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4 août 2021

L’ancien ambassadeur Boris Boillon fait son numéro au tribunal


 

  • MEDIAPART –
    23 MAI 2017 PAR MICHEL DELÉAN
    Arrêté gare du Nord en juillet 2013 avec un sac de sport rempli d’espèces, l’ancien
    ambassadeur sarkozyste Boris Boillon est jugé au tribunal correctionnel de Paris. Il ne
    veut rien perdre de sa superbe.
    Boris Boillon est décidément un homme étonnant. Mitraillé de questions pendant plus de huit
    heures, ce lundi, à la barre du tribunal correctionnel de Paris, l’ancien ambassadeur
    cathodique, qui fut à une époque récente la quintessence du “Sarkoboy” décomplexé, ne veut
    rien perdre de sa superbe et se montre très sûr de lui, à la limite de l’arrogance, alors qu’il
    risque une condamnation conséquente. Seul le col de chemise, un peu plus court, et les
    cheveux, ras mais légèrement grisonnants, ont changé depuis les années où ce jeune homme
    était le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy (d’abord au ministère de l’intérieur, puis à
    l’Élysée, avant d’être promu ambassadeur).
    Pour le reste, le costume gris anthracite cintré assorti à la cravate, la chemise blanche, les
    souliers noirs bien cirés et la grosse montre sont toujours arborés aussi fièrement, comme au
    temps de sa splendeur politique. L’allure sportive, le visage encore juvénile malgré les 47 ans,
    la voix légèrement nasillarde, le débit ultra-rapide et la gestuelle dynamique sont mobilisés au
    service d’une cause impérieuse : promouvoir son personnage. Il peut se résumer à une énergie
    revendiquée, une soif d’aventure un peu naïve qui évoquent à la fois Tintin au pays de l’or
    noir et OSS 117 version Jean Dujardin. « Je suis dans l’action », revendique un Boris Boillon
    content de lui, sans paraître comprendre que le tribunal ne peut se satisfaire de ce seul ressort
    psychologique.
    Diplomate « suspendu », mais « contraint de rester dans son administration », après un part
    peu glorieux de son poste d’ambassadeur en Tunisie, en 2012, Boris Boillon (il faut prononcer
    Boilon) est jugé aujourd’hui pour transfert de fonds illicite, faux et usage de faux, blanchiment
    de fraude fiscale et abus de biens sociaux. Le 31 juillet 2013, lors d’un contrôle inopiné des
    douanes, gare du Nord, il avait été arrêté avec un sac de sport contenant quelque 350 000
    euros et 40 000 dollars en grosses coupures. Fâcheux. En jean et polo, ce jour-là, le haut
    fonctionnaire n’avait pas de documents d’identité sur lui et allait prendre le Thalys pour
    Bruxelles, où il résidait alors. L’affaire est lée un mois plus tard par Mediapart.
    Ultérieurement placé en garde à vue, l’ancien ambassadeur livre un récit assez
    rocambolesque, d’où il ressort que des hommes d’affaires irakiens l’ont payé à Paris avec des
    espèces, et qu’il était sur le point de créer une filiale de sa société en Belgique. Un récit qui va
    évoluer au fil des semaines. Pour l’accusation, Boris Boillon a cherché à justifier ces
    sommes a posteriori, avec des contrats et des attestations dont la sincérité est contestée.
    Le gros hic, c’est que les billets de banque saisis dans son sac sont neufs, leurs numéros de
    série se suivent, et ils n’ont visiblement jamais servi. Comme s’ils avaient été stockés par un
    État ou une Banque centrale. Une partie des euros a été mise en liasses en 2003, en Finlande,
    l’autre, fin 2008, en Italie. Étrange.
  • « En 2012, je refuse le placard doré qu’on me propose. Je décide de rester dans l’action, et je
    fonde ma société, Spartago », déclare Boris Boillon, bien droit à la barre du tribunal. « Je suis
    un grand sportif, et j’aime sortir de ma zone confort. J’aurais pu rester sur un poste à Paris,
    bien payé sans grand-chose à faire », dit-il crânement. Mais voilà, au cas où on l’aurait oublié,
    il préfère l’action… Arabisant confirmé, diplômes ronflants et gros carnet d’adresses en
    poche, notre ambassadeur va donc se lancer dans le business.
    « La commission de déontologie m’a autorisé à travailler en Irak », répond Boillon quand le
    président du tribunal lui fait observer qu’il fait des affaires dans un pays où il a été
    ambassadeur de France, et en monnayant son titre. Pourquoi se gêner ? Il fait de l’argent avec
    un certain Adil al-Kenzawi, membre d’une tribu irakienne puissante, qu’il a d’abord fait
    nommer consul honoraire de France dans le sud de l’Irak, et qu’il a ensuite pistonné pour qu’il
    soit naturalisé français. « Ma seule valeur ajoutée, c’est d’aller dans les endroits difficiles où
    d’autres n’osent pas aller, c’est le salaire de la peur, il était normal que j’en retire bénéfice »,
    argumente Boillon. Le voici donc, parcourant l’Irak avec des gardes du corps, jouant les
    intermédiaires et les apporteurs d’affaires dans un pays en ruines, et en reconstruction. « Un
    pays d’opportunités », dit-il. « Il n’est pas honteux de vouloir tirer des avantages de mes
    anciennes fonctions, ajoute Boillon. Je travaillais avec des entreprises que je ne connaissais
    pas lorsque j’étais ambassadeur. Mon titre me facilitait la tâche, mais ça n‘avait rien
    d’illégal. »
    Spartago, créée en novembre 2012 à Paris, est une société de conseil et de fournitures de
    prestations de services à l’international. Une sous-préfète en disponibilité (encore un titre
    ronflant et rassurant) y jouera les utilités, en tant que directrice générale, pendant que Super-
    Boillon traverse des contrées dangereuses et parcourt le vaste monde. « J’ai aidé des
    entreprises à s’installer dans des pays difficiles d’accès », se rengorge l’ex-
    ambassadeur. « J’ai aussi identifié des entreprises qui voulaient y travailler, et les aidais à
    répondre aux appels d’offres dans les secteurs de la santé l’électricité, les transports, l’eau
    ou le sport. À l’époque, en Irak, c’était “panem et circus”, il fallait du pain et des jeux pour le
    peuple », dit-il, l’air satisfait. Soucieux d’afficher son immense culture générale, Boris Boillon
    est capable de citer pêle-mêle Bergson (« Agir en homme de pensée, penser en homme
    d’action »), Michel Audiard (« Je m’énerve pas, j’explique »), le chanteur Renaud (« Je suis
    une bande de jeunes à moi tout seul »), une pub télé (« Le double effet Kiss cool »), et de
    lâcher un magnifique « Last but not least », censé produire son plus bel effet sur le tribunal et
    la presse. On en reste coi.
    « Buriné de chez buriné »
    Des explications de Boris Boillon sur le dossier lui-même, il ressort qu’il aurait mis en
    relation une entreprise roumaine avec des partenaires irakiens, pour leur fournir du béton. Il
    s’agissait alors de construire un stade flambant neuf de 30 000 places à Nassiriya, dans le Sud
    irakien (le Thiqar Stadium), pour un montant d’une centaine de millions de dollars. De gros
    contrats bien juteux ont été signés en 2012, dans ce pays classé parmi les plus corrompus de la
    planète. Mais le ministère de la jeunesse et des sports irakien a fini par arrêter les frais en
    2015, et les travaux, réalisés à 70 %, n’ont jamais été achevés. Entre temps, il est vrai, Daech
    avait fait son entrée en Irak.
  • Boris Boillon a créé d’autres sociétés et s’est associé à des entrepreneurs irakiens à la
    réputation contrastée. Bien qu’il n’ait aucune connaissance technique en architecture, BTP ou
    génie civil, l’ex-diplomate l’assure, il s’est réellement rendu utile dans ce dossier de complexe
    sportif, ce que contestent plusieurs témoins entendus pendant les trois années d’enquête
    préliminaire menée par le parquet de Paris et les douanes judiciaires. Une enquête « partiale
    et déloyale », selon Jean Reinhart, le défenseur de Boillon, qui demande l’annulation de toute
    la procédure.
    Nicolas Sarkozy et Boris Boillon, en 2010 à
    l’Élysée. © Reuters
    Ce n’est pas de la faute de Boris Boillon si on a retrouvé peu de traces écrites de son acvité en Irak
    auprès d’un autre membre du clan Al-Kenzawi, Mohamed, l’un de ses partenaires en a#aires. « Pour
    une entreprise européenne, avec notre logique occidentale, il faut rendre de nombreux rapports,
    explique l’ancien ambassadeur. Mais avec Mohamed, les choses sont diérentes, c’est une relaon
    d’homme à homme. On se passe la main sur l’épaule, et on parle. Mohamed, il est buriné de chez
    buriné, il est sur le terrain. »
    Les explications les plus cocasses concernent les espèces saisies dans son sac, gare du Nord.
    Boris Boillon assure que le contrôle des devises et le système bancaire irakiens empêchent la
    plupart des entreprises d’effectuer des virements à l’international. Il a donc été, en quelque
    sorte, obligé, en récompense de ses éminents services, d’accepter de l’argent liquide.
    Une « coutume locale », à laquelle on croit comprendre que sacrifieraient de nombreux
    hommes d’affaires et intermédiaires. Dans son petit bureau de Nassiriya, Mohamed al-
    Kenzawi lui aurait remis les liasses d’euros et de dollars tout neufs, qui seront saisies quelques
    jours plus tard sur un quai de gare parisien. Boillon écourte son séjour en Irak. Il regagne
    Bagdad avec des gardes du corps, et embarque pour Vienne, puis Paris, avec son sac bourré de
    billets de banque. Il assure très sérieusement que beaucoup d’autres Français font la même
    chose que lui.
    « Vous êtes haut fonctionnaire, et vous ne savez pas qu’il existe des lois sur le transport de
    devises et le blanchiment ? » demande le président du tribunal, Peimane Ghaleh-Marzban.
    Boillon dit que non. Une fois à Paris, il a réparti le magot en trois tas, qu’il a cachés dans son
    studio des beaux quartiers et dans sa cave, quelques liasses étant même enterrées dans les
    parties communes de son immeuble. Mais prenant subitement peur d’être cambriolé, il aurait
    finalement décidé de rapatrier ce pactole dans son appartement de Bruxelles, mieux protégé,

 

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