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2 décembre 2021

Charlie Hebdo : et doudain, ils ne riaient plus


 

Un ouvrage anticomplotiste (AC) sur le massacre de Charlie Hebdo

Dans le cadre de la parution de mon ouvrage Le massacre de Charlie Hebdo : l’enquête impossible, aux éditions Le Retour aux Sources, je publie une série d’articles et études touchant au sujet de près ou de loin, que je n’ai pas jugé indispensable d’intégrer à un ensemble qui, le temps passant et le travail avançant, a pris des proportions que je n’imaginais pas au départ (360 pages). Dans ce premier addendum, je décortique l’un des premiers ouvrages de référence sur le massacre de Charlie Hebdo publié en janvier 2016 : Et soudain ils ne riaient plus. Il faut en effet savoir, qu’en plus d’une couverture médiatique frauduleuse, à tout le moins partiale, et d’une omerta politique pendant des années, l’opération d’enfumage a été complétée par toute une série d’ouvrages, dont les vices et lacunes sont trop criants pour ne pas éveiller la suspicion. Eu égard à l’ambition affichée par les quatre auteurs de ce livre, il m’a semblé légitime de ramener ce travail à ses justes proportions : une œuvre de propagande plus qu’une œuvre de nature historique au sens professionnel du terme.

 

Sommaire

 

Introduction

Bizarrement, Et soudain ils ne riaient plus est l’un des derniers ouvrages consacrés au sujet de Charlie Hebdo que j’ai consultés pour écrire Massacre de Charlie Hebdo : l’enquête impossible, qui vient de paraître aux éditions Le retour aux sources. Je dis « bizarrement » car, publié en janvier 2016, il s’agit du travail le plus fourmillant d’informations sur cet événement. Il est au nom de quatre auteurs, par ordre alphabétique : Marie-France Etchegoin, « Grand reporter puis rédactrice en chef au Nouvel Observateur, auteur de différents ouvrages aux thématiques politiques » ; Marie-Amélie Lombard-Latune, « journaliste au Figaro », qui a « réalisé des enquêtes sur les djihadistes français et les phénomènes de radicalisation islamiste. Rédactrice en chef, elle a dirigé le service Société du quotidien après avoir été responsable de sa rubrique Justice » ; Dorothée Moisan, « journaliste depuis 16 ans à l’Agence France-Presse, qui « a été en poste notamment à Washington et à Bruxelles. Longtemps correspondante au palais de justice de Paris, elle est spécialiste des affaires judiciaires et policières. » ; Thierry Lévêque, « journaliste depuis vingt-cinq ans, notamment à l’agence Reuters », « spécialiste des affaire judiciaires » et « auteur de trois essais » sur le sujet. Ils ont été assistés dans leur travail par Marie-Laure Mas-Pionnier, « documentaliste pendant seize ans au Nouvel Observateur », qui « a collaboré auparavant au Figaro, au Parisien et avec le groupe Prisma Presse. » Ces citations sont extraites des brèves fiches biographiques figurant en fin de l’ouvrage.

En avant-propos, l’éditeur en explique la raison d’être et la méthodologie. Il leur a semblé qu’il fallait, ce qui jusqu’à présent n’avait pas été fait, « enquêter, aller voir et rendre compte, permettre à chacun de se faire une libre opinion. » En effet, « il manquait un minutieux travail de recoupement des faits, de reconstitution des enchaînements, d’exploration des coulisses des événements, de collecte de témoignages des autorités judiciaires, policières et politiques. » C’est ainsi que « quatre journalistes reconnus et une documentaliste hors pair ont relevé le défi. » Au terme de ce travail, « Marie-France Etchegoin a repris l’ensemble d’une seule plume, en restant au plus près possible des faits et des êtres. » Achevé peu après les attentats du 13 novembre 2015, « ce livre grave est devenu plus nécessaire encore : les lecteurs le liront comme un morceau d’histoire et comme le début d’un affrontement en cours. » Le titre du livre est la réduction d’une phrase extraite d’une lettre ouverte de Philippe Lançon, très grièvement blessé pendant la tuerie dans la salle de rédaction du journal satyrique le 7 janvier 2015 : « Tandis que les pompiers me soulevaient sur un fauteuil à roulettes de la conférence, j’ai survolé le corps de mes compagnons morts, Bernard, Tignous, Cabu, Georges, que mes sauveteurs enjambaient ou longeaient, et soudain, mon Dieu, il ne riaient plus. »

Plan de l’ouvrage

L’ouvrage est divisé en quatre parties correspondant à quatre des cinq journées, du mercredi 7 janvier au dimanche 11 janvier, du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo en fin de matinée du 7, aux manifestations monstres et au défilé des chefs d’état du 11. Toutes les réactions des survivants, des proches des victimes, de la plupart des témoins, des journalistes ayant couvert les événements, des politiques à la manœuvre (François Hollande, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Christiane Taubira, Anne Hidalgo), de leurs conseillers en communication (Clara Paul-Zamour, Gaspard Gantzer, Marie-Emmanuelle Assidon, Constance Rivière) des responsables de la justice, de la police et des services de renseignement (François Molins1, Marc Trévidic2, Patrick Calvar2, Bernard Petit3, Bernard Boucault4, Christophe Molmy5, Jean-michel Fauvergue6, Hubert Bonneau7 ), des militaires (Denis Favier8, Benoit Puga9 ), ont été méthodiquement recueillies et compilés par les auteurs afin de reconstituer le fil des événements de ces quatre journées qui ont bouleversé la France.

Quelques uns des personnages-clés dont nous avons évoqué le témoignage dans le cadre de notre enquête n’ont pas été oubliés : le kiosquier Patrick Deschamps, la compagne de Charb Valérie M., La veuve de George Wolinski Maryse Wolinski…

Une vision grotesque de la France

Comme tous les acteurs anticomplotistes (AC), les auteurs de l’ouvrage ont tendance à véhiculer de la France du passé une image caricaturale et méprisante et semblent obsédés par la promotion d’une certaine France de demain. D’un côté – avant – il y aurait une France rance, repliée sur elle même, réticente à s’ouvrir à l’autre, refusant l’enrichissement salutaire des cultures du monde et de l’immigration, jalouse de ses voisins avec lesquelles elle est devenue incapable de rivaliser, de l’autre une France généreuse, laïque, multi-raciale, arc-en-ciel, refuge pour les migrants et les minorités sexuelles. Les Français – et pour le coup on comprend qu’il s’agit des Blancs, des Français de souche, bref des Français originels qui ont construit leur pays pendant des siècles – sont présentés comme des êtres humains arriérés, guettant à la jumelle les flux de hordes barbares depuis leurs miradors, comme des Nazis israéliens derrière leurs murs barbelés.

p. 26 : « L’extérieur n’est que danger. Danger terroriste. Danger migratoire. L’idée que l’étranger, en particulier le musulman, est la cause de tout les maux s’insinue partout. Danger économique. La victoire annoncée de la gauche radicale en Grèce risque de relancer la crise dans la zone Euro et inquiète tous les experts. « L’Hexagone perd son rang de cinquième puissance mondiale au profit du Royaume-Uni », titre aussi le Figaro. Dépassée depuis longtemps par l’Allemagne, la France, disent les commentateurs, ne s’aime plus et déteste encore plus les autres. C’est une nation déprimée et timorée qui, lorsqu’elle regarde au-delà de ses frontières, trouve toujours des raisons de s’affoler ou de se flageller. » Les « experts » et les « commentateurs » sont souvent invités par les auteurs à prononcer de savants diagnostics sans qu’on sache de qui il s’agit ni de quelle position ils s’expriment. L’ouvrage regorge de ce genre de citations non sourcées. Heureusement, des hommes exceptionnels à la tête de l’État, qui sont parvenus à leur position éminente grâce à leurs seules qualités, transcendés par leur amour désintéressé du pays, bravant tous les obstacles injustes placés devant eux, sont providentiellement là pour redonner le moral à ce grand dépressif imaginaire qu’est devenu la France : « Ne nous laissons pas abattre par cet insupportable « french Bashing », dit Manuel Valls qui, sur sa carte de vœux, s’exhibe avec un drapeau bleu blanc rouge peint sur la joue. « Ne nous laissons pas emporter par ce climat », dit François Hollande qui a profité de la polémique suscitée par le livre de Michel Houellebecq [NDA : Soumission] pour exhorter ses compatriotes au sursaut, à l’aube de l’année nouvelle. « L’idée de la submersion, de la soumission, de l’invasion, c’est une vieille idée. Il y a toujours eu, siècle après siècle, cette tentation de la décadence, du déclin, de ce pessimisme compulsif, de ce besoin de douter de soi-même. Non, ne nous laissons pas dévorer par la peur et l’angoisse ». » Ces citations sont extraites des dernières lignes de l’introduction qui indiquent d’emblée, au-delà de la prétention affichée d’objectivé minutieuse, un parti pris idéologique transparent.

Le récit chronologique des événements commence aussitôt après. Ce genre de réflexion philosophique est plutôt rare par la suite, mais quand ils refont surface ils sautent aux yeux. Voici comment, p.190, est résumée la réaction de la « communauté internationale » face à cet événement sans précédent dans la récente histoire de l’humanité : « Soudain, malgré et à cause du massacre de Charlie Hebdo, l’hexagone vu de l’étranger n’est plus cette nation atone, déprimée et complexée par le succès de ses voisins. Les hommages rendus par les grands de ce monde, les éditoriaux de la presse internationale, les messages d’amour et de solidarité postés dans touts les langues sur la toile vibrent pour le pays « de la liberté et l’art de vivre » ? L’esprit des lumières, Voltaire, la séparation de l’Église et de l’État, le goût de la fronde, le gène de l’impertinence, la satire érigée en droit fondamental… Comme il est beau, le miroir que le monde entier tend à la France ! Tout à coup, l’on se souvient que, dans nulle autre contrée, il n’existe d’équivalent à Charlie Hebdo. »

Ce mépris pour une certaine France contraste avec une admiration difficilement dissimulée envers les dirigeants du pays en charge de gérer la crise à ce moment-là. Les auteurs font apparemment partie des très rares « Français » à leur afficher un soutien et une confiance sans faille. Ce ne sont évidemment pas de franches déclarations d’amour, mais on sent une difficulté à retenir la louange, et sur 400 pages, il est impossible de relever le moindre passage critique, à tout le moins retenu, envers le pouvoir en place chargé de la gestion des événements, qui à la date du 6 janvier, bat des records d’impopularité du côté de cette France frileuse, repliée sur elle-même, qui enfilera en masse des Gilets Jaunes quatre ans plus tard.

Voici comment est présentée p.128 la réaction de Hollande, Valls et Cazeneuve : « Les trois hommes ont réglé au millimètre l’image qu’ils entendent donner d’eux-mêmes et du pouvoir dans ces heures où tout peut basculer. Le président « rassure en même temps qu’il incarne le chagrin et l’indignation et tout un peuple ». Le ministre de l’Intérieur « agit ». Le Premier ministre « coordonne ». Ils ont interdit à tout autre membre du gouvernement de s’exprimer. Eux, ils n’ont même pas besoin de se parler pour se comprendre (Bernard Cazeneuve a été l’un des porte-parole de François Hollande pendant la présidentielle de 2012 et Manuel Valls son directeur de la communication10.) Dès les premières minutes de cette journée qui n’en finit pas, ils ont anticipé, en bons animaux politiques, l’onde de choc qui allait secouer le pays. Leur chagrin est sincère (Manuel Valls, comme François Hollande, connaissait personnellement plusieurs des victimes), mais il n’empêche pas d’analyser la situation. Les dessinateurs de Charlie Hebdo appartiennent au patrimoine de la France, qu’on les ait aimés ou non. Ils incarnent la tradition du rire contre les puissants, de l’irrespect envers tous les pouvoirs. Mal élevés, malpolis, mais comme des oncles indignes qu’on aime avoir à sa table le dimanche. Des chenapans, des sales gosses qui n’ont jamais grandi. » Une page plus loin : « Hollande-Valls-Cazeneuve, un trio soudé face à la tragédie. Chacune de leurs paroles, chacun de leurs actes vont compter, et, ils le savent, leurs décisions peuvent avoir des conséquences fatales, là, maintenant tout de suite. « La France a été touché en son cœur », martèle Manuel Valls. Vague d’indignation nationale mais aussi risque de division, d’implosion, de répliques aveugles, de vengeance. La peur comme un poison qui attise les haines. » C’est ainsi qu’à chaque fois qu’ils évoquent une réaction gouvernementale, les auteurs peinent à ne pas succomber à la tentation de dresser tout droit leur bras libre légèrement en hauteur. Quant au « cœur » évoqué, rappelons qu’il ne réunit plus qu’une trentaine de milliers de lecteurs, qu’il est au bord de la faillite, et qu’il est identifié depuis longtemps par les connaisseurs comme un organe de la contestation contrôlée, animé par des résistants en carton pâte, archétypes de la soumission la plus servile et la plus déshonorante envers les « puissants ».

Flagorneries envers Charlie Hebdo et les dirigeants français

Les traits distinctifs attribués à l’hebdomadaire Charlie Hebdo, en font comme une image inversée de cette France moisie et renfermée esquissée par endroits par les auteurs. La citation précédente en donnait une idée. Ce genre d’éloge dithyrambique n’est pas isolé.

p. 94 : « Les dessinateurs ont été exécutés parce qu’ils n’ont jamais cessé de dénoncer la religion, douce ou pas, dès lors qu’elle se substitue au libre arbitre ou au politique. » Les auteurs oublient de préciser qu’ils s’acharnaient avec une insistance pathologique contre le catholicisme, religion traditionnelle des Français, et depuis l’arrivée de Philippe Vall à la tête du journal, contre l’Islam, en observant religieusement une omerta totale sur l’influence immense du judaïsme politique et des organes de la communauté juive organisée (le CRIF, la LICRA, l’UEJF, l’UPJF, le CCLJ, le FSJU, la FMS, la LDH, le BNVCA, la DILCRAH, le MRAP, etc.) sur la politique intérieure et extérieure de la France, l’éviction du dessinateur Siné en juillet 201811 pour un dessin anodin moquant le mariage de Jean Sarkozy avec l’héritière de l’empire Darty Jessica Sebaun pouvant apparaître comme le symbole de cette bigoterie judéomane fanatique.

Siné explose le mythe de Charlie Hebdo : on peut éprouver à juste titre de la compassion pour des hommes assassinés dans des circonstances affreuses, mais cela n’autorise pas transformer en héros symboliques de la libre pensée des gens qui étaient tous plus ou moins « vendus » à des degrés divers au pouvoir.

Voici comment, p.141, est présenté le rassemblement spontané Place de la République le 7 janvier à 17 heures, alors que les terroristes sont dans la nature armés de kalachnikovs et de lance-roquettes – nous insérons quelques commentaires entre crochets : « La préfecture [qui savait donc forcément que tout danger était écarté] a fini par autoriser les rassemblements, le plus souvent en petits groupes, serrés les uns contre les autres, dans le froid et dans la brume [on imagine un documentaire animalier]. La foule a grossi à la tombée de la nuit, silencieuse et recueillie [lexique religieux]. Certains tiennent des pancartes ou des affiches, confectionnées à la va-vite. Les photos de Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, ou Bernard Maris, quelques slogans, « Non à la connerie », « des stylos contre des fusils », et partout des « Je suis Charlie ». Joachim Roncin, le jeune directeur artistique qui a assemblé ces trois mots quelques heures plus tôt, est venu lui aussi. Il voit sa phrase qui lui échappe, qui s’envole, qui flotte comme un ruban autour de ceux qui sont là et les relie les uns aux autres [« religion » vient du latin « religare » qui signifier « relier »], ailleurs en France, aux quatre coins de la planète [seulement quatre, tout de même ; il y a plein d’autres endroits de la « planète » où on a d’autres chats à fouetter, et des morts bien plus nombreux à pleurer, célébrer, et enterrer]. Il a l’impression de se retrouver en famille. Les Parisiens, arrivés tôt Place de la République, lui ressemblent [tous les Parisiens sont-ils donc des juifs franco-ukrainiens liés à la mouvance sioniste ?12]. Quel que soit leur âge, ce sont des gens pour qui les dessinateurs de Charlie ont été « des compagnons de route ou de vie » [on aimerait connaître l’auteur de la citation, et il faut préciser que les « compagnons de route et de vie » de Charlie Hebdo sont les ex soixante huitards boboisés qui pour la plupart n’achètent plus Charlie depuis des lustres, ou des quidams sur émus qui viennent seulement pour le symbole] Des gens persuadés, aussi que la liberté d’expression n’est pas négociable. »

Le chapitre 17 de la journée du mercredi est pour l’essentiel une retranscription intégrale du discours du président de la République François Hollande. J’en excipe les extraits consacrés à Charlie Hebdo, dont on dirait qu’il a été inspiré par les auteurs de l’ouvrage ou par celui qui a inspiré les auteurs de l’ouvrage ; en tous cas les éléments de langage sont rigoureusement les mêmes. Comme s’il s’agissait d’un exploit, ils prennent soin de préciser qu’il « s’exprime sans notes et sans prompteur » et qu’il « a écrit lui-même son discours » : « Des dessinateurs de grand talent, des chroniqueurs courageux sont morts [courageux avec les faibles, lâches avec les forts]. Ils avaient marqué par leur influence, par leur insolence, par leur indépendance, des générations et des générations de Français [une seule en fait : les soixante-huitards]. Je veux ici leur dire que ce message de la liberté, nous continuerons à le défendre en leur nom. Ce lâche attentat a également tué deux policiers, ceux-là mêmes qui étaient chargés de protéger Charlie Hebdo [et qui dénonçaient leurs conditions de travail]. qui était menacé depuis des années par l’obscurantisme et qui défendait la liberté d’expression [à deux vitesses]. Ces hommes, cette femme sont morts pour l’idée qu’ils se faisaient de la France, c’est-à-dire de la liberté. [si l’on faisait un sondage auprès des véritables artistes, journalistes et écrivains de l’ombre ayant à subir une censure insidieuse, ignoble, insupportable, cette définition de la France rencontrerait moins de 5 % d’opinions favorables]. (…) Aujourd’hui c’est la République tout entière qui a été agressée. La République c’est la liberté d’expression [même remarque…]. La République, c’est la culture, c’est la création, c’est le pluralisme, c’est la démocratie, et bla, et bla, et bla… »

Des passages écrits en mode romanquête

L’inventeur du genre, escroc intellectuel, criminel de guerre, ardent soutien de Charlie Hebdo, et inconditionnel thuriféraire de l’État le plus raciste du monde, Israël, j’ai nommé évidemment Bernard-l’hermite – ce qui fait mécaniquement de lui l’intellectuel le plus libre de France – est l’auteur de cette expression et de cette méthode qu’il a inventée et mise en pratique pour les besoins de son livre « Qui a tué Daniel Pearl ? » publié en 200313. Dans l’introduction de cet ouvrage, il la définit ainsi : « les faits ; rien que les faits ; et quand le réel se dérob(e), la part forcée de l’imaginaire ». Une telle méthode permet certes de boucher les trous, mais elle autorise également toutes les dérives. Les auteurs s’y risquent à leurs dépens quand ils tentent de retracer certains moments de l’aventure des frère Kouachi. Je me bornerai ici à cet extrait de la page 37 : « Les deux frères, partis de Gennevilliers, ne sont qu’à une demi-heure de l’Allée verte. Le plus grand – en taille – conduit. L’aîné ne s’est pas mis au volant car, outre la gastro-entérite qui l’a affaibli la veille, il a des problèmes de vue. Ils ne vont pas faire les soldes, bien sûr. Mais ils ont changé leur tenue vestimentaire. Ils sont habillés tout en noir. Sous leur veste, leur gilet pare-balles leur fait carrure d’athlètes. Et leurs chaussures « d’intervention », comme on dit dans la police et dans l’armée, leur donnent l’allure de soldats qui partent sur le front. Ils ont en tête le nom de Charb ainsi que son visage, publié dans Inspire14. Comme ils ont mémorisé le nom de tous les collaborateurs de l’hebdomadaire, qu’ils les aient vus à la télévision ou sur la page facebook de Charlie. Trouver l’adresse du journal a été un jeu d’enfant. Elle est inscrite en toutes lettres dans l’ours, à l’avant dernière page. Deux jours plus tôt, l’aîné était venu faire un repérage. Il a pu constater que l’immeuble n’était ni gardé ni surveillé, qu’il fait angle de la rue Nicolas Appert et l’Allée verte. Et que pour entrer il faut taper un numéro de digicode. C’est la seule difficulté que, pour le moment, ils n’ont pas réussi à résoudre. Les deux gardes du corps de Charb, quant à eux, ne leur sont jamais apparus comme un problème. »

Les problèmes de vue de Saïd, rapportés par tous ses proches étaient bien réels, ce qui explique pourquoi il est inapte à conduire une voiture. Du reste il n’avait même pas le permis. La référence aux « soldes » trouve sa source dans le témoignage d’Izzana : c’est ce que son mari lui a dit avant de partir le matin pour Paris avec son frère Saïd. Les problèmes de vue de Saïd rendent invraisemblable le fait qu’il ait été choisi pour effectuer deux jours plus tôt un repérage. Du reste s’ils avaient voulu faire un véritable travail de repérage, ils s’y seraient pris bien plus à l’avance et l’auraient fait sur une bien plus longue période de temps, ne serait-ce que pour connaître le seul moment de la semaine où presque tout le monde était censé être présent dans les locaux, c’est-à-dire le mercredi entre 10 heures et midi. Tout ce qui précède est possible mais relève du romanquête. Maintenant, si Saïd le bigleux s’était rendu compte que le seul obstacle était le digicode, cela veut dire qu’il avait bien repéré la bonne porte d’entrée, or dans un premier temps les tueurs la version officielle stipule qu’ils se sont trompés de porte. Quant aux deux gardes du corps qui ne leur sont « jamais apparus comme un problème », c’est une une pure invention, quand on connaît 1) les états de service exceptionnels de Franck Brinsolaro15 2) le hasard qui a voulu que le second garde du corps, Patrick Sans, soit parti s’acheter un sandwich à la boulangerie la plus proche 5 minutes avant leur arrivée à 11h20.

Le profil de Saïd Kouachi

Je mets certes le doigt où ça fait mal… Et soudain ils ne riaient plus regorge de détails des plus utiles pour reconstituer la chronologie et certains pans de l’affaire. On en apprend ainsi beaucoup, par les témoignages de leurs proches sur le profil des frères Kouachi. Revenons au grand frère, Saïd, et ses problèmes de vue.

p. 217 : « Oui, répond Soumya Kouachi [la femme de Saïd au lieutenant de la Police Judiciaire qui l’interroge], elle possède bien une Renault, modèle Clio, mais elle est la seule à l’utiliser, car son mari n’a pas le permis de conduire. Il a réussi le code, mais suite à un contrôle médical, le médecin l’a alerté sur sa vision déficiente. C’est elle qui l’amène où il veut aller. »

Le mari (Y.) d’une des sœurs de Soumya (M.) témoigne dans ce sens (p. 237) : « Saïd joue à la Playstation… Je ne me rappelle pas l’avoir vu travailler un jour. Il est bête… Il a tout le temps l’air malade… En plus de ses très gros problèmes de vue, il est asthmatique… Je vous le dis, on ne peut pas compter sur lui pour faire quoi que ce soit de physique. Lui un terroriste ? Une fois, il a essayé de monter le cric sur sa voiture pour changer de roue. Et même pour ça, il n’a pas arrêté de souffler. »

Idem pour un autre beau-frère (B.) : « Si je n’avais pas vu la photo, je n’y aurais pas cru ! Vous savez, j’ai un niveau DEA en psychologie des sciences sociales à Paris. Et donc, si vous voulez, Saïd, il était gentil avec tout le monde et… c’est un assassin plus un terroriste ! Saïd ne voit pas bien d’un œil, il est myope, il fait de l’asthme. Il a un problème de cheville, qu’il a laissé traîner. Des fois quand il joue au foot il s’arrête net… »

Si certains des proches interrogés parviennent à imaginer qu’il ait pu se laisser entraîner par son frère Chérif, et peut-être faire ce qui a été fait, tous le décrivent plutôt comme un homme certes très porté sur la religion, mais normal : « un père plus tendre que bien d’autres et un beau-frère en or, dit (M.). Quand il voit que je suis fatiguée ou malade, il passe prendre mes enfants. Il joue tout le temps avec eux au foot… Mes enfants l’adorent… Ils dorment pratiquement tous les week-ends chez lui… Avec Saïd, ils se font des soirées pyjamas et des soirées Fifa. » (p. 236/237)

Or tous les témoins qui ont croisé le chemin des deux ou trois tueurs décrivent des hommes au comportement professionnel, entraînés, extrêmement calmes. Sur la vidéo tournée depuis le toit de l’immeuble par le journaliste de Premières lignes, on voit les deux « frères » sortir tous les deux, et viser avec une grande précision la voiture de police qui leur fait face. Même topo sur la vidéo de « l’exécution » d’Ahmed Merabet Boulevard Richard Lenoir. Si Chérif Kouachi a tout à fait le profil pour participer à une opération comme le massacre de Charlie Hebdo, son frère Saïd est sans doute l’un des pires acolytes qu’il aurait pu choisir pour le seconder, pour quelque tache que ce soit. Et n’oublions pas que nous parlons d’un père de famille, certes fiché S, mais au casier judiciaire complètement vierge. Il y a certes ce voyage en Oman fin 2011, pays par lequel il aurait transité vers le Yémen, comme l’ont rapporté les services de renseignements étasuniens, mais il est aujourd’hui établi que ce voyage a été effectué par Chérif, qui s’est servi de la carte d’identité de son frère, pour déjouer le contrôle judiciaire auquel il était alors astreint.

Malgré toutes ces incohérences, les auteurs – qui en relèvent d’autres, mais ce serait trop long de tout énumérer – concluent : « Pourtant, il n’y a aucun doute possible : tous ceux qui ont vu les frères Kouachi sans leur cagoule, lors de leur fuite dans Paris, ont été interrogés. Et tous les ont reconnus sur les photos qui leur ont été présentées [ces témoignages au contraire divergent] Les deux hommes n’ont pris aucune précaution pour dissimuler leur visage après le massacre [mais alors pourquoi en avaient-ils pris avant, et quel dommage qu’aucune caméra de surveillance n’ait pu capter la moindre image !]. La carte d’identité, retrouvée dans la Citroën, appartient bien à l’un des tueurs, Saïd Kouachi, le plus petit en taille, le plus taiseux aussi, souvent en retrait derrière son frère mais formellement identifié par les témoins [répétition du même mensonge]. Comme Chérif Kouachi, le « grand », que ces mêmes témoins ont entendu parler à plusieurs reprises. » (p. 242)

« Ils parlent parfaitement français »

Avant de passer à la fameuse carte d’identité, il faut dire un mot sur le niveau de français des deux frères. Si l’on se fie aux auteurs, celui des deux frères qui a la langue la mieux pendue est Chérif. En préambule de notre ouvrage nous rappelons son enfance extrêmement difficile, son placement en foyer à la fondation Claude Pompidou, après le suicide de leur mère, enceinte et prostituée, dans un quartier qui était un repère de pédophiles. Par la suite, il effectue, en 2008 un séjour de deux ans en prison, pour avoir manifesté des velléités de départ en Irak, dans le cadre de la filière dite « des Buttes -Chaumont ». Extrêmement raciste, il ne fréquente que des arabes et/ou des musulmans. A sa sortie de prison, où il s’est radicalisé, il continue de graviter dans le milieu « islamiste », va rendre visite dans le Cantal à son second mentor Djamel Beghal, qu’il a rencontré en prison, continue de fréquenter son premier mentor Farid Benyettou, le chef de la filière des Buttes-Chaumont. Bref, hormis le temps de sa scolarité quand il était placé en foyer, à l’instar de son frère, il n’a jamais gravité dans un milieu réputé pour la pureté de sa pratique de la langue de Molière. Il est certainement à des années-lumière du niveau d’un Tariq Ramadan. Ainsi lit-on page 102 : « le procureur, qui avait requis [en 2008] les peines contre lui et ses comparses, et qui n’était autre que Jean-Julien Xavier-Rolai, avait prévenu : « Ils recommenceraient demain s’ils le pouvaient. » Aujourd’hui encore, le conseiller de Bernard Cazeneuve se souvient très bien de l’impression que lui avait laissée Chérif Kouachi avec ses cheveux mi-longs et ses muscles saillants. Une « petite frappe » dont le fanatisme ne parvenait pas à masquer les manières d’ancien délinquant. L’une de ses obsessions était de préparer des attentats contre des « commerces juifs ». »

Or voici ce que disent les témoins qui les ont entendus s’exprimer en français :

p. 40 : «  Toujours réfugiée sous la table, la directrice artistique de la société note, malgré la peur qui la paralyse, qu’ils parlent parfaitement français. »

p. 52 : « « Allahou Akbar » puis un coup de feu, et encore. « Allahou Akbar » et encore un coup de feu. C’est ce qu’entendent le dessinateur Riss,les journalistes Philippe Lançon, Fabrice Nicolino et Laurent Léger, Gérard Gaillard de l’association « Il faut aller voir ». Ils ont renversé la table, se sont cachés sous un bureau, ou se sont juste aplatis sur le sol. Au-dessus de leurs têtes, le bruit des balles et les mots des assassins dont ils ne saisissent que des bribes. « Charb, Charb, c’est lui… »  » Yémen… » Aucune panique dans leurs voix. Aucun accent, ni de l’étranger, ni de banlieue. »

L’absence de recul critique par rapport au travail des médias de masse est un trait typique des auteurs AC pour qui les journalistes phares sont l’équivalent des évêques et des cardinaux dans le monde religieux traditionnel, mais ici il s’explique aisément dans la mesure où les quatre auteurs sont du sérail, et du sérail à haut niveau depuis très longtemps. L’absence de recul critique et la tendance à tresser des lauriers aux politiques en est un autre, mais il n’est pas encore décisif. Ce qui signe un profil AC sans conteste possible, comme nous l’expliquons dans la seconde partie de notre ouvrage, c’est la façon dont il traite les incontestables zones d’ombre répertoriées, et la façon dont il traite ceux qui prétendent émettre des doutes envers la version officielle. Voyons ce qu’il en est, en commençant par reprendre un à un les points litigieux.

L’impasse faite sur toute les anomalies et zones d’ombre

1) le « suicide » d’Helric Fredou : son nom n’est même pas mentionné une seule fois.

2) l’abaissement de la protection des locaux de Charlie Hebdo et de Stéphane Charbonnier : les auteurs se contentent de l’explication de Cazeneuve qui explique qu’elle a été abaissée pour des raisons de sécurité (sic!), les forces de l’ordre étant depuis peu la cible préférentielle des radicalisés. Quant à Christophe Sans, le second garde du corps qui s’est absenté 5 minutes avant l’arrivée des tueurs « il peut bien s’absenter un moment pour apaiser sa fringale. » Quant au passage de trois gardes du corps, rétabli après le fameux numéro d’Inspire en mai 2013, et abaissé à deux six mois plus tard (passage d’une « protection rapprochée » à un « accompagnement de sécurité », rien à redire même si « Manuel Valls et son ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, s’inquiètent, sur toutes les antennes, d’un danger terroriste « de plus en plus grand ». » (p.44)

3) la connaissance par les tueurs du jour et de l’heure de la conférence de rédaction : pas le commencement d’un questionnement.

4) l’autorisation des rassemblements républicains le soir-même et la marche républicaine du 7 janvier : a) Pour le 7 janvier (p.126) : « Malgré le plan Vigipirate, qui interdit tout rassemblement lorsqu’il est relevé au niveau « Alerte attentat », malgré les craintes de la préfecture de police qui se refuse à donner les autorisations nécessaires. Et mêmes si les tueurs courent toujours. » Pour une fois bonne remarque, mais ça ne fait ni chaud ni froid aux auteurs.

b) Pour le 11 janvier (p.189) : « Cette marche aura-t-elle vraiment lieu ? Alors que les Kouachi sont peut-être aux portes de Paris, qu’un sniper, dont nul n’a encore élucidé les motivations, a tué une policière à Montrouge ? Sur le papier, tous les risques sont pesés et soupesés. Même si, en ce début d’année 2015, personne ne parvient à envisager la possibilité de la terreur à grande échelle. A Charlie Hebdo, l’impensable s’est produit, mais circonscrit, ciblé. Aussi effroyable qu’injustifiable et tellement inouï que les autorités politiques, policières, militaires, peinent à imaginer une réplique. Bien sûr elles y pensent. Par précaution, par sécurité, mais au fond une voix dit toujours non. L’horreur ne frappe pas deux fois. Alors les Parisiens, les Français s’imaginent en cortège dans les rues de la capitale. Et les chefs d’état étrangers, leurs ministres ou les maires des capitales du monde entier peuvent dire, sans craindre vraiment, réellement, pour leur sécurité : « Nous viendrons ! » » L’horreur ne frappe pas deux fois… C’est peut-être l’argument le plus affligeant de tout l’ouvrage, auquel on serait tenté d’objecter pour la forme, en plissant les yeux d’un air savant : « Jamais deux sans trois », ou « Un train peut en cacher un autre »… Quant à la confiance des chefs d’État, ce n’est pas cela qui était en jeu. Pour ce qui les concerne, on peut être certain que la protection était maximale, d’autant qu’ils n’étaient censés arpenter qu’une seule portion de boulevard sur 300 mètres. En revanche pour les autres millions de manifestants…

5) les témoignages faisant état de trois hommes et non deux : information rapportée sous forme allusive p.169 : « A 3h30, sa garde-à-vue [d’Izzana Kouachi, l’épouse de Chérif, qui s’est d’elle-même rendue au commissariat] tandis que celle de son frère Mourad va bientôt commencer. Le garçon, âgé de 18 ans, s’est livré lui-même à la police quand il a vu son nom circuler dans les médias comme auteur possible du carnage de Paris. » L’information est accompagnée de la note suivante : « Son nom a notamment circulé dans le tweet « On vous tient enfants de putain ». mais l’enquête a prouvé que Mourad H ne pouvait être sur les lieux de l’attentat. » Et rien d’autre, malgré les déclarations publiques de François Molins et Bernard Cazeneuve et tant d’autres témoignages.

6) l’oubli de la carte d’identité : détail intéressant, les auteurs informent que cette carte n’a pas été oubliée telle quelle bien en vue par exemple sur l’un des tapis de sol : après un premier inventaire de l’arsenal et équipement abandonné par les tueurs dans le véhicule au 45 rue de Meaux, « les experts et les officiers de la brigade criminelle ouvrent les sacs que les gardiens de la paix n’ont pas osé toucher par crainte d’une bombe. C’est dans la sacoche Lacoste, posée par terre à l’avant de la voiture, qu’ils découvrent soudain le document plastifié. (…) Un commandant de la Crim prend la carte d’identité en photo, avec son smartphone. Il va montrer le cliché au kiosquier, qui n’a pas encore été conduit jusqu’au quai des Orfèvres, pour y être entendu et qui attend un peu plus loin. « Je ne suis pas sûr à 100 %, dit Patrick Deschamps, mais oui, il ressemble à un de ces types. » » Comme le nom « Kouachi » remonte la chaîne de commandement, il parvient au conseiller justice de Bernard Cazeneuve, Jean-Julien Xavier-Rolai qui se souvient aussitôt de celui des deux frères à qui il a eu affaire (Chérif, pas Saïd) il y a sept ans, dans l’histoire de la filière des Buttes-Chaumont. Comment les auteurs expliquent-ils cet oubli ? « Pour Bernard Petit, le patron de la police judiciaire, cette carte d’identité est une chance inespérée [en effet, l’enquête autrement n’aurait jamais pu démarrer]. Pourquoi était-elle là ? La Citroën des tueurs de Charlie Hebdo était trop endommagée par les tirs de police et l’accident place du colonel Fabien et, quand les deux hommes ont braqué le kiosquier pour lui voler sa voiture, ils n’ont évidemment pas perdu de temps à transférer leurs bagages. Autre hypothèse, cette carte d’identité est peut-être seulement celle de l’un de leurs complices qui les attend quelque part. En tous cas c’est une piste. » Il faut ici faire deux remarques de bon sens : les tueurs ont été décrits comme parfaitement calmes et professionnels par M. Deschamps, ils ont mis du temps à démarrer à ses dires car la voiture était trop vieille, si bien qu’il a eu le temps de récupérer son chien à l’arrière avant qu’elle ne démarre en trombe, enfin il suffisait non pas de récupérer une petite carte qui aurait malencontreusement glissé d’une poche dans une rainure inaccessible, mais d’empoigner une sacoche à portée de main en une fraction de seconde. Les auteurs ne marquent aucune surprise sur cette découverte « inespérée ».

7) les pare-soleil siglés du lapin Play-boy : les auteurs évoquent des « pare-soleil de la police », retrouvés sur le siège arrière ou dans le coffre avec le reste de l’équipement, mais ne relèvent pas la curiosité des pare-soleil siglés du lapin de Play-boy

8) la maquillage de la plaque minéralogique pour faire de la voiture une doublette : rien

9) le contradictions des témoignages de la rue de Meaux : pour les auteurs, tous les témoignages concordent pour désigner les Kouachi, sans donner de détail. Aucun intérêt sur la particularité du quartier – le plus important quartier juif de Paris, à un endroit dépourvu de caméras de surveillance – et du restaurant-patisserie cacher Patistory devant lequel la C3 a pilé.

10) le positionnement idéal de « l’ouvrier polonais » qui a filmé la sortie des tueurs : rien

11) les mensonges de Jordi Mir, qui a filmé l’exécution d’Ahmed Merabet boulevard Richard Lenoir : Pour rappel, Jordi Mir avait vite publié le 7 janvier le tweet suivant, supprimé seulement le 13 mars 2015 : « A tous les journalistes, si vous voulez diffuser ma vidéo #charliehebdo, merci de penser aux victimes, elle est libre de droits. », en plus de poster la vidéo sur sa page facebook. Les auteurs s’étendent à quatre reprises sur le cas de Jordi Mir. Une première fois page 61 pour évoquer cet « ingénieur, fondateur d’un site de podcasting sur le net » qui « a pu avoir le scoop ». « Quelques minutes plus tôt, dès le premier coup de feu, il a saisi son téléphone portable, non pour appeler les secours, mais pour le mettre en position caméra. A travers la fenêtre de son salon, il a filmé le meurtre d’Ahmed Merabet. Puis, quand il a vu les policiers près du gardien de la paix, il est descendu pour leur donner une copie des images enregistrées sur une clé USB. Maintenant, revenu chez lui, il regarde sa vidéo. La « mort en direct ». Il l’a vue, il l’a filmée. Il se demande comment il va « pouvoir partager ce qu’il vient de vivre. » » Nous le retrouvons un peu plus loin à la page 70 : « A quelques mètres de là, au 63 boulevard Richard-Lenoir, l’ingénieur consultant en podcasting, qui a filmé l’exécution d’Ahmed Merabet, ne parvient pas à se remettre de ses « émotions ». Son « besoin de partager ce qu’il vient de vivre » ne s’est pas atténué. L’ingénieur a 55 ans, il est seul dans son appartement [est-ce une excuse?]. Il ne trouve rien de mieux que de poster la vidéo sur sa page facebook, où il apparaît sous le pseudonyme de « Jordi Mir ». Conséquence, page 128 : « Les images du policier, allongé sur le sol, boulevard Richard Lenoir, et des tueurs qui s’apprêtent à l’achever ont été reprises sur la plupart des chaînes. L’ingénieur qui les a filmées depuis sa fenêtre, puis postées sur net pour « partager son vécu » [et encourager via tweeter tous les médias à les reprendre], les a assez vite retirées de son compte facebook [mais pas pas du tout de son compte tweeter]. Mais tous les médias et tous les sites en ligne ont eu le temps de les récupérer. » Page 223, encore, décidément, les auteurs s’efforcent de lui trouver des excuses : « Boulevard Richard Lenoir, dans le 11ème arrondissement, l’ingénieur qui voulait jouer au reporter depuis son salon en filmant l’exécution d’Ahmed Merabet, est entré dans une phase de déprime [le pauvre… en plus tout seul, a 55 ans]. Il a beau avoir retiré la vidéo qu’il avait postée sur son compte facebook [mais pas de tweeter] – « pour partager (son émotion) [et inciter sur tweeter tous les journalistes à la reprendre] »–, des petits entrepreneurs du net, animant des sites ou des blogs, s’en sont emparés [l’allusion en mode AC à Panamza est ici transparente]. Des islamistes la visionnent et l’échangent pour fêter la mort du policier apostat. Jordi Mir veut présenter ses excuses à la famille Merabet. « J’étais seul dans mon appartement. J’étais paniqué, j’ai eu un réflexe stupide ». Il s’est d’abord donné bonne conscience en se persuadant que son petit film était l’équivalent de l’emblématique photo de Robert Cappa, Mort d’un soldat républicain, prise en 1936 en Espagne. Ahmed Merabet, victime de guerre … et puis il a « réalisé ». Le fric que d’autres se font avec sa vidéo, les djihadistes qui s’en servent pour leur propagande, les « conspirationnistes » qui la détournent et la manipulent. C’est la grande foire du Net, où se mêlent l’abject et les élans de solidarité. » L’allusion à Panamza est encore ici transparente. L’insistance des auteurs à vouloir exonérer Jordi Mir de toute responsabilité, en passant sous silence son « mensonge-clé », pour reprendre l’expression contenue dans l’article publié par Panamza le 20 juillet 2015 et intitulé « Affaire Charlie : l’étrange mensonge d’un témoin-clé », est d’autant plus suspecte quand on met en regard les vœux de silence religieusement observés pour presque toutes les zones d’ombre ; Panamza qu’ils auraient pu citer pour l’occasion, de manière à offrir au lecteur la possibilité de vérifier par lui-même. Il le sera en un autre endroit, sans aucune référence à ses révélations à propos de cette vidéo, dans un cadre 100 % AC. Mais n’anticipons pas…

12) le témoignage de Valérie M : les auteurs évoquent en épilogue du livre les attentats du 13 novembre, qui se produisent au moment où ils mettent la dernière main à leur livre qui sort début janvier 2016. Le témoignage de Valérie M. est publié en octobre 2015. Les auteurs en parlent, certes, à la page 39, mais, en escamotant l’essentiel, pour dire : « Le matin-même, dans la rue piétonne où il va chercher les croissants, Charb a vu une voiture aux vitres teintées à l’arrêt. Il l’a dit à Valérie, l’amie qui a dormi avec lui cette nuit : il a eu l’impression qu’on le pistait. Pour le rassurer, Valérie lui a suggéré qu’il s’agissait peut-être des gorilles de la chanteuse Jennifer, qui habite non loin de là. » (p. 39) Valérie M. n’était pas sa compagne de « cette nuit », mais de plusieurs des nuits précédentes et depuis plusieurs années, et c’est elle qui a été concernée par le fond d’indemnisation des victimes. Rien par ailleurs sur le cambriolage de l’appartement de Charb. Presque rien non plus, par ailleurs, sur le rôle trouble de Jeannette Bougrab dans toute cette affaire, si l’on excepte une allusion anodine à la page 88 : « Puis, Jeannette Bougrab, ex-ministre de Sarkozy, tombe à genoux sur la chaussée, en poussant un long râle quand elle entend dire : « Charb est mort. » Richard Malka, l’avocat du journal, et Caroline Fourest, l’essayiste, ex-journaliste de Charlie, la soutiennent. Rares sont, alors, ceux qui connaissent la relation amoureuse de la jeune femme, membre de l’UMP, avec le dessinateur communiste. »

13) Farid Benyettou, le mentor des frères Kouachi embauché à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière : le livre qu’il a co-écrit avec Dounia Bouzar : mon djihad, itinéraire d’un repenti, n’était pas encore sorti, et Farid Benyettou n’avait pas encore fait son incroyable coming out « je suis Charlie » chez Thierry Ardisson, mais son cas est évoqué par les auteurs. A l’exemple de certains proches de Kouachi qui se sont spontanément présentés au commissariat, lui a « déboulé à Levallois dans les locaux de la DGSI » à 19h30, « dans une démarche visant à démontre qu’(il) ne cherche pas à se soustraire à la justice ». Les auteurs relèvent la bourse de 4600 euros qu’il a obtenue du conseil régional à sa sortie de prison pour faire des études d’infirmier aux urgences de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, sans s’en émouvoir.

14) Les clairs avertissements de Benyamin Netanyahou : rien, de même qu’aucune allusion à une possible implication sioniste/israélienne, et aucun rappel que les opérations sous faux drapeau sont une spécialité de l’État Juif.

Les auteurs d’Et soudain ils ne riaient plus, à l’instar des membres de la commission d’enquête parlementaire de 2016 et de l’ensemble des médias de masse, passent complètement sous silence les nombreuses zones d’ombre et anomalies de la version officielle du massacre de Charlie Hebdo. Quand ils évoquent un aspect bizarre ou extraordinaire de l’affaire, ils en parlent comme d’une chose tout à fait normale, de façon incomplète, en gommant les aspects les plus polémiques, et les très rares fois où ils ouvrent un semblant de débat – le cas Jordi Mir -, on les sent commencer à frémir de colère et montrer les canines envers les « conspirationnistes » et la « fachosphère ».

Haro sur les « conspirationnistes » et la « fachosphère » ! La signature AC

Ce qui nous amène au critère décisif pour déterminer le caractère AC de cet ouvrage. Les acteurs AC se plaisent ordinairement à ronronner sur un mode rassurant et lénifiant. Optimistes, confiants dans la parole officielle, ils arborent un visage et un sourire d’ange qui donnerait envie de leur donner le bon Dieu sans confession. Les acteurs AC sont des gens fondamentalement positifs. Cependant, lorsque de convaincants trublions prétendent venir s’inviter dans leurs concerts où tous les rôles sont soigneusement répartis, et les accès aux instruments bien gardés, on observe soudain dans leur physionomie une irrépressible métamorphose. Le ton caressant « France culture » de la maman se casse alors pour se muer en agressif grognement de rottweiller. Les auteurs de cet ouvrage mettent du temps à perdre leur sang froid, mais ils finissent tout de même par le perdre et de quelle façon éclatante ! Allons à la page 224, que j’émaille de commentaires entre crochets.

C’est sans doute le fait de se sentir contraints, comme on va le lire, de s’étendre un peu trop sur le cas Jordi Mir qui a fait sortir les auteurs de leurs gonds. C’est en effet une règle d’or que généralement ils respectent : ne jamais, jamais, entrer dans le détail des anomalies et zones d’ombre d’une affaire. Là, d’en parler, cela a fait remonter un peu trop haut la lave dans la chambre magmatique, ce qui a donné lieu à une brève mais symptomatique éruption :

« « Je ne suis pas experte, dit une tweeteuse anonyme [sur ce point il aurait été plus honnête, mais évidemment très dangereux, de renvoyer, par exemple, au dossier fouillé d’artemisia-college.info] parmi des milliers d’autres mais quand on a achevé Ahmed Merabet il n’y avait pas de sang, regardez sur youtube. » Les adeptes [lexique de la religion] de la théorie du complot se repaissent [lexique péjoratif animalier] de la vidéo de Jordi Mir. « Pas d’hémoglobine autour de la tête du flic allongé sur le trottoir. » Que le cinéaste amateur ait tourné ces images à travers sa fenêtre, et depuis une hauteur de trois étages, ne les arrête pas une seconde [A une distance de 25 mètres, le sang devient invisible, c’est ça l’argument ?]. Surtout quand les professionnels de la désinformation attisent leur bêtise [insulte gratuite et inversion accusatoire] et leur goût du pire [interprétation par la psychologie]. Ceux-là se sont mis à l’œuvre à peine la tuerie de Charlie Hebdo perpétrée. Du vétéran Thierry Meyssan [Thierry Meyssan a perdu toute crédibilité depuis longtemps dans les milieux de la réinfosphère, dont il n’est pas représentatif, du reste cela n’empêche pas qu’il puisse avoir raison à l’occasion, comme les auteurs de l’ouvrage], basé à Damas depuis 2007 [donc-suppôt-de-l’infâme-régime-du-boucher-de-Damas], et dont les délires, notamment sur les attentats de New York [en quoi s’agit-il de délires? De quels délires parle-t-on ? La VO du 11 septembre est protégée par un dispositif AC depuis 20 ans], se sont arrachés à des centaines de milliers d’exemplaires, au dernier venu de la bande [lexique péjoratif, et les chercheurs de la réinfosphère ne travaillent pas en bande, contrairement aux auteurs de l’ouvrage], Hicham Hamza, es-salarié du site Oumma.com destiné à la communauté musulmane francophone », qui a fondé, en 2013, sa propre officine [lexique péjoratif, « media » conviendrait mieux] baptisée Panamza. Tous ressassent les mêmes obsessions antisémites [explication psychologisante, impératif de dédouaner les Juifs à n’importe quel prix]. Cette fois encore, il leur [pronom collectif réducteur] a fallu quelques heures [inversion accusatoire, l’enquête de Panamza s’étend sur plusieurs semaines/mois quand la version officielle est figée pour l’éternité en quelques heures/jours] pour mouliner [lexique péjoratif] leurs argumentaires, rapprocher deux photos de voitures pour y déceler des « détails qui ne collent pas » [zone d’ombre ridicule choisie à dessein, pourquoi ne pas parler plutôt du « suicide » d’Helric Fredou ?], ironiser sur la carte d’identité « retrouvée par hasard » [remplacer « carte d’identité » par « Omar m’a tuer »]… et décréter que le Mossad, la CIA, des « services secrets inféodés à Israël et à l’Amérique » étaient derrière le massacre de Charlie Hebdo [les opérations sous faux-drapeau sont historiquement une spécialité sioniste/israélienne incontestable]. Dans un réflexe quasi pavlovien [inversion accusatoire et lex péj], les militants de la galaxie [lex péj] « rouge-brune-verte » s’emparent [lex péj] de ces arguments également repris par les jeunes générations du Web [mettre en garde l’influence des Théories du Complot sur les « jeunes »].

Chez les 15-20 ans, YouTube a dépassé Google comme moteur de recherche. A l’émotion collective qui a porté « Je suis Charlie » répond la fulgurance virale [lexique de la maladie] des théories conspirationnistes [généralisation abusive]. Au ministère de l’Éducation nationale, où l’on commence tout juste à recenser les incidents qui ont émaillé la minute de silence, on découvre avec effarement à quel point les théories du complot, sur un fond de communautarisme [ces salauds de bicots islamofascistes inassimilables], de ressentiment envers la France et ses institutions, de défiances et de frustrations d’une partie de la jeunesse [explication psychologisante], ont déjà fait des ravages [lex péj] dans les lycées et les collèges. « Il n’y a pas de sang autour de la tête d’Ahmed Merabet », « ce sont les juifs qui ont fait l’attentat », « c’est le président Hollande qui a tout organisé ». Le hashtag « #coupmonté » fait son apparition sur la toile. »

Cet extrait à lui seul signale qu’Et soudain ils ne riaient plus est un ouvrage qui fait partie du dispositif AC mis rapidement en place, « dès les premières heures », oserait-on copier coller, autour du massacre de Charlie Hebdo. Le filtre à AC, malheureusement pour ses auteurs, est sans aucune pitié. A la limite si la rédactrice s’était montrée un peu plus calme, mesurée, un peu moins haineuse et caricaturale, on aurait pu avancer l’hypothèse de la bêtise et de la naïveté, mais là le « style AC », pour paraphraser l’expression de « style paranoïaque » de Richard Hofstadter, l’ancêtre de tous les auteurs AC, éclate pour ainsi dire à chaque mot. La signature est même si grossière qu’on éprouverait plus de pitié que de colère si les enjeux n’étaient pas aussi graves.

Tout cela est bien nauséabond, isn’t it ? Un second extrait à la page 362 n’est pas mal non plus :

« Toute la journée, les médias et les autorités ont qualifié de « prise d’otages » ce qui en réalité était un « massacre de juifs », s’indignent les familles, les amis, les proches, les représentants de la communauté, les voix militantes ou non qui donnent écho à leur colère sur les réseaux sociaux, en France comme en Israël. Ils éprouvent le même sentiment d’amertume et d’abandon qu’après la tuerie perpétrée par Mohamed Merah à Toulouse, en 2012 [autre affaire protégée par un dispositif AC, et rappelons que cette affaire a complètement éclipsé les meurtres de militaires d’origine maghrébine les jours précédents, sans que la « communauté arabo-musulmane » se rue au créneau pour hurler à l’injustice], qui avait suscité l’effroi mais pas de réprobation nationale à hauteur des atrocités commises [comment peut-on avoir le culot d’avancer une telle contre-vérité?]. Comme si le pays s’était habitué peu à peu à un antisémitisme protéiforme et virulent [le seul racisme auquel on s’est habitué peu à peu c’est celui envers les « blancs », les « Français de souche », et les organisations créées et chapeautées par des juifs en sont les premières responsables] : Ilan Halimi tué « parce qu’un juif c’est riche » [celui-là, comme Dreyfus, on en parlera encore dans cent ans], les cris de « Morts aux juifs » ou de « Juif, la France n’est pas à toi ! » entendus lors de la manifestation de soutien à la Palestine six mois plus tôt, en 2014 [et combien de fois n’a-t-on pas entendu, dans des manifestations juives : « Dieudo, négro, les Juifs auront ta peau! » : un partout la balle au centre], une synagogue en partie incendiée juste après [et quid des centaines d’églises profanées et incendiées ces dernières années dans le silence médiatique le plus total, et cette omerta AC autour de l’incendie criminel qui a détruit Notre-Dame?], un engin explosif lancé dans une épicerie juive de Sarcelles [quand les tiroirs sont vides, bien racler jusqu’au fond]… Et maintenant quatre morts ? Quatre morts qui n’empêcheront pas Dieudonné de maintenir ses spectacles ce soir au Zénith de Pau et demain celui de Toulouse [on atteint ici le comble de l’abjection, le lien de causalité étant inexistant]. Manuel Valls avait demandé et obtenu l’interdiction de sa tournée antisémite [ignoble caricature], il y a un an presque jour pour jour [et ils osent s’en féliciter, alors que même une entité de l’État profond comme la Ligue des Droits de l’Homme avait protesté – avec bien d’autres sommités « républicaines »– que cette décision instaurait un cadre « lourd de conséquence pour la liberté d’expression »]. Depuis « l’humoriste » [c’est la qualité de journalistes des auteurs de cet ouvrage qui mériterait d’être mise entre guillemets]. Son nouveau show, joué à quelques heures à peine de l’attaque de l’Hyper Cacher, s’intitule La Bête Immonde [En quoi aurait-ce été une raison de ne pas le jouer ? et pourquoi ne pas préciser qu’il s’agit d’un intitulé ironique ? Pour les auteurs Dieudonné est sans doute une « bête immonde » au sens strict].

Épilogue (1) : remise du prix Françoise Giroud par Caroline Fourest

Et non, nous n’en avons pas fini… En effectuant une recherche sur le parcours professionnel des différents contributeurs de cet ouvrage, on découvre que Marie-France Etchegoin, la soliste du quatuor (ou du quintet si l’on inclut la documentaliste), qui a « repris l’ensemble d’un trait de plume, en restant au plus près des faits et des êtres » (sic) a remporté en avril 2014, l’un des trois « prix François Giroud », celui récompensant « le meilleur portrait de l’année dans la presse écrite de langue française, quotidienne, hebdomadaire, ou mensuelle ». Pour l’obtenir il faut candidater et il est doté de 5000 euros Les membres du jury cette année-là étaient Arlette Chabot, Caroline Eliacheff, Caroline Fourest, Julien Goetz, Serge July, Heddi Kadour, Olivier Postel-Vinay, Martine Rabaudy, Marguerite Tiounine, ainsi que la lauréate du Prix du portrait 2013, Marion Van Renterghem.

Marie-France Etchegoin a été honorée pour son article/portrait, publié le 24 janvier 2014 sur le site du nouvelobs.com, de l’écrivain et polémiste Alain Soral. Le titre donne le ton : « Antisémite, « national-socialiste » : comment devient-on Alain Soral ? ». Le chapeau confirme qu’il va s’agir d’un portrait au caca fumant, ou pour employer un terme moins vulgaire une lectio pessima : « Pilier du système Dieudonné, antisémite et fier de l’être, Alain Soral, bénéficie d’une renommée vénéneuse sur le web et dans les médias. Enquête. » Le ton AC est donné avec deux mensonges, puisque Alain Soral n’a jamais proclamé sa « fierté d’être antisémite », ni d’être « national-socialiste ». L’expression est tiré d’un livre d’échanges avec Eric Naulleau ou sous forme de boutade il disait se sentir « national-socialiste à la manière d’Hugo Chavez ». Il a clairement expliqué dans ses vidéos qu’en tant que patriote français il ne pouvait nullement être un disciple d’Adolphe Hitler. Comme ce portrait n’a d’autre but que de déverser un torrent de haine sur le sulfureux polémiste et de renforcer le cordon sanitaire autour de lui, je me contente d’un relevé des expressions AC typiques : « logorrhée violemment antisémite »/« arrière-cuisines de la « fachosphère » »/« vénéneuses obsessions »/« affligeant de bêtise »/« On est loin de Bernard Lazare – l’auteur de « l’Antisémitisme, son histoire et ses causes »  – dont il a la perversité de se réclamer. On est en revanche au cœur de ses névroses. »/« son délire »/« Avec Soral, l’ignoble va souvent de pair avec l’insulte à connotation sexuelle ou, plus précisément, homosexuelle. »/« il semble n’avoir d’autre passion que lui-même. »/« abjectes et incessantes transgressions »/« Comme dans une officine de la Gestapo, et sous les yeux de Naulleau, il a pu dresser ses listes »/« Il a pris la posture de l’éternel ostracisé. Un comble. »/« Peu à peu, il a perdu, au moins à la télé, la place qu’il n’aurait jamais fallu lui donner. »/« Aujourd’hui encore, il fait semblant de ne pas comprendre, essaie d’entraîner ceux qu’il pense avoir contaminés. »

Alain Soral, dans sa vidéo du mois de mars 2014, explique la campagne de diabolisation dont il est victime. Au XXIème siècle, les décorations et les honneurs ne dépendent pas du mérite et du génie, mais du niveau de servilité et de collaborationnisme auquel on est prêt à s’abaisser pour servir l’idéologie antifrançaise du pouvoir profond

Et soudain ils ne riaient plus, évidemment, au contraire, à l’instar de toutes les productions AC, quelque soit l’insigne médiocrité de leur niveau – nous pensons ici très fort aux Rudy Reichstadt, Caroline Fourest, Frédéric Haziza, Philippe Val – a été salué lors de sa parution par l’ensemble des grands médias comme un livre exceptionnel, LE livre de référence sur ces journées fatidiques de début janvier 2015, sans la moindre nuance… concert de louanges rivalisant de superlatifs et de coups de langue, sans la moindre fausse note, etc. etc. etc. Ainsi soit-il en République Populaire (ou Démocratique) de France.

Épilogue (2) : à l’assaut du professeur Didier Raoult

Après un ouvrage AC sur le massacre de Charlie Hebdo, un ouvrage de « diabolisation light » du professeur Didier Raoult

J’avais initialement écrit cet article, fin 2019, avec le dessein de l’insérer dans Massacre de Charlie Hebdo : l’enquête impossible. Tant d’eau a coulé sous les ponts depuis qu’il me faut signaler que Marie-France Etchegoin, comme tous ses frères et cousins AC de la médiasphère, a pris aveuglément parti en faveur de la propagande gouvernementale sur la pseudo pandémie de Covid-19, affiché sa croyance en la version officielle et sa condamnation des complotistes, en publiant en juin 2021, avec la journaliste du Monde Ariane Chemin un ouvrage contre le professeur Didier Raoult intitulé Raoult, une folie française. Si les deux journalistes nient avoir fait un portrait à charge, prétendent avoir visé l’objectivité factuelle, recherché l’équilibre pour se hisser au-dessus de la brûlante polémique, les éléments de langage distillés à chaque émission, et dans chaque article de recension ne laissent aucun doute quant à la volonté d’imprimer dans l’esprit du public une image douteuse et peu rassurante du promoteur précoce du traitement couplant hydroxychloroquine et azithromycine : toutes les études – jamais citées – ont montré que l’hydroxychloroquine était inefficace, le personnage a un ego démesuré, penchant vers la mégalomanie, fier d’afficher un QI de 180 qu’on aurait décelé chez lui à l’âge de 14 ans, avide de notoriété, de reconnaissance et de décorations, attiré par le populisme médical, désormais suivi seulement par un bataillon d’anti système, décrié dans la communauté scientifique, etc. Pas de réelle remise en cause, il faut le reconnaître, de ses compétences scientifiques, et de sa légitimité en tant que chercheur, mais un ensemble d’éléments de langage inlassablement martelés qui donnent au final une vision peu flatteuse et rassurante du personnage. Le procès en déviance psychologique et charlatanerie est toujours frôlé. J’utilise des adverbes comme « inlassablement » et « toujours », car l’ouvrage des deux femmes a fait l’objet d’une recension pléthorique dans la médiasphère : seules ou à deux, elles ont pu faire le tour de toutes les chaînes de radio de et de télévision, et tous les quotidiens et magasines y ont consacré des pages. La recension est unanimement louangeuse, sur des dizaines d’articles et interventions, il est impossible de relever un commencement de souffle de contradiction et de critique. Il s’agit d’une opération de diabolisation light, qui vient parfaitement compléter les attaques beaucoup plus violentes dont le directeur de l’IHU de Marseille est par ailleurs victime.

Dans cette vidéo postée le 15 juin 2021, le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU de Marseille, revient sur la campagne de harcèlement d’une violence inouïe qu’il subit depuis le début de la crise sanitaire en mars 2020

François Belliot, juillet 2021

Notes

  1. Procureur de la République près le tribunal de grande instance de Paris de 2011 à 2018, en charge de l’enquête [↩]
  2. Directeur de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) du 30 mai 2012 au 31 mai 2017 [↩] [↩]
  3. Directeur la Police judiciaire parisienne de 2013 à 2015 [↩]
  4. Préfet de Police de Paris de mai 2012 à juillet 2015 [↩]
  5. Chef de la BRI-PP de 2013 à 2020 [↩]
  6. Patron du RAID, et du FIPN, qui a coordonné l’assaut le l’Hyper Cacher par le RAID et la BRI [↩]
  7. commandant du GIGN de septembre 2014 à avril 2017 [↩]
  8. Ancien commandant du GIGN, nommé général d’armée en conseil des ministres le 10 avril 2013, en même temps que directeur général de la gendarmerie nationale, poste qu’il quitte en juin 2016 pour rejoindre le groupe Total en tant que directeur de la sûreté du groupe [↩]
  9. Chef d’état-major particulier du président de la République de 2010 à 2016 [↩]
  10. Ils se connaissent tellement bien que lorsque Manuel Valls annoncera sa démission du poste de Premier Ministre, le 5 décembre 2016, avec le succès que l’on sait, à la Primaire citoyenne du PS pour l’élection présidentielle, c’est à Bernard Cazeneuve que le lendemain François Hollande fera appel pour le remplacer [↩]
  11. Voici ce qu’en disait feu Siné dans un entretien consultable sur internet en 2011 (Siné a gagné le procès qu’il a intenté contre Charlie Hebdo) : « Wolinski, lui il avait rencontré Chirac, et il était tout content parce qu’il avait pu caresser le chien de Madame Chirac. C’était lamentable. Il avait eu la Légion d’honneur aussi par Chirac lui-même. Enfin il était foutu… Il était passé carrément de l’autre côté. Cabu, lui aussi il était nul, il était copain avec le maire de Paris, Delanoë. Ils ne se quittaient plus. Il avait sa table ouverte. Il avait eu une grande expo à la mairie de Paris. Donc ils bouffaient tous avec le pouvoir. Même Delanoë on ne peut pas dire qu’il soit un mec de l’opposition, c’est quand même un mec de pouvoir, bien qu’il soit PS. Donc voilà, je les estimais tous à croquer du mauvais côté. J’étais le seul qui résistais… Maintenant qu’il n’y a plus Val ça doit être plus vivable. Avant c’était l’enfer… Il fallait pas fumer, pas boire. Un mec s’est fait virer parce qu’il buvait une bière. C’était… loufoque. Et Charb quand il voyait des cendriers il les balançait par la fenêtre. Vraiment des malades… « Interdiction de fumer » partout, des panneaux partout. Là bas c’est vachement rigoureux. Moi j’y allais jamais. J’envoyais mes trucs par mail. [Charb] lui il a choisi son camp… On l’a eu au téléphone au début, il y a un an, quand… en pleine bagarre, il a dit à ma femme : moi je pense à mon avenir. Il s’est pas gratté. Son avenir c’était ça, devenir rédacteur en chef à la place de Val. C’est ce qu’il voulait. Rien que pour ça j’aimerais qu’il se casse la gueule. Comme on dit la trahison ne paie pas… » [↩]
  12. Cf « Proche des loubavitch, Kev Adams célèbre Israël », Panamza, 10/10/18 [↩]
  13. Comme la plupart de ses livres, mais plus que d’autres, celui-ci a été particulièrement éreinté par la critique (ce qui n’a rien changé à la totale liberté d’expression de BHL, et la mise à sa disposition systématique de tous les canaux promotionnels médiatiques existants), notamment par Marianne Pearl, veuve du journaliste assassiné au Pakistan, qui a tenu a s’en désolidariser publiquement, dénonçant un homme « dont l’ego a détruit l’intelligence ». A noter que la plupart des références à ce jugement ont été effacées de la toile. [↩]
  14. Le magasine mensuel d’Al Qaida dans la Péninsule Arabique, dans lequel a été désigné en mai 2013 comme cible à abattre, photo à l’appui, Charb, en même temps qu’onze autres personnalités. [↩]
  15. Il a coordonné l’évacuation de quarante-six Français exposés aux tirs des talibans en train de mettre la main sur Kaboul en 1996, l’exfiltration d’une trentaine de ressortissants français réfugiés à l’ambassade de France à Phnom Penh, un an plus tard pendant le coup d’État, sauvé trente-cinq enfants menacés par les combats entre les forces loyalistes et rebelles, en 2005 au Congo. En 2011 il était le chef d’escorte de l’ambassadeur de France en Afghanistan Bernard Bajolet. Il fut également pendant cinq ans le garde du corps du juge anti terroriste Marc Trévidic. Nous renvoyons à un long article de Fabrice Tassel, publié le 6 janvier 2016 sur gqmagazine.fr… Dans ses Mémoires, Jean-Louis Fiamenghi, ancien patron du Raid, dit de lui : « Lui aussi, je l’ai eu sous mes ordres quand j’étais patron de ce qui était encore le Service de protection des hautes personnalités (SPHP). Il avait notamment effectué des missions à Kaboul et à Beyrouth pour former des policiers à la protection rapprochée. Franck était un grand professionnel et adorait son métier. » (p. 162) En effet, Saïd Kouachi, envoyé en repérage deux jours plus tôt (voir infra), a rapidement pu mesurer avec son œil de lynx qu’un type comme lui ne faisait pas le poids. [↩]

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