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27 octobre 2020

Mascarades chimiques en Syrie


Mascarades chimiques en Syrie : Paris, Londres et Washington piratent le Conseil de sécurité

par lecridespeuples

L’alliance britannique et américaine jette le discrédit sur le Conseil de Sécurité de l’ONU (CSNU) en interdisant le briefing sur l’usage allégué d’armes chimiques de la Syrie réalisé par l’ancien Directeur de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC).

Par Vanessa Beeley

Source : RT, 7 octobre 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

Dans un effort extraordinaire du Royaume-Uni, des États-Unis et de leurs alliés pour censurer l’ancien Directeur général de l’OIAC, José Bustani n’a pas été autorisé à briefer le Conseil de sécurité de l’ONU sur l’attaque présumée à l’arme chimique à Douma, en Syrie, en 2018.

Bustani avait été invité par Moscou pour donner son avis sur le « dossier chimique syrien » lors de la réunion du CSNU du 5 octobre 2020. Bustani, diplomate brésilien, a été Directeur général de l’OIAC de 1997 à 2002. Vers la fin de son mandat, une immense pression pour forcer sa démission a été exercée par l’administration Bush. Ses négociations avec l’Irak pour permettre aux inspecteurs des armes de l’OIAC de faire des visites inopinées menaçaient la logique de « changement de régime » de Washington.

Bustani se souvient que John Bolton, un membre du personnel de Bush, lui a donné 24 heures pour quitter l’organisation et l’a informé :

Si vous ne vous conformez pas à cette décision de Washington, nous avons des moyens de procéder à des représailles. Nous savons où vivent vos enfants. 

Bustani a de nouveau bravé l’intimidation du Royaume-Uni et des États-Unis lorsqu’il a décidé de présenter son point de vue au CSNU et de se montrer solidaire des experts ostracisés de l’OIAC qui ont dénoncé ce qu’ils croient être de graves irrégularités et la suppression des preuves dans le rapport de l’OIAC sur les événements de Douma.

Le Royaume-Uni et les États-Unis ont forcé le Président du CSNU, l’Ambassadeur russe Vassily Nebenzia, à mettre aux voix la proposition de l’exposé de Bustani. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Belgique et l’Estonie ont voté contre, bloquant l’initiative. La frustration de Nebenzia était palpable : il a accusé les six nations de geste sans précédent par leur interdiction d’un briefing proposé par le Président du CSNU et a qualifié la décision de refuser la transparence de « honte » et de « disgrâce ». Nebenzia a donc résolu de lire la déclaration interdite lui-même, en tant que représentant de la Russie, ce qui garantissait qu’elle serait enregistrée dans les archives de la réunion. Bustani a pour sa part publié un enregistrement vidéo de sa déclaration.

L’envoyé britannique Jonathan Allen a affirmé que malgré ses antécédents de participation à l’OIAC, Bustani n’était pas en mesure de « fournir des connaissances ou des informations pertinentes ». L’envoyée américaine Kelly Craft a accusé la Russie de protéger le « régime » syrien de toute responsabilité et de tenter de semer la confusion et la désinformation quant au professionnalisme de l’OIAC.

 

The Council today faced incredible disgrace when US, UK and other Western countries shamelessly tried to shut the mouth of former #OPCW Director General Jose #Bustani. This is a clear proof of how they in reality “care” for the truth and transparency #Syria #DoubleStandards https://t.co/0PMB3Iyg04

— Dmitry Polyanskiy (@Dpol_un) October 5, 2020

Le Conseil de sécurité a subi aujourd’hui une honte incroyable lorsque les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres pays occidentaux ont tenté sans vergogne de fermer la bouche à l’ancien Directeur général de #OPCW, Jose #Bustani. C’est une preuve claire de la façon dont ils « se soucient » en réalité de la vérité et de la transparence. (Réponse de la Russie au Tweet de Kelly Craft selon lequel « Les États-Unis condamnent l’utilisation d’armes chimiques par le régime d’Assad, qui a causé d’énormes souffrances au peuple syrien et constitue une menace sécuritaire inacceptable pour tous les États. Ce Conseil ne peut pas laisser la Russie protéger le régime de toute responsabilité. »)

La réalité évidente est que la France, le Royaume-Uni, les États-Unis érigent un pare-feu diplomatique pour refuser la présentation de preuves qui exposeraient l’OIAC comme compromise et son rapport sur Douma comme un effort frauduleux pour justifier rétrospectivement l’agression illégale du Royaume-Uni, des États-Unis et de la France contre la Syrie quelques jours après l’événement présumé de Douma et bien avant qu’un « dossier douteux » n’ait été produit. Ils censurent des membres dissidents de l’équipe d’enquête de l’OIAC et Bustani pour maintenir le peu de crédibilité restant au récit éculé qui a étayé leur effort de guerre en Syrie, tout comme la fable des armes de destruction massive l’avait fait auparavant en Irak.

Voir Nasrallah : l’agression tripartite contre la Syrie est un aveu d’impuissance

Bustani a fait valoir l’importance d’une organisation telle que l’OIAC, mais a souligné que la confiance en elle ne peut être rétablie qu’en faisant preuve de la plus grande transparence dans la présentation des preuves et dans le traitement des inspecteurs dissidents. Il a déclaré : « Si l’OIAC est confiante dans la robustesse de ses travaux scientifiques sur Douma et dans l’intégrité de l’enquête, alors elle n’a pas à craindre d’entendre ses inspecteurs » dissidents privés de parole.  Il a ajouté que si les allégations de « suppression des preuves, d’utilisation sélective des données et d’exclusion des principaux enquêteurs » s’avèrent fondées, « il est encore plus impératif que la question soit traitée ouvertement et d’urgence » pour restaurer la confiance dans l’organisation.

La déclaration de Bustani était équilibrée et rationnelle. La réponse des envoyés britanniques, américains et allemands en particulier a démontré le peu de contre-preuves des États membres qui comptent sur l’OIAC pour renforcer leur criminalisation du gouvernement syrien et de ses alliés et pour valider la nécessité d’une intervention militaire et d’un régime sauvage de sanctions économiques contre la Syrie. Ils sont revenus à leur position par défaut du « méchant Assad gazant son propre peuple » sans un seul regard en direction du témoignage de Bustani.

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La déclaration de Craft n’a nullement tenu compte des demandes ou des conclusions de Bustani, et elle n’a pas non plus reconnu le courage des inspecteurs dissidents de l’OIAC, qui ont défendu leurs principes et dénoncé ce qu’ils considèrent être un grave travestissement de la science. Au lieu de cela, elle a condamné la réunion informelle de la « formule Arria » le 29 septembre sur les armes chimiques en Syrie comme un effort « particulièrement épouvantable » de la Russie pour « semer la confusion et détourner l’attention de la vérité ».

Craft a ignoré l’intégrité d’Ian Henderson, un ancien chef d’équipe d’inspection de l’OIAC, qui a pris la parole lors de la réunion d’Arria. Henderson a décrit la mauvaise gestion de l’enquête, le verrouillage des preuves et les préoccupations d’autres inspecteurs de la Mission d’enquête de Douma (FFM) qui affirment que les conclusions du rapport final de la FFM ne reflètent pas la situation réelle à Douma.

Bustani et Henderson appellent tous deux à une enquête technique transparente pour clarifier les faits sur Douma. Ils appellent l’OIAC à adhérer à la rigueur et aux principes scientifiques afin de réparer sa réputation ternie.

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Bustani a exprimé sa forte solidarité avec les inspecteurs dissidents victimes d’omerta et a adressé son plaidoyer pour une audition équitable de leurs préoccupations à l’actuel Directeur général de l’OIAC, Fernando Arias. À ce jour, l’OIAC a censuré les inspecteurs et a surenchéri sur son rapport douteux quant aux événements de Douma en soutenant l’alliance interventionniste du CSNU.

Les inspecteurs dissidents défendent la science, pas la politique. L’OIAC et les États membres de l’ONU qu’elle semble représenter dépendent d’une science falsifiée pour défendre leur politique corrompue. Si une partie peut plaider sa cause en toute conscience, l’autre ne peut que faire bloc autour des affirmations qu’elle a confirmées pour fabriquer un consentement autour d’une autre guerre « humanitaire », une mission de changement de régime à peine dissimulée qui se poursuit depuis 2011.

Voir Révélations en cascade sur l’imposture des attaques chimiques en Syrie: le silence coupable des médias

Dag Hammarskjöld, ancien Secrétaire général de l’ONU décrit par le Président américain John F. Kennedy comme le « plus grand homme d’État de notre siècle », s’est adressé à l’Université de Cambridge en 1958 et a déclaré :

Le combat ultime est celui entre l’humain et le sous-humain. Nous sommes sur un terrain dangereux si nous croyons que tout individu, toute nation ou toute idéologie a le monopole du bon droit, de la liberté et de la dignité humaine.

Selon cette norme, le Royaume-Uni, les États-Unis et leurs alliés ont dérivé loin dans le territoire sous-humain en refusant une voix aux humains dans ce monde qui essayent d’élever leur voix au-dessus de la tempête de mensonges pour défendre la justice, la liberté et la dignité universelle, parce qu’ils croient en cette petite étincelle d’intégrité qui définit le courage à un moment où dire la vérité face au pouvoir est une entreprise périlleuse.

Voir notre dossier sur les pseudo-attaques chimiques en Syrie

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,