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29 juin 2022

Sadok Belaïd: La Tunisie a-t-elle besoin d’un Kaïs Saïed?


INSTITUT TUNISIEN DES RELATIONS INTERNATIONALES

Leaders / 7 oct. 2019 —

Sadok Belaïd: La Tunisie a-t-elle besoin d’un Kaïs Saïed ?

Les caprices des électeurs tunisiens ont porté en tête de liste des candidats au premier tour de la présidentielle un universitaire connu et respecté, M. Kaïs Saïed. Les maladresses du gouvernement, auquel apparemment certains juges croient devoir ne rien lui refuser, ont conduit en prison M. Nabil Karoui, un publiciste, fort controversé par ailleurs, mais fermement soutenu par nombre de modestes gens dont, depuis longtemps, il s’est fait les obligés, et dont la gratitude l’a porté en deuxième position sur ladite liste des présidentiables.
La naïveté légendaire des Tunisiens leur a fait la mauvaise surprise de les mettre dans la situation dramatique des marins qui, aux abords du détroit de Messine, se trouvaient, selon la légende homérique, périlleusement ballottés entre deux dangereux écueils, Charybde et Scylla. La question que ces électeurs ruminent amèrement depuis le premier tour est de savoir auquel des deux improbables finalistes ils donneront leurs suffrages et leur mandat pour redresser leurs affaires si mal en point depuis bientôt dix années, et si mal conduites par des champions de la combine et la rapine. 

Le fatum –chez nous, la kodra – mais aussi l’absence d’un minimal sens de la responsabilité – a châtié les Tunisiens en leur donnant à choisir, comme l’âne de Buridan, entre deux candidatures parfaitement antinomiques et inconciliables : Saïed/Charybde et Karoui/Scylla. La majorité des Tunisiens ne se rend pas compte de la gravité de la situation dans laquelle ils se sont ainsi trouvés. Des deux cas, cependant, le plus délicat auquel on doit prêter la plus grande attention est, selon nous, celui de M. Kaïs Saïed. Nous lui consacrons donc la présente chronique.

A – Pour faire simple, disons que l’enjeu fondamental des élections présidentielles et législatives est la définition des moyens du redressement des institutions de gouvernance nationales de manière à donner à ce pays de meilleures chances de « sortir du fossé » et pour aborder le « rivage du salut ». Depuis 2011, les élections qui se sont succédé (2011, 2014, 2018) ont déjà donné à penser que la confiance de la population en ses institutions gouvernantes s’est graduellement, mais continuellement, dégradée. Les élections de 2019 en cours ont sonné le glas du système et de l’ensemble de ses institutions, notamment les partis politiques, qui ont reçu un affront si humiliant qu’ils ne s’en sont pas encore relevés. Mais, ce qui est remarquablement nouveau, c’est que cette fois-ci, les Tunisiens se sont trouvés en face d’un antisystème qui s’est révélé être si puissant que, dans les résultats du premier tour de la présidentielle, il ne leur a laissé qu’une chance très réduite de trouver une petite place au soleil dans la prochaine mandature, et qu’il les a même contraints à solliciter des deux candidats heureux de bien vouloir accepter leur soutien électoral…

Hélas !, et en dépit du sort déplorable des aficionados de l’ancien système, une tout autre très grave question se pose: l’antisystème représenté ici par M. K. Saïed est-il bien meilleur, bien plus prometteur que celui qui vient de s’écrouler ? Pour notre part, nous en doutons fortement en raison des sérieuses réserves que nous avons au sujet de notre premier «lauréat».

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