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19 août 2019

Les Grosses Orchades, les Amples Thalamèges, le blog


 

 

 

 

 

 

 

Skripal bis

et plus si affinités

 

 

 

« Quels sont les obstacles à l’instruction du peuple ? Les écrivains mercenaires qui l’égarent par des impostures… »

Maximilien Robespierre

 

 

 

On ne cite jamais assez Robespierre.

Sa pertinence n’est jamais prise en défaut. Moins aujourd’hui que n’importe quand. Moins en Russie que n’importe où ailleurs. L’« affaire », qui secoue aujourd’hui le Landerneau moscovite et qui voudrait bien devenir une nouvelle « affaire Dreyfus », le prouve abondamment. Et le prouvera, si on la laisse faire.

On se croirait revenus au temps où Desmoulins et Danton, vendus au duc d’Orléans, père avisé d’un futur roi de France, se livraient ardemment aux activités dans lesquelles s’illustre aujourd’hui Ivan Golounov. Rien de nouveau sous le soleil.

Hélas – ou tant mieux – le temps n’est plus où on pouvait régler (très temporairement d’ailleurs) le problème en raccourcissant ce « pauvre Camille » et sa « délicieuse Lucile », après avoir neutralisé de même ce « cher Georges ».

Qu’y a-t-il de changé aujourd’hui ? Pas grand-chose, mais, quand même, quelques voix intègres ont gagné l’accès au domaine public (c. à d. aux médias, merci Internet), même si la lobotomisation en masse dudit public rend leurs efforts dérisoires.

Karine Bechet Golovko (Russie Politics) est de ceux qui s’efforcent de débrouiller le nouvel écheveau en date enchevêtré à plaisir.

C’est pourquoi nous reproduisons ici, in extenso, sa réflexion sur le sujet. Nos lecteurs ne sauraient suivre avec trop d’attention ses efforts de compréhension. Il n’y a pas que le sort des Russes qui en dépende.

 

 

 

 

Pôv’ Golounov : les dessous pas très propres d’un conte pour grands enfants

 

Karine Bechet Golovko – Russie Politics – 13.6.2019

 

 

 

 

Avec la libération de Golounov, les rédactions laissent paraître des articles qui avaient été « retenus », je cite, « pour ne pas porter atteinte à Golonouv » (M. Simoniane), et sortent des interviews où les participants, des directeurs de médias d’opposition, expliquent comment ils ont fait libérer Golounov et fait prendre cette décision avant le passage devant la justice. Bref, la fameuse « corruption » de la police, les méchants flics pourris contre les gentils journalistes, tombe doucement, mais la manipulation, par des forces réelles, elle, est doucement mise au grand jour. Doucement et discrètement, alors aidons-la un peu. Voici les détails et les dessous du piège Golounov, dans lequel certaines élites russes à nouveau jettent le pays avec délices. Le relent nauséabond des années 89-90 ressort des égouts …

Nous avions déjà présenté le spectacle, assez désagréable, que nous offre l’affaire Golounov (voir le texte ici) et l’avènement du tribunal médiatique en Russie, qui a découlé de la libération de l’assignation à résidence, en vrac, prononcée par le ministre de l’Intérieur lui-même (voir notre texte ici).

Or, après la libération de Golounov, des articles intéressants commencent à sortir, la victoire a été acquise, maintenant l’on peut montrer sa force … Deux axes retiennent particulièrement notre attention : le premier concerne la personnalité de Andrei Schirov, directeur du département de lutte contre le trafic de drogue de la police de l’arrondissement Ouest de Moscou, celui qui a mené l’enquête contre Golounov et conduit son interpellation; le second concerne les pourparlers et les manoeuvres des directeurs de deux gros médias d’opposition Novaya Gazeta et Les Echos de Moscou, renvoyant aux oligarques A. Lebedev et Miller (Gazprom).

 

A. Schirov souligne les pressions sans précédent subies par la police dans l’affaire Golounov

A. Schirov, a donné plusieurs interviews importantes dans lesquelles il met les points sur les i quant aux spéculations de corruption et le respect de la légalité dans l’affaire Golounov, ainsi que sur les pressions sans précédent dont il fait l’objet, dans une affaire, somme toute banale, de trafic de drogue.

Avant que le jugement concernant le placement de Golounov ne soit pris, il donne une interview à RT et, comme cela est indiqué sur le site, la rédactrice en chef – M. Simoniane – a personnellement décidé de ne pas publier cet article avant « que toutes les expertises » soient réalisées, pour ne pas porter atteinte à Golounov. L’on peut déjà s’interroger sur le parti-pris, l’objectivité du travail de journaliste. Bref, porter atteinte à la police, c’est bien vu, mais les siens doivent être protégés coûte que coûte …

 

 

 

 

Dans cette interview, A. Schirov affirme que cette affaire de trafic de drogue est une affaire banale, processuellement, il reste encore quelques points à éclaircir, mais cela ne soulève aucune question particulière; il dit que les règles ont été respectées, que tout est légal et qu’il ne craint aucune vérification. En revanche, la pression qu’ils subissent, lui et sa famille, de la part des journalistes qui prennent d’assaut la maison de campagne de ses parents âgés, où sont également sa femme et ses enfants, est hors des limites habituelles. Tout comme le niveau de contrôle. Ce qui est intéressant, c’est l’ambiance dans laquelle évolue cette affaire et c’est certainement cela qui a motivé la décision particulièrement subjective de « rétention » de la publication – pour que justement ces forces puissent tranquillement jouer en faveur de Golounov avant que la justice ne se prononce :

« Mais tout cela évolue d’une manière très étrange pour moi. Je ne parle pas de l’affaire elle-même, mais de tout ce qu’il y a autour. En tant que telle, l’affaire ne se différencie pas des autres affaires de ce genre. Mais vous voyez, tout ce qui se passe autour de cette affaire, je ne comprends pas. Certaines forces sont en jeu, les journalistes. Tout cela est bizarre.«

Par ailleurs, dans une interview à currenttime.tv, Schirov a répondu aux accusations de corruption qui ont été lancées contre les policiers et contre lui-même dans cette affaire. Selon Transparency International, il serait en possession de terrains dans la région de Moscou pour une valeur de 70 millions de roubles (soit un peu moins d’un million d’euros). En réalité, comme il le déclare et comme cela est vérifiable sur le cadastre, ses parents sont en possession depuis longtemps d’une maison de famille, où ils se réunissent, son frère a un bout de terre adjacent et lui-même possède une vieille datcha de 6 m sur 9, avec les WC à l’extérieur et un terrain pour une valeur de 2,5 millions de roubles (un peu plus de 30 000 euros).

« Si quelqu’un veut voir ces ruines, voir comment vivent les corrompus, qu’ils viennent, qu’ils regardent«

En revanche, ces histoires de trafic de drogue et la pression mise sur la police dans ce domaine ne sont pas nouvelles. Il y a quelques mois de cela, un article est sorti sur Radio Liberty (financée par les États-Unis), dans lequel quelques noms de véritables policiers ont été mentionnés, ajoutés à des noms de policiers morts auxquels il n’était plus possible de rien demander, et qui furent accusés de transporter de la drogue par camions. Ce texte a été publié (les journalistes n’ont pas été inquiétés …). À l’époque, la police avait hésité à réagir, finalement Schirov avait décidé de ne pas perdre du temps avec ces idioties. Maintenant il déclare regretter, comprendre que c’était une erreur, car avec l’évolution de l’affaire Golounov, tout cela ressort, est utilisé et manipulé. La décision a été prise aujourd’hui de réagir à ces publications diffamantes, toutes les vérifications à l’époque ont été faites et rien de tout cela n’a pu être prouvé. Pour lui, c’est une forme de pression.

En effet, des forces particulières semblent être mises en oeuvre. Si, juridiquement, cette affaire peut être assez simple, les dessous, les pressions sur l’enquête, sur la justice, éclatent au grand jour, du fait de ceux-là mêmes qui en sont à l’origine et s’en vantent dans la presse. Ils ont gagné, ils savourent leur victoire et traînent dans la boue le pouvoir, qui a par trop montré sa faiblesse.

 

Quand les décisions de « justice » sont prises dans les couloirs par les directeurs de presse

Le site The Bell a publié l’interview donnée par Dmitri Mouratov (Novaya Gazeta), dans laquelle il est expliqué en détail comment il a négocié la libération de Golounov. Ainsi, samedi, avant le jugement devant déterminer le mode de détention de Golounov, lors de l’enquête, D. Mouratov, à la tête du média d’opposition Novaya Gazeta, et A. Venediktov, à la tête des Échos de Moscou (faisant partie de Gazprom média, dirigé par l’oligarque A. Miller) se réunissent à la Mairie de Moscou (sic), avec la vice du Maire de Moscou S. Sobianine, Natalia Sergounina et la personne responsable de la politique de l’information et de la sécurité Alexandre Gorbenko. Mouratov demande à ce que soit présent, puisque manifestement tel est le but, le chef de la police de Moscou, Baranov. Et le travail de pression commence, couvert donc par la Mairie de Moscou, pour que Golounov soit tout d’abord non pas incarcéré (le pôv’ choupinet), mais assigné à résidence et sous contrôle judiciaire. Cela fonctionne, comme la suite de l’histoire l’a montré.

Mais ce n’est pas tout. Mouiller seul dans cette sale histoire le pouvoir local de Moscou n’est pas suffisant, il faut y entraîner le sommet de l’État. Le lundi, Mouratov raconte comment la décision finale a été prise. L’ombudsman T. Moskalkova (qui par ailleurs, ne cesse ces derniers temps de se prononcer avec virulence pour casser le Code de procédure pénale) a fait « son » rapport à V. Poutine et en sortant a déclaré que la bonne décision a été prise, puisque certainement (les Occidentaux disaient dans l’affaire Skripal « highly likely ») des milliers d’affaires semblables existent dans le pays. Ainsi, des expertises furent expédiées pour tenter de sauver quelques apparences et la décision ainsi prise antérieurement a été diffusée par le ministre de l’Intérieur, Kolokoltsev. Qui par ailleurs a demandé la tête de deux généraux.

 

Donc, dans une affaire où l’accusation de fabrication de cette affaire par des policiers découle de la pression de deux patrons de presse, action qui n’aurait pu être possible sans l’accord de leurs oligarques respectifs, la police a été mise à genoux et, démonstrativement, ont été mouillées les plus hautes autorités de l’État.

Et pour quoi ?

Pour arriver à légaliser la production de drogue, sa transformation, sa détention, son transport s’il s’agit de consommation personnelle, même en grande quantité ? Ou bien s’agit-il d’une belle technologie dirigée contre l’État, qui a montré trop de faiblesse ces derniers temps, depuis le virage pris avec l’arrivée de Kirienko à l’Administration présidentielle ? La peur manifeste qu’a inspirée le rattachement de la Crimée à une pseudo-élite « pro-européenne » dans le sens ukrainien, géorgien, kirghiz du terme a intensifié les exigences de cette élite de recevoir des « preuves » de bienveillance du sommet de l’État en contre-partie de son allégeance… temporaire. Certaines voix, discrètement, commencent à poser la question. Golounov n’est pas le but de tout ce bruit, il est le moyen. La dimension que prendra cette affaire va dépendre de l’instinct de survie de l’État, qui, espérons-le, ne nous ramènera pas aux années 89-90. La poussée de ces « élites » se répète, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Source : http://russiepolitics.blogspot.com/2019/06/pov-golounov-les-dessous-pas-tres.html#more

 

 

 

Pendant qu’on y est :

 

Nous venons de lire, coup sur coup, en anglais, une série d’articles d’une grande, voire d’une très grande importance. À notre connaissance, ils ne sont pas traduits. C’est une énorme lacune.

Il devrait exister une bourse aux articles non contournables en quête de traducteurs, qui éviterait aux âmes bénévoles de perdre leur temps en traductions routinières voire quelquefois inutiles… Mais qui sommes-nous pour en juger de la sorte ?

Nous avons pour l’instant décidé de faire de notre mieux pour résoudre le problème – à défaut de tout traduire nous-mêmes – en publiant désormais, sous l’en-tête « Articles en quête de traducteurs », ce qui nous paraîtra devoir retenir l’attention, mériter discussion, etc. etc. et vogue la galère.

On verra vite que le vivier principal de cette sorte de textes est le Saker’s Blog, endroit du site saker.is où se rencontrent de plus en plus des correspondants inattendus, parfois improbables, mais toujours dignes, à des titres divers, de la plus grande attention.

 

 

 

Articles en quête de traducteurs

 

(ordre chronologique)

 

Foreign backed terrorism in Iran : Part one -US/Israeli backed Salafists in Iran

Aram Mirzaei – The Saker’s Blog – 7.4.2019

https://thesaker.is/foreign-backed-terrorism-in-iran-part-one-us-israeli-backed-salafists-in-iran/

 

 

 

 

 

Foreign backed terrorism in Iran : Part two – US/Israeli backed insurgency and separatism in western Iran

Aram Mirzaei – The Saker’s Blog – 18.4.2019

https://thesaker.is/foreign-backed-terrorism-in-iran-part-two-us-israeli-backed-insurgency-and-separatism-in-western-iran/

 

 

 

 

 

White Paper reveals how US acted irresponsibly in trade war

Global Times –2.6.2019

http://www.globaltimes.cn/content/1152839.shtml

 

 

 

 

 

Special China SITREP & Analysis by Larchmonter445 : China Decouples : China Will Not Be Contained by Trade War

Larchmonter 445  – saker.is  – 2.6.2019

https://thesaker.is/special-china-sitrep-analysis-by-larchmonter445/

 

 

 

 

Explaining Russia’s position on Idlib

Ollie Richardson for The Saker’s Blog – 4.6.2019

https://thesaker.is/explaining-russias-position-on-idlib/

 

 

 

 

 

Why Trump wants talks with Iran

Pepe Escobar – Asia Times via saker.is – 5.6.2019

https://thesaker.is/why-trump-now-wants-talks-with-iran/

 

 

 

 

 

 

Why does Hashim Thaçi need another conflict with Serbia ?

By Rostislav Ishchenko

Translated by Ollie Richardson and Angelina Siard

zvesdaweekly.ru via saker.is – 6.6.2019

https://thesaker.is/why-does-hashim-thaci-need-another-conflict-with-serbia/

 

 

 

 

 

Sovereignists of all countries – unite !

The Saker – saker.is – 7.6.2019

[This analysis was written for the Unz Review]

https://thesaker.is/sovereignists-of-all-countries-unite/

 

 

 

 

 

À suivre…

 

 

Mis en ligne le 13 juin 2016.

 

 

One Responses

  • Semimi

    Il reste que la police a publié des photos censément à charge qui étaient des faux, puisqu’elles ne concernaient pas le domicile du délinquant arrêté. A partir de là, le crédit de la police en a pris un vilain coup. C’est le coeur de l’affaire et point d’ancrage d’une vraisemblance qu’il s’agit bien d’un complot.

    Soit la police a voulu se suicider moralement,
    Soit , certains membres, complices avec les journalistes, ou corrompus par eux, leur ont fourni sur un plateau les verges pour se faire battre,
    Soit les policiers sont d’une stupidité à manger du foin de croire que ce ne serait pas révélé,
    Soit , il faut l’envisager, il y avait là quelque chose qui ressemble à un complot.
    L’auteur de l’article ignore ce « détail » capital et n’explique pas la présence de ces fausses photos.

    Répondre

 

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,