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27 septembre 2020

Les dossiers du BIP


Les dossiers du BIP

mensuel : juillet 2020

Liban
Le Hezbollah «ne restera pas silencieux»…— Sayed Hassan Nasrallah, SouthFront Netanyahu félicite Macron — Orient le Jour
Des avions entendus et vus dans le ciel de Beyrouth avant l’explosion —

PCE(r)

Alison Tahmizian Mause, Asia Times

Liban: Assad de retour … — ParsToday

Syrie

DHKP

La Syrie face au défunt Droit international.. — Dr Bachar al-Jaafari,
Ambassadeur de la Syrie à ONU, mondialisation.ca

Syrie: le méga coup contre la CIA — ParsToday
Message de Bachar al-Assad à l’allié russe! — ParsToday

—– France Écotaxe, 80 km/h, Convention sur le climat… — Damien Renard, Le Grand Soir

Biélorussie

Élections présidentielles en Biélorussie: l’étrange jeu de la Russie — Karine Bechet-Golovko,

Venezuela Turquie

Élections en Biélorussie —РОО-СКПС
Février 2011 – «Nouvelles d’U.R.S.S» élections en Biélorussie — J. Lejeune, Comaguer

—–

Amérique latine

L’ascension au gouvernement de l’oligarchie fasciste — PCRB, Unity and Struggle
Les leçons du soulèvement indigène et populaire d’octobre… — PCMLE, Unity and Strugle

—– Turquie

Le Congrès ouighour mondial…. — Andre Vltchek, Le Grand Soir
Le nouveau totalitarisme (pathologisé) — C.J. Hopkins, off-guardian.org

Les points de vue exprimés dans les articles ne reflètent pas nécessairement ceux de la rédaction La sélection est basée sur l’intérêt que ces articles nous semblent représenter par rapport à l‘actualité.

Chine Paranoïa

LA MISSION DES DOSSIERS DU B.I.P.

La Rédaction des Dossiers du B.I.P., dans sa volonté de servir la cause du mouvement communiste et ouvrier, s’est fixé pour mission d’informer ses lecteurs sur la vie et les luttes des partis et mouvements communistes et ouvriers à travers le monde, dans la mesure où toute la presse française (celle de droite comme celle dite de gauche, sans parler de celles des extrêmes) n’estime pas devoir porter honnêtement ces informations à la connaissance de ses lecteurs, ou les falsifie à des fins d’intoxication anticommu- niste.

Pour ce faire, nous publions la traduction en français d’articles parus essentiellement dans les journaux communistes et ouvriers que nous recevons de différents pays. Les articles dont nous donnons la traduc- tion sont publiés tels quels et intégralement, sauf à de très rares exceptions (ce qui est toujours indiqué), c’est-à-dire que nous ne nous estimons pas autorisés à les tronquer, ni à les censurer, ni même à les «arranger» pour les rendre conformes à l’idéologie officielle occidentale. Les titres, sous-titres et inter- titres sont toujours ceux des articles originaux en langues étrangères. Il en est de même des passages mis en relief (caractères gras, capitales, etc.)

Nous avons le souci de délivrer une information brute, laissant les lecteurs seuls juges et libres de se forger eux-mêmes leur opinion. Ce qui ne veut pas dire que toutes les opinions et analyses exprimées dans ces articles soient toujours et nécessairement celles du Comité de Rédaction des Dossiers du B.I.P.

La sélection des articles dont nous publions la traduction est fondée sur l’intérêt que ces articles nous semblent présenter en fonction de l’actualité d’une part, et des problèmes fondamentaux auxquels le mouvement communiste et ouvrier international est aujourd’hui confronté d’autre part.

Le Comité de Rédaction des Dossiers du B.I.P.

Éditions Démocrite
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Directeur de la publication

Alexandre MOUMBARIS

R.C.S. ALENÇON 397 797 838

ISSN 1259-1203

Liban

Le Hezbollah «ne restera pas silencieux»
si l’implication israélienne au bombardement du port de Beyrouth était confirmée

Le secrétaire général du Hezbollah, Sayed Has- san Nasrallah, a déclaré le 14 août que le Mouve- ment «ne restera pas silencieux au crime du bom- bardement du port de Beyrouth s’il est prouvé qu’Israël est derrière celui-ci».

Selon Nasrallah, le Hezbollah attendrait les résultats d’une enquête sur l’explosion du port de Beyrouth et si cela s’avère être un acte de sabotage d’Israël, alors il en «paierait le même prix».

«Le Hezbollah est préoccupé par la sécurité directe de la résistance, et nous ne sommes pas en mesure d’assumer l’entière responsabilité de la sé- curité nationale avec sa dimension interne», a-t-il déclaré.

Le Premier ministre israélien Benjamin Neta- nyahu a rendu hommage à la mission du président français, Emmanuel Macron, au Liban et proposé à nouveau d’aider le Liban.

«J’ai discuté avec le président français Emma- nuel Macron et je l’ai félicité pour son rôle de leader sur la scène libanaise. J’ai exprimé la disposition d’Israël à fournir une aide humanitaire au Liban et souligné qu’elle devrait être entièrement et directe- ment envoyée aux citoyens libanais» [et pas par les autorités du pays? (Sic ??!!)]*, a-t-il écrit sur son compte Twitter.

«J’ai dit aussi que pour éviter des tragédies similaires, les explosifs et les roquettes que le Hez- bollah a stockés doivent être tenus à l’écart de toutes les zones peuplées du Liban. [Et pourquoi ne pas les détruire carrément pour que les Israé- liens soient tranquilles? (Sic)??!!]* J’ai encore clarifié que si le Hezbollah croit pouvoir résoudre la crise libanaise en créant une crise avec Israël, ce serait une grave erreur.» [Penserait-il peut-être,

Le secrétaire général du Hezbollah a fait cette déclaration lors du discours télévisé, dans lequel il a noté que les deux théories sous enquête étaient soit celle d’un accident dû à la négligence, soit celle d’un sabotage qui aurait provoqué l’explosion du nitrate d’ammonium stocké.

L’explosion du 4 août dans le port de Beyrouth a tué au moins 172 personnes et en a blessé 6.000 autres. Les dégâts causés à la ville ont fait environ 300.000 sans-abris.

—————————————— [SouthFront, 16.8.2020] [Traduction Alexandre MOUMBARIS relecture Marie-José MOUMBARIS]

à la vulnérabilité de Haïfa?]*

L’État hébreu, par la bouche des ministres de la Défense Benny Gantz et des Affaires étrangères Ga- by Ashkenazi, avait proposé la semaine dernière de fournir au Liban des aides humanitaires et médicales, via des pays tiers. Aussi, mercredi dernier, le bâti- ment de la mairie de Tel-Aviv a été illuminé avec une image du drapeau libanais projetée sur sa façade en signe de solidarité avec Beyrouth. [Quitter le Golan aurait été peut-être plus approprié]*.

* Les commentaires sont ceux de la rédaction du BIP.

———————————— [Orient le Jour, 12.8.2020]

France –Liban

Dis-moi qui sont tes amis et je te dirai qui tu es

Netanyahu félicite Macron :

«pour son rôle de leader sur la scène libanaise»

Éd. Démocrite, 6, rue du Haras, 61140 JUVIGNY VAL D’ANDAINE, 02 50 75 62 03, [email protected]
Les dossiers du BIP\® n° 221 3 juillet 2020

Liban

Des avions entendus et vus
dans le ciel de Beyrouth avant l’explosion

Le 4 août 2020, des habitants de la capitale libanaise, endurcis par la guerre, décrivent les événements horribles dont ils ont été témoins

Des habitants endurcis par la guerre ont cette semaine déclaré avoir entendu et dans certain cas vu, des avions militaires dans le ciel de Beyrouth juste avant l’explosion apocalyptique.

Araz Bedros, 37 ans, une résidente du quartier du Metn surplombant Beyrouth, a dit à Asia Times que le mardi 4 août, elle et son mari avaient été atti- rés sur leur balcon au 11ème étage, par le bruit d’une forte détonation.

Elle a été élevée pendant la guerre civile 1975- 1990, et vécu aussi la guerre de 2006 entre le Hezbollah et Israël.

«Nous avons couru au balcon et avons vu voler deux avions, des avions noirs. J’ai hurlé à mon mari que ça devait être Israël. Et puis la grande explosion s’est produite».

Bien que l’immeuble du couple soit situé dans les collines, juste au-dessus de la ville, elle dit s’être mise en mode de guerre, ordonnant à sa fille de s’ha- biller pour qu’ils se réfugient dans un espace ouvert.

«Au début, je pensais qu’ils se dirigeaient vers le Dahieh», a-t-elle dit, faisant référence à la ban- lieue sud de Beyrouth à majorité chiite qui a subi le plus gros des attaques aériennes israéliennes pendant la guerre de 2006, qui a duré un mois. Mais ensuite, dit-elle, elle les a regardés aller vers la mer, vers la Méditerranée.

«Au moment de l’explosion, les forces étasu- niennes n’avaient aucun avion dans le ciel de Bey- routh; cependant, nous utilisons régulièrement des drones de surveillance pour sécuriser notre force et nos équipes sur le terrain», a déclaré le capitaine Bill Urban, un porte-parole du Commandement cen- tral étasunien (CENTCOM), à Asia Times.

Le CENTCOM ne rend pas publics la «spécificité des missions de nos drones», a déclaré Urban, ajoutant qu’il était en mesure de confirmer que les forces étasuniennes avaient été sollicitées et répondu à une demande de soutien vidéo des Forces armées libanaises à la suite de l’explosion.

«Le 4 août, soixante-dix minutes après le rap- port initial de l’explosion et à la demande de nos partenaires les Forces armées libanaises, nous avons fourni trois heures et demie de support vidéo en plein mouvement sur l’explosion pour évaluer les dommages et aider à la recherche et au sauvetage de gens» a déclaré Urban.

Des sources occidentales de haut niveau ont déclaré à Asia Times que des engins de reconnais- sance occidentaux se trouvaient dans le ciel au- dessus de la côte libanaise au moment des explo-

sions. Ces engins n’ont pas effectué d’attaque, ont-ils déclaré.

«La cause du premier incendie/explosion reste une question sans réponse», a déclaré un responsable étasunien à Asia Times sous couvert d’anonymat. Bien qu’il y ait eu des rapports selon lesquels l’incen- die initial aurait pu être dû à la négligence, la source a noté qu’elle n’a pas encore vu «de preuves réelles pour étayer ou confirmer cela» et que «d’autres al- ternatives» sont possibles.

Israël, qui a accusé l’année dernière le Hezbol- lah de militariser le port de Beyrouth et dont le Pre- mier ministre Benjamin Netanyahu avait averti en 2018 que le groupe chiite «utilisait le peuple inno- cent de Beyrouth comme bouclier humain», a nié toute implication dans la catastrophe humaine. Le ministre israélien des Affaires étrangères Gabi Ash- kenazi a déclaré la semaine dernière à la télévision israélienne N12 que l’explosion était très probable- ment un accident.

«S’il s’agissait d’une attaque israélienne, alors cela ne sera pas révélé parce que cela implique les deux parties dans une guerre dont elles ne veulent pas», a déclaré à Asia Times une source libanaise proche du Hezbollah sous couvert d’anonymat.

Bang supersonique
Dans la ville ci-dessous, Marwan Naaman

quittait son travail chez Fashion Trust Arabia, dont le bureau libanais se situe juste en face du port. Il a envoyé un SMS à 18h03, juste avant de partir. Il di- sait qu’il était sur le point de quitter la route de la corniche pour accéder à l’autoroute en direction de Beyrouth Est lorsque la première explosion a éclaté.

«Je me suis retourné et j’ai entendu vrrrrr. Je me souviens des années de guerre où nous enten- dions un vrrrr… pas comme un avion de ligne, mais beaucoup plus vite. J’ai entendu cela, puis j’ai enten- du BOOM.»

Naaman, 48 ans, a accéléré pour s’éloigner et rejoindre l’autoroute, puis la deuxième explosion.

«C’est à ce moment que les bâtiments ont com- mencé à exploser et que le verre s’est mis à voler. Ma première réaction a été que la ville était bombar- dée je pensais que j’allais mourir maintenant. C’était vraiment terrifiant.»

Naaman, qui a vécu une grande partie de la guerre civile libanaise et a vécu une décennie à San Francisco à partir de 1990, dit qu’il a eu des flash- backs aux sons de Fleet Week (Semaine de la Flotte

(Suite page 5)

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Les dossiers du BIP\® n° 221 4 juillet 2020

Liban

(Suite de la page 4)

[de guerre]), le spectacle aérien annuel entre le pont du Golden Gate et d’l’île d’Alcatraz.

«Tout ce à quoi je pouvais penser, c’était le bruit des Blue Angels» [patrouille acrobatique de la marine de guerre étasunienne], a-t-il dit.

Le témoignage de Naaman a été repris par les habitants de Borj Hammoud, un quartier ouvrier ad- jacent au port qui abrite principalement des Armé- niens de souche, des réfugiés syriens et des travail- leurs migrants.

Dans des images de caméras de sécurité captu- rées au cœur de Borj Hammoud, deux hommes sont vus à coté d’un magasin regarder le ciel*. Un homme sourit, pointant en plaisantant son doigt vers le haut, le faisant tournoyer, puis le plongeant comme pour imiter une frappe attendue.

En un instant, le sourire s’évapore de son visage et rejoint son ami de l’autre côté de la rue pour regar- der quelque chose dans le ciel. Quelques secondes plus tard, une explosion frappe et renvoie les deux hommes en arrière contre le mur, brisant toutes les vitrines des magasins*.

«J’ai définitivement entendu le bruit d’un avion. Il y a d’abord eu le bang supersonique, puis on a entendu l’explosion», a déclaré le propriétaire de la boutique, Nazareth Vandakardjian, 75 ans*, inter- rogé samedi par Asia Times.

«C’était anormal. Une explosion anormale. Tout le monde pensait que l’explosion frappait un bâtiment», a-t-il déclaré, assis devant son magasin, en train de jouer une partie de jacquet avec son col- lègue syrien. Riad Mohammad Ali*, qui est origi- naire de la campagne d’Alep et qui s’est réfugié au Liban après le déclenchement de la guerre en Syrie, dit avoir entendu la même chose.

«J’ai fui la guerre en venant ici. Un son d’avion de guerre? Je l’ai entendu à coup sûr – avant l’explo- sion.»

«Je l’ai entendu et tout le monde l’a entendu», a déclaré Ali catégoriquement.

V andakardjian intervient: «N’avons-nous pas vécu la guerre de 2006? Nous connaissons le bang supersonique, c’est le même son.»

Le Syrien, Mohamed Ali a déclaré à Asia Times qu’il avait passé les quatre derniers jours à évacuer les blessés et à aider les gens à nettoyer leurs mai- sons détruites dans le quartier chic de Gemmayzé, où se trouve son principal lieu de travail. Cette partie de jacquet était sa première pause.
«Nous avons été touchés»

Peut-être la vidéo la plus horrible, qui a émergé de l’intérieur du port lui-même et qui aurait été fil- mée par un travailleur sur un téléphone portable, en- registre les instants avant la dernière explosion cata-

clysmique.

«Nous sommes dans le port de Beyrouth et nous sommes touchés», raconte l’homme pétrifié, filmant alors que la fumée noire s’envolait au milieu de la forêt de grues et de conteneurs autour de lui. Un vé- hicule de transport passe en trombe.

«Il y a une minute, un avion a fait deux frappes … sinon, un avion a fait une frappe, puis un deuxième est venu et fait une autre», poursuit-il, vi- sant la caméra pour montrer la fumée s’élevant dans le ciel au-dessus des containeurs français la CMA- CGM, certains d’entre eux éclairés par des flammes ambrées.

«Nous avons vraiment été touchés», dit-il. «Je ne sais pas ce qui se passe.» Il frémit avant la cou- pure de la vidéo. On craint que l’homme fasse partie des 170 personnes tuées, un bilan qui devrait aug- menter alors que les équipes de secours continuent de trouver les cadavres des disparus.

Elie Asmar, qui se trouvait dans un bar du quartier adjacent de Mar Mikhael, lorsque les explo- sions se sont produites, a déclaré qu’il n’avait aucun doute sur l’authenticité de la vidéo.

«Le nuage de l’explosion, le silence, la pous- sière, c’est définitivement le même», a-t-il déclaré à Asia Times.

«Je peux clairement identifier le silence», a-t-il ajouté. «C’était le silence assourdissant le plus hor- rible que j’aie jamais ressenti».

Et dans ce qui est l’une des vidéos** les plus claires de l’explosion, filmée depuis l’un des gratte- ciels de luxe au-dessus du port, un couple documente les premières images de l’incendie. Au début, ils sont totalement inconscients du danger qui se dirige vers eux, se moquant tour à tour de jouer aux journalistes de la télévision et exprimant une inquiétude crois- sante pour ceux qui se trouvent dans le port.

Une minute après le début de la vidéo, ce qui ressemble à un avion à réaction entrant se fait en- tendre.

«Quel est ce son? Imad entre. Chérie, entre. Imad! Entre à l’intérieur!» la femme crie à son com- pagnon, qui est apparemment sur le balcon.

Vingt secondes après le crescendo audible, à 1h20, une explosion se fait entendre.

«Imad! S’il-te-plait, entre à l’intérieur… quelque chose de plus grand a explosé, mon Dieu, j’espère que personne n’a été blessé », dit-elle. Au fil des secondes, les nuages gonflés de fumée de char- bon deviennent plus intenses.

«Imad entre! Ferme la vitre s’il-te-plaît», le supplie-t-elle.

Mais il continue à filmer, alors même que de petites explosions commencent à éclater et que des fusées éclairantes oranges éclatent de la zone. À 1h54, l’explosion finale éclate depuis le port et tra-

(Suite page 6)

* Photo dans le document original **Vidéo dans le document original

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Les dossiers du BIP\® n° 221 5 juillet 2020

Liban

(Suite de la page 5)

verse l’appartement. Le téléphone tombe et le couple se tait.

Les hypothèses

Les autorités libanaises affirment que l’explo- sion finale et fatale, a été l’explosion d’un stock de 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium — un engrais notoirement connu pour servir à la fabrication d’ex- plosifs — inexplicablement stocké depuis six ans dans un entrepôt du port, malgré les avertissements réguliers et l’évidente dangerosité et illégalité qu’il présentait.

Le président étasunien Donald Trump et le pré- sident libanais Michel Aoun ont chacun évoqué la possibilité que les explosions de Beyrouth aient été déclenchées par une «attaque», ou «une interférence extérieure par un missile ou une bombe».

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Na- srallah, dans un discours à la suite des explosions, n’a notamment pas évoqué la possibilité qu’Israël ait été responsable de l’explosion cataclysmique, malgré des semaines de tensions croissantes le long de la frontière et dans la Syrie voisine, et après une série d’explosions mystérieuses ciblant des sites en Iran allié.

L’Iran a déclaré que les explosions ne devaient pas être «politisées», tandis que le président français

Il semblerait qu’il y ait quelque chose de parfai- tement loupé dans le scénario de guerre É-U/Israël/ OTAN dont le premier acte a consisté le 4 août à faire sauter le port de Beyrouth, évidemment dans l’objectif de sauver Israël de la riposte du Hezbollah, de provoquer le divorce Aoun-Nasrallah, de créer un vide politique au Liban propre à anéantir par FINUL interposé les arsenaux de la Résistance…

L’entretien Netanyahu-Macron mardi soir en dit long sur les objectifs de ce premier acte d’un scéna- rio raté, Netanyahu ayant supplié Nasrallah de ne pas «répondre à la crise par la crise», ou en d’autres termes de ne pas réduire en cendres Haïfa en repré- sailles à la dévastation de Beyrouth.

Depuis le 5 août, soit au lendemain des explo- sions de Beyrouth, un perfide mouvement naval et aérien parfaitement parallèle a commencé en Médi- terranée et dans le golfe Persique, comme si la suite de l’affaire des explosions risquait de mettre en dan- ger les intérêts des «scénaristes».

Simultanément à l’arrivée du porte-hélicoptères français «Tonnerre» à Beyrouth, la Royal Navy bri- tannique a envoyé une frégate à la Ve flotte étasu- nienne à Bahreïn. Selon Forces.net, la frégate britan- nique HMS Montrose basée à Plymouth, qui est dé- ployée à long terme dans le golfe Persique dans le cadre d’une «initiative pilote», aux côtés d’un autre

Emmanuel Macron, qui a assumé un rôle démesuré dans la gestion des retombées et a exigé jeudi une enquête internationale, jugeant dimanche qu’il y avait «suffisamment de preuves objectives» pour juger les doubles explosions comme «accidentelles».

Le juge libanais Fadi Akiki supervise actuelle- ment une enquête menée par le Renseignement mili- taire et la Division de l’Information des Forces de sécurité intérieure. Akiki, font remarquer des journa- listes libanais, est mariée à la nièce du puissant prési- dent du Parlement Nabih Berri.

Le président Aoun a rejeté les appels de la so- ciété civile libanaise à une enquête internationale.

Israël, dont l’ambassadeur de l’ONU a déclaré: «cela fait un an que le port de Beyrouth est devenu le ‘port du Hezbollah’» et accusé le groupe chiite d’uti- liser des zones civiles comme boucliers humains, et a nié tout rôle dans les explosions.

Lundi, l’armée israélienne a déclaré publique- ment qu’elle réduisait la présence de ses troupes le long de la frontière avec le Liban et la Syrie, indi- quant leur confiance dans le fait que le Hezbollah ne répondrait pas ou ne pouvait pas, répondre pour le moment.

Alison Tahmizian MEUSE —————————————— [Asia Times, 11.8.2020] [Traduction Alexandre MOUMBARIS relecture Marie-José MOUMBARIS]

bâtiment HMS Argyll, ont tous les deux rejoint la base navale étasunienne à Bahreïn.

La marine britannique prétend que «ce déploie- ment permettra une meilleure coordination du suivi des navires lors de leur passage dans le golfe Per- sique, le détroit d’Hormuz» tout en y ajoutant deux autres points de passage que sont «le détroit de Bab el-Mandeb et les golfes d’Oman et d’Aden». Et comme si cela ne suffisait pas, elle affirme que les «bateaux kamikazes et attaques à la roquette consti- tuent les principales menaces contre les navires de guerre dans la région». Bref, c’est dans un cadre parfaitement guerrier que le HMS Montrose arrive à Bahreïn. Presque au même moment, à savoir le 8 août, la marine française a annoncé le déploiement du «Tonnerre» à Beyrouth, le prétexte humanitaire obligeant.

Il s’agit d’un porte-hélicoptères amphibie avec 700 militaires dont 350 soldats du 2e régiment étran- ger du génie à bord, propre à agir sur très court préa- vis et en milieu complexe, et doté de capacités de déblaiement, de travaux et d’aide au déploiement. Le «Tonnerre» comprend un détachement de plongeurs démineurs avec des compétences dans les travaux sous-marins et d’investigation de zones portuaires; des moyens amphibies de débarquement, deux héli-

(Suite page 7)

Liban — Syrie

Liban: Assad de retour …

Éd. Démocrite, 6, rue du Haras, 61140 JUVIGNY VAL D’ANDAINE, 02 50 75 62 03, [email protected]
Les dossiers du BIP\® n° 221 6 juillet 2020

Syrie

(Suite de la page 6)

coptères de combat, des capacités de reconnaissance des accès maritimes; un module du 519e régiment du train pour aider au débarquement à Beyrouth et puis la 27e Brigade d’infanterie de montagne de l’armée française, ayant déjà opéré en Afghanistan, à Djibou- ti, en Côte d’Ivoire et au Kosovo, sans compter la guerre de 33 jours au Liban.

Mais les Allemands et les Britanniques non plus ne sont pas du reste: pour secourir les Libanais HMS Enterprise de Sa Majesté débarque aussi dans le port libanais comme un autre navire allemand qui vient de quitter la mission FINUL mais qui semble avoir attendu bien son heure [en Chypre] pour regagner dès le 6 août la côte libanaise. Tout ceci dessine un cadre propre à un QG de guerre qui compte les prin- cipales parties impliquées dans la guerre contre l’État syrien et ce, depuis 10 ans.

Qu’est-ce qui inquiète tout ce monde belliciste? La destruction du port de Beyrouth aurait dû débou- cher sur une rupture entre le Liban d’une part et l’axe de la Résistance de l’autre. Ce scénario vise aussi à ce que le Liban, qui regarde de plus en plus vers l’Est sous l’effet de la Résistance, s’en détourne définiti- vement, un Liban qui possède des actifs et des biens immobiliers d’une valeurs de plusieurs billions de

Monsieur le Président,
Il n’a pas suffi aux gouvernements des pays

hostiles à mon pays de commettre de graves viola- tions des principes du défunt droit international et des dispositions de la défunte Charte des Nations Unies.

Il n’a pas suffi à ces gouvernements de com- mettre des milliers de crimes contre le peuple syrien, tels l’occupation des terres, la provocation d’une fa- mine, le pillage des ressources, l’imposition de blo- cus et de mesures coercitives unilatérales en plus du soutien accordé aux groupes de terroristes barbares.

Il n’a pas suffi à ces gouvernements hostiles de soutenir les pratiques illégales, immorales, sans foi ni loi du régime d’Erdogan; parmi lesquelles, les agressions, l’occupation, les déplacements de popu- lations, les changements démographiques, les recru- tements de mercenaires et de terroristes. Nous savons tous ce qui se passe actuellement quant aux forces d’appui parties d’Idleb vers la Libye…

Pour couronner ce qui précède, ces gouverne- ments hostiles ont lancé des attaques contre des avions civils traversant l’espace aérien syrien, en violation flagrante du droit international, des règles

dollars et qui est de ce fait une belle proie pour les vautours de la finance mondiale. Or les choses com- mencent à aller dans le sens inverse.

Le port syrien de Tartous, généré par une socié- té russe a publié un communiqué indiquant qu’elle était prête à gérer le trafic en direction du port de Beyrouth, à accueillir les navires commerciaux et à fournir tous les services portuaires nécessaires de la meilleure façon et dans les meilleurs délais. La so- ciété inquiète encore plus quand elle affirme dans son communiqué: «Le port de Tartous présente de nombreux avantages en termes de proximité géogra- phique puisqu’il relie l’Irak, la Jordanie et le Liban… il y a surtout la port avec capacité du son terminal à conteneurs qui est de 12.000 EVP (équivalent vingt pieds), parfaitement standard pour le fret maritime». […] Quand on sait que la Syrie est aussi prête à af- fréter le port de Lattaquié ou encore Bāniyās où l’Iran décharge régulièrement du pétrole au grand mépris des sanctions étasuniennes, on comprend le mouvement de panique, la visite précipitée de Ma- cron, le déploiement parallèlement des navires de guerre…

-————————— [ParsToday, 12.8.2020]

régissant l’aviation civile internationale et de la Con- vention de Chicago. Ainsi, il y a quelques jours [Jeudi 23 juillet], des avions de combat étasuniens ont attaqué un vol civil transportant des voyageurs de Téhéran à Beyrouth au-dessus de l’espace aérien sy- rien.

Cet acte d’agression pour «intimidation» n’est pas le premier du genre, vu que c’est là une simple réplique éhontée d’attaques israéliennes répétées à plusieurs occasions, comme ce fut le cas lorsque des avions militaires israéliens se sont protégés derrière des avions civils russes ou syriens, alors qu’ils atta- quaient mon pays, totalement indifférents au fait d’utiliser des passagers civils comme boucliers hu- mains et au sort de ces passagers. Ils ont aussi gran- dement menacé l’aviation civile internationale, no- tamment dans l’espace aérien libanais utilisé de fa- çon répétée par Israël pour lancer ses attaques contre le territoire syrien, comme cela est décrit dans des dizaines de lettres officielles adressées par le gouver- nement de mon pays et le gouvernement libanais à votre estimé conseil.

Par conséquent, ceux qui ont perpétré de tels

(Suite page 8)

La Syrie face au défunt Droit international et à la défunte Charte de l’ONU

Dr Bachar al-JAAFARI Ambassadeur permanent de la Syrie à ONU

Éd. Démocrite, 6, rue du Haras, 61140 JUVIGNY VAL D’ANDAINE, 02 50 75 62 03, [email protected]
Les dossiers du BIP\® n° 221 7 juillet 2020

Syrie

(Suite de la page 7)

actes ont clairement échoué à l’examen du droit in- ternational. Ceux-là ne peuvent jamais être crédibles face à un examen humanitaire et n’ont pas le droit de parler de questions humanitaires.

Dès le début du mois de juillet, le Conseil de sécurité a été témoin d’efforts fébriles destinés à étendre la résolution 2165 (2014) portant sur les acti- vités transfrontalières dont l’adoption devait être une procédure exceptionnelle, temporaire, ne pouvant être maintenue1. Ces efforts ont été accompagnés de la tenue de nombreuses sessions du Conseil de sécu- rité ouvertes ou à huis clos, lesquelles ont conduit à neuf tours de scrutin [dont 2 double-veto sino-russes portant à 10 le total des veto de la Chine et à 16 le total des veto de la Russie depuis 2011, contre des résolutions particulièrement dangereuses pour la Syrie; NdT].

Bien sûr, le motif de l’extension de cette résolu- tion 2165 (2014) n’est pas d’acheminer une aide hu- manitaire aux Syriens dans le besoin. Le vrai motif est de trouver un prétexte permettant de continuer à violer la souveraineté de la Syrie et à menacer l’unité et l’intégrité de son territoire, en totale contradiction avec la résolution de référence 46/182 de l’Assem- blée générale. Et ce, en tentant de créer de nouvelles réalités sur le terrain par le soutien ainsi accordé aux organisations terroristes, aux milices séparatistes et aussi, aux deux occupations territoriales étasunienne et turque.

Concernant la résolution précitée, ma délégation réaffirme que le centre de l’action humanitaire en faveur de la Syrie est la capitale syrienne, Damas, la plus vieille ville encore habitée en ce monde, et non Gaziantep en Turquie, Bruxelles en Belgique, Berlin en Allemagne, Paris en France, ou ailleurs. Ce sont principalement les institutions étatiques syriennes, les alliés et les partenaires humanitaires qui assument la responsabilité de fournir soutien, services et assis- tance humanitaire aux Syriens.

Ma délégation souligne le fait que l’aide trans- frontalière n’est pas parvenue aux Syriens dans le besoin. Un minimum d’aide a été acheminé vers les civils syriens pour juste couvrir l’envoi de l’aide hu- manitaire destinée au soutien des organisations terro- ristes et des milices séparatistes, obtenir des fonds, s’assurer des allégeances et maintenir le statu quo.

Vous avez tous entendu parler — et mon col- lègue britannique peut vous le confirmer — de l’inci- dent révélateur rapporté dans un article publié par le quotidien néerlandais de Volkskrant (le Journal du Peuple). Il a révélé que l’agent britannique James Le Mesurier, fondateur de l’organisation terroriste

desdits «Casques blancs», a dérobé $50 millions of- ferts par des donateurs. Ceci est naturellement la par- tie visible de l’iceberg et l’un des modèles de finan- cement indirect du terrorisme sous couvert d’actions humanitaires.

Monsieur le Président,

OCHA [le Bureau de la coordination des af- faires humanitaires de l’ONU] n’a pas réussi à satis- faire aux exigences de son rôle humanitaire, ni à as- surer sa transparence, son professionnalisme et sa non-politisation. Et cela du fait qu’il est devenu un outil au service des agendas de certains gouverne- ments hostiles à mon pays et a transformé ses rap- ports en une plateforme pour la promotion d’alléga- tions trompeuses.

Je vous ai informés à maintes reprises du fait que le secteur de la santé en Syrie souffrait d’une grave pénurie en médicaments, fils de suture, maté- riels chirurgicaux et matériels médicaux de base, en raison des mesures coercitives inhumaines imposées au peuple syrien. Des mesures qui vont jusqu’à inter- dire l’importation de poches de plasma sanguin «vides». Je répète: de poches de plasma sanguin vides! Et, les organisations des Nations unies, en Syrie, se sont abstenues de les fournir malgré le be- soin urgent des hôpitaux et des centres médicaux syriens, notamment en plein combat contre la Covid.

N’est-ce pas honteux? C’est honteux. Que fait l’OCHA à ce sujet? Où se situe-t-il vis-à-vis des ap- pels du Secrétaire général et de son envoyé spécial à lever les mesures coercitives, alors qu’il prétend tou- jours que sa seule préoccupation est humanitaire?

Les délégations des pays occidentaux ont empê- ché toute tentative cherchant à inclure dans le projet de la résolution 2533 [adoptée le 11 juillet 20202] une quelconque référence aux mesures coercitives unilatérales et toute demande au Secrétariat d’un rap- port ou même d’informations sur les effets de ces mesures sur la vie quotidienne de millions de Syriens et leur accès aux besoins essentiels.

Comportement qui prouve, une fois de plus, le caractère mensonger des allégations soutenues par les délégations de pays occidentaux au sein de ce Conseil, selon lesquelles les mesures coercitives uni- latérales ne visent pas les civils syriens et prévoient des dérogations humanitaires et médicales.

Monsieur le Président,
Ceux qui revendiquent la défense de questions

humanitaires doivent regarder les faits tels qu’ils sont, non tels qu’ils sont présentés dans des agendas, par définition, hostiles à mon pays. À ce propos, per- mettez que je rappelle brièvement les points suivants en rapport avec les efforts déployés par la Syrie en la matière:

• Le 14 avril 2020, le gouvernement de mon pays a (Suite page 9)

1. – Syrie: Les conférences de Bruxelles ne sont que pure pro- pagande… mondialisation.ca
2. – Syrie: le Conseil de sécurité renouvelle pour un an le mé- canisme d’acheminement de l’aide transfrontalière]

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Les dossiers du BIP\® n° 221 8 juillet 2020

Syrie

(Suite de la page 8)

informé les Nations unies qu’il était disposé à faciliter l’acheminement d’un convoi d’aide hu- manitaire vers la ville d’Atareb et ses environs dans le nord-ouest de la Syrie. Aujourd’hui, cent jours après, OCHA n’a toujours rien entrepris pour la livraison de ce convoi. Merci Monsieur Lowcock! [Secrétaire général adjoint aux af- faires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence].

  • Le gouvernement syrien a facilité la livraison, par voie terrestre, d’une cargaison d’aide médicale affrétée par l’OMS, de Lattaquié vers le nord- ouest de la Syrie. Une deuxième cargaison, pré- sente en Irak depuis un moment, est aussi récem- ment arrivée en Syrie; le gouvernement syrien ayant facilité son transport, par voie aérienne, de l’aéroport irakien d’Erbil vers l’aéroport interna- tional de Damas, avant de l’acheminer par la route vers la région de Qamichli dans le nord-est de la Syrie. Ce qui réfute toute allégation concer- nant l’impossibilité de livrer l’aide transfronta- lière à toutes les régions de la République arabe syrienne3.
  • Le gouvernement syrien a informé l’OCHA qu’il pouvait travailler en inter-humanitaire sur le terri- toire syrien et utiliser les points de passage offi- ciellement désignés, y compris le passage d’Albou-kamal ouvert sur l’Irak, le passage de Nassib ouvert sur la Jordanie, l’aéroport d’Alep et l’aéroport de Qamichli. Ce qui réfute la néces- saire obligation du travail humanitaire transfron- talier et même la nécessité d’une résolution du Conseil de sécurité. Cependant, l’OCHA n’a rien entrepris pour profiter de cette proposition.Monsieur le Président,
    Ma délégation réaffirme le contenu de la plainte

    officielle adressée le 31 mai 2020 par le gouverne- ment syrien au Secrétaire général des Nations unies et au Président du Conseil de sécurité. Elle dénonce les pratiques de certains gouvernements d’États membres, en particulier les États-Unis, la Grande- Bretagne, la France et la Turquie; notamment celles concernant les mesures coercitives unilatérales impo- sées par ces mêmes pays à la Syrie et à d’autres pays, l’occupation illégale de notre territoire, la répression et l’assassinat délibéré de nos citoyens.

    Trois mois après, nous attendons toujours une réponse officielle. Et à ce propos, nous regrettons que le porte-parole du Secrétaire général, interrogé à

trois reprises sur l’action entreprise par son secréta- riat suite à notre plainte, ait toujours refusé de nous répondre.

Merci, Monsieur le Président.

29/07/2020 ————————————— [mondialisation.ca, 03 août 2020 [Traduction Mouna ALNO-NAKHAL]

———
Note de Mme Mouna Alno-Nakhal

La Syrie face au défunt Droit international et à la défunte Charte de l’ONU? C’est là un titre ex- trait de l’intervention du Dr Bachar al-Jaafari, mer- credi dernier, devant le Conseil de sécurité frappé de réunionite aigue, maintenant que les visioconfé- rences permettent aux délégués des gouvernements hostiles à la Syrie de se hâter par un simple clic, pour plus de vingt fois sur le métier remettre leur ouvrage.

Un ouvrage de sape des règles et des lois de l’humanité, désormais démasqué par la résistance héroïque de la Syrie, dont la charte souveraine est celle de son indépendance rédigée et défendue par son Peuple et son Armée.

Comment le dire autrement lorsqu’en dépit de tous les crimes commis contre le peuple syrien, les représentants de certains États membres du Conseil de sécurité passent, jour après jour et à tour de rôle d’un projet de résolution à un autre, pour prétendu- ment acheminer leurs aides humanitaires vers des civils syriens toujours étranglés par leurs propres sanctions économiques coercitives unilatérales? Des sanctions arbitraires imposées à tout un peuple faute d’avoir obtenu ce qu’ils voulaient par la guerre di- recte ou indirecte, allant jusqu’à inclure récemment le fils du président Bachar al-Assad, né en 2001!

Ceux qui voudraient découvrir les prétextes sans cesse exploités pour nourrir les mensonges et prolonger le calvaire des Syriens, pourront lire le compte rendu du «document non officiel» destiné aux organes d’information sur le site de l’ONU en langue française*. À l’heure où nous achevons cette traduction en ce 3 août 2020, l’intervention ci- dessous du Dr Bachar al-Jaafari, intégrale ou résu- mée, n’est toujours pas incluse dans le compte-rendu précité.

*. – Syrie: accusations «d’amoralité» et «d’hypocrisie» au Con- seil de sécurité à propos du renouvellement du mécanisme d’aide transfrontalière et des conséquences des sanctions

3.- La résolution 2533 (2020) prévoit de renouveler le poste- frontière de Bab al-Hawa pour une durée de douze mois, jus- qu’au 10 juillet 2021. La Chine, la Russie et la République dominicaine se sont abstenues. Zhang Jun, représentant perma- nent de la Chine auprès de l’ONU, a donné des explications quant au vote de son pays.

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Les dossiers du BIP\® n° 221 9 juillet 2020

Syrie

Syrie: le méga coup contre la CIA

En avril 2020, la CIA a tenu une réunion sur la base militaire de Mafraq dans le nord de la Jordanie avec les terroristes de Maghawir al-Thora, lesquels terroristes ont été chargés de s’en prendre directe- ment aux «conseillers militaires russes» dans le sud de la Syrie, à savoir à Deraa, là où la Russie a réussi en 2018 à imposer un «accord de pacification», au grand dam des Étasuniens qui ont vu l’un des foyers de la crise s’éteindre sans que l’armée syrienne ait à le payer de son sang.

Depuis cette date, les agissements terroristes ont repris à Deraa avec en toile de fond des attaques contre l’armée syrienne et ses alliés à Soueïda, région druze où le régime de Tel-Aviv voit, à tort, un défaut de la cuirasse syrienne. Mais l’action de la CIA en Syrie n’en est pas restée là, on s’en doute.

Lors d’une audition, le 30 juillet devant le Sénat, le secrétaire d’État étasunien Mike Pompeo, a confir- mé la présence d’une société étasunienne en Syrie, laquelle société a signé un contrat avec l’«Adminis- tration autonome» du Nord-Est syrien (les YPG* ou militairement FDS**) pour l’exploitation de champs pétroliers et la fourniture aux raffineries. Or la socié- té dénommée Crescent Energy Services dont le siège se trouve au paradis fiscal par excellence, aux États- Unis, à savoir l’État de Delaware, semble n’être qu’une société écran au service de la CIA. L’accord qui vient donc d’être signé avec une faction kurde en lieu et place de l’État syrien ne saurait être autre chose qu’un coup de la CIA visant à financer les opé- rations antisyriennes et aussi alliées antisyriens.

Le 8 août, le ministère russe des Affaires étran- gères a publié un communiqué dans lequel il dé- nonce un accord pétrolier «violant la souveraineté syrienne», accord qui «foule encore aux pieds la charte de l’ONU ainsi que les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale de l’ONU». «Les É-U ont illégalement occupé certaines parties dans le nord-est et le sud de la Syrie. Qui plus est, ils sont impliqués dans le pillage ainsi que la vente illé- gale des ressources naturelles du pays qui appar- tiennent au peuple syrien», dit le communiqué.

Dans la même veine, le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné mardi et presque au même moment le pseudo accord pétrolier le quali- fiant «d’illégal» et «condamné à l’avance»: «L’accord des États-Unis, en tant que force occu- pante, est dénué de tout statut juridique», a dit le communiqué du ministère iranien. Les deux textes ont bien l’air d’un avertissement et il faut les prendre comme tel: depuis 10 jours, l’Est syrien est le théâtre d’une vraie Intifada contre les forces étasuniennes et

les unités de renseignement syriennes et alliées y sont effectivement pour beaucoup.

«Les tribus du nord-est de la Syrie sont en ré- volte armée contre les troupes étasuniennes et leurs supplétifs dans cette région où ils ont réussi pas plus tard qu’il y a quelques jours à prendre le contrôle de plusieurs postes aux miliciens, poussant les troupes étasuniennes à intervenir à coup d’hélicoptère armé. Or les Étasuniens connaissent bien la colère des tri- bus arabes de Deir ez-Zor et de Hassaké pour en avoir été la cible en Irak voisin il y a quelques temps. D’ailleurs les FDS sont composées en grand partie de ces mêmes tribus et cette révolte ne pourrait être conçue comme un échec de ce côté-là aussi», affirme Rai al-Youm dans un récent éditorial.

«Les tribus arabes, qui ont infligé, en 2007 en Irak, d’importants dégâts et pertes aux troupes éta- suniennes, n’accepteront certainement pas les plans étasuniens et les complots des supplétifs des É-U pour piller les ressources pétrolières de la Syrie qui n’appartiennent qu’à la nation syrienne. Les étasu- niens pourront être sûrs que leur accord-écran fera long feu», affirme Rai al-Youm citant un analyste: «En effet c’est tout un contre-plan Syrie-Russie-Iran contre la CIA qui est en cour. En adoptant la loi Cé- sar les États-Unis ont en effet commis l’erreur d’écarter de l’est de la Syrie leurs amis arabes, saou- diens et émiratis qui du fait de la loi César, sont in- terdits d’activité. Sans leurs interférences, les tribus syriennes n’ont pas tardé à se révolter contre les troupes étasuniennes et tendent à se tourner vers l’État. Et c’est cela qui s’appelle la revanche d’Assad», ajoute l’analyste.

De nombreux gisements de pétrole et de gaz syrien sont concentrés dans cette zone au nord-est du pays, notamment dans les gouvernorats de Deir ez- Zor et de Hassaké, en partie contrôlés par les FDS.

Avant le début de la guerre en 2011, la Syrie produisait 360.000 barils de pétrole par jour. Elle en produit aujourd’hui environ 60.000.

Et puis qu’est-ce-que les Kurdes ont à y gagner?

«Pas grand-chose à moyen et à long terme. S’ils peuvent effectivement remplir leurs caisses à court terme grâce à des infrastructures pétrolières réamé- nagées, ils s’exposent très dangereusement à plus long terme. Les Kurdes jouent avec le feu en signant un tel accord. Faire un pas de plus vers une plus grande autonomie kurde dans cette région, aux portes de la Turquie, les expose encore plus à une menace militaire turque», selon Rai al-Youm. Alors la CIA s’est-elle auto-piégée?

Aux dernières nouvelles, la Russie vient d’intensifier ses patrouilles avec la Syrie à Hassaké et à Deir ez-Zor et renforcé ses vols aériens…

——————————— [ParsToday, 9.8.2020]

* YPG — Unités de protection du peuple ** FDS — Forces démocratiques syriennes

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Les dossiers du BIP\® n° 221 10 juillet 2020

Syrie

Message de Bachar al-Assad à l’allié russe!

Presque simultanément au vaillant discours qu’a adressé le président Bachar al-Assad, mercredi 12 août aux élus du Parlement où il a dénoncé dans les termes les plus clairs l’axe Turquie/Israël qui opère contre la Syrie de parfait concert, piloté qu’il est au millimètre près depuis Washington, le chef du CentCom [Central Command], McKenzie se plai- gnait devant le laboratoire d’idées (Think Tank) «Institut de paix de Washington» se disant en faveur d’une «intervention étasunienne» dans l’Ouest sy- rien!

Or on sait que la côte ouest à savoir l’ultra stra- tégique région de Lattaquié abrite les principales bases russes mais aussi la DCA syro-russe qui jus- qu’ici et malgré des moments de faiblesse certains, a réussi à barricader hermétiquement le ciel syrien face aux tentatives d’incursions des avions de l’OTAN d’Israël et des États-Unis.

«Sur la rive ouest de l’Euphrate, les É-U sont absents d’où la très mauvaise situation qui devrait inquiéter tout le monde! Daech y dispose d’une cer- taine liberté d’action et vu le grand nombre de camps des réfugiés, le régime Assad ne peut rien, bloqué par le Covid-19 et d’autres problèmes!», a dit McKenzie.

La combine est bien connue: À la lumière de l’action conjointe Turquie/Israël, les É-U se croient désormais assez en confiance pour remettre en cause à la fois la DCA syro-russe sur la Syrie occidentale et tenter une percée à Lattaquié. Il y a peu Ankara a d’ailleurs formé un nouveau QG pour commander ses opérations militaires non seulement au sud d’Idlib mais encore à l’ouest de Lattaquié.

Mercredi devant les députés, le président Assad a qualifié la Turquie, «d’agent» étasunien en Syrie, en affirmant que la politique des Turcs n’a rien à en- vier à celle des Israéliens et qu’il y a là une parfaite synergie que la Syrie combattra mais dont les alliés de Damas, à savoir la Russie et l’Iran devront tenir compte: «Tout comme Israël occupe illégalement les hauteurs du Golan depuis longtemps, la Turquie a commencé par occuper des parties de la province frontalière et stratégique d’Idlib et a désormais les yeux rivés sur la région stratégique de Lattaquié sur la côte ouest syrienne et non-loin de la frontière li- banaise. Et ce, sans tenir compte des accords inter- nationaux signés à Astana».

Les propos du président syrien interviennent alors même que les flottes de guerre occidentales ont débarqué sous prétexte d’appui humanitaire au Liban sur la côte de Beyrouth.

Et le fin stratège qu’est Assad de commenter ce fait en ces termes: «Les États-Unis ont un lien étroit avec le terrorisme et ne peuvent pas le supprimer de

la scène de leur politique étrangère. La présence des terroristes dans la région, y compris Daech, est vi- tale à l’existence des États-Unis. Chaque fois que les terroristes échouent dans leur bataille, les Étasu- niens tentent de faire escalader les tensions dans le pays. Il en est de même avec la Turquie et Israël. À titre d’exemple, l’armée israélienne s’est engagée dans les frappes aériennes sur Deir ez-Zor pour fa- ciliter la tâche aux éléments de Daech. Aussi malgré les efforts et les actions sincères de nos alliés ira- nien et russe pour faire avancer des initiatives [de paix], les États-Unis au moyen d’argent et la Tur- quie par le biais de ses représentants dans les pour- parlers d’Astana, ont transformé toute initiative et tout plan en des «illusions politiques».

L’allusion est trop directe pour ne pas être com- prise: mettant à profit la trêve signée en mars avec la Russie à Idlib, puis ouvrant un front entre Idlib et la Libye, là encore contre la Russie, la Turquie ota- nienne n’a cessé tout au long de ces dernières se- maines d’agir de façon coordonnée avec Israël dans le sens de préparer une percée É-U/OTAN en Syrie occidentale. Il s’agit d’un effort évidemment dirigée contre la présence navale russe en Syrie mais encore son bouclier de DCA installé dans l’ouest de la Sy- rie.

Surtout que les explosions de Beyrouth le 4 août, semblent avoir porté un effet totalement im- prévu, celui de rétablir le contact géographique ter- restre entre la Syrie et le Liban mais aussi un lien portuaire que les sanctions des É-U ont tenté de sa- per ces derniers temps. Mardi, le port de Tartous a annoncé pouvoir servir pleinement de port de substi- tution à Beyrouth. Idem pour le port de Lattaquié. Cela veut dire une apparition parfaitement mal- calculée de la Russie sur la scène libanaise. À ceci s’ajoute cette route stratégique terrestre Iran-Irak- Syrie-Méditerranée par où ont d’ores et déjà transi- tés, vivres et carburant vers le Liban. Le fait que As- sad dénonce l’axe Turquie/Israël a un sens: il est grand temps que le grand allié russe de Damas re- voie de façon substantielle ses liens avec ces deux pays: «Les actions de la Turquie étaient tellement similaires à celles du régime sioniste que nous avons des difficultés à faire la distinction entre ‘‘l’ennemi sioniste’’ et ‘‘la Turquie des Frères musulmans’’».

En un mot, Assad est déterminé à libérer la tota- lité de la Syrie et à appuyer le Hezbollah dans ce nouveau round de la guerre Empire/Résistance qui s’annonce et où comme toujours la Turquie et Israël jouent un rôle de premier ordre. Il espère pouvoir compter sur l’Iran mais aussi la Russie: «Le Golan reste dans le cœur de chaque honorable Syrien, la

(Suite page 12)

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France

Écotaxe, 80 km/h, Convention sur le climat… L’écologie prétexte à pressurer la France d’en bas

Damien RENARD

L’écologie c’est bien, mais vue d’en bas, cela semble surtout un prétexte pour faire payer tou- jours plus cher les produits du quotidien, ou se faire taxer pour des lubies parisiennes, ignorant la réalité quotidienne des Français.

Souvenez-vous: à l’automne 2013, pour protes- ter contre la taxe poids lourds, baptisée «écotaxe», le mouvement des «Bonnets rouges» organise des ma- nifestations et des actions coup de poing en Bre- tagne. Les petits patrons et les transporteurs bretons, qui défilent aux côtés de leurs salariés, redoutent l’impact de cette taxe écologique sur le coût du transport et donc sur les équilibres économiques fra- giles de tout un secteur. Face aux protestations, qui débouchent notamment sur des affrontements vio- lents avec les forces de l’ordre le 26 octobre 2013, puis à une forte mobilisation, le gouvernement est contraint de geler la mise en œuvre de cette mesure, qui sera finalement suspendue par Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement, en octobre 2014. En 2017, la Cour des comptes a chiffré le coût de cet abandon à plus d’un milliard d’euros…

En octobre 2018, rebelote. C’est l’augmentation de la «taxe carbone», entraînant une hausse du prix des carburants automobiles, qui a mis le feu aux poudres cette fois, entraînant la naissance du mouve- ment des «Gilets jaunes». Encore une mesure écolo- gique qui ignore le quotidien et les difficultés des Français. Et qui déclenche la colère. Le gouverne- ment a choisi d’ignorer les avertissements de la Commission nationale du débat public sur l’énergie, qui avait pourtant averti que «l’incompréhen-sion d’une partie des citoyens provoque une véritable fronde qui se cristallise sur le prix des carburants» et qui jugeait que la hausse de la taxe carbone était «pénalisante pour les plus dépendants aux énergies fossiles». C’était l’époque où l’exécutif menait ses réformes tambour battant, «sans s’embarrasser de laborieuses concertations ni se soucier des critiques contre son attitude jugée trop autoritaire, technocra- tique et parisienne», comme le souligne le quotidien Le Monde. Bonnets rouges ou Gilets jaunes, c’est surtout la pilule verte qui ne passe pas!

Et juste avant la hausse de la taxe carbone, il y a eu aussi les 80 km/h, qui ont déclenché la rébellion des automobilistes et des motards après l’annonce, le

9 janvier 2018, de la baisse de la limitation de vitesse sur les routes secondaires sans séparateur central. Une mobilisation qui est considérée par de nombreux observateurs comme un prélude à la forte contesta- tion qui s’est ensuite exprimée sur les ronds-points, un signe avant-coureur, mais négligé, du ras-le-bol général qui s’est exprimé avec plus de force quelques mois plus tard.

Pourquoi toujours taper sur «la France périphé- rique»?

Eh oui, l’automobile est un mode de transport quasi-incontournable pour les personnes habitant en zone rurale ou périurbaine. Hors de Paris et des grandes métropoles, la voiture est un outil indispen- sable pour faire ses courses, se rendre sur son lieu de travail et entretenir un semblant de vie sociale dans des territoires où les classes populaires sont sur- représentées. Mais ça, c’est la France d’en bas, celle en dessous de l’horizon politique, vue de Paris.

Cette année, la rengaine reprend: la Convention citoyenne pour le climat, regroupant 150 citoyens tirés au sort, manifestement très influencés par les «experts» qu’ils ont entendus, a formulé 150 propo- sitions pour lutter contre le réchauffement clima- tique. Un catalogue de mesures dictées par la «bien- pensance», mais qui seront sans aucun doute mal vécues.

Beaucoup de propositions se résument ainsi à une vaste liste d’interdictions ou de limitations: in- terdiction de la vente des véhicules les plus pol- luants, des terrasses chauffées dans les bars et restau- rants, limitation de la vitesse sur autoroute à 110 km/ h (une mesure finalement écartée par Macron), inter- diction de la publicité pour les produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre, et des publicités lumineuses… Un inventaire à la Prévert qui semble signer le grand retour de l’écologie punitive.

Le cas des prospectus distribués en boîtes aux lettres est emblématique de cette idéologie bien éloi- gnée du quotidien de «la France d’en bas». Surfant sur la vague des bons sentiments, les députés du groupe Écologie, Démocratie, Solidarité (EDS) ont d’ailleurs déposé un projet de loi qui vise à inverser la logique en vigueur depuis 2004 dans ce domaine. Aujourd’hui, les citoyens peuvent apposer sur leur boîte aux lettres une étiquette «Stop Pub» s’ils ne veulent pas recevoir d’imprimés publicitaires. Simple! Demain, si cette proposition de loi est adop-

(Suite page 13)

(Suite de la page 11)

décision d’annexion du régime sioniste ou du ré- gime étasunien ne change rien à notre droit de récupérer le Golan et de libérer toutes nos terres du joug du terrorisme ».

-————————— [ParsToday, 13.8.2020]

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France

(Suite de la page 12)

tée, la distribution de prospectus serait interdite sauf dans les boîtes aux lettres portant explicitement la mention «Oui Pub». Fini le bon vieux catalogue de Noël ou les dernières promos au supermarché du coin, parmi bien d’autres imprimés utiles et appré- ciés. Faut faire culpabiliser dans les chaumières maintenant, et stigmatiser par un autre «signe exté- rieur de pauvreté» le «pollueur» qui veut encore des prospectus, quitte, donc, à détruire les forêts, ré- chauffer la planète et à tuer les bébés phoques…

Le plus consternant dans cette affaire reste que le bon sens semble s’être évaporé avec le réchauffe- ment climatique: en 2004, lorsque le Stop Pub a été discuté à l’Assemblée, certains députés se sont quand même inquiétés des conséquences et demandaient des études d’impact. Point de réflexion en ce sens aujourd’hui: l’écologie, c’est le camp du bien et du bon, il ne peut en sortir que le meilleur. Erreur fatale ici encore, mais seulement pour certains.

Menaces sur l’emploi et le pouvoir d’achat des Français modestes

Il est sidérant de constater la légèreté avec la- quelle l’affaire est expédiée: deux lignes en forme de couperet et point! Une telle mesure déstabiliserait pourtant complètement la filière des imprimés publi- citaires, et elle compte du monde! Il y a d’une part ceux qui vivent du prospectus directement (fabricants de papier, concepteurs, designers, impri- meurs et distributeurs) mais aussi ceux qui ont be- soin de cet outil marketing pour attirer les consom- mateurs dans leurs points de vente ou lors des événe- ments: petits commerces, foire, brocante, événe- ments sportifs ou festifs locaux… Bref toute la vie sociale et économique de la banlieue et de la pro- vince serait impactée.

La suppression pure et simple du prospectus serait aussi synonyme de disparition de dizaines de milliers d’emplois, en particulier ceux des quelques 27.000 distributeurs de prospectus, pour la plupart des personnes ayant un besoin vital d’un complé- ment de revenus ou des étudiants obligés de financer leurs études. Distributeur de prospectus, c’est le petit boulot de ceux qui n’ont pas d’autres choix, à un moment de leur vie. Mais ceux qui se résignent à faire le tour des boites aux lettres par tous les temps sont souvent bien contents de pouvoir trouver un emploi souple, simple et près de chez eux. Tout le monde ne réussit pas «à traverser la rue» pour trou- ver l’emploi de ses rêves. À l’inverse, les fournis- seurs d’applis e-commerce et de smartphones se frottent les mains: les GAFA en rêvaient, les éco- los français l’ont fait! Pas sûr que ça fournisse des emplois en France aux «sans dents» par contre.

Cette chasse aux prospectus, sous prétexte de lutte contre le gaspillage, ignore en plus complète- ment l’usage qu’en font des millions de Français

pour grappiller un peu de pouvoir d’achat. Pour beaucoup de nos concitoyens, les imprimés publici- taires permettent en effet de comparer les offres et les promotions pour gérer au mieux leur budget. C’est pour eux un média de proximité indispensable pour savoir où ils pourront réaliser de bonnes affaires afin de réduire leurs dépenses du quotidien. Pour ces ménages modestes, les promotions viennent en tête des critères de choix des magasins et des produits. Et c’est encore sur ces habitants de la France périphé- rique que les écologistes vont taper! Les décideurs parisiens ne savent-ils pas comment les Français font leurs courses? Un sondage Ipsos l’a pourtant encore rappelé l’année dernière: 58% des Français comptent leurs dépenses à dix euros près, et 14% à l’euro près! Il suffit pour s’en convaincre de prendre le temps de regarder ces familles regroupées autour d’un caddy venant faire leurs courses avec en main un prospec- tus annoté minutieusement page après page pour ré- ussir à se nourrir, tout simplement!

L’écologie responsable mérite mieux que ces mesures dogmatiques, préconisées sans la moindre réflexion sur les conséquences réelles et concrètes pour les Français. Difficile de ne pas y voir une nou- velle preuve du souverain mépris pour la France pé- riphérique d’un microcosme parisien en roue libre et en vase clos.

—————————– [Le Grand Soir, 10.8.2020]

É-U – France 17.8.2020 endettements

Le PIB des É-U est $19.511 Mds et leur dette publique s’élève aujourd’hui à $26.651 Mds, soit 136,59% du PIB. La population étant de 330 millions, cela représente par ci- toyen $80.720.

En comparaison la dette publique française est de 2.483€ Mds. La population étant de 67 millions, cela représente 39.525€ par ha- bitant. En fait les habitants subventionnent en intérêts les banques privées, intérêts que l’on aurait pu économiser si la Banque de France jouait son rôle de prêteur à l’État, ce qui lui est interdit par les règles de l’Union européenne.

             ———————————————

[www.usdebtclock.org/][www.nationaldebtclocks.org/debtclock/ France; www.dettepublique.fr]

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Les dossiers du BIP\® n° 221 13 juillet 2020

Russie – Biélorussie

Élections présidentielles en Biélorussie:

l’étrange jeu de la Russie

Karine BECHET-GOLOVKO

Le 9 août, se sont tenues les élections présiden- tielles en Biélorussie. Avec un taux de participation de 84,05%, le président sortant Loukachenko a été réélu avec 80,23% des voix. Que les Occidentaux contestent ces élections, c’est dans l’ordre des choses. Mais que certaines forces en Russie entrent dans le jeu de l’Occident, c’est au minimum jouer contre les intérêts nationaux. Or, le comportement des médias systémiques russes, qui ont largement participé au processus de déstabilisation, montre que ces forces existent. Avoir un second Maïdan à Minsk cette fois, avec toutes les conséquences connues en termes de sécurité aux frontières et de relations bila- térales avec la Russie, va à l’encontre des intérêts de la Russie. D’étranges processus se développent en Russie, qui laissent perplexes.

Sans grande surprise, Loukachenko a été réélu avec 80,23% des voix. La candidate d’opposition, largement soutenue par l’Occident, Svetlana Tikha- novskaya est arrivée en seconde place avec 9,90% des voix. Elle avait organisé des meetings contesta- taires avant les élections, réussissant à mettre des gens dans la rue. Et par là même à pousser les gens à aller voter pour éviter un Maïdan. Les élections ne se font pas dans la rue. À l’annonce des résultats le 9 août, des manifestations ont été organisées sur le modèle ukrainien, mais les Biélorusses ne sont pas les Ukrainiens et dès la deuxième nuit, les émeutes sont très localisées. Quand la presse s’emballe, comme à chaque fois, autour des «manifestants paci- fiques» maltraités par les méchants policiers, l’on apprend que très pacifiquement ils lancent des cock- tails Molotov sur les forces de l’ordre, ce qui a d’ail- leurs provoqué la mort de l’un d’entre eux.

La victoire de Loukachenko n’est pas une sur- prise. D’une manière générale, les systèmes poli- tiques sont en crise et les partis politiques n’arrivent plus à incarner de véritables alternatives correspon- dant au partage des forces réelles, à savoir les globa- listes et les étatistes. Car ce partage est indicible poli- tiquement. Dans les pays de l’espace post-soviétique qui sont restés indépendants, comme la Russie et la Biélorussie, la situation est encore aggravée par un manque de pratique multipartiste, qui de son côté permet à l’Occident de maintenir les apparences de l’alternance, en changeant de visage sans prendre le risque de changer de ligne idéologique. Lorsque cela se passe, comme avec Trump, le système est au bord de l’explosion et ne peut accepter d’alternative ré- elle.

Loukachenko est ainsi dans une situation de vide politique, l’opposition est là-bas comme en Rus-

sie, trop radicale pour proposer un projet alternatif constructif qui ne passe pas par un Maïdan et puisse emporter l’adhésion massive de l’électorat. Or l’exemple ukrainien a servi de vaccin à ses voisins, qui préfèrent garder de la stabilité plutôt que de dé- truire le pays et l’offrir à une gérance externalisée. C’est en ce sens que la victoire de Loukachenko n’est pas une surprise.

Ce qui est en revanche beaucoup plus surpre- nant, c’est l’émergence de véritables forces anti- Loukachenko en Russie. Or, l’alternative pour la Russie aujourd’hui est assez simple: soit Loukachen- ko, aussi compliqué soit-il, mais qui n’ira pas fonda- mentalement contre les intérêts stratégiques russes, soit cette opposition avec Tikhanovskaya ou un autre visage qui prépare un scénario ukrainien, ce que les manifestations post-électorales montrent.

Ainsi, suivant la ligne occidentale, le député Russie Unie de la Douma, pourtant étiqueté «patriote», Konstantin Zatouline, de déclarer que ces élections sont une honte et que la Russie ne doit pas féliciter Loukachenko. Il reprend ainsi le discours occidental, tenu à l’encontre de Loukachenko, mais également de Poutine. Cela fait réfléchir …

Ensuite, les médias russes systémiques n’ont eu de cesse de diffuser de fausses informations, portant à déstabiliser la situation, sachant que les médias russes sont largement suivis en Biélorussie. Ainsi, le jour même des élections, avant que les résultats ne soient connus, Lenta.ru, repris en boucle par les autres médias, diffuse la fausse information selon laquelle l’avion de Loukachenko aurait décollé de Minsk pour s’enfuir vers la Turquie.

Ensuite, c’est au tour de la candidate d’opposi- tion Svetlana Tikhanovskaya, qui selon le ministère des Affaires étrangères lituanien aurait été interpellée à Minsk, information diffusée sans retouche ni ré- flexion par le très sérieux Izvestia, puis mise à la Une sur le moteur de recherche russe Yandex alors que ce même ministère des Affaires étrangères lituanien a déjà démenti et affirme qu’elle est tranquillement arrivée en Lituanie, où «elle est en sécurité».

Bref, le Maïdan n’a pas eu lieu, le vaccin ukrai- nien a fonctionné, la police ne s’est pas mise à ge- noux. Pour autant, l’attitude de certaines forces en Russie, qui lèvent de plus en plus la tête et rappellent les mouvements destructeurs de la fin des années 80, laisse perplexe.

—————————————————— [http://russiepolitics.blogspot.com/2020/08/ elections-presidentielles-en.html, 12.8.2020]

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Les dossiers du BIP\® n° 221 14 juillet 2020

Biélorussie

Élections en Biélorussie

Le secrétariat du РОО СКПС* a reçu beaucoup de demandes de ses membres et de non-membres, concernant la pertinence de voter aux élections présidentielles. Des travailleurs, des membres de coopé- ratives agricoles, des enseignants, des médecins, de jeunes et anciens combattants, se posent des ques- tions, par souci de leur avenir, celui de leurs enfants, leurs petits-enfants et leur république natale. Voici des réponses à leurs questions:

Considérant que, sans exception, tous les candidats, de manières différentes, soutiennent la voie bour- geoise de développement, et que parmi eux il n’y a pas de partisans du socialisme, ne vaudra-t-il pas plutôt boycotter les élections?

Les appels à boycotter les élections sont inter- dits par la loi. Et c’est bien ainsi. Si vous êtes citoyen de la république — s’il vous plaît — participez aux élections de ses organes directeurs, et dans le cas présent, votez à l’élection présidentielle.

Pour cette même raison, ne devrions-nous pas voter contre tous les candidats?

Bien entendu que vous pouvez. Le bulletin de vote prévoit une ligne qui correspond à cette option, car aucun d’entre eux ne propose un retour vérifié et viable à la voie socialiste. Aucun des candidats n’a soutenu la position adoptée au Ve Congrès du РОО СКПС en mai-juin 2020, à savoir, faire les premiers pas de transition de l’actuel capitalisme d’État vers le socialisme.

Mais dans l’actuel contexte, intérieur et exté- rieur, de la république, voter contre tous les candi- dats est déconseillé, même dangereux. Si tous les électeurs votaient contre toute la liste, cela provoque- rait une crise, qui profitera aux oligarques étrangers — et à certains des nôtres aussi — qui s’immiscent sans vergogne dans nos affaires intérieures, en vue de saisir le pouvoir et faire de notre république leur colonie, avec toutes les sinistres conséquences pour chacun de nous. Les travailleurs ne devraient pas soutenir leurs principaux adversaires — les oli- garques. Ils ne devraient pas tomber dans le piège des promesses creuses que font ces forces. Par con- séquent, nous déconseillons de voter contre tous les candidats.

Pour qui voter alors?

D’abord, pour qui il ne faut pas voter. Nous dé- conseillons de voter pour A. Dmitriev, A. Kano- patskaya, S. Tikhanovskaya et S. Cherechenya. Cha- cun d’eux, à sa manière, ne représente pas les intérêts des salariés, au contraire ceux des milieux d’affaires, pour qui ils exigent une liberté totale; c’est-à-dire la

liberté de nous exploiter. Dans leurs programmes nous retrouverons tout ce que nous avons toujours rejeté, même par nos référendums. Nous entendons nous opposer à la dénonciation du traité d’Union de la Biélorussie avec la Russie; de nous retirer de notre Union de défense et d’intégrer l’Union européenne — où «nous sommes attendus» pour devenir une colonie interne —; abolir la peine de mort pour les bandits; permettre l’achat et la vente de nos terres; transférer les entreprises publiques restantes à des propriétaires privés; instaurer comme symbole d’État le drapeau blanc-rouge-blanc et Pahonie — sym- boles des laquais d’Hitler —; abroger le statut d’équivalence de la langue russe à la langue biélo- russe. La langue russe est une langue NATIONALE du peuple biélorusse, étant donné que presque toute la population pense, parle, lit et écrit dans cette langue. Affaiblir son statut signifie diviser par deux la culture nationale, etc.

Oui, ces quatre candidates ne cachent pas leur intention — celle de destituer l’actuel président A.G. Loukachenko, c’est-à-dire un objectif qui coïncide complètement avec celui, ouvertement et clairement préconisé par l’Occident, à cause du fait que notre président fait obstacle à la progression de l’OTAN vers l’Est, aux frontières de notre Russie alliée.

Il est clair que l’implémentation des pro- grammes de ces quatre-là nous mèneraient à la même situation où est arrivé le peuple ukrainien. Obéir aux sirènes occidentales — comme celles de nos quatre – a permis la résurgence du fascisme lo- cal, a fait suivre une série de dirigeants collabora- tionnistes qui assurent la domination de l’oligarchie financière mondiale, conduit le pays à l’appauvrisse- ment général, à la guerre civile et à l’effondrement de l’État ukrainien.

Par conséquent, vous devez voter pour A.G. Loukachenko, qui pendant les 26 ans de sa pré- sidence — dont 24 ans de pouvoir fort, approuvé par le peuple lors d’un référendum — et malgré son orientation bourgeoise — le développement du soi- disant marché socialement orienté, et non pas de l’État souverain socialiste —, a réussi à sauver et développer l’économie nationale; assuré la paix et la stabilité sociale, vaincu les extrémistes nationaux, lutté contre les criminels, défendu la souveraineté de la république contre les prédateurs oligarques étran- gers, préservé une partie significative des acquis so-

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* РОО СКПС — Associations publiques républi- caines et internationales «Pour l’Union soviétique et le Parti communiste de l’Union» soviétique

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Biélorussie

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ciaux, les droits aux soins santé et à l’éducation gra- tuits; a réussi à garantir l’indépendance alimentaire, poursuivi la ligne d’intégration de l’espace post- soviétique etc..

Mais le peuple est contre Loukachenko?

Des dizaines de milliers de citoyens, que S. Tikhanovskaya rassemble dans sa campagne élec- torale et qui s’expriment contre le président, ne sont qu’une infime partie des neuf millions et demi d’ha- bitants de notre pays.

Qui sont ces manifestants? Ce sont, tout d’abord, des entrepreneurs qui exigent une totale li- berté d’entreprise, c’est-à-dire la liberté de profiter de nous.

Mais de nombreux citoyens viennent aussi aux rassemblements parce qu’ils ont été injustement of- fensés par des responsables au pouvoir de notre État capitaliste. Aux yeux de ces citoyens offensés, A.G. Loukachenko est coupable, car il remplit de manière insatisfaisante le rôle de garant de la Constitution, ne protège pas les citoyens de l’arbitraire de nombreux fonctionnaires au pouvoir, y compris des juges, et subit depuis longtemps les obscénités de la Constitu- tion elle-même, telles que: «le pouvoir judiciaire appartient au tribunal» et non pas au peuple.

Toutefois, en votant pour A.G. Loukachenko, nous préserverons les acquis mentionnés plus haut, nous sauverons la république et nous-mêmes de la domination des oligarques étrangers et serons en me- sure de continuer de lutter ensemble pour le pouvoir des travailleurs, un véritable socialisme (scientifique), la pleine application du traité sur la création de l’État de l’Union de la Biélorussie et de la Russie et la renaissance de notre grande patrie puissante et bienveillante — l’Union des Répu- bliques Socialistes Soviétiques.

Nous avons peur que le jour des élections, il puisse y avoir un Maidan sanglant avec des tireurs d’élite. Que faire?

Les oligarques étrangers et leurs sbires locaux essaient délibérément de nous faire peur afin de per- turber les élections, de créer une crise politique et de prendre le contrôle de notre république biélorusse souveraine.

Le président a clairement déclaré que nous n’au- rons pas de Maidan et, sous nos yeux, des tireurs d’élite potentiels sont arrêtés avec succès par les forces de l’ordre dans différentes parties de Biélorus- sie.

Mais depuis quand les citoyens de notre répu- blique, de tradition partisane ont-ils peur? Les tra- vailleurs n’ont pas peur de leurs ennemis, mais néan- moins il serait mieux de voter, que de plus tard se battre dans les tranchées.

Par conséquent, le РОО СКПС recommande fermement, dans l’intérêt de chaque personne et de

notre république que les citoyens le 9 août votent, et ceux qui ne pourront pas le faire ce jour-là, de voter plus tôt, à partir du 4 août. Veuillez vous présenter calmement au bureau de vote et mettre un bulletin de vote en faveur de A.G. Loukachenko dans l’urne. Ainsi, afin de contrecarrer toutes les intrigues et sub- tilités insidieuses de la diaspora anti-bélarusse et de sa «cinquième colonne» locale, et préserver les ac- quis et la possibilité de poursuivre la lutte pour les intérêts des travailleurs.

Ces réponses ont été adoptées par le secrétariat

du РОО-СКПС
[Traduction Alexandre MOUMBARIS

———————————- [РОО-СКПС, 1.8.2020]

relecture Marie-José MOUMBARIS]

Prisonniers politiques en France

Organisation de révolutionnaires internatio- nalistes — ORI

RAMÍREZ SÁNCHEZ Ilich (Carlos), écrou 12276,

MC de Poissy,
17, rue de l’Abbaye, 78303 – POISSY

Front populaire pour la libération de la Palestine — FPLP
ABDALLAH, Georges Ibrahim, écrou 1680 bât. B, Lannemezan ,

MC Lannemezan,
rue des Salingues, BP 66, 65300 – LANNEMEZAN

Front de libération du peuple révolution- naire—DHKC
SARIKAYA, Sefik

Centre de Détention de Roanne rue Georges Mandel,
42323 ROANNE CEDEX

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Biélorussie

Élections en Biélorussie

En ce jour d’élections présidentielles au Belarus Comaguer apporte quelques éléments de compré- hension sur l’agitation qui entoure cette élection. Bien que le texte traduit et publié par le bimestriel «Nouvelles d’URSS» (aujourd’hui disparu suite au décès de son fondateur Jacques Lejeune) remonte à presque dix ans, il éclaire les rapports compliqués entre la petite Biélorussie soucieuse de maintenir les acquis de la société socialiste, désireuse de s’intégrer dans une fédération avec la Russie. Il se peut que le mépris de la direction russe pour la Biélorussie et son président soit aujourd’hui moindre que du temps de la présidence Medvedev (qui fut aussi président de Gazprom) mais la démission de celui-ci de son poste de Premier ministre n’a pas encore suffisamment affaibli le camp des moscovites pro-occidentaux pour que la question de l’Union du Belarus et de la Russie soit à nouveau remise sérieusement à l’étude.

Pourtant au moment où les États-Unis installent massivement leurs troupes en Pologne à la frontière occidentale de la Biélorussie cette question qui revêt pour Moscou une importance stratégique sur laquelle Loukachenko mettait déjà le doigt en 2010 prend maintenant un caractère d’urgence.

«Nouvelles d’U.R.S.S. n° 107, janvier –février 2011» Extraits de l’intervention de A .G. Loukachenko (novembre 2010)

«Si, effectivement, l’espace informationnel de la Russie était auparavant tout simplement verrouillé pour l’information sur la Biélorussie, à présent par contre s’y déverse malheureusement dans un but bien défini, tout un torrent de bobards malhonnêtes, de désinformations et d’absurdités non déguisées. Et le but des initiateurs de cette campagne est clair: per- suader les gens de l’espace allant de Kaliningrad à Vladivostok: que les Biélorusses sont des ennemis ou peu s’en faut. Que leur Président est un voleur, un tueur, un traître, tandis que la Biélorussie est elle- même une éternelle écornifleuse de .la Russie,»

«On voit clairement au son des mirlitons de qui ils dansent et qui commande la musique. Tout ce qui se passe aujourd’hui autour de la Biélorussie est un coup monté par une poigné de politiciens»

«La NTV (Télévision nationale russe -NdT) est de fait une chaîne gazpromienne. Et toutes ses sale- tés sont financées par Gazprom. « Gazprom » est une compagnie d’État. Qui en tient le gouvernail et qui y assure le commandement, vous le savez aussi.»

«Comment est-ce que je me comporte face au fait que ce sont eux, l’opposition biélorusse, qui émettent sur les ondes de Russie? Je suis étonné par la position de votre Direction. Peut-être ignorent-ils beaucoup de choses? Ou cela ne les intéresse-t-il pas beaucoup? Eux, en Russie même, ne s’intéressent pas beaucoup à ce qui se passe là-bas, très loin, au-delà de l’Oural, loin du périphérique de Moscou. Le plus terrible est qu’ils se sont arrogé le droit d’émettre à l’intention de gens qui ne peuvent pas sentir la Rus- sie. Ce sont ces gens qui, hier comme aujourd’hui, perçoivent des subventions en Europe occidentale et en Amérique.

Mais aujourd’hui, ils trouvent aussi un bailleur de fonds en Russie avec le business russe. Nous sa- vons qui paie cet argent. Récemment, nous avons mis la main sur un courrier qui, en violation des lois, transportait $200.000 de l’autre côté de la frontière. Des repaires ont été aménagés en Lituanie, en Po-

logne et en Allemagne. Et c’est de là que l’argent passe de Russie en Biélorussie. Directement à travers la frontière russe-biélorusse.»

«La Russie veut réunir les terres, comme l’on dit chez nous, autour d’elle. Elle veut rassembler les États et les peuples. Mais, hélas, cela ne s’est pas fait. Au lieu de cela, pour créer une Union douanière, il nous faudrait tout simplement créer l’Union. Parce que, quoi qu’il en soit, le projet d’État fédéral serait une grande avancée. Et il serait alors logique d’y faire participer le Kazakhstan et d’autres États, ce à quoi nous avions déjà travaillé et à quoi nous étions parvenus. Eh bien non. On ne sait pourquoi ce projet a déplu à la Russie et à sa Direction. Au lieu d’avan- cer sur la voie déjà aplanie, en nous basant sur ce que nous avions déjà obtenu dans l’Union de la Biélorus- sie avec la Russie et y faire participer d’autres États, rendre notre Union plus attrayante, nous nous sommes occupés d’autre chose. C’est ainsi qu’est ap- paru, entre-autre, l’Union douanière.

Qu’en avons-nous obtenu? L’économie du Kazakhstan et de la Russie diffèrent de façon frap- pante de l’économie biélorusse. Le Kazakhstan re- gorge de ressources énergétiques. La Russie en a regorgé. Nous, nous n’en avons pas.

Nous sommes très dépendants du Kazakhstan et de la Russie.

Notre économie est diversifiée. Notre secteur économique est d’un intérêt pratique: agriculture, industrie, transports, télécommunications, voies de communication. Mais nous dépendons naturellement de notre approvisionnement en matières premières. Et la façon dont nos partenaires se comportent en ce sens est très importante pour nous. Et c’est précisé- ment cela que je craignais il y a un an ou un peu plus lorsque nous sommes allés à l’Union douanière et j’en ai alors parlé publiquement au gouvernement. Il est apparu que ce que je craignais est arrivé. Ils nous ont augmenté les prix du gaz naturel cinq fois de

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Biélorussie

(Suite de la page 17)

suite, sortant ainsi du traité correspondant. Ensuite, ils nous ont introduit une taxe sur le pétrole. Ensuite, sur les produits pétroliers blancs: gasoil, essence, kérosène, etc. Bref, ils ont agi comme s’ils avaient affaire à l’ennemi le plus acharné de la Russie. Aussi jugez vous-mêmes de ce que nous avons reçu à ce jour de l’Union douanière. En fait, nous avons été trompés. Il en fut souvent ainsi dans nos relations avec la Fédération de Russie. La Russie bloque les livraisons de notre production. Vous vous souvenez sans doute de cela et la “guerre du sucre”, et la “guerre du lait”.

Vous savez comment ces leviers ont été action- nés. Sans même parler de cette commande d’État passée par la Russie où il a été dit de “ne pas laisser passer” les Biélorusses.»

«Et quand Poutine, le gouvernement de Russie, a introduit des limitations, de ne pas nous laisser pas- ser, de ne pas nous accorder de crédits. Bref, ils nous ont interdit le marché de Russie, je dis: — Qu’est-ce que vous faites? Qu’est-ce qui vous prend? N’avez- vous pas assez de chômeurs? Vous en ajoutez encore 15 millions. Mais nous avons patienté. Nous nous sommes diversifies et avons cherché d’autres mar- chés pour commercer. Et le Venezuela est apparu, ce pour quoi on nous a critiqué, et l’Iran. Mais si notre grand frère, notre allié, notre Russie, s’est fermé à nous, alors même que nous nous dressions sur la pointe des pieds, tentant de vendre notre production de toute manière, souvenez-vous, ils ont commencé à nous fermer la frontière: pour le lait, pour la viande et pour le sucre. À l’initiative de qui? De vos oli- garques qui ont scindé l’économie et disent qu’ils ne prendront pas le sucre biélorusse. Et pourquoi ne le prennent-ils pas? Parce qu’il est meilleur marché. Alors vendez-le vous aussi meilleur marché. Mais non, la bourse des oligarques qui s’occupent du busi- ness sucrier serait plate. Mais nous savions que nous devions proposer, et à la Russie, et aux autres, une marchandise de qualité, c’est pourquoi nous avons modernisé nos quatre sucreries, nous en avons fait des bijoux.

Eh bien non, il existe encore à présent des quo- tas, même lorsque le sucre manque aujourd’hui, ces stupides quotas existent quand même en Russie. Aussi en achetez-vous quand même presque la moi- tié au dehors. Pourquoi donc n’y a-t-il pas dans cette moitié trois ou cinq pour cent de sucre biélorusse? Pour que nous puissions gagner chez vous des roubles de Russie que nous devons ensuite changer en dollars pour payer les ressources énergétiques. Même avec vous nous ne pouvons pas payer en roubles sur toutes les positions. Et vous dites que vous voulez faire du rouble une devise régionale?

Et vous ne voulez pas l’accepter chez vous comme moyen de paiement: donnez du dollar! Et nous sommes obligés de changer les roubles de

Russie gagnés chez vous, en dollars ou en euros, pour payer les marchandises que nous vous achetons. C’est-à-dire que c’est le ressac sur tous les articles.»

«La sphère de nos intérêts est ici, déclarent les politiciens de Russie. Et moi je leur demande: Où est la sphère des intérêts de la Biélorussie et du peuple biélorusse? Et est-ce à dire qu’il faille que cela soit aussi le sphère de vos propres intérêts vitaux, impor- tants? Est-ce ce qu’il vous faut lorsque nous défen- dons réellement vos intérêts ici, parfois plus que vous les vôtre propres en Russie? Vous êtes allé au poste de défense antiaérienne, ultramoderne, moder- nisé par nous. La Russie ne nous y a absolument pas aidé. C’est nous qui l’avons modernisé et nous ba- layons tout l’espace de la Baltique à la mer Noire. Et nous transmettons exactement tout cela au Kremlin, en ligne comme l’on dit aujourd’hui. Et là-bas, Med- vedev peut, grâce à nous, voir tout ce qui se passe chez lui de la Baltique à la mer Noire. Avez-vous besoin aujourd’hui de casser tout cela? Alors cassez- le, mais il sera pratiquement impossible d’y revenir. Qui a besoin d’une telle politique?»

«J’ai rappelé à Medvedev: c’est toi qui est le commandant en chef. Tu dois savoir que tu as ici deux puissantes bases qui travaillent jour et nuit. L’une d’elles pour la prévention précoce d’une at- taque de missiles dans la région de Brest .La seconde guide tous vos sous-marins, y compris nucléaires, dans l’Atlantique et assure leur liaison. Combien nous payez-vous pour cela? Zéro! Et là-bas combien avez-vous payé pour le bail de la Flotte de la mer Noire [$40 Mds – NdlR]. Nous ne vous demandons pas d’argent, mais nous voulons être traités comme des hommes.»

«Il y a deux jours , l’un de nos ministres est ren- tré de Russie. Il travaille dans le domaine de l’idéolo- gie. Une personne parmi les gens en vue, qui répond, en lien avec les moyens d’information de masse, s’est approchée de lui. Elle lui a dit: Eh bien, comment nous vous aurions maltraités? C’est un ordre de Med- vedev.» «Parce qu’à chaque bonne occasion il est d’usage de tenter, sinon de nous voler, du moins de nous rouler, ou encore de nous maltraiter.»

«Bien entendu, nous devions reconnaître l’Ossé- tie du Sud et l’Abkhazie. Après tout, nous sommes alliés. Et nous étions prêts à le faire. Mais nous avons rencontré un politicien occidental. Il est venu tout spécialement et nous a dit: « Vraiment, vous vou- lez effectivement reconnaitre l’Ossétie et l’Abkhazie? “Je lui ai dit: Qu’est-ce qui vous raidit tellement? Ne sommes-nous pas alliés? Et il m’expose alors tout le spectre des rapports qui se constituent chez nous avec l’Union européenne et l’Amérique.

Ils nous ont menacés. Mais il faut que vous! sachiez que nous commerçons aujourd’hui un peu plus avec l’Union européenne qu’avec la Russie. Ce sont des milliards de dollars qui sont en jeu. Et,

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Biélorussie

(Suite de la page 18)

quand la Russie nous a mis à la porte de son marché, l’Union européenne n’a pas osé le faire bien qu’ils nous aient laissé mijoter sur le programme complet et nous aient “arrosés” (ndt — en russe un mauvais traitement ou une attitude méprisante est qualifié “d’arrosage”)

Ils nous ont dit: “Oubliez les comptes en euros et en dollars”. Alors que devait faire notre Gouverne- ment? Nous nous sommes mis à penser, à chercher une issue. J’ai rencontré votre Président à Sotchi. Nous avons examiné le problème.

Je lui ai dit: voilà les conséquences. Nous les avons comptées. Êtes-vous prêt, Monsieur le Prési- dent, cher ami Dmitri Anatolyévitch, à partager ces conséquences avec nous? Êtes-vous prêt à donner un coup de main? Il m’a répondu textuellement: “Alexandre Grigoryévitch, ne marchandons pas vou- lez-vous. Ceci est une chose et cela en est une autre Et je lui ai dit: “Merci bien. L’incident est clos. Si pour vous ceci est une chose et que cela en est une autre, notre entretien d’a plus de raison d’être. Com- prenez-vous?” Il était à mille lieues de ces pro- blèmes.

Que signifie clore les comptes en dollars et en euros? Cela signifie que toute notre économie s’ef- fondrerait. Nous ne pourrions plus rien vendre. Tout serait bouché. Mais la Russie n’était pas prête à don- ner un coup de main. Alors que, finalement, elle nous l’avait promis. C’est pourquoi notre entretien s’est terminé là-dessus. Mais peut-être que la Russie n’a nul besoin que nous reconnaissions l’Ossétie et l’Abkhazie? Peut-être a-t-elle besoin d’un prétexte pour nous faire pencher d’un côté ou de l’autre?»

«Voilà ce qu’il faut marteler, qu’il faut se battre jusqu’à la fin victorieuse. C’est l’affaire de la Direc- tion de la Russie.»

«Nous ne vous avons fermé nulle part les possi- bilités de venir ici et d’y investir Mais nous ne don- nerons rien gratuitement. J’ai dit une fois dans un moment de colère à votre Direction que si j’étais vraiment sûr que si nous vendions à meilleur marché et que la différence tombe dans les poches de Russes ordinaires, je prendrais le risque. Mais ceux qui vien- nent chez nous à la recherche de ce genre d’actifs, ce sont les milliardaires. Pourquoi devrais-je augmenter leur fortune au détriment de la propriété de Biélorus- sie?»

«Quel est le prix du marché ici (le prix du gaz établi par “Gazprom” pour la Biélorussie)? On vient chez nous et l’on nous dit: le prix sera celui-là. Nous, nous disons, eh bien non, ce n’est pas normal. Nous pouvons en produire une masse de preuves. Dont les prix pratiqués en Europe. Et nous posons la question: pourquoi chez nous la rentabilité de Gazprom est- elle plus élevée qu’en Allemagne? Qu’est-ce qui nous a mérité cela? Pas de réponse. C’est une pratique mo- nopolistique. V oilà pour le premièrement. Seconde- ment, admettons que nous exigeons des prix qui soient peu élevés par rapport à ceux du marché ou tout au moins pas majorés au maximum. Mais donc, nous rendons nous aussi des services gratuitement. Comme vous avez pu le voir, 1.600 de vos installa- tions militaires\ sont accompagnées par notre DCA de la Baltique j à la mer Noire. Combien cela vous coûte-t-il?

C’est pourtant la sécurité de votre État. Vous ne nous payez pas un seul kopek pour cela. Pour les, bases, vous ne payez pas comme vous payez à l’Ukraine pour Sébastopol $40 Mds. D’une façon générale, je ne veux comparer la Biélorussie avec aucun autre pays.

——–———————————— [Comaguer bulletin n°408, 9.8;2020]

Bolivie

Secrétariat du C.C. du Parti communiste révolutionnaire (PCR de Bolivie)

L’ascension au gouvernement de l’oligarchie fasciste

Dans la nuit du lundi 11 novembre 2019, le Haut commandement des Forces armées a militarisé le pays; les rues étaient occupées par des paramilitaires, soldats et chars, alors que des avions légers et hé- licoptères survolaient le ciel. Le président Evo Morales avait déjà démissionné de ses fonctions, ainsi que le vice-président et les présidents des deux chambres de l’Assemblée législative. Le 12 novembre, dans un parlement vide, le Haut commandement militaire a remis l’écharpe présidentielle à la sénatrice de droite Jeanine Añez, tout en proclamant le retour de Dieu au palais présidentiel. L’oligarchie fasciste comman- dée par l’impérialisme yankee a rempli son objectif de regagner l’exercice direct du pouvoir politique en Bolivie.

Il est important pour nous de mener une étude approfondie basée sur le marxisme-léninisme de l’ascension de l’oligarchie fasciste au gouvernement; ce n’est pas un événement isolé dans le temps et dans l’espace, mais le produit des conditions objectives et subjectives du pays. Le gouvernement populiste d’Evo Morales a remis sur un plateau d’argent le pays aux hordes fascistes. Durant quatorze ans le gouvernement a facilité sa croissance économique, a

coexisté avec ses groupes de choc, a désorganisé la classe ouvrière et la paysannerie, et réprimé le mou- vement populaire qui se battait pour ses revendica- tions légitimes. Dans le contexte d’un différend entre les puissances impérialistes pour le contrôle de l’éco- nomie de la région, ce sont les peuples de Bolivie qui ont payé de leur sang la nouvelle redistribution des ressources naturelles du pays.

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Bolivie

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«À notre époque, le problème n’est pas causé par l’adoption des théories pseudo- socialistes révisionnistes, ni par l’invention de nouvelles théories socialistes. Le socialisme existe et se développe à la fois comme théorie et comme pratique. Il a accumulé une riche expérience historique, résumée dans la théorie marxiste-léniniste, dont la vitalité s’est confir- mée dans la vie. En s’appuyant sur cette théo- rie scientifique et en l’appliquant dans les con- ditions de chaque pays, les forces révolution- naires trouveront la bonne voie vers le socia- lisme.»

Enver HOXHA Extrait de «Marxisme-léninisme — Une doctrine toujours jeune et scientifique», Selected Works, Vol. IV, p. 773

Le «socialisme du XXIe siècle», le «socialisme communautaire» ou «vivir bien» [vivre bien — terme inventé par le gouvernement d’Evo Morales] a échoué au niveau régional. Il n’y a pas de socialisme sans socialisation des moyens de production, sans prise de pouvoir par la classe ouvrière, sans change- ment des rapports de production capitalistes. Les slogans de «complémentarité» que le gouvernement MAS-IPSP [Mouvement vers le socialisme — Instru- ment politique pour la souveraineté des peuples] a proclamé du haut de ses échelons supérieurs pendant 14 ans, représentaient en fait une politique claire de conciliation de classe. Le «processus de change- ment» d’Evo Morales n’était rien d’autre que la mo- dernisation de l’État bourgeois (y compris de l’appa- reil répressif) et la démobilisation des organisations populaires.

Les conflits déclenchés aux premières années du gouvernement Morales, entre l’État central et la soi- disant «demi-lune» [un groupement en forme de croissant de quatre départements dans l’Est de la Bolivie qui est le centre de la droite — NdT] ont été résolus avec le pacte social entre le MAS-IPSP et l’oligarchie par la nouvelle Constitution de l’État. Le texte constitutionnel approuvé à l’Assemblée consti- tuante a été négocié en commission parlementaire, renforçant les garanties pour la grande propriété pri- vée. Des groupes paramilitaires tels que l’Union des jeunes de Santa Cruz, qui ont levé la tête avec leurs actions racistes et haineuses, ont conclu des accords avec le MAS-IPSP pour devenir des groupes gouver- nementaux de jeunes. Les grands propriétaires ter- riens bénéficiaient d’une série de lois garantissant leur propriété de terres dont la superficie dépassait les limites constitutionnelles. Les lois concernant la banque privée et le secteur financier ont été négo- ciées entre le gouvernement MAS-IPSP et les repré- sentants des banquiers. La croissance du secteur fi- nancier au cours des 14 années de gouvernement

Morales a dépassé les 375%; au lieu de lutter contre l’oligarchie, le populisme a créé les conditions de sa croissance et de son développement.

Au cours des journées héroïques de 2003-2005, le peuple organisé a vaincu les partis néolibéraux traditionnels; les travailleurs et les paysans étaient à la tête de la Fédération des travailleurs boliviens (COB) et de la Confédération syndicale unifiée des travailleurs ruraux de Bolivie (CSUTCB); le Parti marxiste-léniniste pour prendre la direction de ces luttes et les guider vers la prise du pouvoir n’existait pas encore. Au cours de ces 14 années de gouver- nance MAS-IPSP, ces dirigeants syndicaux ont été cooptés, achetés et divisés par le gouvernement. Les gens désorganisés n’avaient pas les outils nécessaires pour présenter une résistance systématique au coup d’État, leurs dirigeants manquaient de légitimité au- près de la base, les organisations ont perdu leur dé- mocratie interne et leur fonctionnement institution-

nel. En absence de concertation, les mouvements populaires se sont battus contre l’exploration pétro- lière, la construction d’autoroutes et de centrales hy- droélectriques; il en a été de même contre la corrup- tion des autorités locales, et en faveur des budgets d’éducation et de santé plus importants. L’accumula- tion de revendications légitimes de divers secteurs sociaux qui avaient été durement réprimées, ont trou- vé un terrain commun lorsque la Cour constitution- nelle a ignoré la volonté populaire exprimée lors du référendum constitutionnel du 21 février 2016, où la majorité des électeurs a rejeté le changement qui au- rait rendu la réélection de Morales possible. L’inca- pacité des forces de la gauche révolutionnaire à in- fluencer et à devenir l’avant-garde des luttes sociales a permis aux forces réactionnaires de capitaliser sur les troubles sociaux.

Les élections de 2019 ont marqué un tournant dans la politique bolivienne. La réglementation na- tionale stipule que les candidats à la présidence et à la vice-présidence pour emporter leur élection doi- vent gagner soit la moitié des voix plus une, soit 40% des voix et au moins 10% de plus que le candi- dat suivant. Le soir des élections, la transmission des résultats électoraux avait été suspendue pendant 24 heures alors que la différence était moins de 10% entre Morales et Mesa, le principal candidat de l’op- position. Cela a donné lieu à des manifestations et à des affrontements nationaux massifs, avec l’incendie et la destruction de quartiers généraux électoraux commandés par des groupes paramilitaires. Du point de vue technique, il existe une série d’études (Université du Michigan, Massachusetts Institue of technology, Organisation des États américains, entre autres) concernant l’évolution statistique et la gestion informatique aux heures clés de l’élection. Il ne fait aucun doute que le système informatique sous-traité

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Bolivie

(Suite de la page 20)

à une entité privée ne présentait pas les conditions minimales de sécurité pour une élection nationale. Il existe des preuves de fraude électorale bien que leur degré ne soit pas précis. Les manifestations contre la fraude électorale qui ont duré 21 jours ont conduit à l’hégémonie de la droite oligarchique. Les discours de haine racistes, régionalistes et religieux fonda- mentalistes ont rendu possible la résurgence des groupes paramilitaires «demi-lune» de 2007-2009.

Le changement d’influence des puissances im- périalistes a été constaté dans le pays avec la lutte pour le contrôle du lithium du Salar d’Uyuni, du fer de Mutun et des hydrocarbures. Tout au long du con- flit qui s’est déclenché, les ambassades des É-U, de l’Union européenne et du Brésil, ainsi que les en- voyés de l’OEA, ont joué un rôle décisif. Le Secré- taire général de l’OEA, Almagro, a publiquement approuvé le «droit» d’Evo Morales d’être réélu, pas- sant par-dessus la Constitution. Lorsque le décompte rapide des voix a été suspendu, les premiers consul- tés par le gouvernement MAS-IPSP étaient des repré- sentants des ambassades des États-Unis, de l’Union européenne et du Brésil. Ces mêmes ambassades, ainsi que l’Église catholique, les partis de droite, le Comité civique Pro-Santa Cruz et le CONADE [Comité national pour la défense de la démocratie] ont décidé à huis clos qu’Añez serait auto-proclamé présidente.

Le régime putschiste d’Añez représente l’oligar- chie organique la plus réactionnaire du pays, dont le parti avait à peine 4% de soutien aux élections de 2019, et n’a pas perdu de temps à lever une main lourde contre le peuple. Avec la lâcheté de Morales et de son entourage qui a fui le pays, le mouvement populaire a bravement résisté aux balles fascistes et à la répression des massacres de Sacaba et Senkata. Avec plus de 35 morts, 800 blessés et 2.000 arrêtés, le mouvement paysan et populaire a fait comprendre qu’il n’y a pas de mal qui dure cent ans ni de peuple qui le tolère.

L’oligarchie, au cours des trois mois d’occupa- tion illégale du pouvoir, avait manifesté ses inten- tions de piller le pays; elle avait déjà été impliquée dans plusieurs scandales de corruption et d’attaques frontales contre des entreprises d’État (parmi les- quelles la compagnie aérienne phare du pays, Boli- viana de Aviación, et la société de télécommunica- tions Entel). Le cabinet ministériel est aujourd’hui composé d’anciens cadres des grandes banques et des conglomérats agro-industriels. Les actes officiels sont menés en présence de bibles médiévales, de bougies et de crucifix, sur lesquels les autorités prê- tent serment (malgré le fait que la Bolivie soit consti- tutionnellement un État laïc). Face à la menace mi- nime de protestations sociales, le régime n’hésite pas à renforcer la militarisation du pays, affirmant l’exis- tence d’un ennemi interne (terroristes, gauchistes,

narcotrafiquants, communistes, marxistes, etc.) Les élections générales ont été suspendues sine die, sous prétexte de la crise sanitaire du Covid-19.

«Tout ce que veulent les groupes qui pro- clament des idéologies de gauche, c’est le pou- voir parce qu’ils sont financés par le terro- risme de la drogue; ils doivent être identifiés, persécutés, encerclés et vaincus.»

Jeanine Añez

Pour les marxistes-léninistes, il est clair qu’il ne peut y avoir de révolution sans que le peuple soit armé et qu’il n’y a pas de socialisme sans socialisa- tion des moyens de production. Dans ce nouveau contexte politique, nous, communistes, avons la tâche de soutenir l’organisation indépendante du mouvement populaire, de propager le programme de lutte et de renforcer les rangs du Parti afin de com- battre le régime oligarchique fasciste qui a usurpé le pouvoir d’État en Bolivie. Elle ouvre la voie au re- groupement du mouvement populaire de résistance antifasciste, à la lutte contre les mesures néolibé- rales, à la défense des ressources naturelles et des entreprises d’État. Le deuxième plénum du Comité central de notre Parti a donné des orientations claires pour la lutte antifasciste, avec son objectif de cons- truire une alternative patriotique et populaire pour la libération nationale.

mars 2020 ————————————————— [Unity and Struggle; n°40 mai 2020] [Traduction Alexandre MOUMBARIS Relecture Marie-José MOUMBARIS]

P.S. (BIP) Souvenons nous du cas de Cesare Battisti, ce militant italien livré an janvier 2019 par le gou- vernement Morales au Brésil et qui ensuite a été livré à l’Italie.

Lorsque nous l’avions appris nous n’en avons pas cru nos yeux, et pourtant. C’était la fin de nos illusions sur Evo Morales.

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Les dossiers du BIP\® n° 221 21 juillet 2020

Équateur

Parti communiste marxiste-léniniste d’Équateur – PCMLE

Les leçons du soulèvement indigène et populaire d’octobre et les perspectives de lutte révolutionnaire

Le pays a été secoué par l’éclatement et le déve- loppement de grandes luttes des peuples et nationali- tés autochtones, des ouvriers des villes et des cam- pagnes, de la classe ouvrière et des paysans pauvres, des petits commerçants, des habitants des quartiers populaires des villes, des enseignants et de l’intelli- gentsia progressiste. De grandes manifestations d’insurrection de la jeunesse des communautés indi- gènes, des ouvriers d’usine, des étudiants du secon- daire et de l’université ont eu lieu. Ils ont occupé les autoroutes, les rues et les places, accompagnés des femmes indigènes et ouvrières, des enseignants, étu- diants et femmes au foyer.

Ces manifestations massives de mécontente- ment et de colère des travailleurs et des peuples se sont transformées en soulèvement indigène et popu- laire qui a mis fin aux tentatives du gouvernement et de l’impérialisme d’appliquer des mesures néolibé- rales.

Le soulèvement populaire et autochtone qui a duré 12 jours en octobre 2019, a démontré que les travailleurs et les peuples, les femmes et les jeunes sont debout, luttant pour leurs intérêts et leurs droits, pour la liberté et la démocratie.

La lutte des peuples et nationalités autochtones, menée par la CONAIE (Confederación de Nacionali- dades Indígenas del Ecuador – Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur); les organisa- tions ouvrières et sociales dirigées par le FUT (Frente Unitario de Trabajadores – Front unitaire des travailleurs) et le FP (Frente Popular – Front populaire); les travailleurs de la ville et de la cam- pagne qui n’appartiennent à aucune organisation so- ciale et syndicale et de larges secteurs de la jeunesse ont remporté une grande victoire: l’abrogation du Décret 883, la suspension des réformes du travail et la reformulation du projet de Croissance de l’écono- mie.

La victoire des travailleurs et des peuples a obli- gé le FMI (Fonds monétaire international) et le gou- vernement, a modifier leur politiques et à céder à leurs revendications économiques, politiques et idéo- logiques. Toutefois cela n’a pas changé la nature du régime, les règles imposées par le FMI sont toujours en vigueur, les grands capitaux nationaux et interna- tionaux maintiennent leurs exigences. Le gouverne- ment de Lenin Moreno s’efforcera de s’y conformer.

Le projet de loi sur la Croissance de l’économie, a l’exclusion des réformes du travail, avec quelques changements au projet initial a déjà été proposé. C’est un projet qui profite principalement aux grands

chefs d’entreprise et aux banquiers. Il les exonère de l’impôt sur les bénéfices et supprime les avances sur les impôts sur les bénéfices à venir et la taxe sur les sorties de devises. Cette mesure a été rejetée par la majorité des membres de l’Assemblée afin de préser- ver leur prestige en vue des prochaines élections. Dans le même esprit de subordination au FMI, son projet Simplicité et impôt progressif qui répond prin- cipalement aux intérêts de la classe capitaliste, a fi- nalement été approuvé par l’Assemblée nationale.

Par rapport au prix des carburants et des trans- ports, le gouvernement cherche à appliquer une poli- tique de ciblage sur les subventions et tarifs et à mettre en place des compensations.

Les événements politiques d’octobre 2019 et leurs conséquences ont créé un nouveau rapport de forces.

Pendant les périodes les plus importantes de la dénonciation de la corruption du régime Correa et de ses hauts fonctionnaires, du démasquage d’actes ar- bitraires, du verbiage des bras ouverts, de la main tendue et du dialogue avec tous les Équatoriens; une grande partie de la population était favorable à l’ad- ministration présidentielle. Le taux d’approbation de Moreno était supérieur à 70%, il a réussi à cacher le spectre de la fraude électorale qui lui a permis de remporter l’élection avec 51%. Maintenant, après la victoire remportée par le soulèvement populaire et indigène, la crédibilité du gouvernement Moreno a chuté jusqu’à atteindre 14%.

L’approbation de l’Assemblée nationale est tom- bée en dessous des 10%. Les forces armées et de la police se sont largement dévoilées comme forces répressives servant les intérêts de groupes écono- miques.

Pendant ces jours de lutte populaire, les grands médias, la télévision et la presse ont montré une par- tialité extraordinaire envers les thèses et les proposi- tions du gouvernement et de la bourgeoisie. Cet état de fait a été constaté par les travailleurs ce qui a quelque peu diminué la crédibilité de ces médias.

La classe capitaliste, les partis politiques bour- geois: le Parti social-chrétien, CREO (Creando op- portunidades – Créant des opportunités), le parti libé- ral SUMA (Sociedad Unida Más Acción – Mouve- ment Société unie pour plus d’action) et Alianza País (Alliance pays – Coalition dirigée par Lenin More- no), qui se tenaient fermement du côté des mesures néolibérales, les considérant comme sacrées et les bénissant, ont été largement démasqués comme en-

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nemis du peuple. Les politiques de diversion qui ont été promues avec les soi-disant marches blanches qui défendaient «la paix et la tranquillité, le principe sacré de la propriété privée», ont échoué; elles n’ont pas atteint leur objectif de délégitimer le soulève- ment indigène et populaire. Elles se sont réduites à une marche importante, et solitaire, à Guayaquil, et à de petites manifestations dans d’autres villes.

Jaime Nebot Saadi [Parti Social-chétien — NdT], qui a tenté de promouvoir sa campagne prési- dentielle au milieu de la lutte populaire, a vu son projet politique s’effondrer. Comme il l’a reconnu lui -même; ses cris racistes lui ont fait perdre une partie des forces qui le soutenaient. Le Parti social- chrétien au sein du cabinet du maire de Guayaquil, était considéré comme raciste.

Les forces pro-Correa ont subi un nouveau re- vers; après les révélations sur la dilapidation d’argent public, la corruption, les poursuites et l’emprisonne- ment de l’ancien vice-président, de plusieurs anciens ministres et hauts fonctionnaires. Ils ont voulu s’im- poser comme opposition populaire au régime de Moreno. Ils ont dénoncé la politique néolibérale et organisé des marches et des manifestations et une grève paysanne de cinq jours qui a échoué. Les gens ont vu que les forces pro-Correa ne sont pas sorties dans la rue; ils ne se sont pas battus pour leur chef autoritaire. Lors des élections locales de mars 2019, les forces pro-Correa ont soutenu le parti d’un homme corrompu qui risque la prison et n’a rempor- té que 11% des voix et deux des 23 préfectures.

Dans le soulèvement populaire et indigène, les forces pro-Correa ont opté pour la conspiration. Elles ont infiltré le mouvement indigène et les quartiers populaires, commis des actes de provocation, utilisé les avoirs et les ressources des préfectures pour fi- nancer leurs forces maintenues en action grâce à des gratifications quotidiennes pour leur participation. Ils ont pris position contre les nationalités et les peuples autochtones, le FUT et le FP (Frente popular — Front populaire). La dénonciation de la répression qu’ils prônaient lorsqu’ils étaient au pouvoir, les pro- vocations et actes de vandalisme, ainsi que les dé- nonciations du gouvernement ont contribué à leur isolement après le soulèvement. Ils ont dénoncé ce qu’ils ont appelé la trahison de la CONAIE et ont af- firmé être politiquement persécutées.

Les forces pro-Correa sont affaiblies mais pas éliminées. L’estimation selon laquelle elles pour- raient gagner les prochaines élections est malicieuse- ment promue par le gouvernement et les partis poli- tiques bourgeois pour soulever ainsi un spectre; ce sont des préoccupations totalement infondées pour attiser les inquiétudes des couches moyennes et des nombreux secteurs de travailleurs.

Les forces pro-Correa ont une base solide; mais sont en chute libre. Lors des dernières élections, elles

n’ont remporté que 11% des suffrages, alors qu’ils avaient obtenu 54% aux élections législatives de 2017. Dans le soulèvement populaire et indigène, elles se sont montrés comme une alternative échouée, ne constituant pas une grande force poli- tique et n’ayant plus le potentiel qu’elles revendi- quaient. Toutefois, elles ne doivent pas être sous- estimées car leur base sociale provient de secteurs des classes laborieuses pauvres de la ville et de la campagne.

Dans le camp populaire, ont lieu des change- ments qualitatifs importants, qui influencent les forces sociales et politiques, la conscience des masses ouvrières, des jeunes, de l’ensemble de la société.

Le mouvement indigène et particulièrement le CONAIE sont mieux situés que dans le passé immé- diat; ils sont reconnus pour leur organisation, leur cohérence et leur courage dans la lutte; pour la jus- tesse de leurs propositions; pour le sérieux de leurs principaux porte-paroles et dirigeants.

Le mouvement indigène uni forme une force importante dans le mouvement ouvrier et populaire, dans les partis politiques et les organisations de gauche.

Le MUPP-NP — Movimiento de Unidad Pluri- nacional Pachakutik – Nuevo País – Mouvement d’unité plurinationale Pachakutik – Nouveau pays, mouvement indigéniste socialiste), un parti qui re- présente une partie importante du mouvement indi- gène, réaffirme son importance dans les territoires où il a fait preuve de force et de bon sens. Il grandit dans l’esprit des travailleurs et des peuples de tout le pays.

La classe ouvrière, surtout, ses secteurs organi- sés en fédérations de classe, partie du FUT, ont mené une lutte importante; ils étaient les organisateurs et les protagonistes de la grève nationale qui a eu lieu le 9 octobre, dans le cadre du soulèvement populaire et indigène. Les revendications proposées, principale- ment l’opposition à la flexibilité du travail, ont été reprises par la classe ouvrière dans son ensemble, y compris par la base des fédérations syndicales jaunes constituées des forces pro-Correa et parrainées par Moreno.

La victoire des travailleurs s’est matérialisée pendant le soulèvement populaire et indigène, par la suspension du projet de loi original sur la Croissance de l’économie, et plus tard, après la fin de la lutte populaire, par le retrait de plusieurs parties de la ré- forme du travail, du nouveau projet de cette même loi.

Le FUT a réaffirmé, parmi sa propre base et au- delà à une bonne partie de la classe ouvrière, son rang en tant que principale organisation ouvrière. Il s’est de surcroît étendu à d’autres usines, dans des secteurs considérables de travailleurs non-syndiqués,

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(Suite de la page 23)

lui faisant ainsi obtenir la majorité.
L’UGTE— (Unión General de Trabajadores del

Ecuador – Union générale des travailleurs de l’Équa- teur) a pris une part décisive dans l’appel, l’organisa- tion et le développement de la grève nationale. Dans une large mesure, elle a développé le débat dans les assemblées syndicales, promu la nature, les tâches idéologiques et politiques et les responsabilités de la classe ouvrière envers les autres classes laborieuses et la société. Du fait de sa participation au soulève- ment populaire et indigène, l’UGTE peut se prévaloir du soutien de sa base et de la sympathie d’autres sec- teurs de la classe ouvrière; elle peut être fière des possibilités de développement qui s’offrent à elle et devrait profiter de la situation pour progresser.

Les organisations syndicales et sociales qui composent le Front populaire: l’UGTE, la FEU- NASSC (Fédération nationale unie des affiliés à la sécurité sociale des paysans), l’UNE (Union natio- nale des éducateurs), CUCOMITAE (Fédération unitaire des commerçants et travailleurs indépen- dants de Équateur), CUBE (Fédération unitaire des quartiers de l’Équateur), Femmes pour le change- ment, FESE (Fédération des étudiants du secondaire de l’Équateur), FEUE (Fédération des étudiants uni- versitaires de l’Équateur) et UNAPE (Union natio- nale des artistes du peuple d’Équateur), ont participé avec une bonne partie de leur base à diverses jour- nées du soulèvement populaire et indigène; leurs dirigeants étaient des combattants déterminés et cou- rageux, leurs membres et la base ont été enflammés et nourris par les leçons de la lutte des masses, par le développement de formes nouvelles et variées de lutte, leurs bannières ont été vues par les combattants dans les rues et sur les places.

Le Front populaire, les forces sociales et poli- tiques qui le composent, sont sorties renforcées des luttes d’octobre; elles ont l’espace, les conditions et les responsabilités pour se situer dans des nouvelles situations et avancer dans la consolidation de leur organisation, développer de nouvelles luttes et, sur- tout, insister sur l’obligation d’éduquer politiquement la base pour développer ainsi la conscience révolu- tionnaire dans l’esprit, l’organisation et l’action des masses.

Le parti Unidad popular (Unité populaire) a au cours des événements réaffirmé sa nature de parti de la gauche révolutionnaire; ses dirigeants, sa base, ses membres et ses sympathisants ont été activement intégrés dans la réponse politique directe aux poli- tiques antipopulaires et antinationales du gouverne- ment Moreno. Ils les ont en temps opportun dénon- cés et clarifié leur nature néolibérale et leur intention de faire porter le poids de la crise sur les épaules des travailleurs et du peuple.

Les membres du parti Unidad popular étaient présents au sein des organisations sociales; ils ont

participé aux débats et aux prises de décisions et rejoint la lutte dans les quartiers, les syndicats et les organisations d’enseignants, de paysans et d’étu- diants.

Unidad popular a dit «nous sommes présents», avec des banderoles flottant dans les rues et sur les places du pays. Le 2 octobre, dans la manifestation de rue qui a débouché sur les luttes, transformées en soulèvement populaire et indigène, Unidad popular avait lancé le mot d’ordre «Ni Moreno ni Correa; seul le peuple peut sauver le peuple», scandé par des milliers de manifestants pendant les jours de la lutte populaire.

Unidad popular a confirmé son caractère de parti de gauche représentant et luttant pour les inté- rêts et les droits des masses ouvrières et de la jeu- nesse. Elle a mis en avant de nouveaux défis ainsi que la façon de les affronter et faire progresser leur organisation de manière constante et en convain- quant les populations de leur pertinence.

D’autres organisations et mouvements de la gauche révolutionnaire, le Mouvement révolution- naire des travailleurs (MRT), le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), le Mouvement José Carlos Mariátegui, le Mouvement de libération de Guevariste, la Révolte et d’autres ont été directement impliqués dans la lutte; ils se sont battus côte à côte avec les peuples autochtones, les travailleurs et les jeunes; ils ont diffusé leurs propositions et slogans. Une bonne partie de la base du Parti socialiste était également impliquée, malgré le silence de sa direc- tion. Au cours de la lutte, l’unité en action s’est con- crétisée. Il était possible de lutter ensemble contre l’ennemi commun, le néolibéralisme et le gouverne- ment Moreno. Ces circonstances offrent certaines possibilités d’avancer dans le processus unitaire de la gauche révolutionnaire.

La lutte populaire est devenue le creuset et l’épreuve par lesquels ces formations de la gauche révolutionnaire sont devenues visibles et renforcées.

Un résultat important du développement du sou- lèvement populaire et indigène est le niveau considé- rable d’unité dans l’action entre les partis et les orga- nisations de la gauche révolutionnaire, qui s’est for- gée dans la lutte. Les objectifs communs, la justesse de la cause, la force et le caractère décisif du mouve- ment indigène et, bien sûr, la nature des forces de la gauche révolutionnaire, ont permis de mettre de côté, sur un plan secondaire, les différences idéologiques et politiques et placer l’unité au centre de la lutte.

Ces événements posent pour le présent, le futur immédiat et celui à moyen terme la possibilité de trouver des points de convergence pour discuter des projets et des politiques, de tous les révolutionnaires de gauche, pour avancer ainsi vers des accords pro- grammatiques à moyen et à long terme.

Un nouveau scénario se présente pour le Parti

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(Suite de la page 24)

du prolétariat, la certitude qu’il est possible de parler, de discuter de projets, et que des progrès peuvent être faits dans la construction de l’unité des forces révolutionnaires.

Nous proposons d’ouvrir le débat sur la base de l’égalité, de mettre de côté les préjugés, de se con- naître et de se fixer des objectifs et des voies. Nous soutenons, comme par le passé, que personne n’a le droit d’imposer son projet ou son point de vue, et qu’aucune organisation n’a le droit de veto sur les accords. Nous sommes favorables à une discussion ouverte, franche et démocratique des accords majori- taires. Nous rejetons la politique de consensus, qui n’est rien d’autre que le droit de veto.

Le Parti du prolétariat s’est impliqué de manière directe et responsable, dans l’orientation et la propa- gande, dans le débat entre les organisations et les groupes sociaux, pour proposer et guider la résis- tance et la lutte contre les politiques néolibérales du gouvernement Moreno. Nous nous sommes engagés à travailler dans les assemblées provinciales et natio- nales, ainsi que dans les congrès des travailleurs et des organisations sociales; nous étions présents aux conventions du FUT et nous avons encouragé l’unité et l’appel à la grève générale.

Depuis des mois, le Parti et ses forces se sont impliqués dans la diffusion et la discussion de l’appel à la grève générale, ainsi que dans le travail d’organi- sation parmi la base des organisations sociales et syndicales, là où nous avons un impact et des respon- sabilités. Nous avons compris que la décision et l’ap- pel étaient importants, mais qu’il fallait qu’ils soient repris par les masses. Le Parti y a pris une part déci- sive, ses membres et sympathisants étaient en pre- mière ligne de la bataille, dans les rues, sur les places, sur les routes et les autoroutes. Ils ont pu im- pliquer une bonne partie de la base sociale du parti et des secteurs importants des masses ouvrières, des jeunes et des femmes.

La participation des membres aux luttes popu- laires d’octobre a fourni de significatives leçons: elle a réaffirmé les conceptions prolétariennes du rôle des masses dans l’histoire, du rôle de l’unité dans la lutte, dans les objectifs et les propositions, dans le présent et dans l’avenir, de la lutte comme moyen de dé- fendre et de promouvoir les intérêts et les droits des masses. Elle a permis de forger et tremper des con- victions révolutionnaires; d’élargir la vision des communistes sur le rôle et la nature des autres orga- nisations politiques révolutionnaires.

L’évaluation menée sur ce qu’était et ce que si- gnifiait le soulèvement populaire autochtone, sur les nouvelles situations et contextes résultant de la vic- toire remportée, montre que la grande majorité des membres étaient directement impliqués dans les combats, que leur participation les a confirmés dans leur rôle pour la valorisation du Parti et de sa poli-

tique en tant qu’expression de la pensée révolution- naire la plus avancée, comme la plus déterminée et la plus prête au combat.

Dans ces batailles, nous avons fait des progrès significatifs ainsi que dans le processus de rassem- blement des forces révolutionnaires.

La bourgeoisie tente de délégitimer la lutte populaire

Les classes dirigeantes et les partis politiques bourgeois sont conscients de ces nouvelles circons- tances, surtout du potentiel des forces populaires et de la gauche révolutionnaire, et ils déclenchent une grande offensive idéologique et politique, une véri- table chasse aux sorcières, criminalisant les combat- tants sociaux et les chefs des peuples autochtones et des travailleurs.

Maintenant, après la défaite que leur a infligée le soulèvement indigène et populaire, ils affirment que le pays a été dévasté par le vandalisme, les excès des manifestants, qu’ils ont perdu des centaines de millions de dollars et que finalement, «nous sommes tous perdants» et que la lutte et son issue n’ont con- duit ni à des gagnants ni à des perdants.

Ils ont parlé de l’existence d’un complot interna- tional, de la participation d’étrangers, de guérilleros colombiens et d’activistes pro-Maduro, de la planifi- cation et de la réalisation d’actes terroristes, de la mise en place d’une guérilla urbaine, le tout dans le but de discréditer la lutte.

Toute la bourgeoisie raconte ces mensonges, qualifiant d’irrationnelles les masses qui ont participé à la lutte, affirmant qu’il s’agissait de contingents dirigés de manière autoritaire par des dirigeants dia- bolisés comme ennemis de la démocratie et de la liberté. Ils annoncent et préparent des politiques et des actions anti-insurrectionnelles, et améliorent les services d’information et de renseignement des forces armées et de la police.

Le travail des grands médias dans le développe- ment de cette attaque idéologique et politique est intense et exige des réponses opportunes et soute- nues de la part des forces révolutionnaires et, en par- ticulier, du Parti du prolétariat.

Ils s’égosillent à clamer leur «disposition démo- cratique» et qu’ils reconnaissent le droit des travail- leurs et des peuples à protester, à faire des revendica- tions; mais condamnent ce qu’ils appellent des actes de vandalisme et de terrorisme. Ils appellent le soulè- vement populaire et indigène juste, reconnaissent avoir eu tort dans leur analyse et leurs propositions, mais dénigrent les combattants sociaux, qu’ils quali- fient de violents et les accusant de s’attaquer à la paix et à la propriété privée. Ils reconnaissent le droit des peuples autochtones de s’opposer à la discrimina- tion et à la ségrégation culturelles dont ils sont vic- times et en même temps les accusent d’être des re-

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vanchards, de s’opposer au progrès. Ils se déclarent amis et partisans des paysans, des travailleurs ruraux qu’ils identifient comme les oubliés, ignorés par tous les gouvernements et prétendent que les décrets et les mesures qu’ils prennent sont pour assurer leur salut. Ils disent que le régime est le porte-étendard du dia- logue, qu’il a les bras ouverts pour discuter et établir un consensus pour le bien du pays, mais qu’il est nécessaire de faire des sacrifices maintenant pour pouvoir profiter demain. En même temps ils appel- lent à la répression, l’utilisation des gaz lacrymo- gènes, des chevaux et des véhicules motorisés pour défendre l’ordre menacé par la lutte populaire.

Les racontars du gouvernement, des partis poli- tiques réactionnaires, des chambres de commerce, de la plupart des grands médias, des chefs de l’Église catholique, portent sur des événements survenus lors du soulèvement indigène et populaire d’octobre qu’ils déforment. Pour les dizaines de milliers de personnes qui ont participé directement aux luttes, en ville et à la campagne, dans les rues et sur les places, les choses sont claires, mais ce n’est pas la même chose pour la grande majorité de la population, objet de manipulation idéologique.

Les faits sont têtues et marquent les raisons de la lutte sociale

Les révolutionnaires prolétariens, les hommes et les femmes qui composent le mouvement ouvrier et populaire, les acteurs sociaux du mouvement indi- gène doivent assumer la responsabilité de dénoncer ces erreurs et préciser encore et encore la nature des événements et leurs résultats.

Nous, les indigènes et les travailleurs de la ville et de la campagne, ne sommes pas des criminels, des vandales et encore moins des terroristes ou des sabo- teurs; nous sommes la main-d’œuvre qui soutient la vie et le développement de la société.

Ce furent des jours difficiles pour les ouvriers de l’industrie, des mines et du bâtiment qui créent la richesse du pays qui permettent de satisfaire les be- soins vitaux des Équatoriens, même si pour l’instant, une grande partie de cette richesse est expropriée par les employeurs. C’est le travail de millions de pay- sans qui nous permet de subvenir aux nécessitées quotidiennes des Équatoriens; la nourriture c’est le travail des salariés agricoles qui rend possible l’ex- portation des produits agricoles et du bétail, qui four- nit des devises pour l’achat des produits qui doivent être importés. C’est le travail quotidien des travail- leurs indépendants qui permet une grande partie de la production et de l’échange de biens utiles. L’activité des enseignants, des agents de santé et des fonction- naires assure la dynamique quotidienne de la société.

Les actes de vandalisme qui ont certainement eu lieu pendant le soulèvement, étaient l’œuvre de pro- vocateurs des forces pro-Correa et des forces répres-

sives qui tentaient de rejeter la faute sur les combat- tants populaires.

Il est reconnu par tous que les 11 morts, les 1.340 blessés et les 1.152 personnes arrêtées étaient issus des rangs des combattants sociaux, victimes de la répression brutale ordonnée par le gouvernement. La mission de la Commission interaméricaine des droits de l’homme elle-même l’a réaffirmé. Cela si- gnifie que les mobilisations sociales et l’action des combattants populaires ont été défensives, répondant aux balles et aux gaz lacrymogènes par des cris, des bâtons et des pierres.

D’un autre côté, le soulèvement autochtone et populaire d’octobre a fixé des objectifs et les a at- teints; le gouvernement et l’oligarchie se sont aussi fixés des objectifs mais ils ne les ont pas atteints. Il y a eu des batailles massives pour lesquelles nous avons remporté une grande victoire.

La vérité clairement établie est que les Équato- riens n’ont pas à payer plus pour le carburant et le transport; que le contrat horaire et la flexibilité du travail n’ont pas été adoptés; que les salaires des tra- vailleurs n’ont pas été abaissés. La réalité est que nous, des millions d’Équatoriens avons vu à la télévi- sion comment le président a cédé sur les exigences du mouvement indigène et populaire. Les travailleurs ont gagné une immense victoire.

Il est clair que le grand perdant a été le gouver- nement et l’ensemble des classes dirigeantes qui ont été forcés de renoncer à leurs tentatives de libérer les prix du carburant.

Le verbiage démocratique avec lequel ils sont censés reconnaître le droit du peuple à revendiquer et à protester vise à voiler le caractère autoritaire, arro- gant et répressif du régime; il se heurte aux faits, aux mesures visant à renforcer la capacité militaire à faire taire la contestation sociale.

L’unité a été forgée et développée au combat

Le soulèvement indigène et populaire est un excellent exemple de l’unité des travailleurs et des peuples, des travailleuses et des jeunes, des partis et organisations politiques de gauche. L’unité politique s’est forgée dans la discussion entre communautés indigènes de la CONAIE, parmi les travailleurs de base dans les syndicats, dans les fédérations provin- ciales et nationales, dans le FUT, dans les organisa- tions syndicales et sociales qui composent le Front populaire, dans le débat entre les militants sociaux et politiques et les collectifs qui défendent la nature et l’environnement. Cette unité politique s’est concréti- sée dans une plate-forme commune, dans des objec- tifs précis, dans la demande que le gouvernement abroge les mesures néolibérales et la flexibilité du travail. L’unité s’exprimait dans la lutte, dans les rues et sur les places, dans les territoires et sur les auto- routes, dans les assemblées quotidiennes qui analy-

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(Suite de la page 26)

saient le déroulement de la lutte.
Ces expressions importantes de l’unité des

masses ouvrières, des peuples et de la jeunesse for- ment la base pour avancer plus résolument dans la construction de l’unité pour la prise du pouvoir, pour la construction du socialisme.

Nos responsabilités exigent que nous conti- nuions à développer, dans les conditions actuelles, l’unité des travailleurs, des peuples et des jeunes afin de confronter et de surmonter l’arrogance des em- ployeurs, pour la défense de nos droits, pour la con- quête des revendications des masses.

Seule l’unité des travailleurs au sein de leur or- ganisation syndicale et sociale nous permettra de clarifier les raisons du combat, d’identifier nos vrais amis et nos ennemis, pour lutter de manière décisive contre leurs politiques et en faveur des intérêts des masses. Un syndicat unifié autour des buts immé- diats et à moyen terme de ses membres, pourra déve- lopper une direction cohérente qui aura le courage d’atteindre ses objectifs. L’unité forgée dans chacune des organisations sociales et syndicales est le théâtre de la politisation des masses, pour forger et affirmer les objectifs politiques de la prise du pouvoir popu- laire.

Il faut passer de l’unité dans un syndicat et d’une commune, à l’unité entre les syndicats, à la création de liens fraternels entre les travailleurs d’une fédération, d’une province, d’un secteur de produc- tion. Nous devons avancer dans la formation de structures unitaires avec les autres secteurs de la classe ouvrière et de la paysannerie, les jeunes et les enseignants.

Les acquis de la formation du Collectif des or- ganisations sociales et du Parlement des peuples devraient servir de base pour avancer et forger l’unité idéologique et politique des travailleurs avec le mou- vement indigène, les organisations sociales et les militants qui défendent la nature et l’environnement. Nous devons œuvrer pour que les militants du soulè- vement indigène et populaire travaillent de manière unie afin d’assumer toutes les tâches de la vie sociale et politique.

Le Parti doit tirer les leçons des expériences acquises dans la formation du mouvement révolu- tionnaire des masses, des organisations unitaires qui se construisent; il doit œuvrer pour les consolider et les développer; il doit les utiliser comme base pour élargir l’unité à d’autres secteurs sociaux.

Le Front populaire comme expression de la coordination et de l’action des organisations syndi- cales de lutte de classe, de la paysannerie pauvre, des petits commerçants, des habitants des quartiers pauvres, des étudiants du secondaire et de l’universi- té, des femmes, doit être pris au sérieux par les comi- tés provinciaux, par la direction nationale, par les membres et les dirigeants du Parti.

Le FUT est une organisation dans laquelle con- vergent diverses fédérations syndicales et différentes positions politiques; c’est une organisation qui a ga- gné une place importante au sein de la classe ou- vrière et du peuple. Les responsabilités assumées par le FUT doivent être entièrement remplies. Nous de- vons participer activement au débat, à la prise de décisions et être cohérents dans l’application de ces décisions.

La situation politique dans le pays, le dévelop- pement important de l’organisation et de la lutte des peuples et nationalités autochtones, la présence et l’activité de la CONAIE réaffirment les propositions de la Ligne politique concernant le rôle du mouve- ment autochtone dans la révolution équatorienne; elles exigent un travail soutenu et à long terme pour construire l’unité des travailleurs et des peuples et, en particulier, avec les peuples et nationalités autoch- tones.

La nature multiculturelle du pays existe au sein du mouvement ouvrier et populaire; en elle les ou- vriers, les hommes et les femmes, les jeunes et les adultes, les métis, les indigènes, les noirs se rencon- trent, la nature est aux couleurs variées des ouvriers et des peuples. La construction d’une interculturalité fraternelle et révolutionnaire entre les acteurs histo- riques sociaux de la révolution équatorienne est une responsabilité partagée par tous. Les bannières de libération sociale et nationale, le drapeau rouge des ouvriers, la wipala du mouvement indigène, le dra- peau national tricolore, doivent flotter dans toutes les luttes populaires, apparaitre dans toutes les proposi- tions et programmes.

Les liens politiques et organisationnels qui se développent au sein du mouvement populaire mon- trent la décision du Parti d’œuvrer dans cette direc- tion et montrent clairement la volonté et la détermi- nation d’autres forces politiques et sociales de se ras- sembler dans des actions et des organisations pour renforcer le bloc populaire, pour diriger à la prise du pouvoir populaire.

Le marxisme-léninisme, les orientations géné- rales du PCMLE, les propositions conjoncturelles concrètes servent de guide pour le travail des révolu- tionnaires prolétariens; il faut travailler pour amener le plus largement possible la théorie révolutionnaire, les propositions programmatiques de la révolution et du socialisme.

L’unité des gauchistes

La tâche de construire le Front révolutionnaire uni requiert un travail unitaire du Parti au sein de la classe ouvrière, des autres classes laborieuses et du mouvement indigène; elle exige également une poli- tique unitaire envers les autres partis et organisations politiques de la gauche révolutionnaire.

Le renversement du pouvoir de l’impérialisme et

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(Suite de la page 27)

de la grande bourgeoisie, l’établissement du pouvoir populaire et la construction de la société des ou- vriers, sont des objectifs de la classe ouvrière et des peuples. Ils nécessitent la lutte des ouvriers de la ville et de la campagne, de la jeunesse, ils réclament la construction, au cours de la lutte, de l’unité des forces motrices de la révolution, des acteurs sociaux et politiques.

Le PCMLE a pris ses responsabilités dans l’or- ganisation de la révolution, dans le processus de ras- semblement de forces, dans les multiples activités qui se déroulent dans la confrontation des travail- leurs et des jeunes avec les employeurs, l’État bour- geois et les gouvernements en place.

Sur cette voie, convergent d’autres partis et or- ganisations politiques de la gauche révolutionnaire avec lesquels nous sommes d’accord dans la rue, dans la grève, dans la confrontation commune contre la politique de la bourgeoisie; ils impliquent aussi les écologistes et environnementalistes, les partisans du Yasuni (grand parc national de la région amazo- nienne de l’Équateur) les militants pour les droits de l’homme, les militants du mouvement des femmes, des LGBTI, les gauchistes intellectuels et combat- tants non-partisans. Avec tous, nous devons cons- truire l’unité contre l’establishment, contre l’impéria- lisme et le gouvernement en place.

Chaque organisation a ses propres propositions programmatiques, lignes politiques et objectifs stra- tégiques; ils ont une direction et des membres qui se battent à ces fins. Nous nous considérons tous comme des révolutionnaires, nous nous appelons des

combattants anticapitalistes, antiimpérialistes; nous menons des actions dans le mouvement des travail- leurs et des jeunes.

Au fond, dans la lutte quotidienne contre les politiques de l’impérialisme et de la bourgeoisie, il y a des points communs, des raisons d’unir nos éner- gies et nos forces.

Sur la base de ces faits, le PCMLE propose d’ouvrir le débat, sur la base de l’égalité, avec tous les partis politiques et organisations de gauche, pour trouver les points d’union, pour signaler les diffé- rences mais non pour les élever comme des barrières entraver l’unité, rechercher des accords concrets, marcher et lutter ensemble.

Le PCMLE n’a pas d’attitudes d’hégémonie. Il n’essaie d’imposer ses lignes à personne, mais il ne renonce pas à son obligation de les faire circuler et de les mettre en avant parmi les masses, pour en dis- cuter avec d’autres révolutionnaires.

Le PCMLE proclame sa volonté de rechercher des accords, en toutes circonstances et en tous lieux, pour unir ses forces pour gagner, par la lutte, les re- vendications des masses, pour travailler avec persé- vérance pour des engagements de contenu program- matique qui vont au-delà de l’unité dans la lutte, qui proposent des objectifs politiques.

Équateur, mars 2020

Pablo MIRANDA

—————————————— [Unity and Strugle, n° 40, mai 2020 organe de l’ICMLPO] [Traduction de l’anglais Alexandre MOUMBARIS relecture Marie-José MOUMBARIS]

Chine — Ouighours

Le Congrès ouighour mondial est utilisé par l’Occident pour embraser le monde

Andre VLTCHEK

Les médias occidentaux vous ont dit de plaindre les Ouïghours, un groupe ethnique minori- taire chinois de la province du Xinjiang. On vous a demandé de «les soutenir» et de «défendre leurs droits».

Ils vous ont dit que les Ouïghours sont victimes de discrimination et que la Chine essaie injus- tement de détruire leur culture.

Ce que vous n’êtes pas censé savoir, c’est que de nombreux événements apparemment sans rapport les uns avec les autres que vous suivez sur vos écrans de télévision ou dans les pages de vos journaux, sont en fait directement liés aux Ouïghours et à leur «Congrès Ouïghour Mondial» (WUC) militant pro-occidental.

Vous avez lu que le président turc Recep Tayyip Erdoğan a soudainement craqué, en s’oppo- sant à la Russie, provoquant même l’Union euro- péenne et en envoyant de plus en plus de troupes d’occupation dans la Syrie voisine. On pourrait vous pardonner de penser qu’il est devenu fou.

Mais non, il y a en fait une logique d’acier dans ses actions. Pendant des décennies, Erdoğan a cru

que la minorité ethnique turque, principalement pré- sente dans la province chinoise du Xinjiang, est le berceau de la nation turque. Lorsqu’il était maire de la ville d’Istanbul, il a même érigé une petite statue d’un Ouïghour, dans le quartier historique du Sultan Ahmed.

Après l’éclatement de la guerre en Syrie, ou

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Chine — Ouighours

(Suite de la page 28)

plus précisément, après que l’Occident eut entamé une tentative de renversement du président Assad, la Turquie a fait venir des Ouïghours militants de Chine, et a commencé à les utiliser à l’intérieur du territoire syrien. J’ai décrit cela dans mon long essai «La marche des Ouïghours», publié par ce magazine (New Eastern Outlook). La version longue de l’essai sera bientôt publiée sous forme de livre.

La Turquie a traîné les cadres du Djihad ouïghour et leurs familles à travers l’Indonésie et d’autres pays, leur fournissant des passeports turcs, pendant toute la durée du voyage. Elle les a formés dans des camps de réfugiés, principalement dans la région de Hatay (territoire historiquement syrien, saisi par la Turquie après la Première Guerre mon- diale), pour finalement les injecter à Idlib (une pro- vince syrienne). Là, souvent sous l’influence de drogues de combat, les combattants ouïghours ont commis des crimes contre l’humanité, assassinant des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants, tout en dépeuplant des villages et des villes entières. Ils ont coopéré avec divers groupes terroristes, prin- cipalement originaires des pays arabes, qui tiennent toujours la région.

J’ai interrogé plusieurs familles syriennes qui avaient fui avec horreur le massacre. J’ai également interrogé des commandants syriens aux frontières des zones détenues par les terroristes, en 2019. Tant les civils que les forces armées ont témoigné qu’ils n’avaient jamais rencontré une telle brutalité de toute leur vie.

La Turquie, membre de l’OTAN, faisait essen- tiellement une faveur à ses alliés occidentaux. Les Ouïghours ont été injectés dans les champs de ba- taille du Djihad en Syrie, afin de s’endurcir encore plus, et finalement de retourner en Chine, perturbant ainsi la paix et «l’Initiative la Ceinture et la Route» vitale – le grand projet internationaliste du président Xi Jinping.

L’île indonésienne rétive de Sulawesi a égale- ment été utilisée, bien que dans une moindre mesure, pour la formation des combattants ouïghours.

Aujourd’hui, les forces turques se terrent dans le gouvernorat d’Idlib, engageant directement l’Ar- mée Syrienne, tout en menaçant l’Armée russe d’une nouvelle guerre.

La Russie se plaint que la Turquie n’a pas réussi à séparer les terroristes de l’opposition légitime. Cela définit en fait la situation en des termes extrêmement modérés. La Turquie soutient directement les terro- ristes dans la région d’Idlib, et cela inclut plusieurs ramifications de ce qui était connu sous le nom d’État islamique, et par tous les moyens les Ouïghours et leurs contingents.

Ankara veut à nouveau régner sur la région, comme elle l’a fait par le passé. Mais maintenant, elle joue un jeu extrêmement complexe; elle veut

reconstruire son empire en dressant l’OTAN, les États-Unis, l’Europe, les terroristes, les islamistes et la Russie les uns contre les autres.

Pour la Turquie, les Ouïghours n’ont été qu’un pion de plus dans son jeu impérialiste brutal.

Même en Afghanistan — le nouvel élan est directement et indirectement lié aux Ouïghours.

La Syrie est libérée par ses forces armées, et les terroristes sont progressivement et silencieusement évacués par les alliés occidentaux, principalement la Turquie. Où vont-ils? Un des pays est, bien sûr, l’Afghanistan. Il y a deux ans déjà, on m’a dit à Ka- boul et à Jalalabad que l’État islamique se déplaçait en grand nombre vers l’Afghanistan, où il opère principalement dans les zones rurales.

Il ne fait aucun doute que les jihadistes ouïghours sont également en Afghanistan. Mainte- nant qu’ils sont bien entraînés et endurcis, ils sont prêts à rentrer en Chine, mais aussi dans les an- ciennes républiques soviétiques, voire en Russie.

Tout cela se déroule conformément au plan des É-U et de l’OTAN.

En outre, l’Occident a récemment ajouté divers «éléments affectifs» déformés au conflit, dépeignant les Ouïghours vivant dans le Xinjiang comme des «victimes», déformant la réalité et jouant soudain ce que l’on pourrait appeler la «carte musulmane».

La Chine n’a, historiquement, aucun problème avec les musulmans (c’est l’Occident qui en a, par le biais de l’aventurisme colonialiste et néocolonia- liste). Une visite dans l’ancienne capitale chinoise de Xi An illustrerait clairement les liens entre les cul- tures han et musulmane. Xi An est l’endroit d’où l’ancienne route de la soie partait, reliant la Chine à l’Asie centrale, et à ce qui est maintenant défini comme le Moyen-Orient, ainsi qu’au reste du monde.

En décembre 2012, le Global Times a rapporté: «Le Congrès ouïghour mondial, une organisation qui serait liée à des groupes terroristes et qui reçoit de l’argent d’organisations politiques occidentales, a longtemps joué un rôle important dans la diffamation des politiques de la Chine dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang et dans la consolidation des stéréotypes des médias occidentaux sur la Chine.

Certains médias et politiciens occidentaux, ainsi que le WUC, ont fait de l’hypnose et ont sali la poli- tique chinoise dans le Xinjiang, mais restent silen- cieux sur les informations diffusées par le gouverne- ment chinois ou ses médias.

Le siège du WUC est situé dans un immeuble bas de la Adolf-Kolping-Strasse, près de la gare et du quartier commercial de Munich, en Allemagne.

Le bâtiment, dont l’extérieur est discret, est de- venu le cœur des séparatistes du Xinjiang chinois et le cerveau de nombreux militants séparatistes du

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Chine — Ouighours

(Suite de la page 29)

Xinjiang.
L’objectif principal du WUC de séparer le Xin-

jiang de la Chine n’a jamais changé, a déclaré Weinsheimer, un spécialiste allemand des groupes ethniques de Chine, au Global Times.

Des rapports comme celui-ci sont généralement rejetés par la propagande et les médias occidentaux comme une tentative des journaux pro- gouvernementaux chinois de couvrir les violations des droits de l’homme contre les Ouïghours dans le Xinjiang.

Toutefois, mon enquête directe en Turquie, en Europe, en Syrie, en Indonésie et dans plusieurs autres régions du monde a montré que la Chine adopte une approche impartiale, tout en étant con- frontée à une menace terroriste extrêmement dange- reuse sur son propre territoire.

Même à Hong Kong, la «question ouïghoure» a été utilisée par l’Occident et Taiwan, pas plus tard qu’en décembre 2019. Je l’ai couverte et, comme toujours, j’ai des preuves photographiques claires.

Ce que le Global Times a rapporté n’était en fait qu’une réaction molle à la politique brutale de l’Oc- cident, qui vise à briser en morceaux le pays le plus peuplé du monde — la RPC.

C’est pourquoi j’aborde périodiquement ce sujet si impopulaire, voire caché, en Occident.

Les Ouïghours sont en première ligne
dans le combat de l’Occident contre la Chine.

Washington, Londres, Berlin ont plusieurs fronts ouverts contre Pékin. Il existe également diffé- rents types de fronts: économiques, politiques, idéo- logiques et même militaires.

Nuire à la Chine (et à la Russie, l’Iran, le Vene- zuela et d’autres) est le principal objectif de la poli- tique étrangère occidentale.

Le Congrès ouïghour mondial (WUC) est prêt à aider les États-Unis, l’Europe et l’OTAN (en particu- lier la Turquie) dans leurs efforts pour nuire à la Chine, et pour perturber la BRI [Belt and Road ini- tiative (Initiative ceinture et route) appelée aussi One Belt One Road (OBOR), Une Ceinture et Une Route, ou encore «La nouvelle route de la soie». Note du GS].

Pourquoi? C’est parce que la BRI est le pire cauchemar du néocolonialisme occidental. Je l’ex- plique dans mon récent livre: «Initiative Ceinture et Route de la Chine: Connecter les pays pour sauver des millions de vies». La Chine est profondément impliquée dans ce formidable projet que je décris souvent comme la dernière étape de la décolonisa- tion mondiale. La Russie y participe aussi de plus en plus; dans plusieurs cas, elle prend même la tête du projet.

L’Occident ne peut rien offrir de positif, d’opti- miste. Il salit la Chine et la Russie, et il renverse ou

intimide des gouvernements qui ne veulent pas sacri- fier des millions de leurs citoyens sur l’autel du capi- talisme extrême et brutal et de l’impérialisme occi- dental. Les médias occidentaux mettent en garde les écrivains contre l’utilisation de ces «termes dépas- sés». Foutaises: ils ne sont pas dépassés, ils sont ré- els! L’impérialisme n’a jamais pris fin. Le colonia- lisme continue de piller et de ruiner des dizaines de pays sur tous les continents.

La Chine et la Russie, ainsi que le Venezuela, la Syrie, l’Iran, Cuba et d’autres, se battent pour les misérables du monde. C’est aussi simple que cela.

Le WUC et son «président», Dolkun Isa, ont clairement décidé de prendre l’argent et d’accepter le diktat de l’Occident.

Parallèlement, en accueillant le siège du WUC sur son territoire, l’Allemagne a, une fois de plus, décidé de jouer un rôle extrêmement négatif dans la politique mondiale. Pas étonnant que les drapeaux allemands flottent désormais partout à Hong Kong, aux côtés de ceux des États-Unis et du Royaume- Uni, chaque fois que les émeutiers décident de des- cendre dans la rue. L’Allemagne soutient sans hésita- tion les émeutiers de Hong Kong, ainsi que le WUC.

À présent, l’Allemagne et la Turquie se sont décidées toutes les deux, en joignant leurs forces à celles de Washington et de Londres, contre la Répu- blique populaire de Chine et son droit à une exis- tence sûre. C’est une situation très dangereuse, mais elle est réelle et il n’y a pas lieu de cacher la réalité.

Les extrémistes ouïghours ont été désignés pour faire exploser à la fois la Chine et la partie progres- siste du monde.

La Chine essaie de calmer la situation, de négo- cier de bonne foi. Ce n’est pas facile.

L’Occident, la Turquie et les forces musul- manes extrémistes opérant dans le monde entier, poussent les Ouïghours radicaux et leur WUC dans une confrontation horrible et sanglante avec Pékin.

Il est temps de faire connaître la situation. Le jeu de l’Occident, mortel et extrêmement dangereux, doit être exposé.

——————————— [Le Grand Soir, 25.7.2020]

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Les dossiers du BIP\® n° 221 30 juillet 2020

GloboCap

Le nouveau totalitarisme (pathologisé)

Il était inévitable que ça arrive… des foules de chemises brunes ivres de haine hystériques tra- quant des gens qui ne portaient pas de masques, es- sayant de les faire licencier de leur emploi, des pan- neaux «pas de masque, pas de service» à l’extérieur des magasins, du personnel de sécurité empêchant les non-masqués d’entrer, des cas paranoïaques pointant du doigt et hurlant à la vue d’acheteurs parmi-eux, ne portant pas de masques et des es- couades de nervis les attaquant et les arrêtant vi- cieusement…Bienvenue dans la courageuse nouvelle normalité.

Et ce n’est pas seulement le Maskenpflicht- Sturmabteilung [masque de tempête (alem.)]. Le nouveau narratif officiel est omniprésent. Les grands médias capitalistes alimentent l’hystérie à propos des «hospitalisations Covid-19» (c’est-à-dire toute per- sonne admise à l’hôpital pour n’importe quoi et qui a été dépisté positif pour le coronavirus), et les «incidents majeurs» (c-à-d les gens à la plage).

La police londonienne a construit des tours de guet de fortune pour assurer la distanciation so- ciale. Il y a des affiches de propagande et des pan- neaux d’affichage partout, répétant les mêmes mots d’ordre néo-goebbelsiens, renforçant l’hystérie de masse fabriquée. La dissidence et la non-conformité sont pathologisées, «diagnostiquées» comme psy- chopathie et paranoïa. Les vaccinations obliga- toires arrivent.

mettre les gens en quarantaine de force. Ils l’ont fait ouvertement. Ils l’ont rendu public. Ce n’est pas comme s’ils cachaient quoi que ce soit.

Non, ils nous ont dit exactement ce qui allait arriver et nous ont conseillé de nous taire et de suivre les ordres. Tragiquement, la plupart des gens ont fait exactement cela. En l’espace de quatre mois, le Glo- boCap [Capitalisme globalisateur] a réussi à impo- ser le totalitarisme — un totalitarisme pathologisé — à des sociétés du monde entier. Ce n’est pas le totali- tarisme traditionnel, avec un dictateur et un système à parti unique, etc. C’est plus subtil et plus insidieux que cela. Mais c’est néanmoins du totalitarisme.

Le GloboCap n’aurait pas pu y parvenir sans l’approbation (ou du moins l’acquiescement) de la grande majorité des masses. L’hystérie de masse des coronavirus était un coup de maître de la propa- gande, mais la propagande n’est pas tout. Personne n’est vraiment dupe de la propagande, ou pas pour longtemps, en tout cas. Comme l’ont noté Gilles De- leuze et Félix Guattari dans l’ouverture d’Anti- Œdipe: Les masses n’étaient pas des dupes inno- centes. À un certain moment, dans un certain en- semble de conditions, ils voulaient le fascisme, et c’est cette perversion du désir des masses qu’il faut expliquer. Je ne vais pas essayer de rendre compte de la «perversion du désir des masses» ici dans cet es- sai, mais je veux creuser un peu dans le nouveau to- talitarisme pathologisé.

Maintenant, je vais supposer que vous compre- nez que le récit officiel de la «pandémie apocalyp- tique» est fondé sur la propagande, la spéculation sauvage et l’hystérie de masse, et que maintenant vous savez que nous avons affaire à un virus qui cause de légers à modérés symptômes (ou absolu- ment aucun symptôme) chez 95% des personnes in- fectées, et de cela plus de 99,5% d’entre-deux survi- vent… donc, manifestement, aucune cause de pa- nique généralisée ni aucune justification pour que des «mesures d’urgence» totalitaires soient imposées.

Je vais également supposer que vous avez regar- dé le GloboCap éteindre la «pandémie mortelle» pour accueillir les manifestations de Black Lives Matter, puis la réactiver dès que celles-ci se sont cal- mées, et que vous avez noté comment leur propa- gande est passée à des «cas» d’infection par le Covid -19 quand le compte de morts s’est finalement réduit et devenu un peu trop gênant pour continuer à faire du battage médiatique avec.

Donc, je ne vous ferais pas perdre votre temps à démystifier l’hystérie. Parlons de totalitarisme patho- logisé.

Le génie du totalitarisme pathologisé est comme cette vieille blague sur le diable… sa plus grande (Suite page 32)

V ous pensiez
quand en mars ils ont commencé à présenter le récit officiel de la courageuse nouvelle normalité?

Ils nous ont dit clairement ce qui allait arriver. Ils nous ont dit que la vie allait changer… pour tou- jours. Ils nous ont verrouillés dans nos maisons. Ils ont ordonné la fermeture des églises et des syna- gogues. Ils ont ordonné à la police de nous malme- ner et de nous arrêter si nous violions leurs ordres arbitraires. Ils ont fermé les écoles, les parcs, les plages, les restaurants, les cafés, les théâtres, les clubs, partout où les gens se rassemblent.

Ils ont arraché des enfants des bras de leur mère, battu et arrêté d’autres mères pour le crime de «porter leurs masques de façon inappropriée»; traîné des passagers sans masque hors des bus pu- blics; battu et arrêté gratuitement des personnes pour ne pas avoir «respecté la distanciation» sur les trottoirs; fait mettre des bracelets électroniques et intimidé tout le monde avec des robots et des drones.

Ils ont interdit les protestations, puis ont traqué les personnes qui y participaient et les ont harcelées chez eux. Ils ont commencé à traquer les contacts et les mouvements de chacun. Ils ont rédigé de nou- velles lois «d’urgence» pour leur permettre de

qu’ils plaisantaient, n’est-ce pas,

Éd. Démocrite, 6, rue du Haras, 61140 JUVIGNY VAL D’ANDAINE, 02 50 75 62 03, [email protected]
Les dossiers du BIP\® n° 221 31 juillet 2020

astuce était de nous convaincre qu’il n’existe pas. Le totalitarisme pathologisé semble émaner de nulle part, et de partout, simultanément; ainsi, technique- ment, il n’existe pas. Cela ne peut pas exister, parce que personne n’en est responsable, parce que tout le monde l’est.

L’hystérie de masse est sa pierre angulaire. Il se nourrit de la peur existentielle. «Science» est son cri de ralliement. Pas de science réelle, pas de faits prouvables, mais «Science» en tant que sorte de divi- nité dont le nom est invoqué pour faire taire les héré- tiques, ou pour soulager l’inconfort de la dissonance cognitive qui résulte de la tentative désespérée de croire aux absurdités du récit officiel.

L’autre génie de celui-ci (du point de vue du GloboCap) est qu’il est inépuisable, recyclable à l’infini. Contrairement aux autres ennemis officiels, le «virus mortel» peut être n’importe quel virus, n’im- porte quel agent pathogène. Il leur suffit désormais de «découvrir» un micro-organisme «nouveau» qui est très contagieux (ou qui imite un autre micro- organisme que nous avons eu déjà), et de l’agiter devant le visage des gens. Ensuite, ils peuvent lancer la machine à peur et commencer à projeter des cen- taines de millions de morts si tout le monde ne fait pas exactement ce qu’on leur dit.

Ils peuvent diriger ce schtick [numéro]… enfin, à peu près pour toujours, à chaque fois que la classe ouvrière est agitée, ou qu’un président non autorisé est élu, ou juste pour le pur plaisir sadique.

Écoutez, je ne veux pas être déprimant, mais sérieusement, passez une heure sur Internet ou parler à l’un de vos amis hystériques qui veut rendre le port du masque obligatoire, en permanence !. C’est la mentalité de la courageuse nouvelle normalité… irrationnellement paranoïaque et autoritaire. Donc, non, l’avenir n’est pas très prometteur pour qui- conque n’est pas prêt à se comporter comme si le monde n’était qu’un seul grand service de maladies infectieuses.

J’ai récemment interagi avec un certain nombre de corona-totalitaires extrêmement paranoïaques (juste comme une sorte d’expérience sociale). Ils se comportent exactement comme les membres d’une secte.

Lorsqu’ils sont confrontés à des faits et à une logique de base, ils vous inondent d’abord de propa- gande médiatique et de spéculations hystériques de la part «d’experts médicaux». Ensuite, après avoir démystifié cette absurdité, ils tentent de vous mani- puler émotionnellement en partageant leurs récits personnels déchirants sur les personnes que les mé- decins du beau-frère de leurs thérapeutes ont dû re- garder impuissantes alors qu’elles «mouraient à l’agonie» lorsque leurs poumons et leur cœur ont mystérieusement explosé.

Ensuite, quand vous ne mordez pas là-dessus, ils commencent à hurler pris de paranoïa hystérique

contre vous («ATTENDEZ JUSTE QU’ILS VOUS INTUBENT!»… «GARDEZ VOS POSTILLONS LOIN DE MOI!») et aboient des ordres et des slo- gans contre vous («JUSTE PORTEZ LE MASQUE BONSANG, BÉBÉ!»…«PAS DE CHAUSSURES, PAS DE CHEMISE, PAS DE MASQUE, PAS DE SERVICE!»)

Ce qui … d’accord, serait assez drôle (ou terri- blement triste), si ces personnes paranoïaques n’étaient que des porte-paroles faisant écho à la voix du pouvoir officiel (c’est-à-dire du GloboCap) qui transforme ce qui reste de la société en un amas para- noïaque, pathologisé, cauchemardisé totalitaire sous nos yeux. Ils sont un peu comme la «femme en rouge» dans la série The Matrix. Lorsque vous leur parlez, vous ne leur parlez pas. Vous parlez aux agents. Vous parlez aux machines. Essayez-le par- fois. Vous verrez ce que je veux dire. C’est comme parler à un algorithme unique qui fonctionne dans le cerveau de millions de personnes.

Je ne peux pas vous mentir. Je n’ai pas beaucoup d’espoir. Personne comprenant l’attrait (c’est-à-dire la séduction) du totalitarisme ne l’est. Bien que nous n’aimions peut-être pas l’admettre, il est exaltant et libérateur de faire partie de la foule, d’abandonner le fardeau de l’autonomie personnelle et de la responsa- bilité individuelle, fusionnant avec un «mouvement» fanatique qui inaugure une nouvelle «réalité» soute- nue par la pure force brute de l’État… ou de l’empire du capitalisme globalisé transnational.

C’est irrésistible, cette attraction, pour la plupart d’entre nous. La chance de faire partie de quelque chose comme ça, et de déchaîner sa haine sur ceux qui refusent de suivre la nouvelle religion … de les ridiculiser publiquement, de les humilier, de les sé- parer de la société normale, de les traquer et de les faire licencier de leur travail, de réclamer alors que la police les maltraitent et les arrêtent, pour les dia- gnostiquer comme «anormaux» et «inférieurs», ces déviants sociaux, ces «autres» sous-humains, qui osent défier l’autorité du Parti ou de l’Église, ou de l’État, ou du Reich, ou de la Science.

De plus, aux yeux du GloboCap (et de ses mil- lions d’adeptes fanatiques, scandant des slogans), de tels déviants sans masque sont dangereux. Ils sont comme une maladie… une infestation. Une maladie dans le corps social. S’ils refusent de se conformer, il faudra s’occuper d’eux, les mettre en quarantaine ou quelque chose du genre.

Sinon, ils peuvent simplement s’abandonner à la courageuse nouvelle normalité, arrêter d’agir comme des bébés, et porter ce putain de masque.

Après tout, ce n’est qu’un inoffensif morceau de

GloboCap

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,