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17 mai 2021

En Libye, la ville de Tarhuna et ses fosses communes, emblème de la violence des milices


En Libye, la ville de Tarhuna et ses fosses communes, emblème de la violence des milices

Depuis la chute de Kadhafi, les milices règnent sur la Libye [RTS]
Depuis la chute de Kadhafi, les milices règnent sur la Libye / 19h30 / 2 min. / hier à 19:30
Depuis la chute du colonel Kadhafi, les milices règnent sur la Libye. On en compte des centaines dans ce pays qui n’a ni armée, ni véritable police. La ville de Tarhuna a vécu six ans sous le contrôle de l’un de ces groupes armés, qui a été chassé en juin, laissant derrière lui des centaines de victimes.

A Tarhuna, à 80 kilomètres de la capitale libyenne Tripoli, six frères ont profité du chaos qui a suivi la chute de Mouammar Khadafi pour passer de petits délinquants et voleurs de voitures à patrons d’une milice estimée à 5000 hommes. Les frères Kani ont bénéficié de l’accès aux armes pour faire la loi.

Les fosses communes à Tarhuna, où 170 corps ont été retrouvés. [Maurine Mercier]Les fosses communes à Tarhuna, où 170 corps ont été retrouvés. [Maurine Mercier]La particularité de cette milice est qu’elle a fait preuve durant six ans d’une violence inouïe, terrorisant la population, avant d’être chassée de la ville par les armes. Les frères Kani ont fui en juin dernier, mais la population de Tarhuna vit toujours la peur au ventre et craint un retour du groupe armé, d’autant plus que la ville découvre petit à petit l’ampleur de la violence qu’elle a subie.

Près de 200 corps retrouvés

De nombreuses familles ont vu leurs proches disparaître et les ont retrouvés dans des fosses communes. Les opposants à la fratrie Kani étaient dépouillés, enfermés notamment dans un centre agricole public transformé en centre de torture, puis tués lorsqu’ils refusaient de se soumettre.

Depuis la libération de la ville, des hommes s’activent pour retrouver les corps des disparus, jetés dans les fosses. Pour l’heure, 170 corps ont été découverts, dont ceux de femmes et d’enfants. De nombreux habitants recherchent encore les corps de leurs proches.

>> Les précisions de Maurine Mercier dans le 19h30:

Maurine Mercier : "La Libye est devenue pratiquement hermétique et les milices contrôlent le territoire" [RTS]
Maurine Mercier : « La Libye est devenue pratiquement hermétique et les milices contrôlent le territoire » / 19h30 / 1 min. / hier à 19:30

Aujourd’hui, la milice a fui à l’est du pays, mais ses alliés, toujours présents, continuent de menacer la population de Tarhuna. La petite ville agricole aux apparences tranquilles est désormais aux mains d’une autre milice. Les habitants implorent sans y croire la justice internationale d’enquêter à Tarhuna pour briser le cycle de violence qui s’est emparé de leur ville et de tout le pays depuis dix ans. Ils réclament une aide efficace et des juridictions internationales.

>> Lire aussi: Dix ans après la révolution, la Libye est toujours déchirée et livrée au chaos

Financement gouvernemental

Comma la plupart des milices en Libye, le groupe armé dirigé par les frères Kani recevait de l’argent du gouvernement. Les milices libyennes vivent de trafics d’essence, de drogue, d’armes ou encore de migrants et fonctionnent comme des groupes mafieux. Elles contrôlent le territoire face un gouvernement sans véritable armée ni police et l’Etat se retrouve obligé de mettre ces groupes armés de son côté en les finançant.

Les frères Kani se sont d’abord alliés au Gouvernement d’union nationale (GNA) de Tripoli, soutenu par la communauté internationale, puis ils ont retourné leur veste pour s’allier au maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est du pays, sans doute plus offrant.

La ville de Tarhuna vit aujourd'hui encore dans la crainte d'un retour de la milice dirigée par les frères Kani. [Maurine Mercier]La ville de Tarhuna vit aujourd’hui encore dans la crainte d’un retour de la milice dirigée par les frères Kani. [Maurine Mercier]

Les milices toujours puissantes

Le nouveau Premier ministre nommé sous l’égide de l’Organisation des Nations unies devait faire son premier déplacement à l’est du pays lundi après dix ans de guerre civile.

Les groupes armés locaux s’y sont opposés, entraînant l’annulation de la visite. L’équipe sécuritaire chargée de préparer la visite d’Abdul Hamid Mohammed Dbeibah et des membres de son gouvernement a été refoulée et obligée de repartir à Tripoli.

>> Ecouter le reportage de Tout un Monde:

 

En Libye, la ville de Tarhuna essuie avec effroi la violence des milices. [Maurine Mercier - RTS]Maurine Mercier – RTS
Depuis la chute du Colonel Kadhafi, les milices règnent en Libye : reportage de Maurine Mercier / Tout un monde / 8 min. / hier à 08:17

 

Maurine Mercier/iar

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