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22 octobre 2020

Riyad vs Washington: la relation n’est plus spéciale



Samer R. Zoughaib

Samedi 23 avril 2016

La visite du président américain Barak Obama à Riyad, pour assister au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), a montré le fossé grandissant entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Les divergences se multiplient entre les deux pays et les experts n’hésitent plus à parler de la fin d’une relation spéciale.

Ce n’est pas un hasard que Barak Obama ait accordé une longue interview au magazine américain The Atlantic, publiée dans son édition d’avril, quelques jours seulement avant son voyage en Arabie saoudite. Dans cet entretien, le locataire de la Maison Blanche expose au journaliste Jeffrey Goldberg sa «doctrine», et ne manque pas de critiquer très sévèrement la plupart de ses alliés. La monarchie wahhabite et les émirats pétroliers du Golfe n’échappent pas aux foudres d’Obama. Il rudoie vertement l’Arabie saoudite, qui doit, selon lui, apprendre à «partager» sa région avec l’Iran. Il ajoute que la rivalité entre les deux pays «a contribué à alimenter les guerres par alliés interposés et le chaos en Syrie, en Irak et au Yémen». Il s’est également plaint auprès d’amis et de conseillers, de ces alliés au Moyen-Orient «qui cherchent à exploiter la ‘puissance’ américaine pour leurs propres visées étroites et sectaires», écrit le magazine.
Ces propos expriment le fond de la pensée d’Obama à l’égard du royaume des sables, et illustre le peu de respect que lui inspirent ses dirigeants et le modèle rétrograde qu’ils défendent dans le monde.

Un accueil glacial à Riyad

Les Saoudiens savent pertinemment ce que pense d’eux le président américain et ils ont voulu le lui montrer, en lui réservant un accueil glacial. Le roi Salman n’était pas présent, mercredi, sur le tarmac de l’aéroport pour l’accueillir, et l’arrivée du président américain n’a pas été retransmise en direct à la télévision nationale, comme c’est pourtant l’usage lors de la visite d’un dirigeant étranger de haut rang.
Les Etats-Unis et l’Arabie saoudite sont en désaccord sur de nombreux dossiers au Moyen-Orient. Pour Washington, la priorité des priorités doit être la lutte contre les groupes terroristes et la stabilisation des conflits régionaux, que ce soit en Syrie, en Irak, ou encore au Yémen. Pour la dynastie des Saoud, toutes ces questions sont secondaires et la seule préoccupation, devenue obsessionnelle, est l’Iran. C’est pour cela que l’Arabie saoudite s’est ouvertement opposé à l’accord sur le nucléaire entre Téhéran et les grandes puissances, et a exercé un lobbying agressif aux Etats-Unis pour tenter de le faire échouer. Les Saoudiens étaient tellement obsédés par les négociations sur le nucléaire que le roi Salman n’avait pas jugé bon de participer à un sommet qui avait réuni les dirigeants du Golfe à Camp David, en mai 2015, pour leur exposer la vision américaine.
Pascal Boniface, le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris, explique que les Saoudiens «pensent que l’alliance conclue avec les Américains est en train de se dissoudre ou de s’étioler, notamment du fait du rapprochement des Etats-Unis avec l’Iran après l’accord sur le programme nucléaire. Il y a une crainte d’être abandonné au profit des Iraniens, à un moment où les Américains ont moins besoin du pétrole saoudien et où les Saoudiens ont des doutes sur la nature de l’engagement des Américains après, selon eux, le lâchage par les Etats-Unis du président égyptien en 2011».

«Les bons vieux jours» sont terminés

L’ancien chef du renseignement saoudien, le prince Turki al-Fayçal, a déclaré que «les bons vieux jours» de l’alliance historique entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite étaient terminés, et que la relation bilatérale devrait être «recalibrée». «Nous ne pouvons pas compter sur un retour aux bons vieux jours d’autrefois», a-t-il dit.
Lors de ce voyage, Obama était censé «rassurer» l’Arabie saoudite. Mais ses déclarations à Riyad prouvent que rien n’a changé dans sa vision. Il a ainsi appelé les pays Golfe à ouvrir une nouvelle page avec Téhéran et à trouver des terrains d’entente, affirmant que «personne n’a intérêt à l’éclatement d’un conflit avec l’Iran». Il a certes critiqué la politique iranienne «dans la région», mais ses propos étaient surtout destinés à caresser les Saoudiens dans le sens du poil, car il a clairement signalé que la priorité doit aller à la «lutte contre le terrorisme». C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il a placé la poursuite de la coopération militaire et sécuritaire avec l’Arabie saoudite.
La détérioration des relations entre les deux pays n’est pas due à l’humeur du président américain actuel. Il s’agit d’une tendance de fond aux Etats-Unis, qui se renforce tous les jours davantage. Le candidat Donald Trump a ainsi déclaré, jeudi, que «sans la protection de l’Amérique, l’Arabie saoudite ne survivrait pas une semaine».

Le rôle saoudien dans le 11 septembre

La grogne contre le royaume wahhabite a atteint le Congrès américain, traditionnellement soucieux de sauvegarder les relations historiques de Washington avec ses alliés. Le Congrès est ainsi saisi d’un projet de loi qui permettrait aux Américains de poursuivre le gouvernement saoudien, s’il est prouvé que certains de ses responsables sont impliqués dans les attentats du 11 septembre.
Ce projet de loi intervient alors que le débat sur l’opportunité de la publication d’une partie classifiée du rapport sur les attentats terroristes de 2001 a repris de plus belle et a même atteint la Maison Blanche. Ce fameux rapport de 800 pages a été préparé par la Commission bipartisane et publié en 2003. La quasi-totalité du document est accessible au public, sauf le dernier chapitre de 28 pages, qui a été immédiatement classifié pour des raisons de sécurité nationale.
Les auteurs du projet de loi affirment que cette information fera la lumière sur le rôle du royaume wahhabite dans la préparation des attaques contre le World Trade Center à New York et le Pentagone. L’enquête prouve que plusieurs des 14 kamikazes saoudiens du 11 septembre avaient reçu de l’argent de plusieurs consulats saoudiens aux Etats-Unis et parfois même de membre de la famille royale.
Il est clair que le pacte conclu entre le président Roosevelt et le roi Abdel Aziz Ibn Saoud à bord du navire américain USS Quincy, n’existe pratiquement plus. L’Arabie saoudite n’est plus l’allié stratégique pour lequel les Etats-Unis sont prêts à mener des guerres. C’est pour cela que les Saoud se cherchent de nouveaux amis et espèrent trouver en «Israël» le protecteur de leur trône.

Source: french.alahednews

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Source: Al-Ahed
http://french.alahednews.com.lb/…

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,