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7 décembre 2019

La crainte d’« un bloc révolutionnaire »


Médiapart
19/08:2019

La crainte d’« un bloc révolutionnaire »

Au terme de deux mois d’intenses négociations, les altermondialistes ont obtenu les autorisations de l’État pour leur sommet à Hendaye, Irún et Urrugne. « Saint-Pée-sur-Nivelle et Dax avaient aussi été proposés. Nous voulions Bayonne mais cela a été refusé : trop près de Biarritz », précise Thomas Sommer, membre d’Attac chargé de la logistique. Les quelque 80 organisations des plateformes Alternative G7 (Crid, Oxfam, Cadtm, etc.) et G7 EZ ! (le syndicat local Lab, le parti Ensemble Pays basque, etc.) programment la venue de quelque 200 intervenants, 40 conférences, 50 ateliers… Et des actions fortes les 24 et 25 août, au même moment que le G7.

Une manifestation pacifique s’élancera de Hendaye à Irún, le 24 août. « Cette manifestation est déclarée, pacifique et familiale », précisent les organisateurs. Une action « de désobéissance civile » se tiendra le 25 août. Il s’agira de « créer une zone arc-en-ciel par des rassemblements dans sept places différentes », autour de Biarritz. « Cette action vise aussi à dénoncer l’interdiction de manifester et la limitation de nos libertés », indiquent les organisateurs dans leur dossier de presse. Les membres du G7 se rencontrent « pour perpétuer un système au service des plus riches et des multinationales […]. Nous nous mobiliserons […] pour nous opposer par nos analyses, nos idées, nos alternatives et nos luttes », insistent les plateformes.

Le président Macron aux côtés du maire de Biarritz, Michel Veunac, et du préfet des Pyrénées-Atlantiques, Eric Spitz au cours d'une visite, en mai, à Biarritz © REUTERS
Le président Macron aux côtés du maire de Biarritz, Michel Veunac, et du préfet des Pyrénées-Atlantiques, Eric Spitz au cours d’une visite, en mai, à Biarritz © REUTERS

Les organisateurs attendent quelque 2 000 personnes dans le camp prévu à cet effet qui s’étend sur Urrugne et Hendaye. Une « enclave » peu facile d’accès : un ancien centre de colonies de vacances appartenant avant au groupe Nestlé, revendu à Bouygues et désert depuis plusieurs années. « Nous prévoyons la venue de 6 000 personnes pour les activités et jusqu’à 10 000 personnes pour les marches », précise Aurélie Trouvé. « Concernant les forces de l’ordre, on leur a demandé de se tenir à l’écart. Nous aurons nous des services de médiation pour que tout se passe bien », indique Thomas Sommer.

Une partie plus radicale, elle, entend faire de ce week-end aoûtien un événement consacré à la confrontation directe avec les autorités. Les plus anciens dans les services de renseignement se souviennent qu’en 2011, ce qu’ils désignent par l’appellation « ultragauche française » avait opté pour des actions décentralisées en marge de la tenue du G8 à Deauville et du G20 à Cannes (en 2011). Mais que ses mots d’ordre n’avaient pas été suivis d’effet et n’avaient pas empêché des débordements.

L’organisation du contre-sommet était la principale préoccupation, à la fois des acteurs institutionnels des plateformes et de ces militants sur l’ensemble de l’Hexagone. Les réunions s’étaient multipliées des deux côtés de la frontière espagnole pour planifier l’organisation d’un anti-G7. Des liens étaient également pris avec des activistes un peu partout en France et en Europe. Au printemps, des militants de Bretagne et de Rhône-Alpes, ainsi que des zadistes de Notre-Dame-des-Landes, étaient aperçus au Pays basque, tandis que d’autres étaient envoyés en Allemagne et en Belgique pour prendre attache avec leurs homologues et régler les détails de leur venue cet été.

La DGSI craint que le sommet de Biarritz ne donne l’occasion de réunir les différentes tendances de la gauche radicale européenne et que ne se reproduisent « les scènes de violence qui ont eu lieu en 2017 lors du G20 à Hambourg ». Même si, localement, personne ne semble à ce jour en mesure d’anticiper l’ampleur de la mobilisation.

Le contre-espionnage mais aussi d’autres services français, mobilisés depuis plusieurs mois sur cette question, ont noté avec inquiétude « une montée en puissance de la mobilisation contre le sommet du G7, sous l’impulsion d’individus plus radicaux issus de mouvements indépendantistes basques, ainsi que de l’ultragauche régionale, nationale ou européenne ». Les services craignent un éventuel rapprochement avec les gilets jaunes permettant la création d’un « bloc révolutionnaire ».

Le tout, selon eux, se faisant sous l’impulsion d’une jeunesse nationaliste basque qu’ils considèrent comme particulièrement remontée. La DGSI prend tout ceci avec d’autant plus de sérieux qu’elle considère la jeunesse basque « éduquée à la pratique de la kale borroka », une forme de guérilla urbaine utilisée par les indépendantistes basques.

En 2000, à l’occasion du sommet de l’UE, dans un Biarritz déjà bunkerisé, de violents affrontements avaient opposé des centaines de jeunes indépendantistes aux forces de l’ordre.

Deux décennies plus tard, le contexte politique a toutefois changé, alors que ces mêmes indépendantistes n’ont plus eu recours à la violence depuis des années et qu’en 2017 et 2018 l’ETA a opéré son désarmement, puis annoncé sa dissolution.

Plus généralement, le Renseignement intérieur considère de longue date que là où les membres de l’ultradroite claironnent leurs projets et sont fascinés par les forces de l’ordre (ce qui facilite leur infiltration), les militants de la gauche radicale sont eux « passés maîtres dans l’art de la dissimulation et de la lecture des dispositifs policiers ». Ils y ont même réfléchi. Lors de l’expulsion en 2011 d’un squat à Turin abritant plusieurs activistes venus de Rouen, les policiers italiens avaient découvert un fascicule écrit en français et titré « Aux ennemis intérieurs ». Ce manuel de clandestinité et de l’affrontement à l’usage des anarcho-autonomes fournissait des conseils et des techniques permettant d’échapper aux surveillances et autres investigations policières.

Le maire socialiste d’Hendaye, Kotte Ecenarro, qui accueille en grande partie le contre-sommet, se veut plus rassurant. « Je soutiens personnellement cet anti-G7, même si l’État nous l’a imposé dans une commune réduite de 800 hectares. Nous avons l’habitude de travailler avec des organisations locales comme Alternatiba, Lab, etc. Nous savons qu’ils savent tenir parole et ils ont dit vouloir des rassemblements pacifistes. » L’édile de la commune de 17 000 habitants concède qu’il existe des « incertitudes ». « Des marches traversant la frontière, il y en a déjà eu, tout se passait très bien, nous sommes confiants sur les organisateurs, mais aurons-nous la venue de black blocs de l’extérieur ? S’il y en a, je pense qu’ils iraient plutôt vers Bayonne. »

L’élu de Biarritz François Amigorena souligne pour sa part que « le collectif anarchiste basque Indar Beltza [« Énergie noire »] s’est retiré de la plateforme G7 EZ ! ». Composé de plusieurs dizaines de membres, ce dernier a appelé le 13 août « à une opposition et des actions fermes et résolues ». Le collectif antifasciste du Pays basque nord « IPEH Antifaxista » a fait le même choix de retrait le 17 août, en raison d’une « position générale adoptée [au sein de la plateforme G7 EZ ! – ndlr] ne [lui] correspond[ant]plus »François Amigorena estime que « les jeunes nationalistes basques [du nord et du sud] peuvent effectivement être tentés de profiter de la caisse de résonance offerte par le G7 avec des actions de type kale borroka, auxquelles ils sont rompus ». Cela reste selon lui « des signaux faibles, mais facteurs de risque de débordements violents ».

Nathalie Motsch, conseillère municipale et ex-adjointe au maire de Biarritz, elle, « ne peu[t] souscrire à une menace basque », insiste-t-elle. « Les Basques sont très attachés à leur terre et cet attachement passe par un profond respect de leur pays, de son patrimoine. Si des casseurs devaient intervenir sur notre territoire, ils viendraient de l’extérieur ».

G7 EZ@G7ezplataforma

📢Plus de 1000 manifestant.e.s aujourd’hui à Biarritz pour nous engager dans la lutte contre le G7 et pour un autre monde. 📌Du 19 au 24 août, nous serons dans le contre-sommet à Hendaia-Irun, pour dire non aux dirigeants du G7 et pour construire des alternatives.#ContreG7

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,