Aller à…
RSS Feed

20 octobre 2020

La Sorbonne et la démocratie par Ahmed Halfaoui


La Sorbonne et la démocratie
Le voile de l’hypocrisie se déchire. Chaque jour se libère la sordide réalité du système qui domine la planète. Il doit être sérieusement secoué ce professeur de la Sorbonne. Il devrait l’être pour avoir cru qu’il enseignait véritablement à la Sorbonne. Tout le lui disait, le nom surtout. Mais, il était à la Sorbonne-Abou Dhabi.

Il n’avait pas intégré la différence. La Sorbonne, elle-même, devrait être révoltée. Elle ne l’est pas. Elle a fait croire que les Emirats arabes unis voulaient réellement et concrètement une Sorbonne comme elle. Ils viennent d’apprendre au monde qu’il y a cette limite, à ne pas franchir, que seuls les potentats arabes savent mettre. La limite inscrite dans la tête de ceux qui savent ce qui se cache derrière le modernisme tapageur des émirs. Le professeur de la Sorbonne-Abou Dhabi y est donc allé de cette liberté intellectuelle, enivré par la prestigieuse dénomination de l’Université où il enseignait.

Il a cru pouvoir s’exprimer comme peut s’exprimer un professeur de la Sorbonne. Il s’est retrouvé devant la justice. Bien pire, la Sorbonne, pas son clone inaccompli, ignore complètement son sort. Pourtant, Human Rights Watch, des groupes de défense des droits de l’homme, ses propres étudiants, lui demandent de réagir. Elle prend même ses distances avec le malheureux enseignant. Des fois que les émirs soient offensés.

C’est ce qu’elle craint et avec raison sonnante et trébuchante. Tout Sorbonne qu’on est, par ces temps de décrépitude morale et de règne de l’argent, on se soumet pour prospérer financièrement. Les grands principes universitaires, les franchises, à la poubelle. Ça n’apporte rien au porte-monnaie et, de plus, ça risque de tarir la ressource. Au diable le prof qui y a cru. Il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Et puis, pourquoi s’attaquer au despotisme des émirs ?

Alors qu’ils sont partie prenante des opérations de démocratisation en cours dans le « monde arabe ». Leurs dollars et leurs soldats sont bien en train de « changer » la Libye. Nasser Bin Ghaith n’a pas pris en compte tous ces détails, qui comptent. Il s’en est tenu à ce qu’il a appris et à ce qu’il sait de la démocratie. Il n’a donc pas pu caser la monarchie où il se trouvait dans la grille qui lui sert de repère. Il le paie et tout seul. Un jour peut-être, si l’envie lui reste, il se rendra à Paris pour s’enquérir des nouvelles valeurs universitaires et des nouvelles définitions de la démocratie. Il ne sera certainement pas reçu, mais sa démarche avortée l’édifiera sur un grand nombre de choses. Il apprendra qu’il ne faut jamais croire que la démocratie et l’argent peuvent aller ensemble, même si tout lui affirme le contraire. Il aurait dû comprendre depuis le début que l’université, dont il était fier, s’est transformée en marchandise et qu’une marchandise appartient à celui qui l’achète. Et celui qui l’a achetée ne l’a fait que si celui qui l’a vendue ne voyait que l’argent et rien d’autre. Le label sans plus, pour faire illusion, c’est ce que cherchait l’acheteur. Un bibelot de plus dans la grandiloquence conquérante que permettent les flots de pétrodollars.
Par Ahmed Halfaoui

Plus d’histoires deLibye

About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,