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15 juillet 2024

L’enclave kurde du Nord Est de la Syrie: Une zone de non droit soumise à la Loi de la Jungle


L’enclave kurde du Nord Est de la Syrie: Une zone de non droit soumise à la Loi de la Jungle (Naba-1et 2/4)

Robert Bibeau

Mai 14

Par René Naba. Sur L’enclave kurde du Nord Est de la Syrie: Une zone de non droit soumise à la Loi de la Jungle. 1/4 – Madaniya

 

Ce dossier en 4 volets est publié à l’occasion du 12me anniversaire de la Guerre de Syrie, alors que dans un invraisemblable retournement de la situation, le Président turc Recep Tayyip Erdogan, un des artisans de la destruction de la Syrie, avec le français Nicolas Sarkozy et l’Émir déchu du Qatar, Hamad Ben Khalifa al Thani, quête désespérément une rencontre avec le président syrien Bachar Al Assad, en vue de conjurer un désastre électoral, à la consultation populaire de Mai 2023. Mais le président syrien, échaudé et indifférent au sort de son voisin turc, a subordonné la rencontre au retrait de la Turquie de la totalité du Nord-Est syrien, à la cessation du soutien d’Ankara aux groupements terroristes et à une répartition équitable des ressources hydrauliques  entre les deux pays. En fait, le président syrien se refuse, en son for intérieur, à immortaliser une photo avec son rival turc…pour la galerie, une opération PO-PR (photo opportunity and public relations), chère aux voyagistes, à l’effet de lui servir de levier électoral. Il en est de même de la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe que Damas souhaite effectuer à ses propres conditions et non aux conditions de l’organisation pan arabe ou des capitales arabes..

Qu’il est loin le temps où le néo sultan ottoman se promettait de prier, en conquérant, à la mosquée des Omeyyades de Damas, pour célébrer la chute du pouvoir baasiste…Loin, très loin aussi les éructations périodiques du somnolent des forums internationaux, Laurent Fabius, sur la chute imminente du président syrien.

Jouant de l’effet de surprise, le président iranien Ibrahim Raïssi a visité vendredi la Mosquée des Omeyyades, haut lieu du sunnisme, en compagnie du président syrien Bachar Al Assad, dans une démarche qui se voulait comme signifiant le dépassement des antagonismes sunnite-chiite qui a empoisonné la vie régionale depuis l’instauration de la République islamique iranienne, il y a près de 40 ans, en même temps qu’elle scellait, dans l’ordre symbolique, leur victoire commune dans la guerre de Syrie.

Tout au long de cette séquence de douze ans, le président Bachar Al-Assad est demeuré obstinément fidèle à son mot d’ordre selon lequel “le prix de la capitulation est infiniment plus onéreux que le prix de la résistance”.  L’histoire pourrait lui avoir donné raison.

L’Objectif des Américains: faire de la Syrie un marécage pour y embourber la Russie.

Les États Unis ont réservé la quasi totalité de leur aide humanitaire destinée à la Syrie, frappée par un séisme, en février 2023, à leurs supplétifs kurdes dans le nord est du pays, dans l’abcès de fixation qu’ils ont aménagé en vue de poursuivre leur politique visant à un  changement du régime politique à Damas, seul pays avec le Liban à n’avoir pas pactisé avec Israël.

Une politique qui relève, selon la doxa atlantiste, d’une géo stratégie visant à maintenir faible et divisée la Syrie, voie du ravitaillement stratégique du Hezbollah libanais, la bête noire d’Israël et des États-Unis.

Mais cet ostracisme sur un sujet hautement humanitaire, -le sinistre d’une population doublement affligée par une guerre décennal et le séisme (5.900 victimes)-, a produit, par effet inverse, un vaste mouvement de solidarité arabe, y compris au sein des pays jusque là résolument hostiles à une normalisation avec la Syrie, notamment la Tunisie, un des plus gros exportateurs de jihadistes terroristes sous la mandature nahdhaouis (Moncef Marzouki-Rached Ghannouchi 2011-2014), ainsi que l’Égypte, qui avait décrété le jihad contre son ancien partenaire de la guerre contre Israël, sous la mandature du président islamiste Mohamad Morsi (2012), enfin l’Arabie saoudite, pays hôte du prochain sommet arabe, désireux de tarir le trafic du captagon produit ou transitant depuis la Syrie vers les pétromonarchies. Le trafic, selon les estimations les plus généralement admises, serait de l’ordre de 54 milliards de dollars par an.

Indice indiscutable de la volonté américaine de maintenir le blocus anti syrien et d’entraver la réconciliation inter arabe, le chef d’état major interarmes américain Mark  Milley a effectué début mars 2023, une visite surprise à la base de Tanaf, cible régulière d’attaques de drones.

Fondée en 2016, cette base américaine située dans le désert syrien, à proximité des frontières de la Jordanie et l’Irak, a été présentée par Washington comme destinée à combattre les groupements terroristes islamistes. Au-delà de cet objectif, cette base vise surtout à verrouiller la frontière entre les trois pays arabes limitrophes et consolider le blocus anti syrien.

La visite du gradé américain s’est accompagnée de la consolidation des bases d’appui de l’armée américaine dans le Nord est de la Syrie, à Malikiya (province de Hassaké), Roumeylane, Himo, Kisra, la cité sportive de Hassaké et Cheddadi, avec l’agrandissement des pistes d’atterrissage pour avions cargos. A l’arrière-plan de la guerre d’Ukraine, une vive tension oppose américains et russes dans cette zone névralgique, où l’aviation russe a effectué pas moins de 25 incursions en mars 2023, dans le périmètre de la base de Tanaf. Une incursion d’un drone dans le périmètre de la base de Romeylane  d’Al Kharrab al Jir (province de Hassaké), a coûté la vie à un soldat américain, faisant six autres blessés, premières victimes américaines dans la guerre d’usure que se livrent les grandes puissances et les puissances régionales dans ce secteur très convoité.

 

Mais cette volonté acharnée de l’Otan de provoquer une reddition de la Syrie à la «pax americana» a généré un effet inverse: le retour en force dans ce pays frontalier d’Israël, des deux bêtes noires des pays occidentaux, la Russie et  l’Iran, un camouflet majeur pour les démiurges atlantistes et les mercenaires de l’opposition off shore syrienne pétro monarchique.

Mieux: Fait sans précédent dans l’histoire militaire contemporaine, les deux poids lourds régionaux, la Turquie et l’Iran, ont procédé à  la fourniture de drones aux belligérants de la Guerre d’Ukraine, –Ankara pour Kiev et Téhéran pour Moscou–, inversant ainsi la tendance observée jusque là qui voulait que l’Europe, au delà l’Occident, se posait en fournisseur du Moyen-Orient et non l’inverse.

À propos de la France, ci joint sa position délirante:

Retour sur la zone de Non Droit sous tutelle des supplétifs kurdes des Américains.

Sous l’ombre tutélaire des États-Unis, le Nord-Est de la Syrie s’est érigé en zone de non droit et de passe-droit, plus exactement une zone franche glauque, soumise à la loi de la jungle, bénéficiant d’une extra-territorialité, où les deux alliés antagonistes de Washington, la Turquie et les Kurdes, sur fond d’accusations mutuelles, se livrent à un jeu trouble où se mêlent trafic en tous genres sur fond de pillage des ressources pétrolières de la Syrie, exerçant au passage un chantage sur leur protecteur commun à l’origine de leur implantation, hors de l’autorité du pouvoir central de Damas, dans cette zone frontalière de la Syrie, de la Turquie et de l’Irak, longtemps fief des groupements terroristes islamistes Jabhat An Nosra, la franchise syrienne d’al Qaïda, d’abord; Daech ensuite.

L’objectif des États-Unis, au delà de cette zone de non droit, est de faire de la Syrie un marécage pour y embourber la Russie et l’affaiblir dans sa guerre en Ukraine……….au risque de s’aliéner son allié régional, la Turquie, désireuse de mettre un terme à son conflit avec son voisin, afin de faire taire le mécontentement populaire et soulager son économie défaillante.

De l’incohérence des Kurdes. Des supplétifs des menées anti-arabes.

Washington dispose d’un allié de taille dans cette affaire, ses supplétifs kurdes, qui avaient déjà accompli la même besogne au profit de leur parrain, lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

Pour brutale qu’elle puisse apparaître cette affirmation, et quelque peu désobligeante, elle correspond néanmoins à la réalité : le leadership kurde d’Irak et de Syrie, particulièrement le clan Barzani, apparaît comme le supplétif émérite des menées anti arabes du dernier demi-siècle, que cela soit sous le chah d’Iran, contre Saddam Hussein, malgré l’accord d’autonomie signé entre Bagdad et le Mollah Moustapha Barzani, l’accord du 11 mars 1971 qui concédait davantage de droit culturels et sociaux aux kurdes d’Irak qu’aux Kurdes de Turquie; ou que cela soit lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, où les Peshmergas, sous l’autorité de son fils Massoud Barzani, ont servi de pisteurs aux Américains avant de leur servir de délateur à la cache du l’ancien dirigeant irakien;

Il en est de même en Syrie. Curieux comportement des Kurdes, qui s’allient aux Américains et aux Israéliens, ceux-là même qui avaient capturé le chef charismatique du mouvement indépendantiste kurde de Turquie, Abdullah Ocalan, pour le remettre aux autorités turques en vue de son emprisonnement.

Au delà de ce rebondissement guerrier se pose la question de la rationalité occidentale et de leurs alliés kurdes dans la guerre de Syrie:

Pour les Kurdes, s’allier avec les États-Unis, artisans de la capture du chef kurde de Turquie, puis, pour se protéger de cette même Turquie,  réclamer l’aide de la Syrie, dont ils ont contribué à la déliquescence de son état central, relève à tout le moins d’une incohérence.  Pour les Occidentaux, s’opposer à l’indépendance de la Catalogne et de la Corse et s’employer à provoquer la partition de la Syrie, relève à tout le moins de la duplicité, dommageable pour la crédibilité de leur discours moralisateur.

A la faveur de la guerre d’Ukraine, la Turquie a voulu tirer avantage de la singularité de sa position au sein de l’OTAN, le fait d’être l’unique état musulman, qui plus est non riverain de l’Océan Atlantique, membre néanmoins de cette alliance exclusivement occidentale, sur le flanc méridional de la Russie. Ankara a ainsi interdit à la flotte russe, en raison de sa belligérance avec l’Ukraine, son passage via le détroit des Dardanelles dont elle contrôle le passage. Mais dans un mouvement de balancier, elle s’est opposé à l’adhésion de la Finlande et de la Suède au Pacte atlantique, invoquant le soutien de ces deux pays nordiques au PKK, le parti  indépendantiste kurde de Turquie.

Face à l’urgence de la situation pour le bloc atlantiste, la Turquie a finalement obtenu raison sur ce point et fait plier l’Otan à ses conditions.

Mieux, poussant son avantage, la Turquie a réactivé le front syrien en vue d’aménager une nouvelle zone de sécurité de 30 km afin d’y concentrer une large fraction des réfugiés syriens vivant sur son territoire et se débarrasser ainsi du fardeau économique que représente cette masse humaine, dans la perspective des échéances électorales incertaines, de la mi mai 2023,  pour le président Recep Tayyip Erdogan.

Ankara a longtemps caressé le projet de préserver l’essentiel de sa force de nuisance dans la zone, avec un objectif sous-jacent d’aménager dans le secteur d’Idlib une enclave turque sur la modèle de la République turque de Chypre.

Pour ce faire, elle envisage de procéder à une modification démographique de la zone pour constituer une sorte de barrière humaine avec des ressortissants syriens relevant de la mouvance des Frères Musulmans qu’elle considère comme relevant de fait de son autorité. Dans cette zone, elle envisage de concentrer un vivier djihadiste qu’elle gérera en fonction des besoins de sa stratégie.

Le projet vise en fait à constituer une ceinture démographique arabe -«un bouclier humain»- acquise à l’idéologie islamiste du président turc face à la zone autonome kurde. Au terme d’un accord russo-turc, le Qatar devrait  financer la construction d’un vaste complexe immobilier dans la région d’Idlib en vue d’abriter les réfugiés syriens revenus de Turquie. Le projet qatari prévoit la construction de 163. 000 habitations pour l’hébergement des Syriens. Il  devait être achevé à la mi-mai 2023, en prévision des élections législatives turques.

Ce dénouement est intervenu à la suite du veto de l’Iran à cette offensive turque, conduisant la Turquie à rechercher un compromis avec la Russie, l’autre garant du statu quo en Syrie. Le sommet de Sotchi, le 5 août 2022, entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan a mis un terme aux velléités turques d’annexer de nouvelles portions du territoire syrien. Au terme de ce sommet, la Russie a consenti, d’une part, que la Turquie règle ses fournitures de pétrole en livres turques, et, d’autre part, de finaliser la construction d’une centrale nucléaire turque, Akkuyu Nuclear Power Plant, dans la région de Mersine, sud de la Turquie, avant fin 2023, date du centenaire de la proclamation de la République turque.

Cet exploit est à mettre au compte de la diplomatie russe en ce qu’il s’est produit en plein blocus occidental de la Russie. Le fait de construire une centrale nucléaire dans un pays membre de l’OTAN apparaît ainsi un exploit doublement remarquable en ce que la Turquie a été conviée à participer au prochain sommet du Groupe de Shanghai en septembre 2022.

L’opération militaire turque devait être la 5eme du genre après le «bouclier de l’Euphrate» (Août 2016), qui avait visé Djerablous et Al Bab; puis l’opération «Rameau d’olivier» (Décembre 2018), qui avait permis à l’armée turque d’occuper Afrine, laquelle a été suivie par l’opération «source de paix» (Octobre 2019) qui a abouti à l’occupation de Ras Al Ain;

enfin le «bouclier du printemps» (Janvier 2020) qui avait débouché sur un arrangement entre la Russie et la Turquie pour la mise en circulation de patrouilles mixtes de surveillance dans les zones de contact.

La 5eme offensive devait viser Ain Al Arab (Kobané) ainsi que l’occupation de Manbej qui abrite un aéroport militaire syrien et qui fut jadis le PC de Tarkhan Batirashvili, dit Abou Omar Al Chichani, le tchétchène alias Barberousse, en raison de la pigmentation de sa peau rousse.

Près de 50.000 soldats turcs ont été massés pour cette offensive, dont l’objectif sous-jacent est de repousser les Kurdes au-delà de la portée de l’artillerie turque. Ain al Arab est un territoire hautement stratégique: le chaînon manquant, à l’est de l’Euphrate, capable d’offrir une continuité entre Idlib et Ras al Ayn, occupé par des bandes douteuses d’obédience turque près de la frontière turque.

Redoutant un lâchage de Washington, soucieux de ne pas s’aliéner le soutien turc en pleine épreuve de force avec la Russie en Ukraine, les Kurdes ont renoué le dialogue avec Damas via Moscou, pour placer Manbej et Tall Al Rafah, les deux places fortes autonomes kurdes, sous l’autorité de l’armée syrienne, épargnant aux kurdes les affres d’une nouvelle défaite face aux Turcs.

Mais dans le Nord-Est syrien, une occupation en cache souvent une autre.  En 2016, la Turquie déclarait triomphalement avoir «libéré» un territoire de 120 km de long sur 30 km de large en repoussant les forces kurdes en présence dans le Nord-Est syrien.

Pourtant, les civils qui ont fui cette «zone de sécurité» ont dénoncé une forme d’annexion et un pillage systématique de leurs villes et villages par les milices soutenues par Ankara.

Depuis lors, une partie du leadership kurde s’est retranchée à Raqqa, capitale déchue du groupe État islamique. Mais là aussi une partie de la population gronde contre une autorité perçue comme illégitime et réclame, pour certains, un retour du régime de Damas. En Syrie, la «libération» des uns est souvent perçue comme «l’occupation» des autres. Et les États-Unis, ont fait preuve ici comme ailleurs d’une duplicité dont ils sont coutumiers.

Les États-Unis ont en effet affiché, lors de la Guerre de Syrie, un mépris souverain à l’égard des principes qu’ils proclament haut et fort, qu’ils s’appliquent à imposer de force aux autres pays procédant à un stratagème malicieux pour financer la Guerre de Syrie, aménageant une zone de droit dans le Nord Est du pays pour la sous traitance par leurs supplétifs kurdes, les prisonniers de Daech qu’ils avaient capturés.

ILLUSTRATION

(Fonds topographique, Ifpo 2003; Ababsa, 2004)


PARTIE 2 DE L’ARTICLE

Syrie-Kurdes: L’enclave kurde du Nord Est de la Syrie: Une zone de non droit 2/4

1-  Le  stratagème du financement de la Guerre de Syrie.

Les États-Unis ont fourni à l’Ukraine en une semaine 100 milliards de dollars d’aide militaire, fin Février 2022. Un chiffre exorbitant comparé à l’aide dérisoire fournie aux alliés syriens de l’Amérique pendant onze ans de guerre. Pour la Syrie, le chiffre représente environ 1% de ce qu’ils ont fourni à l’Ukraine en une semaine.

Ce sont pourtant les mêmes États-Unis, qui ont mis sur pied la coalition de 120 pays constituée autour du «Groupe des amis du peuple syrien » pour mener la guerre contre la Syrie. Eux, qui ont conçu et dirigé les postes de commandement militaires MOC et MOM, avant de soutenir les FDS (Forces Démocratiques syriennes–kurdes).

A- MOC ET MOM

MOC et MOM sont des structures de coordination en même temps que des chambres d’opérations aménagées des deux côtés de la frontière de la Syrie, à la manière des «situation room» des états majors occidentaux:  Au sud, le MOC pour la Jordanie (Military Opération Center); Au nord, pour la MOM (Musterek Operasyon Merkezi), pour la Turquie, d’où des agents étrangers principalement des armées occidentales établissaient une coordination avec les  groupements islamistes.

B- LA JORDANIE, PASSANTE SANS SOUCI DU MAL NOMMÉ «PRINTEMPS ARABE»,  UNE FONCTION STRATÉGIQUE IDENTIQUE À CELLE DE LA TURQUIE.

La Jordanie a constitué, par excellence, un angle mort de l’actualité internationale. Pourtant, le camp de Zaatari a donné lieu à un important trafic sous forme de traite des blanches, matérialisé par l’assaut des lubriques gérontocrates pétro monarchiques sur les pré-pubères syriennes, de l’ordre de 3.000 dollars la transaction pour une fille de 15 ans. L’occasion pour une journaliste d’un journaliste faussement de référence Annick Cojean (le Monde), de vilipender… le harcèlement sexuel des combattants du Hezbollah sur les Syriennes.

Brookings Institution de Doha, en 2014, dans son rapport annuel sur la Syrie, n’a jamais validé ce fait. Gageons que cette institution américaine, basée dans une dépendance américaine (le Qatar), par ailleurs fer de lance de la contre révolution arabe, -à ce titre nullement suspecte de la moindre sympathie à l’égard de la formation paramilitaire chiite libanaise-, se se ferait un malin plaisir, si tel avait été le cas, d’en pointer les déviances sexuelles. Au grand étonnement des islamophilistes, elle a, au contraire, mentionner les performances militaires du Hezbollah en de termes si élogieux qui en ferait pâlir de jalousie plus d’un commentateur médiatique:

«Le Hezbollah a réussi à assumer un rôle distinctif croissant dans la direction des opérations de l’armée syrienne lors d’offensives majeures des forces gouvernementales. À Qoussayr (Juin 2013), le Hezbollah a pris directement en main le commandement des opérations, assumant, parallèlement, la surveillance aérienne permanente du champ de bataille, via des drones ».

https://www.renenaba.com/rapport-syrie-brookings-doha-center-report/

La Jordanie peut donner, pourtant, matière à reportage de guerre en ce qu’elle remplit une fonction stratégique identique à la Turquie:

Une plate-forme opérationnelle pour le financement et le transit djihadiste vers le front Sud de la Syrie, via Dera’a, quand la Turquie attise le Front Nord, via l’agglomération d’Alep.

Amman abritait, en effet, un PC commun de l’Otan et des pétromonarchies à Amman, sous l’autorité du prince Salmane Ben Sultan, le frère cadet de Bandar Ben Sultan, l’ancien capo di tutti capi du djihadisme erratique planétaire.

C- L’HÔTEL FOUR SEASONS D’AMMAN ET LE PC DE MAFRAK

Le Grand Quartier Général islamo-atlantiste était installé au sein de l’hôtel «Four Seasons» d’Amman et le PC opérationnel, incluant la Turquie, aménagé, lui, à Mafrak, à une 50 km de de la frontière syrienne de Dera’a, dans l’ancien PC mixte israélo jordanien de 1988, pour y synchroniser les opérations contre le pouvoir de Damas. Un pont aérien avait été établi de la Jordanie vers la Turquie pour consolider le Front Nord (Alep) où les djihadistes étaient en mauvaise posture.

Le prince Salmane Ben Sultan, demi-frère du prince Bandar, était chargé de la gestion du flux djihadiste depuis la Jordanie vers la Syrie, et la coordination de l’intendance, leur ravitaillement en armes et munitions.

Point de départ des convois protégés de ravitaillement en armes et en munitions via le secteur frontalier de Dera’a, convois encadrés par des agents de la CIA, ce PC a traduit, concrètement, sur le terrain, la connivence organique des grandes démocraties occidentales et des régimes rétrogrades arabes dans la propulsion de la contre-révolution arabe.La Jordanie constitue le point de transit des djihadistes de et vers la Syrie.

Zohrane Allouche, chef de Jaych Al Islam (armée de l’islam), l’homme lige des Saoudiens au sein de la nébuleuse djihadiste en Syrie, qui se propose de restaurer le califat des Omeyyades, coincé dans la périphérie de Damas depuis des mois, en 2015, a pu ainsi s’échapper via la Jordanie pour réapparaître en Turquie, le 20 avril, au plus fort de la guerre saoudienne contre le Yémen, dans un message subliminale monarchique augurant d’une réactivation du conflit syrien dans une opération de dérivation médiatique à propos du Yémen.

3- Le Golan, plate-forme de combat contre la Syrie et non contre Israël

La mort d’un officier israélien sur le Golan a signé concrètement cette connivence jusque-là souterraine. L’officier israélien a été tué le 10 mars 2015 lors d’un assaut de l’armée syrienne contre les milices collaboratrices avec Israël au sud de la Syrie.

Selon la télévision israélienne, «Johnny», son pseudonyme, participait, en compagnie d’une équipe technique israélienne à une réunion de travail avec les chefs de milices dans la cadre d’une alliance de milices pro israéliennes, baptisée Armée Première (AP) dans la localité al-Fitiane, dans le gouvernorat de Quneitra.

Un chef de l’Armée syrienne libre (ASL), Abou Hamza al-Nouaïmi, a été tué ainsi que 12 autres chefs de milices. Plus de 80 miliciens blessés dans l’attaque ont été soignés dans les hôpitaux israéliens. Un officier jordanien de la cellule MOC était également présent à la réunion, mais son sort n’a pas été mis au clair.

4- Le financement de la contre révolution syrienne

Au-delà du fait que l’Ukraine est partie intégrante de l’Europe, en bordure de l’OTAN, à la périphérie de la Russie, une puissance rivale que les États Unis voulaient épuiser dans une guerre d’usure, comment expliquer un tel différentiel de traitement? Tout simplement pour la bonne raison que les États-Unis avaient conçu un stratagème astucieux pour financer la guerre de Syrie, en en faisant supporter la communauté des usagers des véhicules et  les consuméristes d’énergie.

La guerre de Syrie a été, en fait, financée par la hausse du baril du brut monté de 65 à 105 dollars en juillet 2010, soit cinq mois avant tout printemps arabe….et jusqu’en juillet 2014 avant sa rechute. Ces  quatre ans de hausse ont généré un surplus de 500 milliards de dollars aux pétromonarchies, selon les indications fournies à https://www.madaniya.info/ par un haut fonctionnaire européen  longtemps en poste au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Turquie). La hausse du prix du brut a commencé en Juillet 2010, c’est à dire cinq mois avant les printemps arabes, mais surtout après la décision de la Syrie d’opter pour un tracé de gazoduc Golfe Méditerranée qui déplaisait à la Turquie et à l’Occident, notamment à la France de Nicolas Sarkozy, après l’abandon du beau projet de barrage turco-syrien sur le bas Oronte, beau projet annoncé en avril 2019.

Le chiffre de 500 millions de dollars paraît dérisoire à en juger la somme astronomique réclamée par Bandar Ben Sultan, le prince saoudien chef de la Légion Islamique chargé de la chute du régime baasiste.

5- Bandar: 2 mille Milliards (2 trillions de dollars) pour la chute du président Bachar Al Assad

Le Capo di tutti capi du terrorisme islamique aurait réclamé la faramineuse somme de 2.000 milliards de dollars (2 trillions) pour provoquer la chute du président syrien Bachar Al-Assad. Ce chiffre a été avancée par le Hamad Ben Jassem,  premier ministre du Qatar, en poste lors de la première phase du «printemps arabe» (2011-2012), alors que la principauté était le chef de file de la coalition islamo-atlantiste avant d’être supplanté par l’Arabie saoudite.

La demande a été faite au cours d’une réunion du MOC (Military Opération Center) à Amman, où étaient présents des délégués de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Jordanie, de la Turquie et des États Unis, a précisé Hamad Ben Jassem dans un entretien au quotidien koweïtien Al Qabas» dont le site en ligne «Ar Rai al Yom» a diffusé la vidéo en date du 22 Mars 2022

6- L’éviction de Hamad Ben Jassem: sanction de l’échec de la bataille de Bab Amro

Hamad Ben Jassem, qui avait promis à son homologue français Alain Juppé de faire de la bataille de Bab Amro, banlieue de Homs, en Février 2012, «le Stalingrad du Moyen-orient», a été déchargé de la responsabilité de la conduite de la guerre après son cuisant échec dans cette affaire.

Selon les indiscrétions de la presse arabe, l’éviction de l’Émir du Qatar Hamad Ben Khalifa et de son premier ministre Hamad Ben Jassem a constitué la sanction de ses trop graves dérives tant en ce qui concerne leur ferme soutien au djihadisme que leur boulimie affairiste dans ses investissements occidentaux.

Le souverain se serait en effet vu notifier son ordre d’évacuation du pouvoir par un haut responsable de la CIA, dépêché spécialement par Barack Obama pour lui signifier l’ordre présidentiel américain après la découverte dans la cache d’Oussama Ben Laden de documents attestant que le financier du chef d’Al Qaïda serait un citoyen du Qatar, cousin du ministre de la culture, Hamad Al Kawari.

Sous la plume de son directeur Oussama Fawzi, ancien haut fonctionnaire du ministère de l’information du Qatar, Arab Times en date du 24 juin, précise que «la cellule qataritote proche de Ben Laden était composée de Salim Hassan Khalifa Rached al Kawari, qui a déjà été livré aux Américains, ainsi que du koweitien Hassan Ali Ajami, un djihadiste combattant en Syrie, du syrien Ezzdine Abdel Aziz Khalil ainsi que d’Omid Mohamad Abdallah.

Les transferts d’argent se faisaient via des institutions financières qatariotes. Les soupçons sur le Qatar pesaient depuis l’invasion de l’Irak au point que le président Georges Bush jr n’a pas hésité à bombarder le siège d’Al Jazeera à Bagdad et s’apprêtait à en faire de même sur le siège central de la chaîne transfrontière arabe à Doha».

L’oukase américain, «non négociable», aurait prescrit un dégagement simultané de l’Émir et de son premier ministre, Hamad Ben Jassem. Le processus de transition devrait commencer l’été 2013 de manière à coïncider avec le début de la période du jeûne du mois de Ramadan et s’achever fin Août, date de la reprise des activités du calendrier diplomatique international. Selon la version de la presse arabe, le délégué de la CIA aurait offert le choix suivant à l’Émir, soit le gel des avoirs financiers de l’Émirat dans le monde, soit sa destitution. Autrement dit, la mort financière de l’Émirat ou la mort politique de l’Émir, motivant cette sanction par le fait que le tandem avait «outrepassé son rôle en Syrie et dans son soutien au djihadisme», de même que son soutien tonitruant aux néo islamistes au pouvoir en Tunisie et en Égypte.

Sans surprise, la manœuvre d’étranglement de l’Émir avait été engagée, dès l’été 2012, avec les indiscrétions fuitées dans la presse française sur le rôle déstabilisateur du Qatar dans le pré carré africain de la France, particulièrement le Mali, via la filière caritative du djihadisme qatariote «Ansar Eddine», contraignant Paris, en pleine tourmente financière, à engager une coûteuse opération de reconquête du septentrion malien en janvier 2013.  Ce qui explique l’absence de visite officielle de François Hollande au Qatar, pendant la première année de sa mandature, en dépit du volumineux portefeuille financier qatariote en France.

7- Bandar Ben Sultan: l’homme providentiel de la stratégie américaine en Syrie.

Son successeur, Bandar Ben Sultan, fruit d’une copulation ancillaire du Prince Sultan Ben Abdel Aziz, s’est imposé comme l’homme fort du Royaume du fait de la maladie d’une large fraction de l’équipe dirigeante saoudienne frappée de pathologie handicapante.

Intronisé par le général David Petraeus, en personne, avant que l’ancien chef du renseignement américain ne soit emporté par un jeu de galipettes inconsidérées, une affaire d’embedded à l’américaine, Bandar a été présenté comme étant  le nouvel homme providentiel de la stratégie saoudo américaine.

Pour beaucoup d’observateurs occidentaux cités par le journal néo conservateur «The Wall Street Journal», l’ancien «Great Gatsby» de la vie diplomatique américaine, Bandar était considéré comme «un combattant expérimenté apte à créer les conditions de la chute d’Assad», soutient le Wall Street Journal a propos de Bandar, selon «Al Qods Al Arabi» en date du 29 Août 2013.

Face à l’enlisement du conflit syrien, aux dérives djihadistes en Libye et en Tunisie, à la montée en puissance des Frères Musulmans en Égypte, l’Arabie saoudite a repris le commandement des opérations, épaulant l’armée égyptienne à évincer le néo-islamiste Morsi de la tête de l’état égyptien, imposant un prince à demeure en Jordanie, pour le financement et le ravitaillement de l’opposition syrienne off-shore.

Depuis le début des soulèvements arabes, l’Arabie saoudite a réussi à constituer une majorité de blocage des monarchies arabes au sein de la Ligue arabe, avec l’apport de deux confettis de l’Empire français, –l’enclave militaire franco-américaine de Djibouti et les Comores–. Elle a  mis en échec la contestation anti monarchique à Bahreïn et évincé du pouvoir le néo islamiste égyptien Mohamad Morsi, une menace à l’ordre monarchique héréditaire islamique. Elle s’est employée à exclure le Hezbollah du futur gouvernement libanais, en voie de constitution depuis six mois.

8- Nasrallah versus Bandar: 4-0

Mais le sauveur suprême de l’Occident et de l’Islam wahhabite présente un piètre bilan dans sa confrontation avec le Hezbollah.

Par quatre fois, Bandar mordra la poussière face à Hassan Nasrallah. En 2006, où la riposte balistique victorieuse du Hezbollah libanais face à l’aviation israélienne, de même que la destruction du navire amiral de la flotte israélienne, ont semé la consternation dans le camp saoudo américain, fragilisant l’héritier politique du clan Hariri.

Dernier intervenant sur le champ de bataille syrien, après les escouades de djihadistes de Tchétchénie à la Tunisie en passant par la Belgique, le Kosovo et la France, de même que les Moudjahidines Khalq, formation de l’opposition iranienne islamo marxiste, et le clan Hariri, le Hezbollah a opéré un retournement spectaculaire de la situation à Qousseir, renversant le cours de la bataille de Syrie.

«Par ses brillantes performances non seulement à Qousseir, à Lattaquié et Homs, mais aussi dans sa contribution à la défense de la base aérienne de Minbej, assiégée dans le Nord de Syrie, Hassan Nasrallah a bien mérité le titre de «Seigneur de la résistance», admettra Mohamad Hassanein Heykal, l’ancien confident de Nasser.

Auparavant, en 2008 avec l’affaire du réseau des transmissions stratégiques du Hezbollah qui s’est soldée par une capitulation en rase campagne des adversaires de la formation paramilitaire chiite, particulièrement le chef druze Walid Joumblatt, à l’époque le fer de lance du clan Hariri.

Et, en 2007, avec la neutralisation du camp palestinien de Nahr el Bared, (Nord du Liban), dont le chef de file des djihadistes Chaker Absi, à la solde de l’Arabie saoudite, voulait en faire une zone de non droit, en vue de parasiter le Hezbollah sur son arrière garde.

Enfin en 2013, en Syrie, en complément de la perte considérable représentée par l’assassinat de sa dague sécuritaire, le capitaine Wissam Hassan, chef de la section des renseignements des forces de sécurité intérieure libanaise, dynamité trois mois après la décapitation de la hiérarchie militaire syrienne.

9 –  Le requiem de Robert Ford pour Bandar Ben Sultan

Stoïque dans l’adversité, Robert Ford, l’ambassadeur des États Unis auprès de l’opposition off shore syrienne, boira la coupe jusqu’à la lie.

Aux dirigeants de l’opposition offshore syrienne qui s’inquiétaient de la baisse de l’aide saoudienne, Robert Ford, laconique, leur annoncera la fin de la mission de Bandar Ben Sultan, le chef des services de renseignements saoudiens et son évacuation sanitaire vers les États-Unis, pour une convalescence longue durée.

Une annonce qui a retenti comme un acte de décès politique du chef de la contre-révolution arabe:

«Le plan Bandar n’existe plus. Bandar se trouve aux États Unis pour des soins médicaux. Il ne reviendra pas de sitôt. Il souffre d’un tassement de vertèbres douloureux. En état d’épuisement, il a besoin d’une longue période de repos».

Un faire-part laconique qui a fait l’effet d’une douche glaciale sur les quémandeurs syriens et retentit comme un magistral camouflet pour Bandar prestement évacué et expédié manu militari aux États Unis, son véritable lieu de prédilection.

Le récit de cette entrevue est sur ce lien d’«Al Rai Al YOM», le nouveau site d’Abdel Bari Atwane, l’ancien propriétaire du journal transarabe «Al Qods Al Arabi» http://www.raialyoum.com/?p=51589

A contre-courant du flux de la mondialisation, la guerre de Syrie aura été la première opération de délocalisation sud nord d’une «révolution» en ce que ses meneurs auront été des porteurs de nationalité occidentale, salariés de l’ancienne administration coloniale.

Sauf à s’assigner à perpétuité en service commandité auprès des pantins désarticulés off-shore, la fin de carrière était programmée. Une triste fin de carrière diplomatique pour un homme des ténèbres par excellence.

10- Raqqa: Les méfaits des États Unis

En pointe pour dénoncer l’agression de la Russie contre l’Ukraine, les États Unis sont demeurés taiseux sur leurs méfaits à Raqqa, Nord Est de la Syrie, dans leur combat contre Daech.

A l’issue de cette bataille de près de cinq mois destinée à libérer cette grande ville syrienne de l’étau de l’EI, « 60 à 80% de la ville était inhabitable » et la rancœur de la population s’est dirigée contre les libérateurs, souligne un rapport du centre de recherche RAND Corporation.

Les frappes dites « ciblées » et les tirs d’artillerie des forces de la coalition sur Raqqa ont fait de nombreuses victimes civiles entre le 6 juin et le 30 octobre 2017: de 744 à 1.600 morts, selon les décomptes de la coalition, d’Amnesty International ou du site spécialisé Airwars, indique le rapport.

Mais la bataille de Raqa a aussi causé la destruction d’un grand nombre de bâtiments et d’infrastructures, ce qui a « affaibli les intérêts à long terme des États-Unis » dans la région, ajoute le document de 130 pages.

Selon les chiffres de l’ONU cité par RAND Corporation, 11.000 bâtiments ont été détruits ou endommagés entre février et octobre 2017, dont 8 hôpitaux, 29 mosquées, plus de 40 écoles, cinq universités et le système d’irrigation de la ville.

 

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