Aller à…
RSS Feed

8 décembre 2021

L’écologie sans lutte pour l’égalité, c’est du jardinage !


Depuis plus d’une semaine, une offensive concertée de macronistes associés à l’extrême-droite tente de déstabiliser le Front de mères à coups de fake news, de reportages complotistes et de harcèlement sur les réseaux sociaux. Il est reproché au Front de mères de dire qu’il y a des discriminations raciales à l’école…

 

En réalité, ce que nous reprochent les macronistes alliés dans cette affaire à l’extrême-droite, ce n’est pas la dénonciation des discriminations raciales à l’école. La reproduction sociale opérée par le système scolaire est documentée depuis longtemps déjà, des Héritiers de Bourdieu à l’Héritocratie de Pasquali, en passant par les rapports PISA (où le système scolaire français est parmi les plus inégalitaires et discriminatoires) et par le rapport, produit par l’Éducation nationale elle-même en 2013, intitulé «Penser les discriminations pour les combattre : du déni à la lucidité…».

D’ailleurs dans mon livre « La Puissance des mères », cité dans cette polémique, je cite de nombreuses études institutionnelles qui montrent l’ampleur des discriminations notamment scolaires. Étrangement, ces extraits ne sont pas cités. Qui peut nier aujourd’hui qu’il y a moins de filles dans les études scientifiques, qu’il y a moins d’enfants d’ouvriers dans les grandes écoles, qu’il y a une surréprésentation spectaculaire d’enfants non-blancs dans les filières professionnelles courtes ? Et qu’il s’agit là du résultat de mécanismes discriminatoires?

Que comptent faire les macronistes alliés à l’extrême-droite qui voudraient nous faire taire ? Dissoudre le CNRS, l’Ined, l’Insee, les travaux de Dubet, de Dhume, l’OCDE, l’Éducation nationale elle-même, qui disent la même chose que nous ?

Évidemment que ce n’est pas la dénonciation des discriminations raciales à l’école qui est en cause dans cette affaire. Le Front de mères dit ce que les chiffres montrent déjà. Seulement c’est du point de vue de parents d’élèves concernés, en parlant de ce qu’est le vécu discriminatoire au quotidien, et comment les discriminations s’incarnent et se concrétisent dans le vie des enfants. Parce que les discriminations ce n’est pas une abstraction : cela s’incarne et se traduit par des violences concrètes que subissent les enfants, des humiliations, de la souffrance psychique, etc.

En réalité ce qui est reproché dans cette affaire, c’est le fait que ce sont-là des mères non-blanches qui osent dénoncer ces inégalités. Mais pour qui se prennent ces femmes ? Si elles étaient restées en Afrique elles seraient en train d’élever des chèvres, comment osent-elles critiquer l’école ? Le Front de mères subit ce que subissent les mères non-blanches et habitant les quartiers populaires depuis des décennies : elles sont illégitimes pour remettre en question les injustices et les inégalités sociales.

Par ailleurs, on nous reproche d’écrire et de théoriser en nous appuyant sur nos vécus discriminatoires. Je parle dans mon livre de «mères-tampons», de «désenfantisation», c’est à dire que j’enrichis la réflexion, et donc les moyens de lutter contre les inégalités, en produisant des concepts nouveaux. Pour qui se prennent ces femmes? Non seulement elles prétendent critiquer, mais en plus elles voudraient faire les intellectuelles et théoriser sur les enjeux politiques et sociaux ? Qui va s’occuper des enfants ? Qui va s’occuper du couscous ?

Surtout, ce qu’on nous reproche c’est de lutter. De ne pas nous résigner. De lutter contre toutes les inégalités et discriminations que subissent nos enfants. On nous reproche de vouloir exister politiquement. On nous reproche de vouloir protéger nos enfants. On nous reproche de chercher une alternative au projet libéral porté par les macronistes.

En réalité, ces macronistes nous reprochent aussi de lutter contre la casse des services publics menée par J.M Blanquer, de défendre l’école publique, contre les dispositifs de tri et de sélection des élèves comme Parcoursup, contre la dégradation des conditions de travail des personnels de l’Education nationale. Le Front de mères a contribué très concrètement à lutter contre le contournement de la carte scolaire à Bagnolet et Montreuil (j’ai moi-même été attaquée par les macronistes au niveau local pour ça), contre la fermeture de classes, contre le non-renouvellement des professeurs absents, pour le soutien mutuel entre parents et personnels de l’éducation nationale dans le cadre d’un projet pour plus d’égalité à l’école qui soit commun. D’ailleurs de nombreuses membres du Front de mères sont enseignantes, CPE, etc

On nous reproche de sortir du quartier où nous sommes assignées et de lutter aux côtés de toutes les organisations qui défendent comme nous la justice sociale et environnementale, et l’égalité, et de le faire concrètement, sur le terrain. On nous reproche de travailler au renouveau de la gauche avec les organisations des quartiers populaires, les organisations écologistes, climat, les féministes, les organisations syndicales, etc.

Ça, les macronistes alliés à l’extrême droite voudraient l’invisibiliser. Invisibiliser nos alliances, pour maintenir et créer des divisions. Pour maintenir une écologie composée quasi-exclusivement de CSP+ blanches de centre-ville. Alors que les classes populaires, notamment celles qui vivent dans les quartiers populaires et descendantes de l’immigration postcoloniale, sont les plus touchées par le désastre écologique. Et qu’une écologie qui ne serait pas portée par toute la population, notamment par les quartiers populaires, est évidemment vouée à l’échec.

Le Front de mères, comme le MIB au Larzac avait commencé à le faire, fait partie des organisations des quartiers populaires qui sont à l’avant garde des alliances politiques, parce qu’on n’a pas le temps, parce qu’il s’agit de protéger nos enfants des violences et injustices aujourd’hui, et pas en 2367. Ainsi le Front de mères est une des rares organisations politiques qui mène un projet écologiste, qui soit antiraciste et féministe, et qui soit ancré dans les quartiers populaires. Et ça les macronistes alliés à l’extrême-droite, ça ne leur plait pas, il ne faudrait pas que la majorité silencieuse qui refuse une société hiérarchisant les individus en fonction de leur classe, leur sexe et leur couleur de peau participe au débat politique en 2022, et y soit incarnée, représentée. La violence des attaques racistes a aussi comme fonction d’empêcher ce front d’alliances politiques de s’organiser.

Il reste que le Front de mères monte en puissance, avec une multiplication des collectifs locaux, la construction d’alliances internationales, le succès du livre La Puissance des mères aux prestigieuses éditions La Découverte, qui est le manifeste antiraciste, féministe et écologiste du Front de mères, vendu à plusieurs milliers d’exemplaires, le magnifique partenariat avec Alternatiba autour de l’écologie populaire, porteur d’espoir, nos activités, nos conférences de haute volée, notre Amap, nos écrivains publics, notre école de Verdragon pour élargir le champ des possibles de tous les enfants, etc

Une chose est sûre, ce ne sont pas les attaques haineuses de fascistes, d’abrutis d’extrême-droite et d’incompétents complotistes qui vont nous faire plier.

Je suis une militante antiraciste, je ne plierai jamais face à des attaques racistes. En tant que porte-parole du Front de mères et au nom de toutes nos membres, je peux dire que nous ne plierons jamais face aux attaques racistes. La solidarité et l’amour que nous avons les unes pour les autres font notre puissance, notre beauté, et notre détermination à ne jamais lâcher!

Parce qu’on est là pour l’intérêt général, pour nos enfants, et que rien ne peut arrêter des personnes qui se battent pour leurs enfants. Rien du tout.

La lutte continue !

Fatima Ouassak

Porte-parole du Front de mères

PS: Retrouvons-nous à la journée « Portes ouvertes » de Verdragon (14 rue de L’Epine Prolongée, Bagnolet) le 20 novembre de 14h à 19h, avec au programme:

➖Atelier « Alimentation dans tous les sens » : un atelier pour les enfants qui les invitent à explorer leur sens du goût;

➖Atelier « Théâtre: deviens les 4 éléments » : pour tous, venez vous initier au théâtre et l’expression du corps!

➖Atelier « Calme et sérénité avec la sophrologie » : vous pourrez apprendre des méthodes simples de gestion du stress et des émotions;

➖Atelier « De l’Art pour lutter »: au côté du collectif @formesdesluttes, vous apprendrez à créer des affiches engagées!

L’après-midi se clôtura en musique, avec la présence d’un DJ

 

Verdragon, maison de l'écologie populaire, à Bagnolet/Montreuil Verdragon, maison de l’écologie populaire, à Bagnolet/Montreuil

 

Partager

Plus d’histoires deDroit de l'Homme