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27 janvier 2023

Comme chacun sait, on a tenté en vain de nous faire croire que la pollution de Tchernobyl n’avait pas passé la frontière française.


Journaliste militant bénévole

Olivier Cabanel

Nov 14

OLIVIER CABANEL — Etre journaliste militant, c’est faire non seulement de l’investigation, mais surtout s’employer pour que ces informations soient connues du plus grand nombre.

Comme chacun sait, on a tenté en vain de nous faire croire que la pollution de Tchernobyl n’avait pas passé la frontière française.

Peu de temps après l’accident, Michele Rivasi avec une trentaine d’autres scientifiques avait réuni une somme d’argent importante afin de créer un laboratoire d’analyse indépendant capable de mesurer la radioactivité contenue dans les aliments.

Ce groupement, sous l’appellation de CRIIRAD avait commencé les expertises en 1986 et, comme à l’époque, leur siège était à Montélimar, les produits analysés venaient surtout de la Drôme.

Les analyses démontrant, que le césium 134 et 137 de Tchernobyl avait contaminé les aliments, furent envoyées à la presse qui s’en fit bien sûr l’écho.

Seulement ce que retenaient les journalistes, c’est que la Drôme était polluée, sans évoquer tous les autres départements.

J’avais rencontré Michelle Rivasi peu après l’accident de Tchernobyl, l’ayant invitée à commenter un film, Le Tocsin de Tchernobyl, que nous avions présenté en Isère.

Elle me demanda si je pouvais l’aider afin de prouver que cette radioactivité ne s’était pas limitée à la Drôme.

Je m’en fus ramasser des champignons, choisissant à dessein des trompettes de la mort, puisque y figurait le mot mort, et que le champignon évoquait aussi celui des bombes nucléaires.

Ces champignons étaient connus pour leur capacité à concentrer la radioactivité.

J’envoyais ces champignons à la CRIIRAD à fins d’analyses et, peu de temps après, je recevais le verdict :

Ils avaient 1 841 becquerels au kilo, alors que la norme préconisait de ne pas dépasser 600 bcq pour les adultes et 340 pour les enfants.

Je contactais alors l’agence locale du Dauphiné libéré, et informais le rédacteur en chef de cette information, leur réservant le scoop pendant 48 heures.

Dans l’après-midi, un journaliste m’appela de Lyon afin de prendre rendez-vous.

Lorsqu’il fut en possession de toutes les preuves, fiche de laboratoire en main, il prit une photo des champignons et publia l’information en première page de toutes les éditions rhône-alpines de ce journal.

Le titre de l’article était : « Trompettes de la mort, prudence ».

J’avais posé comme seule condition que le nom et le téléphone du laboratoire de la CRIIRAD soient indiqués à la fin de l’article.

Le résultat dépassa toutes mes espérances, puisqu’une équipe de télévision régionale vint même filmer ces fameuses trompettes.

Cela fit boule de neige, et toute la presse s’en fit l’écho.

Les demandes d’expertises affluèrent à la CRIIRAD.

Bientôt les preuves de la contamination de tous les départements rhône-alpins furent apportées.

Peu après, j’étais contacté par Que choisir qui me demanda de l’aider à faire un numéro spécial sur les conséquences de Tchernobyl sur nos produits alimentaires.

Ce magazine commanda donc de multiples expertises sur des aliments de toutes les régions françaises et, lorsque le numéro sorti, chacun put enfin connaître la complète vérité.

Certes, j’ai eu de la chance, car Le Dauphiné aurait très bien pu ne pas publier l’information que j’avais donnée, et rien ne dit que d’autres journaux l’auraient fait.

Aujourd’hui, grâce à internet, ce genre d’action est plus facile, même si parfois, comme c’est le cas pour l’huile contaminée (voir mon article « Mets de l’huile ? surtout pas ! »), on éprouve des difficultés à sensibiliser les citoyens.

Car comme disait un vieil ami africain :

« Quiconque taquine un nid de guêpes doit savoir courir ».

Journaliste militant bénévole
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