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1 juin 2020

Comment l’administration Trump répand sa propagande antichinoise dans les médias grand public


Le Saker

Moon of Alabama

Vendredi 15 mai 2020

Par Moon of Alabama – Le 13 mai 2020

Au cours du mois dernier, un certain nombre de rapports ont fait la une des journaux:

  • Un laboratoire chinois au cœur d’une épidémie de coronavirus
  • Des responsables américains avaient sonné l’alarme au sujet du laboratoire de Wuhan des années avant l’épidémie de coronavirus
  • Des responsables américains auraient craint que des failles dans la sécurité d’un laboratoire de Wuhan étudiant les coronavirus chez les chauves-souris ne provoquent une pandémie.

Tous les articles qui précèdent, et bien d’autres, rappellent un article d’opinion du Washington Post de Josh Rogin publié le 14 avril et titré :

« Des câbles du département d’État ont mis en garde contre des failles dans la sécurité du laboratoire de Wuhan étudiant les coronavirus de chauves-souris. »

Josh Rogin est un pirate néo-conservateur qui apporte de l’eau au moulin de l’administration Trump. Cette administration a lancé une campagne du genre «accusons la Chine» pour détourner l’attention de son incapacité à contenir l’épidémie aux États-Unis. À cette fin, ils ont remis à Rogin un vieux câble diplomatique et lui ont expliqué comment « l’interpréter ». Rogin a consciencieusement fait ce qu’on lui a dit.

Le câble commence ainsi :

Deux ans avant que la nouvelle pandémie de coronavirus ne bouleverse le monde, les responsables de l’ambassade des États-Unis ont visité plusieurs fois un centre de recherche chinois dans la ville de Wuhan et envoyé deux avertissements officiels à Washington concernant la sécurité inadéquate du laboratoire, qui menait des études risquées sur les coronavirus des chauves-souris. Les câbles ont alimenté des discussions au sein du gouvernement américain pour savoir si ce laboratoire ou un autre laboratoire de Wuhan était à l’origine du virus – même si aucune preuve concluante n’a encore été établie.Cela définit le cadre pour réinterpréter le seul câble qui a été donné à Rogin. Mais quand on extrait les faits de ce reportage, en éliminant la propagande, voici l’image qui apparaît :

  • L’Institut de virologie de Wuhan possède un laboratoire de biosécurité de niveau 4.
  • L’institut est connu pour ses recherches sur les coronavirus qui infectent les chauves-souris du sud de la Chine.
  • Certaines recherches ont été effectuées en collaboration avec deux universités américaines et financées par le gouvernement américain.
  • Le laboratoire avait demandé un soutien américain supplémentaire pour d’autres études.
  • En janvier 2018, l’ambassade des États-Unis en Chine envoie deux diplomates visiter le laboratoire. Aucun d’eux n’est expert en sécurité de laboratoire ou en virologie.
  • On explique aux diplomates que la recherche sur les coronavirus dérivés des chauves-souris est importante car de tels virus, comme le SRAS, peuvent menacer les humains.
  • Les chercheurs chinois leur disent que plus de travail pourrait être fait si le laboratoire avait plus de techniciens formés.
  • Les diplomates retournent à leur ambassade. Ils écrivent un câble en utilisant les arguments des chercheurs pour recommander qu’un soutien américain supplémentaire soit accordé au laboratoire.
  • Aucun fonds supplémentaire n’a été accordé.

Décrite comme cela, cette histoire est quotidienne dans les institutions de recherche financées par l’État. Tout établissement de recherche est toujours à la recherche de nouvelles subventions. Il communique avec d’éventuels bailleurs de fonds, explique les raisons de telles recherches et la nécessité d’un soutien supplémentaire.

Mais Rogin construit une histoire assez étonnante à partir de ces faits :

Ce que les responsables américains ont appris au cours de leurs visites les a tellement préoccupés qu’ils ont envoyé deux câbles diplomatiques classés comme sensibles mais non secret à Washington. Les câbles mettaient en garde contre les faiblesses en matière de sécurité et de gestion au laboratoire de Wayan WIV et proposaient qu’il y soit porté plus d’attention et d’aide. Le premier câble, que j’ai eu entre les mains, prévient également que les travaux du laboratoire sur les coronavirus de chauve-souris et leur transmission humaine potentielle présentaient un risque de nouvelle pandémie de type SRAS.«Lors d’interactions avec des scientifiques du laboratoire WIV, ces derniers ont fait remarquer que le nouveau laboratoire manquait sérieusement de techniciens et de chercheurs correctement formés pour faire fonctionner en toute sécurité ce laboratoire à haut confinement», indique le câble du 19 janvier 2018, rédigé par deux responsables des sections environnement, science et santé de l’ambassade qui ont rencontré les scientifiques du WIV.

Un véritable avertissement sur les problèmes de sécurité au laboratoire serait certainement classé secret. Ce que Rogin décrit comme un « avertissement concernant la sécurité » est un avertissement concernant un risque de pandémie de type SRAS. La « faiblesse en matière de gestion » est le désir d’obtenir des États-Unis qu’ils financent davantage de personnel pour le laboratoire. Rogin l’admet dans son paragraphe suivant :

Les chercheurs chinois du WIV recevaient de l’aide du Galveston National Laboratory de la University of Texas Medical Branch et d’autres organisations américaines, mais les Chinois demandaient une aide supplémentaire. Les câbles expliquaient que les États-Unis devraient apporter un soutien supplémentaire au laboratoire de Wuhan, principalement parce que ses recherches sur les coronavirus des chauves-souris étaient importantes mais également dangereuses.Rogin introduit ensuite un facteur de peur supplémentaire en se lamentant sur la recherche de  « gain de function » sur ces virus. Ce genre de recherche tente de manipuler des virus pour leur donner des fonctionnalités supplémentaires. Rogin essaie ainsi d’associer le laboratoire de Wuhan à ce type de recherche :

Comme l’indique le câble, les visiteurs américains ont rencontré Shi Zhengli, chef du projet de recherche, qui publie des études sur les coronavirus de chauve-souris depuis de nombreuses années. En novembre 2017, juste avant la visite des autorités américaines, l’équipe de Shi avait publié des recherches montrant que les chauves-souris qu’ils avaient collectées dans une grotte de la province du Yunnan provenaient très probablement de la même population de chauves-souris qui avait engendré le coronavirus du SRAS en 2003. …La recherche a été conçue pour empêcher la prochaine pandémie de type SRAS en anticipant comment elle pourrait émerger. Mais même en 2015, d’autres scientifiques se demandaient si l’équipe de Shi ne prenait pas des risques inutiles. En octobre 2014, le gouvernement américain avait imposé un moratoire sur le financement de toute recherche qui rendrait un virus plus mortel ou contagieux, connu sous le nom « d’expériences de fonctions additionnelles ».

Le lien que Rogin fournit renvoie à un article de la revue Nature sur un débat autour de la recherche sur les « fonctions additionnelles ». La recherche en question était faite à l’Université de Caroline du Nord, pas à Wuhan. Le document décrivant cette recherche et titré « un groupe de coronavirus de chauves-souris de type SRARS en circulation montre un risque d’émergence chez l’humain », a été rédigé par le professeur Ralph S. Baric, qui avait également conçu l’expérience. Le document répertorie un total de quinze collaborateurs. L’un des auteurs énumérés est en effet Zhengli-Li Shi qui dirige le laboratoire de Wuhan.

Mais ni Zhengli-Li Shi, ni son laboratoire, n’ont été impliqués dans aucune des expériences. A la fin du document de recherche, les contributions de chaque co-auteur sont répertoriées. À propos de Zhengli-Li Shi, il est écrit :

Z.-L.S. a fourni des séquences de pointes SHC014 et des plasmides.Le laboratoire de Wuhan n’a fourni que des séquences génétiques spécifiques de son pool de virus de chauve-souris, la spécialité du laboratoire et de Zhengi-Li Shi, que les chercheurs de Caroline du Nord voulaient utiliser dans leur expérience.

Interpréter que la fonction de fournisseur implique celui-ci dans des expériences de «gain de fonstion» est une exagération injustifiée. Je n’ai trouvé aucune preuve que le laboratoire de Wuhan lui-même ait jamais entrepris de telles recherches.

Rogin conclut son article à sensations en tendant le microphone au démagogue de la Maison Blanche qui est sa source :

Au sein de l’administration Trump, de nombreux responsables de la sécurité nationale soupçonnent depuis longtemps que WIV, le laboratoire du Wuhan Center for Disease Control and Prevention est à l’origine de la nouvelle épidémie de coronavirus. Selon le New York Times, la communauté du renseignement n’a fourni aucune preuve pour le confirmer. Mais un haut responsable de l’administration m’a dit que les câbles fournissaient un élément de preuve supplémentaire pour renforcer la possibilité que la pandémie soit le résultat d’un accident de laboratoire à Wuhan.« L’idée qu’il ne s’agissait que d’un événement totalement naturel est circonstancielle. La preuve qu’il a fui du laboratoire est circonstancielle. Mais en ce moment la balance penche pour une fuite du laboratoire car il n’y a presque rien de l’autre côté », a déclaré le responsable.

Des interprétations manipulées de câbles diplomatiques et des allégations sans preuves concernant des preuves prétendument existantes ont également été utilisées pour des campagnes bellicistes concernant les armes de destruction massive en Irak et les attaques chimiques en Syrie. Les néo-conservateurs utilisent maintenant les mêmes vieilles astuces contre la Chine.

L’écho médiatique montre qu’ils obtiennent un certain succès avec cela.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

 

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Source : Le Saker Francophone
https://lesakerfrancophone.fr/…

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,