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25 juin 2021

Afrophobie décomplexée au pays des droits de l’homme


Les événements de ces dernières semaines qu’il s’agisse de ceux de Cergy ou même de ceux de Saint-Etienne, nous renvoient indubitablement aux heures les plus sombres de l’histoire américaine où les Noirs se faisaient lyncher publiquement au seul motif de leur couleur de peau.

 

Les événements de ces dernières semaines qu’il s’agisse de ceux de Cergy ou même de ceux de Saint-Etienne, nous renvoient indubitablement aux heures les plus sombres de l’histoire américaine où les Noirs se faisaient lyncher publiquement au seul motif de leur couleur de peau. Malheureusement, les violences  abjectes, dont il est question ici, n’ont pas lieu dans de lointaines contrées mais bien en France, le pays des droits de l’Homme dont la devise est « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Le 30 mai, Joseph, livreur d’Uber Eat, se fait copieusement injurier puis tabasser publiquement devant le restaurant le Brasco tout simplement parce qu’il est Noir. Son agresseur, après avoir tenu des propos racistes et haineux faisant l’apologie de l’esclavage, crime contre l’Humanité, dans lesquels il assimile les Noirs à de la marchandise, se rue sur ce dernier pour le rouer de coups et le laisser inconscient sur le sol.

Plus grave encore, le mercredi 26 mai, Youssoufa, jeune homme de 26 ans d’origine gambienne se fait sauvagement poignarder à mort, en pleine rue, à Saint-Etienne aux cris de « Sale Noir ! Sale négro ! On va te saigner ». La cruauté de l’un des assaillants le conduira même à porter plusieurs coups de pied à la tête de la victime alors qu’il gît sur le sol. Youssoufa, qui a succombé à ses blessures au bloc opératoire du CHU de Saint Etienne, laisse derrière lui une femme et un nourrisson de 2 mois et demi. 3 suspects âgés respectivement de 28, 32 et 62 ans ont été écroués et mis en examen pour meurtre avec arme en réunion.

Les événements abjects de Saint Etienne n’ont donné lieu à aucune médiatisation télévisée. Les chaînes d’information en continue n’en font même pas écho. A croire que la mort d’un homme Noir n’est pas digne d’être relayée par les chaînes de télévision françaises. Pire encore, aucun politique à l’exception du maire de Cergy, Jean-Paul Jeandon, ne s’est indigné publiquement de ces deux agressions racistes et afrophobes, alors que pour des faits bien moins graves concernant d’autres communautés, les politiciens se bousculent dans les médias pour s’indigner à qui mieux mieux devant le micro des journalistes. De même, aucune condamnation ferme réprouvant l’apologie de l’esclavage n’a été entendue de la part des dirigeants des instances représentatives des Musulmans de France.

Le mutisme récurrent des institutions lors d’actes ou d’injures anti-Noirs en dit long sur l’état des mentalités en France. Nous sommes face à une indignation à plusieurs vitesses de la part des politiques qui prend en compte l’origine des victimes. Cette attitude est, bien entendu, indigne de représentants de l’Etat qui continuent de clamer haut et fort le principe de l’Universalisme Républicain même si plus personne n’est dupe et surtout pas les Noirs de France qui savent pertinemment que cette égalité entre les citoyens n’est que fictive. Nous nous rappelons qu’il avait fallu plus 15 jours au gouvernement pour dénoncer les insultes racistes dont était victime Christiane Taubira de la part de la candidate du Front National qui la comparaient à une guenon. Il existe en France une tolérance à l’égard des actes anti-Noirs qui conduit à un racisme décomplexé. Les tribunaux français font preuve d’une indulgence notoirement reconnue dans les peines infligées aux auteurs de délits afrophobes qui ne peut en aucun cas contribuer à les réprimer.

Dans le rapport de 2019 de la CNCDH , Jean-Marie Burguburu, président de la commission, déclare qu’environ 1 million de personnes ont été victimes d’une atteinte raciste en 2018, hors seules 6603 affaires ont été transmises à la justice pour 393 condamnations au total. De plus, alors que le taux de relaxe globale pour les affaires correctionnelles est de 7%, il atteint 16% en matière d’actes racistes. Dans l’affaire Benjamin Kingombe, jeune homme d’origine africaine qui s’est vu refuser la location d’un appartement du fait de ses origines, le propriétaire du logement, après avoir tenu des propos orduriers faisant l’apologie de l’esclavage, ne lui affirme t-il pas ne rien craindre la justice française qui sera toujours du côté des auteurs de délits racistes et non du côté des « Nègres ».

La plupart des actes racistes, même lorsqu’une plainte est déposée par la victime, échappe à une condamnation. Les juges français sont frileux et préfèrent se retrancher derrière le manque de qualification des propos infamants et racistes. Il serait temps que la justice française fasse son examen de conscience et juge en comparution immédiate les criminels racistes et auteurs de délits les plus graves. Elle doit envoyer un signal fort et sans complaisance aux racistes pour que l’Universalisme Républicain cesse d’être une chimère pour les Noirs de France.

Thiaba BRUNI
Porte-parole et vice-présidente du CRAN

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