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17 juillet 2019

Vers la fin des valeurs?


France-Irak Actualité : actualités sur l’Irak, le Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak, au Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne, enquêtes et informations exclusives.

Publié par Gilles Munier sur 8 Février 2019,

Catégories : #turquie, #trump, #islam

Une étude du Prof. Dr. Kudret Bulbul (revue de presse : TRT en français – 30/1/19)*

Etats-Unis

Très récemment encore, les Etats-Unis étaient considérés comme le pays des rêves. Le mode de vie américain était à la mode dans presque tous les pays. Si un sondage est effectué aujourd’hui, la perception des Etats-Unis au regard de tous les pays est certainement la plus mauvaise de son histoire. Aujourd’hui, 6.000 réfugiés d’Amérique latine attendent depuis des mois aux frontières des Etats-Unis. Alors que la Turquie, le Liban, la Jordanie et d’autres pays peuvent en accueillir plus en même une seule nuit, le numéro un du monde est celui qui fait attendre le plus de réfugiés à ses frontières. Ce qui est encore plus grave, c’est que ce pays qui est l’un des plus riches au monde, ne puisse pas produire une autre solution que de construire un mur comme celui qui existait à Berlin et de mobiliser son armée contre les migrants. Pourtant si toutes ses dépenses avaient été faites pour résoudre la question migratoire, elle serait peut-être moins couteuse.

Sans se soucier de la « légitimité », l’administration américaine actuelle peut songer à sortir de tous les accords internationaux en pensant uniquement à ses intérêts et suivant des discours comme « L’Amérique d’abord » et « Rendons sa grandeur aux Etats-Unis ». Le monde entier suit avec préoccupation le retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat qui vise à prévenir le réchauffement global et de l’UNESCO qui est une organisation onusienne d’éducation, de culture et de science.

La phrase employée par le président Trump pendant l’Assemblée générale de l’ONU où il exprimait son opposition à « l’idéologie de la globalisation », était, il y a encore quelques années,  une phrase à la hauteur d’un leader ou idéologue de pays tiers. On ne pouvait même pas imaginer qu’un président américain puisse employer de tels propos.

La situation actuelle des Etats-Unis et de l’Occident tout entier, n’est pas différent de l’histoire de la civilisation occidentale qui semble défendre la démocratie, les droits de l’homme et les libertés mais qui interprète différemment les phrases de la Bible qui ne lui conviennent pas.

Chine-Russie

La Chine et la Russie ne sont pas parmi les pays qui ont pu définir des normes et présenter des valeurs universelles dans le dernier quart du siècle dernier. Toutefois la Chine est un pays qui se développe à grande vitesse. Les deux pays sont deux Etats puissants dans la politique globale. Ils disposent du droit de véto au Conseil de sécurité de l’ONU. Les deux Etats sont peu connus de la communauté internationale du fait qu’ils ne soient pas des sociétés ouvertes et à cause de leurs pratiques en politique intérieure.

Le Monde musulman

Les pays musulmans ne sont également pas, depuis quelques siècles, parmi les pays proposant des normes et des valeurs communes universelles. Qu’ils se définissent laïcs, monarchiques, d’Etat de charia ou autre, ils sont en effet soit démocratiques, soit autoritaires, soit totalitaires.

Surtout au Moyen-Orient, les dirigeants ne se soucient quasiment pas du tout des dirigés. Ils doivent leur pouvoir non pas aux peuples qu’ils dirigent mais en grande partie aux acteurs mondiaux. D’ailleurs les acteurs mondiaux l’expriment sans hésiter. Même s’ils ne sont pas les seuls responsables, certains pays du Moyen-Orient vivent peut-être dans les conditions les plus pitoyables de leur histoire. Les peuples de ces pays essaient de fuir leur pays au péril de leur vie.

Loin de produire une valeur, la plupart des pays du Moyen-Orient œuvrent à maintenir leur pouvoir contre toutes les valeurs et leurs peuples.

La fin de l’esprit des Lumières : de Frankenstein à l’intelligence artificielle  

L’écrivaine britannique Mary Shelley a inventé « Frankenstein » en 1818 à l’âge de 19 ans. Ceci est au-delà d’un roman, la conséquence d’un esprit détaché des traditions, de la religion et des établissements intermédiaires et mis au service de la rationalité fondatrice de l’illumination, du sécularisme et du positivisme.

La même raison illuminatrice est aujourd’hui en quête de la production d’une intelligence/d’un humain artificiel. Le monde entier est témoin de la catastrophe provoquée dans l’humanité et notre planète par la raison illuminée et ne reconnaissant aucune valeur et vertu, pendant les deux guerres mondiales. Vers où le monde pourrait être trainé par une « humanité » d’intelligence artificielle dépourvue de toute valeur, sensible uniquement à la force et au développement mécaniques, plus forte que les hommes biologiques et capables de les contrôler ? Il semble que c’est encore l’homme lui-même qui va provoquer sa disparition.

L’homme hédoniste

L’illumination, le sécularisme, les développements dans les technologies de l’information et de la communication rendent l’homme de plus en plus hédoniste du fait que l’idéologie, la religion et les établissements qui devraient donner de l’espoir, en suscitent de moins en moins. Le nombre de personnes qui ne veulent que le plaisir, notamment chez les jeunes, est en hausse constante. Les catastrophes provoquées par les personnes ayant uniquement des liens de plaisir avec leurs familles, leurs amis, leurs écoles, l’environnement, la nature, le monde du travail, les animaux ainsi qu’avec les autres êtres vivants, sont terrifiantes même aujourd’hui. Lorsqu’un homme sera un être n’ayant aucune valeur et en quête seulement du plaisir, cet être sera surement autre chose qu’un humain.

En partant de tous ce qui est dit jusqu’ici, il est possible de parler d’une disparition des valeurs pour les structures organisées comme les Etats et les institutions. Même s’il existe des développements négatifs comme ceux que nous venons de citer, il est possible de prétendre que les individus se soucient d’avoir des valeurs dépendamment des méga-identités, de grandes idéologies, des établissements internationaux ou sous le toit des Etats. Oui les individus non-organisés peuvent porter plus de valeurs. Les structures non-organisées devraient susciter plus d’espoir au niveau du potentiel qu’elles possèdent pour les valeurs. Toutefois, savoir que le monde est plutôt modelé par des structures organisées, nous empêche d’avoir de grands espoirs.

Si nous, « la famille de l’humanité », n’arrivons pas à trouver une voie qui stoppera le processus de « la fin des valeurs », nous avancerons vers une fin triste que nous préparons tous ensemble.

Kudret Bulbul est doyen de la Faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d’Ankara.

Source : TRT en français

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,