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27 octobre 2020

L’os libyen par Ahmed Halfaou


L’os libyen
En Libye, bien plus que partout ailleurs, se joue une partie où vont se révéler tous les mécanismes qui doivent servir à la mise sous coupe réglée de tous les pays réfractaires à la «liberté de l’entreprise» et jaloux des intérêts de leurs propres économies. Ainsi, si tant est que la guerre, la destruction d’un pays et les traumatismes infligés à des populations désarmées peuvent être le prix juste des «démocratisations», on serait bien en peine de dégager des soldes positifs du bilan des opérations en cours.

Dans le passé, nous avons eu le Vietnam où des millions d’êtres humains ont étés tués ou handicapés à vie sur l’autel de la «démocratie» et de la lutte contre le «danger communiste». Un peu plus tard, les arguments n’ont presque pas changé, sauf les ennemis. Le terrorisme ou les dictateurs ont remplacé le communisme. L’Afghanistan et l’Irak sont en train d’en payer la facture, depuis des années, sans que le moindre signe de démocratisation y soit perçu. Sous occupation, ces deux pays comptent toujours leurs morts sans pouvoir voir le bout de la tragédie qu’ils vivent. Peu importe, le même cauchemar est imposé à la Libye. Pourtant voici ce que disent les Libyens : «Laissez-nous organiser des élections, avec des observateurs du monde entier, de manière transparente». Mais ils ne sont pas entendus, pas plus qu’une explication ne soit donnée sur ce refus qui heurte les objectifs claironnés.

Les Libyens vont même plus loin. Il sont prêts à «mettre en place un gouvernement de transition avec des technocrates de tout le pays, pour la transition, pendant trois ou quatre mois», chargé d’élaborer une Constitution et des élections. Rien n’y fait. Ce doit être ce Comité de Benghazi qui doit être installé, avant tout. Même le président de la Côte d’Ivoire, nouvellement certifié par la «Communauté internationale», en bon supplétif, a failli s’étrangler de rage contre ses homologues africains qui n’étaient pas de son avis. En fait, le jeu devient plus clair. Il s’agit d’une «démocratisation» bien contrôlée, dont la recette ne doit pas être confiée à n’importe qui et surtout pas au peuple. Ce peuple qui manifeste depuis quatre mois contre le crime qu’il subit, qui protège ses institutions et les infrastructures de communication contre les bombardiers, qui compte quotidiennement ses tués, ses blessés, et qui promet le feu de l’enfer aux éventuelles troupes débarquées. Alors que dans les prévisions des stratèges il devait se soulever contre Kadhafi et faire en sorte que tout soit réglé très vite. Ma heureusement pour ces génies «ès révolutions», cela s’avère plus compliqué que prévu et le recul avec la reconnaissance de l’erreur sont difficiles. Il y a les mensonges à cacher et la face à ne pas perdre. Il y a ces quidams reconnus comme «seuls et légitimes» représentants du peuple libyen et baladés sur les perrons et devant les caméras du monde entier. Il y a enfin ce mépris du droit quand il s’agit de non «blancs». Malgré l’évidence et malgré l’échec. Malgré le risque de guerre totale et malgré celui de provoquer un bain de sang. Malgré, enfin, la possibilité d’installer le chaos et de déstabiliser l’Afrique du Nord.
Par Ahmed Halfaou

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,