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30 juin 2022

L’Autorité de sûreté nucléaire pointe la fragilité inédite du parc français


L’Autorité de sûreté nucléaire pointe la « fragilité inédite » du parc français

Atone. Mardi, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), a présenté un bilan sans concession de la situation du parc français, alors que plus de la moitié des réacteurs sont à l’arrêt.

Lors de sa présentation aux parlementaires (voir la vidéo) de son rapport pour l’année 2021, le patron de l’ASN, Bernard Doroszczuk, a donné une bonne appréciation générale sur la sûreté jugée « satisfaisante » des installations nucléaires. S’en est ensuivie une série d’avertissements : « le système nucléaire doit faire face à double fragilité inédite, qui résulte pour l’essentiel de l’absence de marge et d’un déficit d’anticipation », s’est-il inquiété.

La première fragilité tient tout d’abord au fait qu’un nombre record de 29 réacteurs (sur 56) est actuellement à l’arrêt. Aux arrêts déjà prévus pour contrôle, maintenance ou rechargement du combustible (un calendrier compliqué par la pandémie), s’est ajouté un phénomène inattendu et encore largement inexpliqué : EDF a mis sur pause douze réacteurs dont les tuyauteries sont atteintes par la corrosion (Vert). Alors que des contrôles sont encore en cours pour déterminer l’origine et l’ampleur de ces anomalies, le président de l’ASN a prévenu que les travaux de réparation dureraient plusieurs années. De quoi grever significativement la production nucléaire.

L’autre fragilité tient aux dysfonctionnements constatés dans la gestion du combustible usé, qui conduisent notamment à une saturation des lieux d’entreposage. « Ces difficultés, si elles s’aggravaient, pourraient fragiliser le fonctionnement des centrales nucléaires dans la mesure où elles ne pourraient plus évacuer les combustibles usés de leurs installations », a prévenu Bernard Doroszczuk. Certaines de ces situations sont pourtant connues depuis longtemps. L’arrivée à saturation, au plus tard en 2030, de la piscine de refroidissement des combustibles usés de la Hague (Manche) est sue depuis 2010. Or, une deuxième piscine ne sera pas prête avant 2034, au plus tôt.

Emmanuel Macron, le 10 février, dans l’usine Steam power de General electric de Belfort. © Jean-Francois Badias / AFP

Le 10 février dernier, Emmanuel Macron a annoncé son souhait de construire 6 à 14 nouveaux réacteurs à eau pressurisée (EPR) et de prolonger « tous les réacteurs qui peuvent l’être » au-delà de 50 années d’exploitation (Vert). Or, selon le gendarme nucléaire, ce scénario « risque d’engager le système électrique dans une impasse, en particulier dans le cas où le nombre réacteurs aptes à fonctionner jusqu’à ou au-delà de 60 ans serait finalement insuffisant ou connu tardivement ».

L’ASN, qui délivre les autorisations décennales d’exploitation aux centrales, indique qu’« à ce stade, les éléments ne permettent pas de conclure que la poursuite de certains réacteurs est acquise au-delà de 50 ans ».

Enfin, le président de l’ASN rappelle que « la relance des activités nucléaires rend la question des déchets encore plus prégnante », celle-ci étant déjà « sensible et sujet à controverses ». En particulier, Bernard Doroszczuk prévient que la construction de nouveaux réacteurs et/ou la prolongation d’autres, entraînerait « forcément » une extension du centre d’enfouissement des déchets hautement radioactifs Cigéo à Bure (Meuse), lieu d’une très vive contestation.

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