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19 octobre 2020

Pompiers Pyromanes. Une « OTAN sunnite » pour lutter contre le « terrorisme sunnite »


Pompiers Pyromanes. Une « OTAN sunnite » pour lutter contre le « terrorisme sunnite »

par Hannibal GENSERIC – samedi 19 décembre 201

Le prince Mohammed ben Salman ben Abdul Aziz, le successeur du successeur de la Couronne, ministre saoudien de la défense, etc., etc., annonce la création d’une alliance militaire islamiste sunnite, conduite par les wahhabites saoudiens, et comprenant 34 pays [1], afin de « combattre le terrorisme ». Le Prince a « oublié » de dire qui sont les organisations terroristes. Les signataires disposeront d’un centre commun de commandement et d’opérations basé à Riyad. Ce qui est curieux, c’est qu’à notre connaissance, il n’y a pas eu de réunion, secrète ou publique, entre les 34 pays, au cours de laquelle ces pays auraient déclaré avoir créé ou rejoint cette alliance. Dans aucun des 34 pays concernés, il n’y a eu ni concertation, ni discussion au parlement (lorsque celui-ci existe), ni referendum, rien. Il paraît même que certains de leurs ministres de la défense ou des affaires étrangères n’étaient pas au courant.

L’alliance inclut des pays membres de l’OCI (Organisation de la Conférence Islamique), mais n’inclut aucun pays à majorité chiite, comme l’Irak et l’Iran. L’alliance n’inclut pas non plus d’autres membres de l’OCI comme l’Algérie (le seul pays à avoir mené un combat sanglant et féroce contre le terrorisme islamiste lors d’une guerre de dix ans qui lui a coûté plus de 200.000 morts) et qui a su finalement le vaincre. Elle n’inclut pas non plus le plus grand pays sunnite, l’Indonésie. Or, où se trouve Daech actuellement ? Essentiellement en Syrie et en Irak ! Mais aucun de ces deux pays ne fait partie de la coalition et cela ne relève pas du hasard. L’Iran, non plus, n’en fait pas partie. Et qu’y a-t-il de commun entre ces trois pays ? Ils sont soit à majorité chiite (Irak, Iran) soit ayant une minorité chiite au pouvoir (Syrie), et ce sont les seuls pays de la région dont les armées combattent réellement le terrorisme islamiste sunnite.
Pourquoi maintenant ?
Est-ce une déclaration d’innocence de la part de l’Arabie répondant aux accusations américaines contre ceux qui soutiennent les terroristes islamistes dont Daech et « Al-Nosra ʺ ? Pourquoi n’y-a-t-il aucune mention d’un combat contre terrorisme d’État israélien ? N’est-ce pas plutôt la préparation d’une grande guerre menée par les sunnites sous la houlette des Wahhabites contre l’Iran et contre tous les chiites de la Terre ?
C’est, assurément, une nouvelle aventure saoudienne extrêmement dangereuse, reflétant la précipitation des rois fainéants saoudiens à sauter d’une guerre vers une autre, sans même gagner la première (Yémen). En fait, il ne faut pas être devin pour comprendre que cette prétendue « guerre contre le terrorisme » mutera vite en une guerre de nettoyage ethnique visant, en priorité mais pas uniquement, les populations chiites en Iran, en Irak, en Syrie, au Liban et ailleurs, avec l’assistance américaine et la bénédiction ou même la participation d’Israël. L’intérêt de l’Empire anglo-sioniste est manifeste pour cette « OTAN sunnite » tendance wahhabite : elle va permettre de réaliser le redécoupage du Moyen-Orient selon les vœux d’Israël et selon les intérêts de l’Empire [2].
Notons que la conférence de presse du Prince Mohammed ben Salman, le successeur du successeur de la Couronne, a été restreinte aux journalistes saoudiens, et a été interdite aux journalistes des 33 autres pays membres de cette nouvelle alliance. Peut-être a-t-on voulu éviter de leur donner l’occasion de poser des questions gênantes, du genre : Combien d’argent avez-vous dépensé pour corrompre les gouvernements des pays participants, comme la Tunisie ou Les Maldives ? Djibouti, combien de divisions ? etc.
Ensuite, il y a la question du coût financier exorbitant, qui serait pris en charge par l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe. Cette « OTAN sunnite » va coûter des centaines de milliards de dollars, alors que le prix d’un baril de pétrole est tombé à 35 $, que les déficits budgétaires de ces États sont déjà importants, et que l’érosion des réserves de change a commencé à les miner [3].

Cette annonce surprise intervient à un moment important pour de nombreuses raisons que l’on peut résumer dans les points suivants :
• 1) L’annonce officielle par le sénateur John McCain chef de Commission militaire au Congrès américain, faite il y a dix jours, concernant la nécessité de fournir une centaine de milliers de « soldats sunnites » pour lutter contre Daech, avec la présence et le concours de dix mille soldats américains à leurs côtés.
• 2) John Bolton, un autre leader néocon a écrit, dans un article publié il y a quelques jours dans le « New York Times » que la création d’un « État sunnite » sur les ruines de « État islamique » et dans sa zone géographique était une nécessité absolue, en parallèle avec la création d’un État chiite dans le sud de l’Irak, et d’un État kurde, allié d’Israël, dans le nord irakien.
• 3) l’échec de l’opération « Tempête de la fermeté » menée par l’aviation saoudite et ses alliés (dont Israël et le Maroc) contre les résistants « houthis » du Yémen, accusés d’être des chiites, donc bons à exterminer. Les résultats de cette action sont contraires aux buts recherchés, puisqu’il s’avère que des forces houthis se sont déjà introduites dans le sud de l’Arabie ( régions de Jezzan et de Nejran) et que les forces de la coalition saoudienne subissent des pertes significatives en hommes et en matériels.
• 4) la réunion de « l’opposition syrienne » à Riyad il y a quelques jours, lors de laquelle a été formé un organe suprême chargé de superviser toutes les futures négociations avec le régime syrien. La réunion a été boycottée par les Kurdes, et par plusieurs groupes d’opposition syrien, tandis que le chef d’Al-Nosra, Abou Mohammed Joulani, a qualifié tous les participants à cette réunion de traîtres, bien qu’Al-Nosra (alias Al-Qaïda) soit un groupe terroriste armé et financé par les Saoudiens en Syrie.
• 5) La montée en puissance des accusations occidentales en général, et des étasuniennes en particulier, contre les « pays musulmans » qui soutiennent le terrorisme, dont notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, surtout après la destruction de l’avion russe à Charm el-Cheikh, les attentats de Paris, à Londres et aux États-Unis. Soudain, l’Occident découvre une facette du « bon boulot » des « terroristes modérés ». En Irak et en Syrie, il y a un « bataclan » quasiment chaque jour. La formation par l’Arabie Saoudite, de cette nouvelle alliance, et son annonce si rapide, vient en réponse à ces accusations.

L’Algérie a raison de ne pas y participer
S’il est normal que le Maroc y participe, s’il est curieux que la Tunisie y participe aussi, il est tout aussi normal que l’Algérie ne participe pas à une entreprise aussi fumeuse que dangereuse.
Il n’est pas inutile de souligner que l’idéologie de Daech n’est que l’accomplissement de celle en cours en Arabie Saoudite [4] , le wahhabisme, et qui, avec les moyens de communications modernes et en association avec un Occident en lutte contre la gauche et les nationalistes arabes, a réussi à dévaster les esprits et à abrutir des masses de musulmans. Elle a eu pour effet positif, pour l’Arabie Saoudite, de lui drainer des sommes financières colossales, provenant des pèlerinages à La Mecque et à Médine, et qui dépassent, et de loin, ses revenus pétroliers.
Pour l’heure, puisqu’il s’agit d’une coalition créée par les Saoudiens, il faut relever avec insistance que la matrice idéologique, mentale et politique du Daech et d’Al-Qaïda/Al-Nosra se trouve en Arabie Saoudite.
Pour ceux qui observent depuis longtemps le discours des religieux saoudiens, ces « idées » ne sont pas étrangères à l’Arabie Saoudite, elles en sont les produits le plus exportés avec le pétrole et le pèlerinage [5].
Comme le soulignait l’écrivain irakien Ali Al-Sarraf, « celui dont la culture, le comportement et la barbarie sont les mêmes que ceux de Daech, ferait preuve de la plus haute hypocrisie s’il lui jette la pierre ». L’Arabie Saoudite est une matrice qui fabrique des Daech en tous genres. Elle peut leur faire de temps à autre la guerre, elle continuera à en produire « en interne » indéfiniment.

Cette nouvelle coalition américano-sunnite signifie surtout que l’actuelle coalition arabo-occidentale en Irak et en Syrie, appelée « coalition Internationale », a échoué, sinon pourquoi en créer une autre ? Or cette coalition internationale, qui rassemble des pays riches et développés, disposant des meilleures armes (États-Unis, France, Australie, Canada) n’a pas pu vaincre Daech, comment cette « OTAN sunnite », formée de pays plus proches du quart monde que du tiers monde, pourrait-elle y parvenir ?
La seule explication est que cette « OTAN sunnite » n’a aucune intention de se mesurer à Daech ou à Al-Nosra. Son seul objectif et sa seule obsession sont, au contraire, d’aider ces terroristes sunnites à exterminer toutes les populations différentes (les non musulmans et les chiites), à détruire les États et les civilisations existants, et à instaurer des Émirats wahhabites partout dans le monde musulman, et, plus tard, Inch’Allah, chez les infidèles.

Notes

[1] Les 34 pays de la coalition antiterroriste annoncée par Riyad
– Pays arabes : Arabie saoudite, Jordanie, Émirats arabes unis, Bahreïn, Tunisie, Djibouti, Soudan, Somalie, Palestine, Comores, Qatar, Koweït, Liban, Libye, Égypte, Maroc, Mauritanie, Yémen.
– Pays africains : Bénin, Tchad, Togo, Sénégal, Sierra Leone, Gabon, Guinée, Côte d’ivoire, Mali, Niger, Nigeria.
– Pays asiatiques : Turquie, Pakistan, Bangladesh, Malaisie, Maldives.

[2] Moyen Orient : Le plan américano-israélien
[3] L’effondrement de l’Arabie saoudite est inéluctable

[4] L’Arabie saoudite ? Un Daesh qui a réussi

[5] La religion islamique, un sacré business
Hannibal GENSERIC
http://numidia-liberum.blogspot.com/…/genial-une-otan-sunni…

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,