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5 octobre 2022

« Carlos », le combattant contre l’Empire, répond à nos questions


 

Le 15 août 2022, il a « fêté » si l’on peut dire ses 28 ans de prison en France…

***

E&R : Ilich Ramirez Sanchez, vous avez été condamné à la prison à perpétuité, mais bien des détenus dans ce cas sont libérés au bout de 20 ans. Avez-vous des raisons d’espérer une remise de peine ?

Trois chefs d’État à ce jour ont adressé des requêtes pour ma libération, chacun à deux reprises : le président Maduro, le président Poutine, et le président Erdoğan. Mes avocats demandent ma libération inconditionnelle depuis longtemps, moi je demande d’abord mon transfert dans un établissement de mon pays, le Venezuela.

 

Depuis la publication par Kontre Kulture de l’ouvrage où vous vous exprimez longuement, Carlos, un combattant contre l’Empire (2017), le monde est entré dans une nouvelle ère de grande instabilité. Que pensez-vous de l’intervention russe en Ukraine ?

Je partage à 100 % les analyses du président Poutine, en tant que communiste et stalinien. Il a raison sur toute la ligne ; il dit ce qu’il faut, en particulier sur la décadence de l’Occident, et l’Ukraine tombera forcément. Je ne lui reproche qu’une chose, c’est de ne pas avoir réglé leur compte aux Ukronazis en un mois, ce qu’il aurait pu faire, avec un déploiement de forces plus écrasant.

 

Comment expliquez-vous que le président juif de l’Ukraine coopère avec les nazis de son pays ?

C’est purement opportuniste.

 

Vous avez outre vos avocats français, des avocats turcs, le président Erdoğan fait des démarches pour votre libération, et les Turcs admirent énormément la résistance de la Palestine, dont vous avez été un dirigeant décisif. Le président Erdoğan vient de se rapprocher étrangement de l’entité sioniste, qu’en pensez-vous ?

Le président Erdoğan est très habile. C’est à lui que les Turcs doivent leur véritable indépendance, mais la gauche, l’opposition, a pour candidat aux prochaines élections le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu. La politique turque sera toujours très compliquée. La Turquie a perdu au profit de la Syrie une grande région peuplée de Kurdes, en 1930, et le président Bachar el-Assad leur a donné la nationalité syrienne il y a quelques années. Mais les Kurdes de Turquie ont voté pour Erdoğan à 80 %. Le grand opposant d’Erdoğan, Abdullah Ocallan, qui est kurde, a un neveu incarcéré ici, depuis un an, à la Maison centrale de Poissy, qui abrite des condamnés à des peines courtes, désormais. J’ai signé une pétition pour sa libération. Erdoğan devrait libérer Ocallan. D’un autre côté, les Kurdes n’obtiendront jamais l’indépendance. Les questions de frontières sont toujours les plus immédiates, en politique étrangère, et n’oubliez pas que c’est la France qui avait donné la province d’Antioche, un morceau de la Syrie, aux Turcs. Erdoğan reste antisioniste et antiaméricain, mais il y a deux bases de l’OTAN en Turquie…

 

À la Maison centrale de Poissy, vous n’avez pas de téléphone portable, et vous n’avez aucun accès à Internet, comment vous maintenez-vous informé ?

On nous a coupé le câble, je ne reçois plus Telesur, plus aucune chaîne arabe, ni russe, mais j’ai une longue expérience du décryptage des médias officiels !

 

Un mot sur Israël ?

C’est une longue histoire, pas la peine de taper sur les juifs à tout bout de champ. L’arrière grand-père de Bachar el-Assad avait de l’estime pour les juifs de Palestine, il avait écrit à Léon Blum pour qu’il les protège. Je vous signale que lors de l’opération Haïfa de 1948, qui consistait à chasser tous les habitants palestiniens de la ville, c’est un jeune juif qui dirigeait la résistance.

 

La paix est-elle gagnée, en Syrie ?

Le président Hafez el-Assad et sa femme soutenaient la Palestine, et j’étais leur invité personnel. Mais le frère d’Hafez, Rifaat, était notoirement corrompu, et il avait fait assassiner des Palestiniens chrétiens. Puis deux généraux sont venus me signifier, avec le plus grand respect, que mon amitié avec la Russie déplaisait aux États-Unis, et qu’ils venaient donc me prier de quitter la Syrie. Le rétablissement des relations diplomatiques des pays voisins avec la Syrie relève de l’opportunisme, quoique l’épouse du président Bachar soit sunnite. Le président Bachar va rester encore longtemps au pouvoir. Je ne l’ai jamais rencontré, contrairement à son frère Bassem qui était très respectueux. Il s’est tué dans un accident de voiture dans un virage extrêmement dangereux. Les Israéliens attaquent l’Iran ; en Syrie, c’est l’Iran qu’ils visent.

 

Quoi de neuf dans les pays arabes ?

Quant au roi Hussein de Jordanie, j’ai organisé trois attentats contre lui, d’abord à Amman, mais il s’est défendu avec un grand courage, puis en Autriche, le troisième en France. Malgré cela, il a invité tous les dirigeants de la résistance palestinienne, y compris Georges Habache.
Les pays arabes les plus solides dans la résistance sont l’Algérie et la Tunisie.

 

Rappelez- nous comment vous vous êtes retrouvé prisonnier en France.

Au Soudan, les communistes ne voulaient pas reconnaître Israël, mais le gouvernement a reçu 50 millions de dollars des US pour qu’ils me livrent à la France, et c’est Charles Pasqua qui a monté l’opération de ma capture, le 14 août 1994. Les US ont offert également 50 millions de dollars à l’Arabie saoudite pour qu’elle capture Oussama ben Laden, mais elle a refusé, et il est parti au Pakistan. À propos du Pakistan, le projet d’attaque au World Trade Center, c’était une idée du fils du président pakistanais Zufilkar Bhutto, c’est le premier qui m’en avait parlé. Comme son père, sa sœur Benazir et son frère, il a été assassiné. Maintenant le Pakistan est du côté de l’OTAN, mais l’Inde essaie de garder de bonnes relations avec l’Iran, la Chine, et la Russie. D’ailleurs le Premier ministre indien Rajiv Gandhi m’avait invité, mais il s’est fait tuer, en 1991.

 

Votre avis sur d’autres questions d’actualité ?

Dans la dispute au sujet de Taïwan, la Chine va gagner, mais cela prendra du temps.
L’Europe est en voie de disparition, la Russie est le plus grand pays au monde, et il n’y aura pas de guerre nucléaire. Je n’ai jamais rencontré Vladimir Poutine, mais il reste fidèle à l’Union soviétique.

L’Europe orientale va se tourner à nouveau vers la Russie, et elle va gagner : c’est déjà le cas de la Hongrie et de la Serbie. La Bulgarie suivra. La Roumanie a beaucoup aidé la Palestine, et elle était respectée dans le monde entier, du temps de Ceausescu ; maintenant elle se laisse traiter comme la dernière des… En Allemagne de l’Est on continue à vivre mieux qu’à l’Ouest. L’Allemagne va se doter d’un président nationaliste, parce que le régime actuel ne peut pas durer, et elle doit retrouver son indépendance.

Au Japon, la grande militante Fusako Shigenobu, fondatrice et chef de l’Armée rouge vient d’être libérée, après vingt ans de prison. L’autre nom de cette organisation révolutionnaire et pro-palestinienne, était Brigade internationale anti-impérialiste, je le rappelle. Le Japon a des problèmes frontaliers avec la Corée et avec la Chine, tant que ce pays est occupé militairement, il ne peut pas faire grand-chose.

L’alliance entre la Chine et la Russie est solide. Désormais le pétrole iranien transite librement entre les deux pays. La Chine est la première puissance économique mondiale, et la deuxième puissance militaire, avec la Russie.

 

Et pour la France, quel avenir ?

Je conseillerais au président Macron de se retirer de la guerre en Ukraine, de garder de bonnes relations avec la Russie et la Chine, et de donner leur indépendance à toutes les colonies françaises restantes, la France est le dernier pays à garder des colonies. Ce qui s’est passé au Mali devrait lui servir de leçon : l’armée française s’est fait chasser au profit des Russes. Les anciennes colonies françaises, une fois indépendantes, ne tomberont pas sous la coupe des Américains, elles sauront garder leur liberté. Ici, il y a beaucoup de détenus qui viennent de Guyane, ironie de l’histoire, alors qu’autrefois c’est vous qu’on envoyait au bagne de Cayenne…

La France est un pays laïc et de tradition chrétienne, mais il est tout à fait normal que les jeunes Français se tournent vers l’islam, la révélation de Muhammad ayant pris la suite de celles de Moïse et de Jésus ; on constate un rapprochement en particulier dans le mouvement des Gilets jaunes, qui est une réelle expérience de fraternisation entre chrétiens et musulmans, dans la rue, pour une cause commune qui est juste.

Et je veux exprimer ici toute ma solidarité à Alain Soral, le grand persécuté, à qui la France doit beaucoup !

 

Carlos, sur E&R :

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