkozy dont le père légionnaire à sévi à Bel Abbès. «Vous avez des voisins que vous n’avez pas choisi» une allusion qui les exonère de ce qui se passe chez eux en faisant l’impasse sur les milliers de Tunisiens qui ont rejoint Daesh. Sarkozy parle ainsi de l’Algérie en Tunisie, c’est qu’il surfe sur l’air du temps, il aurait eu vent de ce qui se dit a Tunis. D’ailleurs, sur une chaîne française, la vice-présidente de la Ligue internationale des droits de l’homme qui est tunisienne, a dit que le terrorisme en Tunisie lui vient de la situation en Algérie. Nous aurions pensé que les officiels tunisiens fassent le minimum syndical en protestant comme ils savent bien le faire en finesse non pas pour nous défendre, nous sommes assez grands pour le faire, mais au moins pour témoigner que dans les coups durs c’est le voisin que l’on trouve pour boucler des fins de mois ou pour faire un ratissage, ce n’est certainement pas Sarkozy le pyromane

S’agissant de justement de Sarkozy, nous n’avons rien à attendre d’un personnage aussi détestable qui nous fait détester cette morgue chez les Français qui avec toujours la mentalité coloniale dicte la norme, sans un minimum d’éthique en politique. Souvenons-nous d’un de ses méfaits: On apprend, qu’il aurait été tenté d’utiliser les relents nostalgiques de certains Français. Les faits remontent à 2012, durant la campagne présidentielle qui a vu François Hollande prendre la tête de l’Etat français. Le candidat UMP était alors conseillé par Patrick Buisson, ancien journaliste d’extrême droite. Ce dernier, lui aurait glissé l’idée de «dénoncer les accords d’Evian» ainsi que de «revenir sur le titre de séjour spécifique dont bénéficient les ressortissants algériens depuis ces accords». Une idée à laquelle Nicolas Sarkozy était très réceptif, envisageant même d’en parler lors d’un passage sur la chaîne France 2 avant de se rétracter»…(3) Chiche !

L’union sacrée des Algériens

Devant ces nuages qui s’accumulent au plan économique et sécuritaire et ces provocations qui ne sont pas innocentes, plus que jamais, l’union sacrée. Je fais mien cette analyse de Saïd Boucetta qui résume mieux que mille discours et d’une façon pertinente les défis de l’Algérie: «Des signaux forts doivent être envoyés à la société par les leaders des partis au pouvoir et ceux de l’opposition. L’attentat de Aïn Defla vient rappeler à l’opinion nationale la complexité de la situation sécuritaire qui prévaut dans le pays. l’activité terroriste de ce jour d’Aïd El Fitr, impose une conjoncture exceptionnelle au double plan sécuritaire et économique qui appelle la plus grande vigilance de tous les acteurs de la société. Que ce soient les partis politiques, les syndicats ou encore le patronat, l’ensemble des organisations doivent montrer une solidarité sans faille pour affronter les quatre ou cinq prochaines années, inscrites sous le signe de la déprime économique et de la menace terroriste permanente. Les prochaines années seront difficiles. (…) (4) »

« Le marasme économique générera immanquablement un malaise social, terreau fertile pour le développement du discours salafiste aux accents terroristes. La situation régionale n’appelle pas à l’optimisme avec une Tunisie fragilisée, une Libye disloquée, un Maroc revanchard et pourvoyeur des terroristes en drogue. C’est dire qu’au niveau sécuritaire, le risque d’une sérieuse dégradation n’est pas à écarter, même si les éléments de l’Armée nationale populaire et les autres corps de sécurité accomplissent parfaitement bien leur mission(…) Des signaux forts doivent être envoyés à la société par les leaders des partis au pouvoir et ceux de l’opposition. Les spécialistes de la chose politique imaginent une sorte de grande conférence nationale pour la stabilité et la solidarité. Il s’agit de montrer un visage uni et fort face au double défi qui attend l’Algérie. (…) Cette union sacrée sera certainement difficile à obtenir, en raison des suspicions, mais elle est nécessaire pour éviter de retomber dans la tragédie des années quatre-vingt-dix, recommandent les observateurs».(4)

Qui sommes-nous en tant qu’Algériens?

Il est curieux de constater que les intellectuels que nous sommes sont plus enclins à signer des pétitions que de se sentir interpellés par des causes autrement plus importantes. Plus que jamais nous devons nous unir pour conjurer les périls. L’effritement identitaire est un projet planétaire, notamment décrit dans le rapport Lugano qui postule en direction des nations faibles; les citoyens de ces pays doivent passer leur temps à se demander ce qu’ils sont, qu’à se mettre au travail, à s’instruire, à s’éduquer.

Nous ne nous sommes jamais posés la question de savoir ce que nous sommes réellement. Qu’est-ce qu’être algérien au XXIe siècle? Plus que jamais nous sommes victimes d’un Rapport conçu par l’Empire et dont le message global est celui de provoquer l’errance identitaire qui touche à des degrés divers tous les pays et d’une façon dangereuse les pays vulnérables. Sommes-nous algériens par la naissance, par la religion, par l’ethnie ou par la présence lointaine dans le pays? Toutes ces questions attendent d’être résolues. Sommes-nous une nation? Nous sommes en 2015, il y a encore des Algériens qui s’identifient à leurs tribus, leurs régions, leurs quartiers, mais jamais en tant qu’Algériens. Comment conjurer les démons de la division et aller vers le vivre-ensemble? Renan formule l’idée qu’une nation repose à la fois sur un héritage passé qu’il s’agit d’honorer, et sur la volonté présente de le perpétuer. L’avènement d’une nation passe par une Histoire assumée par tous. La nation devrait être un plébiscite de tous les jours selon la belle formule de Renan.

En définitive, qu’on prenne garde! La bête immonde de la partition qui a eu raison de civilisations millénaires aussi prestigieuses, comme l’Irak, la Syrie, ne nous fera pas de cadeaux. Le jacobinisme en Algérie a montré ses limites. Il nous faut imaginer un modèle de vivre-ensemble qui libère les initiatives par une décentralisation intelligente. Les partis politiques ont une mission historique, celle de contribuer à sauver le pays. Le peuple se souvient le moment venu de ceux qui jouent les Ponce Pilate alors que le feu est dans la maison.

Comment souder cette nation?

Nous devons tout faire pour favoriser le vivre-ensemble par le brassage qui permettra aux Algériennes et aux Algériens de se connaître et de s’estimer et de se sentir solidaires envers le pays et envers l’Histoire. Les opportunités suivantes peuvent être mises en oeuvre. Sur le plan scientifique par des compétitions scientifiques en développant le sport à l’université et à l’école en favorisant les compétitions scolaires et universitaires, inter-lycées, inter-villes inter-wilayas, l’Algérie sera alors une immense ruche où l’appartenance identitaire à l’algérianité sera tout à fait naturelle. Sur le plan culturel par la mise en place de semaines culturelles inter-wilayas. Enfin, l’immense rôle du Service national véritable creuset de la nation qui a fait ses preuves par le passé dans ce brassage et dans l’édification du pays (Barrage vert, Transsaharienne, 1000 villages, et prise en charge de notre destin pétrolier en 1971).

Pour moi, tout est une question d’éducation; le meilleur capital, la meilleure richesse de ce pays consiste en la mise en place graduelle d’un système éducatif performant. Rien ne doit être refusé à la formation, à la recherche. Quelle que soit la santé financière du pays, nous devons former et protéger l’élite en y mettant les moyens. Nous ferons émerger des lycées d’excellence, des Ecoles d’ingénieurs d’excellence, des Ecoles de médecine, de droit, de sciences économiques d’excellence. Nous devons de plus en plus récompenser l’effort et le mérite, faire émerger les légitimités du savoir, de la compétence seuls critères pour avancer dans un monde de plus en plus compétitif qui ne fait pas de place aux faibles.

En définitive, la plus grande richesse du pays est sa jeunesse à qui nous devons expliquer les enjeux pour la faire participer aux défis du pays. Nous sommes convaincus que nous devons mobiliser les jeunes autour d’un défi, celui d’aller à la conquête du savoir. Nous devons faire émerger une conscience d’appartenir à un grand pays avec une histoire prestigieuse de plus de 3000 ans. Les défis exaltants auxquels est confronté le pays nous commandent d’être unis pour les grandes causes, il s’agir d’assurer à l’Algérie de garder sa place dans le concert des nations et de préparer l’avenir.

Toujours dans le recueillement, ces vers tirés des Misérables toujours du grand Victor Hugo sont tout à fait appropriés pour chacun de nos enfants martyrs parti trop tôt

«Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange;
La chose simplement d’elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jo
ur s’en va.»
1. http://fr.sputniknews.com/defense/20150721/1017136748.html#ixzz3gaqixVFy

2. http://www.algerie-focus.com/blog/2015/07/sarkozy-lance-une-fatwa-sur-lalgerie/#sthash.hdsRYGNh.dpuf

3. http://www.alterinfo.net/notes/France-Algerie-Nicolas-Sarkozy-a-failli-denoncer-les-accords-d-Evian_b7580371.html

4.Saïd Boucetta http://www.lexpressiondz.com/actualite/220894-l-union-sacree-des-algeriens.html

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/221177-plaidoyer-pour-un-pays-uni-et-fascine-par-le-savoir.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,