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28 février 2021

New York Times : le coronavirus pourrait infecter plus de 100 millions d’Américains


LE CRI DES PEUPLES

heri Fink

Samedi 14 mars 2020

Sheri Fink est une journaliste américaine qui écrit sur la santé, la médecine et la science. Elle a reçu le prix Pulitzer 2010 récompensant les reportages d’investigation pour un article relatant les décisions urgentes de vie ou de mort prises par des médecins épuisés dans un hôpital lorsqu’ils ont été coupés par les eaux de l’ouragan Katrina. Elle était également membre de l’équipe de reportage du New York Times qui a reçu le prix Pulitzer 2015 récompensant les reportages internationaux pour la couverture de l’épidémie de virus Ebola de 2014 en Afrique de l’Ouest. 

Estimations les plus pessimistes du nombre de cas de décès dus au coronavirus aux États-Unis

Des projections basées sur les scénarios du C.D.C. (Centre pour le Contrôle et la Prévention des maladies) montrent un nombre de victimes potentiellement vaste. Mais ces chiffres ne tiennent pas compte des interventions en cours.

Source : New York Times, le 13 mars 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

Le mois dernier, des responsables du C.D.C. américain et des experts des épidémies des universités du monde entier ont envisagé ce qui pourrait arriver si le nouveau coronavirus prenait pied aux États-Unis. Combien de personnes pourraient mourir ? Combien seraient infectées et auraient besoin d’être hospitalisées ?

L’un des meilleurs modélisateurs de maladies de l’agence, Matthew Biggerstaff, a présenté au groupe (par téléphone) quatre scénarios possibles (A, B, C et D) basés sur les caractéristiques du virus, y compris des estimations de sa transmissibilité et de la gravité de la maladie qu’il peut causer. Les hypothèses, consultées par le New York Times, ont été partagées avec une cinquantaine d’équipes d’experts pour modéliser la façon dont le virus pourrait traverser la population et ce qui pourrait l’arrêter.

Les scénarios du C.D.C. étaient représentés en termes de pourcentages de la population. Traduits en chiffres absolus par des experts indépendants utilisant des modèles simples de propagation des virus, les chiffres les plus défavorables seraient sidérants si aucune mesure n’était prise pour ralentir la transmission.

Selon une projection, entre 160 millions et 214 millions de personnes aux États-Unis pourraient être infectées au cours de l’épidémie. Cela pourrait durer des mois ou même plus d’un an, avec des infections concentrées sur des périodes plus courtes, échelonnées dans le temps dans différentes communautés, selon les experts. De 200 000 à 1.7 million de personnes pourraient mourir.

Et selon les calculs basés sur les scénarios du C.D.C., 2.4 à 21 millions de personnes aux États-Unis pourraient nécessiter une hospitalisation, ce qui pourrait écraser le système médical du pays, qui ne dispose que d’environ 925 000 lits hospitaliers. Moins d’un dixième d’entre eux sont destinés aux personnes gravement malades.

Les hypothèses qui alimentent ces scénarios sont atténuées par le fait que les villes, les États, les entreprises et les particuliers commencent à prendre des mesures pour ralentir la transmission, même si certains agissent moins agressivement que d’autres. L’effort mené par le C.D.C. élabore des modèles plus sophistiqués, montrant comment les interventions pourraient réduire les chiffres les plus catastrophiques, bien que leurs projections n’aient pas été rendues publiques.

« Lorsque les gens changent de comportement, a déclaré Lauren Gardner, professeur agrégé à la Johns Hopkins Whiting School of Engineering, qui modélise les épidémies, ces paramètres de modèle ne sont plus applicables, de sorte que les prévisions à court terme sont probablement plus précises. Il y a beaucoup de place pour l’amélioration si nous agissons de manière appropriée. »

Ces actions comprennent le dépistage du virus, la recherche des personnes qui ont été en contact avec les malades et la réduction des interactions humaines en arrêtant les rassemblements de masse, en travaillant à domicile et en limitant les déplacements. Au cours des deux derniers jours seulement, plusieurs écoles et universités ont fermé, des événements sportifs ont été interrompus ou retardés, les théâtres de Broadway sont tombés dans l’obscurité, des entreprises ont interdit aux employés de se rendre au bureau et plus de gens ont dit qu’ils suivaient les recommandations d’hygiène.

Le Times a obtenu des captures d’écran de la présentation du C.D.C., qui n’a pas été rendue publique, via une personne non impliquée dans les réunions. Le Times a ensuite vérifié les données auprès de plusieurs scientifiques qui y ont participé. Les scénarios ont été présentés comme valides jusqu’au 28 février, mais restent « à peu près les mêmes » aujourd’hui selon Ira Longini, codirecteur du Centre de statistique et de maladies infectieuses de l’Université de Floride. Il s’est joint aux réunions du groupe.

Le C.D.C. a refusé de répondre à nos questions sur l’effort de modélisation et a renvoyé notre demande de commentaires au groupe de travail sur le coronavirus de la Maison Blanche. Devin O’Malley, un porte-parole du groupe de travail dirigé par le vice-président Pence, a déclaré que les hauts responsables de la santé ne leur avaient pas présenté les résultats, et que personne dans le bureau de M. Pence « n’a vu ou n’a été informé de ces modèles. »

Les hypothèses des quatre scénarios du C.D.C. et les nouvelles projections numériques entrent dans la gamme d’autres études d’impact élaborées par des experts indépendants.

Le Dr Longini a déclaré que les scénarios à l’affinement desquels il avait aidé le C.D.C. n’ont pas été rendus publics parce qu’il subsistait une incertitude sur certains aspects clés, y compris la quantité de transmission pouvant survenir chez des personnes qui ne présentaient aucun symptôme ou qui n’en présentaient que de légers.

« Nous sommes très, très prudents pour nous assurer que nous avons une modélisation scientifiquement valide qui s’appuie correctement sur l’épidémie et ce que l’on sait sur le virus », a-t-il déclaré, avertissant que de simples calculs pouvaient être trompeurs, voire dangereux. « Vous ne pouvez pas gagner. Si vous en faites trop, vous faites paniquer tout le monde. Si vous n’en faites pas assez, les gens deviennent négligents. Il faut être prudent. »

Mais sans comprendre comment les meilleurs experts du pays pensent que le virus pourrait ravager le pays et quelles mesures pourraient le ralentir, on ne sait pas jusqu’où les Américains iront dans l’adoption (ou l’acceptation) des mesures socialement perturbatrices qui pourraient également éviter des décès. Ni à quelle vitesse ils agiront.

Des études sur des épidémies antérieures ont montré que plus les responsables attendaient longtemps pour encourager les gens à prendre leurs distances et à se protéger, moins ces mesures étaient utiles pour sauver des vies et prévenir les infections.

« Vous pourriez éteindre un feu sur votre poêle avec un extincteur, mais si votre cuisine s’embrase à son tour, cet extincteur ne suffira probablement pas », a déclaré le Dr Carter Mecher, conseiller médical principal pour la santé publique au Département des anciens combattants, et ancien directeur de la politique de préparation médicale à la Maison Blanche pendant les administrations Obama et Bush. « Les collectivités qui s’emparent de l’extincteur tôt sont beaucoup plus efficaces. »

De la grippe au coronavirus

Le Dr Biggerstaff a présenté ses scénarios lors d’une réunion hebdomadaire visant à modéliser les effets de la pandémie aux États-Unis, a déclaré le Dr Longini. Les participants étaient au travail depuis plusieurs mois avant l’émergence du virus, modélisant une éventuelle pandémie de grippe. « Nous avons sulement réorganisé et remodelé nos travaux, a déclaré le Dr Longini. La priorité est désormais le coronavirus. »

Les quatre scénarios ont des paramètres différents, c’est pourquoi les projections varient si largement. Ils supposent diversement que chaque personne atteinte du coronavirus infecterait deux ou trois personnes ; que le taux d’hospitalisation serait de 3% ou 12% ; et que 1% ou 0.25% des personnes présentant des symptômes mourraient. Ces hypothèses sont basées sur ce que l’on sait jusqu’à présent sur le comportement du virus dans d’autres contextes, y compris en Chine.

D’autres réunions de modélisation hebdomadaires du C.D.C. portent sur la façon dont le virus se propage à l’échelle internationale, l’impact des actions communautaires telles que la fermeture des écoles et l’estimation de l’approvisionnement en respirateurs, en oxygène et autres ressources qui pourraient être nécessaires au système de santé du pays, ont déclaré les participants.

En l’absence de projections publiques du C.D.C., des experts extérieurs sont intervenus pour combler le vide, notamment dans le domaine de la santé. Les directeurs des hôpitaux ont demandé au gouvernement fédéral de leur fournir davantage de précisions sur ce qui pourrait se produire dans les semaines à venir.

Même les saisons de grippe sévères engorgent les hôpitaux du pays au point de les contraindre à installer des tentes dans les parkings et de maintenir les gens pendant des jours dans les salles d’urgence. Le coronavirus est susceptible de causer de cinq à dix fois ce fardeau de maladie, a déclaré le Dr James Lawler, spécialiste des maladies infectieuses et expert en santé publique à l’Université du Centre Médical du Nebraska. Selon luin, les hôpitaux « doivent commencer à travailler maintenant pour se préparer à prendre soin d’une quantité énorme de personnes. »

Le Dr Lawler a récemment présenté ses propres projections « optimales » aux directeurs des hôpitaux et des systèmes de santé américains lors d’un webinaire privé organisé par l’American Hospital Association. Il a estimé qu’environ 96 millions de personnes aux États-Unis seraient infectées. 5% d’entre eux nécessiteraient une hospitalisation, ce qui signifierait près de cinq millions d’hospitalisations, avec près de deux millions de patients nécessitant des soins intensifs et environ la moitié de ceux-ci nécessitant le soutien de ventilateurs.

Les calculs du Dr Lawler suggèrent 480 000 décès, ce qui, selon lui, est conservateur. Pour comparaison, environ 20 000 à 50 000 personnes sont décédées de maladies liées à la grippe cette saison, selon le C.D.C. Contrairement à la grippe saisonnière, l’ensemble de la population serait vulnérable au nouveau coronavirus.

Le Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, s’exprimant lors d’une audience du Congrès jeudi, a déclaré que les prédictions basées sur des modélisations devraient être traitées avec prudence. « Tous les modèles sont aussi bons que les hypothèses que vous mettez dans le modèle », a-t-il déclaré, répondant à une question de la représentante Rashida Tlaib au sujet d’une estimation du médecin traitant du Congrès selon laquelle les États-Unis pourraient voir 70 à 150 millions de cas de coronavirus.

Ce qui déterminera le nombre ultime, a-t-il dit, « sera la façon dont vous y répondrez avec confinement et atténuation ».

Indices de 1918

Des experts indépendants ont déclaré que ces projections étaient d’une importance cruciale pour agir en se basant dessus, et agir rapidement. Si de nouvelles infections peuvent se propager dans le temps plutôt que de culminer d’un coup, les hôpitaux seront moins chargés et le nombre de décès ultimes sera plus faible. Le ralentissement de la propagation prolongera paradoxalement l’épidémie, mais la rendra beaucoup plus douce, ont déclaré les modélisateurs.

Un hôpital de la Croix-Rouge à Wuhan, en Chine, l’épicentre de l’épidémie.

Une étude préliminaire publiée mercredi par l’Institut pour la modélisation des infections prévoyait que dans la région de Seattle, une amélioration de 75% de la distanciation sociale (limiter le contact avec des groupes de personnes) pourrait réduire le nombre de décès causés par des infections contractées de 400 à 30 le mois suivant.

Un article récent, cité par le Dr Fauci lors d’une conférence de presse mardi, conclut que la quarantaine rapide et agressive et les mesures de distanciation sociale appliquées par la Chine dans les villes en dehors de l’épicentre de l’épidémie ont réussi. « La plupart des pays ne recourent à la distanciation sociale et aux interventions d’hygiène que lorsque la transmission est clairement visible. Cela donne au virus de nombreuses semaines pour se propager », a indiqué le journal, le nombre moyen de personnes infectées par chaque nouveau patient étant plus élevé que si les mesures étaient en place beaucoup plus tôt, avant même que le virus ne soit détecté dans la communauté.

« Au moment où vous avez un décès dans la communauté, vous avez déjà beaucoup de cas, a déclaré le Dr Mecher. Lorsque les choses évoluent rapidement, vous avez un aperçu de l’état d’avancement de l’épidémie en différé : la mort vous éclaire sur la situation passée, mais pas sur la situation actuelle (qui est bien pire). » Il a ajouté : « Pensez à la lumière des étoiles. Cette lumière ne date pas de maintenant, mais du temps qu’il lui a fallu pour arriver ici. »

Il a dit qu’une seule étape ciblée (comme une fermeture d’école ou une limite aux rassemblements de masse) ne peut pas arrêter une épidémie à elle seule. Mais comme pour le fromage suisse, les superposer peut être efficace.

Cette conclusion est étayée par l’histoire.

La pandémie la plus meurtrière à frapper les États-Unis a été la grippe espagnole de 1918, responsable d’environ 675 000 décès américains, selon des estimations citées par le C.D.C.

L’Institute de modélisation des infections a calculé que le nouveau coronavirus est à peu près tout aussi transmissible que la grippe de 1918, et juste un peu moins sévère cliniquement, et il est plus élevé à la fois en termes de transmissibilité et de gravité par rapport à tous les autres virus de la grippe du siècle dernier.

Le Dr Mecher et d’autres chercheurs ont étudié les décès au cours de cette pandémie il y a un siècle, en comparant les expériences de diverses villes, y compris ce qui était alors les troisième et quatrième plus grandes villes d’Amérique, Philadelphie et Saint-Louis. En octobre de la même année, le Dr Rupert Blue, chirurgien général américain, a exhorté les autorités locales à « fermer tous les lieux de rassemblement publics si leur communauté est menacée par l’épidémie », comme les écoles, les églises et les théâtres. « Il n’y a aucun moyen de mettre en vigueur un ordre de fermeture à l’échelle nationale, a-t-il écrit, car c’est une question qui appartient aux communautés individuelles. »

Le maire de Saint-Louis a rapidement suivi ce conseil, fermant pendant plusieurs semaines « les théâtres, les spectacles, les écoles, les salles de billard, les écoles du dimanche, les cabarets, les loges, les sociétés, les funérailles publiques, les réunions en plein air, les salles de danse et les conventions jusqu’à nouvel ordre. » Le taux de mortalité a augmenté, mais est resté relativement stable au cours de cet automne.

En revanche, Philadelphie n’a pris aucune de ces mesures ; l’épidémie y avait commencé avant l’avertissement du Dr Blue. Son taux de mortalité est monté en flèche.

La vitesse et la mortalité de la pandémie ont alors mortifié les médecins, tout comme la pandémie de coronavirus le fait actuellement. Certains ont évoqué la difficulté à amener les personnes en bonne santé à prendre des précautions personnelles pour aider à protéger les autres sujets plus à risque.

Les sociétés modernes ont des outils qui n’existaient pas alors : des hôpitaux avancés, la possibilité de produire un vaccin en environ un an, la production de diagnostics. Mais d’autres signes sont plus inquiétants.

La population mondiale est environ le triple de la taille qu’elle avait l’année avant la grippe de 1918, avec 10 fois plus de personnes de plus de 65 ans et 30 fois plus de personnes de plus de 85 ans. Ces groupes se sont révélés particulièrement susceptibles de devenir gravement malades et de mourir dans la pandémie actuelle de coronavirus. En Italie, les hôpitaux sont tellement débordés que les ventilateurs sont rationnés.

« Il est si important que nous les protégions », a déclaré le Dr Gabriel Leung, professeur en santé des populations à l’Université de Hong Kong. Dans un travail accepté pour publication dans la revue Nature Medicine, il a estimé que 1,5% des personnes symptomatiques atteintes du virus sont décédées. Lui et d’autres qui ont consacré leur carrière à la modélisation ont déclaré qu’observer les expériences des autres pays luttant déjà contre le coronavirus était tout ce qu’il fallait pour savoir ce qui devait être fait aux États-Unis.

« Toutes les villes et tous les États américains ont l’expérience naturelle des villes qui nous ont précédés, à savoir la superbe réponse de Singapour et de Hong Kong », a déclaré le Dr Michael Callahan, spécialiste des maladies infectieuses à Harvard. Ces pays ont mis en place des fermetures d’écoles, éliminé les rassemblements de masse, exigé le travail à domicile et décontaminé rigoureusement leurs transports publics et leurs infrastructures. Ils ont également effectué des tests à grande échelle.

Ils ont pu « réduire une épidémie explosive à une épidémie stable », a déclaré le Dr Callahan.

Comme dans le cas d’un ouragan approchant, le Dr Mecher a déclaré : « Vous devez prendre des mesures potentiellement très perturbatrices lorsque le soleil brille et que la brise est douce. » Ensuite, il est trop tard.

Voir notre dossier sur le coronavirus.

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Source : Le cri des peuples
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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,